Mendiants de Dieu  

 

N’est-ce pas là le résumé de ce que nous devons être pour acquérir l’assurance de la vie éternelle ?

Etre mendiants de Dieu, c’est redevenir comme un petit enfant qui attend tout de ses parents ; c’est vivre dans la confiance, la paix et la joie sans se préoccuper de façon désordonnée des biens matériels… Est-ce à dire qu’il ne faut pas que des parents s’inquiètent d’avoir le nécessaire pour leur famille ? Bien évidemment ce serait travestir la pensée de Dieu. Non, ce n’est pas cela ! Etre mendiants de Dieu, c’est mettre de l’ordre dans ses affections. : « Dieu, premier servi[1] », ne nous laissons pas posséder par nos trésors matériels (qui peuvent d’ailleurs parfois être de toutes petites choses n’ayant qu’une valeur sentimentale), libérons-nous des préoccupations qui alourdissent l’âme, et alors nous pourrons atteindre la vraie liberté du cœur : libre pour aimer Dieu !  Un pauvre peut être obnubilé par son manque de moyens, aigri par ce qu’il prend pour une injustice ou un riche hanté par la peur de perdre et de rater ses placements, l’un comme l’autre parviendront-ils à acquérir le détachement qui donne la vraie liberté ?

Dans le discours sur la montagne[2], Notre-Seigneur s’adressait à tous : « Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la mite et le ver consument, où les voleurs perforent et cambriolent. Mais amassez-vous des trésors dans le ciel (…) Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Le Fils de Dieu ne demandait pas à tous ceux qui ont entendu ce discours de faire vœu de pauvreté -la vie de famille ne le permet pas- . Il désirait que chacun cependant s’efforce d’acquérir et de pratiquer « l’esprit de pauvreté » en parvenant au détachement affectif des biens de la terre, de manière à ne point en faire son trésor et à ne pas les rechercher avec avidité et esprit de cupidité. Les pères de famille ont le devoir d’administrer leurs biens et même de les accroître au moyen d’un honnête travail mais doivent le faire dans l’ordre, en évitant que leurs affaires ou leurs intérêts matériels ne les distraient des affaires de Dieu : « Que servira-t-il à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ?[3] »

L’esprit de pauvreté est donc une disposition de l’âme qui tend à nous libérer de l’attachement à la richesse et aux biens qu’elle procure. C’est un état d’esprit et non une classe sociale que Notre-Seigneur vante. Ceux qui possèdent peu et vivent dans la gêne matérielle l’acquerront en acceptant sereinement et patiemment leur condition ; ils trouveront la paix en méditant sur la pauvreté que Notre-Seigneur Jésus-Christ pratiquait sur la terre. Ceux à qui Notre-Seigneur a donné beaucoup obtiendront de nombreux mérites en vivant comme ceux qui ont peu ; en détachant leur cœur des biens terrestres, l’esprit de pauvreté les rendra généreux envers les nécessiteux.

Laissons Saint François d’Assise parler de son épouse Dame Pauvreté :

 « La Pauvreté demeure plongée dans la tristesse, elle est repoussée de tous les hommes. Elle, la Reine de l’univers, la voilà devenue semblable à une veuve délaissée ; elle apparaît vile, digne de mépris, alors qu’elle est la Reine de toutes les vertus. Assise dans la fange, elle se plaint d’avoir vu ses amis la mépriser et se transformer en ennemis.[4] »

Si Saint François a tant aimé « Dame pauvreté » c’est qu’il voyait là un élément essentiel pour atteindre le ciel : faire le vide en soi de tout ce qui n’est pas Dieu, se libérer de toutes affections désordonnées au sens propre puisqu’elles ne mettent pas Dieu en premier lieu. C’est le chemin de la vraie joie car elle trouve son origine dans cette totale liberté vis-à-vis des biens qui permet un abandon complet à la Providence divine. L’âme est alors uniquement guidée par la volonté de Dieu.

  Le mérite sera de demeurer fidèle à la pauvreté et de la supporter avec joie, lorsqu’à cause d’elle on nous méprisera, lorsqu’on nous abandonnera, qu’on refusera de nous secourir et que nous demeurerons seuls. Quand la santé nous fera défaut et que même parfois l’âme, privée de toutes consolations sera en proie aux angoisses et se croira abandonnée de Dieu, alors là vraiment nous approcherons de la pauvreté de Notre-Seigneur sur la Croix et nous pourrons renouveler avec foi, notre acte d’espérance en suppliant la Très Sainte Vierge de demeurer avec nous, puisqu’elle est restée au pied de la Croix !

