Incarner le devoir filial envers l’Eglise

Ma première visite à Rome m’a laissé un souvenir marquant : au milieu du brouhaha du trafic désordonné des scooters et des voitures, de leurs dérapages sur les pavés, des touristes dégustant des gelati, on ne peut faire dix mètres sans croiser plusieurs soutanes et tenues religieuses, des églises souvent attirantes, des basiliques où des éléments du IVe au XVIIIe siècle se mélangent harmonieusement. Je n’ai jamais rencontré dans mes nombreux voyages aucun endroit où le catholicisme est aussi présent avec ses 2000 ans de tradition visibles de tous.

Je me suis senti « chez moi », fils de l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine.

 Nous sommes catholiques Romains !

Nous devons cultiver et transmettre à nos enfants cette filiation et cet attachement essentiel. L’oublier, c’est risquer de tomber dans le gallicanisme ou l’esprit protestant. L’amour de l’Église est inséparable de l’amour de Rome, ce qui explique ce mot de Monseigneur Lefebvre : « Une de mes premières préoccupations (après la fondation de la Fraternité saint Pie X en 1970) était d’avoir une maison à Rome, ce qui a été concrétisé par l’achat de la propriété d’Albano » dès 1974. Sa déclaration célèbre du 21 novembre 1974 rappelle l’importance de Rome : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.» Il illustrera plus tard une des manières de vivre cet attachement à la Rome éternelle : « La Rome éternelle est présente à Rome par les tombeaux des papes qui nous rattachent aux Apôtres, et notamment à Pierre qui est vraiment la pierre fondamentale de l’Église. La Rome éternelle est encore présente par tous les autres martyrs qui y ont versé leur sang pour prouver leur foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ. (…) Tous ces magnifiques exemples sont encourageants pour nous et nous attachent à cette Rome qui est vraiment le cœur de l’Église. Voilà pourquoi nous aimons prier sur les tombeaux de saint Pierre, de saint Paul, des autres Apôtres et des martyrs qui sont enterrés là1. »  

Aller à Rome, pour former nos enfants

Spirituel et temporel sont indissolublement liés, les actes temporels que nous posons avec nos enfants influencent leur vie intérieure et leur conception de la religion. Si nous en avons l’occasion, n’hésitons donc pas à les emmener à Rome dès l’âge de raison, et avant qu’ils n’entament leur vie de jeunes adultes, ou à leur donner l’occasion d’y aller avec leur école et de bons prêtres. Aller à Rome, c’est à coup sûr développer trois qualités :

Le sens de l’Église. A Rome, nous le sentons, le voyons, le savons : nous sommes fils de l’Église, héritiers d’une Tradition de 2000 ans. « A Rome, j’ai senti palpiter le cœur de l’Église ; ce que je savais de l’Église, je l’ai pour ainsi dire touché ; j’ai confiance que je vivrai encore plus de l’Église et pour elle », disait le père Calmel en 1953.

La gratitude pour la grâce de la foi : « Tout nous parle de siècles de fidélité. Le parfum de Rome, c’est surtout le parfum de la foi que chaque pierre polie par des siècles de christianisme nous fait respirer2. » Nous ne pouvons que nous émerveiller et nous recueillir.

L’engagement au service de l’Église : « A Rome, le pèlerin dépose le vieil homme, il rajeunit, retrempe son âme au contact des apôtres, des vierges et des martyrs. Sa foi s’affermit sur le roc de Pierre ; la Ville Sainte lui dilate le cœur à la mesure de l’universalité de l’Église, sa prière prend alors un élan de ferveur inouï3. »

Un devoir filial important

Foyers Ardents a plusieurs fois insisté sur l’importance de l’esprit de famille et de l’enracinement pour l’équilibre de nos familles et  l’épanouissement de nos enfants. Nous apprenons à nos enfants à honorer leurs parents et grands-parents (4e commandement) et à prier pour eux. Même si grand-père ne va pas à la messe, et tant qu’il respecte notre éducation, nos enfants lui témoigneront de l’affection, écouteront ses histoires ou bricoleront avec lui, ils s’enracineront ainsi dans une tradition familiale qui les dépasse et comprendront qu’ils sont un maillon d’une chaîne. Bien sûr, nous les ferons prier pour lui afin qu’il se convertisse.

Avec nos enfants, nous devons de même incarner ce devoir filial envers le pape, vicaire du Christ, successeur de Pierre. L’élection du nouveau pape Léon XIV est une occasion de concrétiser ce devoir avec davantage de motivation. S’il fait du bien, nous devons l’aider en priant pour sa persévérance dans les difficultés et face aux ennemis. S’il commet des erreurs, nous devons prier avec ferveur pour qu’il soit éclairé et progresse dans la manière de guider le troupeau que le Seigneur lui a confié. Rien n’est jamais perdu ! Souvenons-nous que le pape Pie IX, élu en 1846 à la grande joie des libéraux, sera celui qui publiera le « Syllabus » associé à l’encyclique Quanta Cura (1864) et condamnant le naturalisme, le laïcisme, l’anticléricalisme, le socialisme, le communisme et les sociétés secrètes…

Le catéchisme nous appelle par ailleurs à une juste compréhension de l’infaillibilité pontificale et à la possibilité d’erreurs sur les sujets ou les modes de communication qui n’en relèvent pas.

Pie XII lui-même insiste sur la conduite à tenir face aux faiblesses ou erreurs visibles dans les hommes d’Église : « Son divin fondateur souffre jusque dans les membres les plus élevés de son corps mystique, dans le but d’éprouver la vertu des ouailles et des pasteurs (…) ce n’est pas une raison de diminuer notre amour envers l’Église, mais plutôt d’augmenter notre piété envers ses membres4. » 

Lorsque nous allons à Rome, nous voyons cette minuscule silhouette de l’homme en blanc sur un balcon perdu au milieu de la façade de la basilique Saint-Pierre. Quelle faiblesse qui nécessite nos prières !

Rome et l’Année Sainte

Comme à chaque Année Sainte, l’Église met à notre disposition un trésor de grâces spéciales accumulées par les mérites de Notre-Seigneur et la collaboration des innombrables saints. Profitons-en avec nos enfants, nous en avons tant besoin. Parce que nous sommes catholiques romains, fils de l’Église, nous irons à Rome avec nos enfants si nous le pouvons. « Nous venons à Rome pour faire grandir notre foi que respirent toutes ces pierres, pour nous enflammer de l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ et en vivre toujours davantage5. »

« Rome