Ce numéro vous donnera plusieurs éléments pour mieux comprendre et vivre cette vertu.

Que Notre-Dame des Foyers Ardents nous aide tous à acquérir cet « esprit de pauvreté » qui nous fera parvenir aux joies éternelles,

Marie du Tertre

 

[1] Sainte Jeanne d’Arc

[2] Mt. VI, 19-21

[3] Mt, XVI, 26

[4] Saint François d’Assise (1182-1226) – Commentaire du Sermon XIII

D’hier à aujourd’hui…

« Du passé faisons table rase », chante l’Internationale ; et ces mots sont devenus pour certains une devise ! On a voulu nous faire oublier nos racines, renier notre passé, brasser nos cultures. Aurons-nous le courage de revenir sur nos pas ? Les psychologues s’accordent cependant pour dire que l’homme a besoin de son histoire pour se construire.

L’une des causes de cette rupture entre le passé et l’avenir pourrait bien être que nous ne prions plus pour nos défunts. Dès le jour de l’inhumation, on nous persuade que le « cher disparu » est au Ciel ; alors pourquoi faudrait-il prier pour lui ? Or sommes-nous conscients que si nos anciens ont besoin de nos prières pour quitter le Purgatoire, ceux qui sont restés sur terre jouiront de leur intercession dès qu’ils seront parvenus aux joies éternelles ? Combien d’âmes de nos familles attendent ainsi nos prières ? De ce fait nous sommes privés de leur aide, de leur soutien. La grande chaîne qui reliait le ciel et la terre, entre eux et nous, est comme coupée ! Prions donc, faisons célébrer des Messes pour ceux qui nous ont précédés. « Un bienfait n’est jamais perdu » : leurs âmes sauront être reconnaissantes quand elles seront sauvées.

Ne nous coupons pas de notre passé. « Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racine » dit le Proverbe chinois.  Nos parents, grands-parents, les personnes âgées qui nous entourent, représentent une vraie richesse, trop souvent oubliée. Leur sagesse, leur expérience nous font progresser vers la connaissance. Et si parfois les entourer nous demande patience, renoncement et abnégation, n’oublions pas que c’est en donnant que l’on reçoit…Point n’est question de biens matériels mais bien plutôt des grâces qui entoureront les sacrifices offerts avec générosité. Naturellement il ne s’agit pas de mettre en péril son foyer, sa propre famille ou sa santé ; là comme ailleurs il faut savoir trouver équilibre et mesure en discernant le devoir d’état mais il est bon de donner à nos enfants un esprit de famille toujours reconnaissant du passé tout en restant tourné vers l’avenir.

C’est cet esprit de famille que notre Revue voudrait répandre comme la traînée de lumière de l’étoile filante pour enflammer nos foyers. Et nous voudrions étendre cet esprit de famille à tous nos chroniqueurs et nos abonnés afin que nous nous rassemblions tous sous le manteau de Notre-Dame des Foyers Ardents.

Nous ne pourrons malheureusement pas réaliser la grande journée que nous avions envisagée, aussi nous vous proposons de réciter chez vous, en union avec le Père Joseph et toute notre équipe, notre Consécration en ce 15 août 2019. Unissons nos foyers : parents et enfants, aux pieds du Sacré-Cœur et de Notre-Dame afin que tous, nous nous rassemblions et fassions de notre mission une véritable œuvre apostolique qui rayonne toujours davantage.

Vous trouverez le texte de cette Consécration, écrite par notre aumônier, le Père Joseph, en page 12. Je compte sur vous afin que le ciel tout entier entende nos prières en cette grande fête de l’Assomption !

Que Notre-Dame des Foyers Ardents veille sur nous, aumônier, chroniqueurs et lecteurs, comme elle l’a toujours fait depuis notre premier numéro, et qu’elle nous aide à devenir une véritable œuvre apostolique qui rayonne toujours davantage.

Marie du Tertre

PS. Nous vous souhaitons d’excellentes vacances, bien reconstituantes, et nous vous conseillons de vous reporter à nos numéros 4 et 10 pour profiter au mieux de ces bons moments familiaux !

Mission spéciale!

Mission spéciale ? Oui véritablement si on la considère dans toute son ampleur et telle que Dieu l’a prévue ! Mission de la femme au cœur du foyer, mais agissant aussi sur la société toute entière ! Mission belle, entre toutes puisqu’elle offre à celle qui la remplit, l’opportunité d’exercer ses plus grandes facultés auprès de cette petite société qu’est la famille. C’est à la femme que Dieu a laissé le soin d’exercer sur la terre un reflet de son amour puisque toutes ses aptitudes, bien ordonnées, ne sont qu’une action de son cœur.

Mais la société actuelle s’essaie depuis plusieurs siècles à occulter ce rôle et à faire briller aux yeux de tous une fonction qui pourrait sembler plus attirante mais qui en fait, n’est qu’un leurre. N’oublions jamais que la féminité commence et s’achève en Dieu. Toute femme sent, – même si cela peut être confus-, que tout son amour est issu et remonte à l’Amour essentiel. Quand on ne vit qu’à la surface de soi-même ou qu’on se laisse emporter par le torrent tumultueux de la vie trépidante, on risque de se laisser dominer par ses « démons intérieurs » : orgueil, vanité, égoïsme, sensualité et besoin d’accaparer. La femme ne peut devenir un être d’offrande que si elle s’ouvre largement au souffle du Saint Esprit. Aux portes de deux mondes, il lui faut entendre les voix de la terre et du ciel. C’est le secret de son équilibre. Puiser sans cesse à la Source unique pour avoir quelque chose à donner. Dieu est l’inépuisable. Il nous accorde tout ce qui nous est nécessaire : force, énergie, intelligence et douceur. « Plus une femme est sainte, plus elle est femme[1]. »

Aujourd’hui notre Revue voudrait redonner ses lettres de noblesse à cette vocation. Il est vrai que dans une société difficile, il est possible que la femme soit amenée à abandonner ses missions premières pour privilégier d’autres aspects. Ceux-ci sont parfois réels, nous ne le nions pas. Mais nous voudrions aider nos foyers ardents à prendre ces décisions capitales pour leur famille en toute connaissance de cause, ou leur donner des arguments pour être à même de pouvoir conseiller amis ou entourage sur ce sujet. Le but n’est nullement de porter ou de faire porter un jugement sur des personnes ou des cas particuliers. Nous voulons aider chaque foyer auquel, pour des raisons multiples le problème du  travail de l’épouse peut se poser un jour ou l’autre, à réfléchir à tous les aspects d’une décision lourde de sens pour leur famille. Nous voulons leur montrer que le rôle de la femme, ordonné par Dieu, dépasse amplement l’action qu’elle peut avoir en travaillant, – son travail fût-il d’être premier ministre… Nous voulons aussi leur faire découvrir ce qu’est la féminité et ce que n’est pas le féminisme, qui veut à tout prix rendre égal ce qui ne l’est pas, et concurrent ce qui est complémentaire.

Nous pensons que ce dossier doit pouvoir être une matière d’étude pour notre jeunesse, -et en particulier nos jeunes filles – pour les fiancés, pour les jeunes foyers qui ne se posent peut-être pas encore cette question mais qui se prépareront ainsi à y répondre si le cas se présentait, tant la société actuelle peut réserver de surprises. Ils seront ainsi armés pour affronter cette épreuve et prendre les décisions avec lucidité, trouvant la solution qui préserve au mieux la mission spéciale de la femme, pour un bien supérieur voulu par Dieu : celui de leur famille.

Soyez assurés que c’est dans cet esprit que nous avons travaillé sur ce sujet si sensible. Nous remercions les nombreuses personnes qui nous ont aidés à préciser notre pensée et à bien étudier tous les aspects du problème (prêtres, religieux, religieuses, foyers). Il est possible que certaines de nos réflexions vous surprennent. Nous vous prions d’aller jusqu’au bout de la lecture de notre dossier pour que vous puissiez suivre exactement le cheminement global de notre pensée qui ne veut en aucun cas blesser quiconque.

Que Notre- Dame des Foyers Ardents et le Saint Esprit vous aident à comprendre notre belle mission féminine.

Marie du Tertre


[1] Léon Bloy

Editorial

Nos églises de France sont vides, « 5% de catholiques vont à la messe régulièrement, 1.8 % de la population française a une pratique hebdomadaire[1] »… Certains pourraient croire que l’Eglise est presque morte, et d’autres chantent déjà la victoire du laïcisme… Certes oui, il y a de quoi « perdre cœur » comme dit Pascal et pourtant l’Eglise a les promesses de vie éternelle. Il nous faut donc garder, envers et contre tout, sérénité et paix.

L’Eglise a vécu au cours de ses 2019 années d’histoire de nombreuses périodes difficiles, voire très difficiles et toujours elle a surmonté les crises car elle est l’Epouse du Christ et elle détient en elle la force et la puissance pour vaincre les épreuves !

Nous n’avons pas le droit de perdre confiance : « Les forces de l’Enfer ne prévaudront pas contre elle » ; Notre-Seigneur a déjà remporté la victoire contre les forces du mal et si parfois Il autorise des éclipses, nous savons, de source sûre, que notre Mère, la Sainte Eglise, reviendra triomphante dans toute sa gloire au jour fixé par Dieu! Oui, notre Mère est belle ; elle est l’épouse du Christ !

Loin de nous arrêter sur les faiblesses humaines qui marquent la grande fresque de l’Eglise comme autant de tâches qui défigurent un tableau de maître, contemplons plutôt la force divine qui habite la Sainte Epouse du Christ qui toujours la fait se relever miraculeusement de ses épreuves. Les faiblesses des hommes font resplendir la puissance de Dieu et la sainteté immuable de son épouse.

Qu’est-ce que l’Eglise ?

Notre-Seigneur parla et fonda ainsi l’Eglise : «  Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées. Et voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

Les premiers chrétiens ont compris l’étroite union qui unit le Christ à son Eglise comme un époux à son épouse ; ils ont perçu immédiatement que la Sainte Eglise était l’objet de l’amour du Christ et que ce n’était que par elle qu’Il voulait obtenir des enfants. On sait qu’immédiatement après la Pentecôte, Saint Pierre et les apôtres partirent pour leur mission évangélisatrice.

Bien vite les persécutions fécondèrent la communauté naissante du sang des martyrs et l’Eglise triomphante soutint l’Eglise militante encore naissante.

Puissent les articles de notre Revue vous aider à retrouver votre fierté d’appartenir à l’Eglise et vous amener à prier pour notre Mère défigurée mais toujours  une, sainte et apostolique et ce jusqu’à la fin des temps !

Que Notre-Dame des Foyers ardents bénisse tous les foyers catholiques, les prêtres, les communautés religieuses, les évêques et supérieurs qui, grâce à leur baptême appartiennent à l’Eglise de toujours !

Marie du Tertre


[1] Enquête IPSOS, juin 2016, pour le Groupe Bayard, la Croix

Savoir recevoir

Chers amis,

            L’équipe de Foyers Ardents  vous souhaite une bonne et sainte année, toute remplie d’espérance… car « que sert à un homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son âme[1]… ».  Que la sérénité et la paix de Noël envahissent nos cœurs et y demeurent ! Que peut-on souhaiter de meilleur?

            A partir de ce mois de janvier, nous vous offrons quatre pages supplémentaires avec une nouvelle rubrique de philosophie politique. En effet cette notion, peu abordée de nos jours, mérite d’être étudiée et la formation de nos chefs de famille le réclame. Vous découvrirez dans ce premier numéro : « Le devoir d’état et la politique ».

            Nous traitions dans notre numéro précédent du fait de « savoir donner », aujourd’hui Foyers Ardents voudrait permettre à chacun de comprendre la notion plus subtile et pourtant capitale de « savoir recevoir ». En effet, de même que la grâce passe et que nous ne savons pas toujours la recevoir, de même il nous faut être en des dispositions particulières pour recevoir toutes les sortes de dons. Or la vie n’est-elle pas faite toute entière de dons ? Don de la foi, tout d’abord, de la vie, de la famille, de l’enseignement, des soins… Dons reçus de Dieu, de ses ancêtres, de ses parents, de son époux, de l’Eglise, de la société, de ses professeurs, des soignants, des frères et sœurs, des amis…

En tout premier lieu, n’avons-nous pas tout reçu de Dieu ? Aussi l’homme se doit de Le reconnaître comme son bienfaiteur universel, l’adorer et en conséquence suivre ses lois.

Comment donc recevoir ces dons ? Bien souvent nous les considérons comme un dû et nous n’avons pas même l’idée de remercier. Il arrive aussi que nous soyons gênés de recevoir car si donner demande générosité et délicatesse, recevoir demande beaucoup d’humilité et de gratitude. Nous nous cachons derrière un : « c’était pas la peine », « je ne le méritais pas ! » qui nous dévalorise et met mal à l’aise le donateur.

Chacun d’entre nous est à la fois donneur et receveur, c’est ainsi que Dieu l’a voulu et cela nous permet d’examiner plus concrètement les devoirs que cela entraîne de part et d’autre afin que la joie du ciel rayonne dans nos vies.

Que Notre-Dame des Foyers Ardents nous aide à être à la fois, délicats, généreux, humbles et reconnaissants envers chacun et envers Dieu en tout premier lieu.            

Marie du Tertre


[1] Saint Matthieu 16,26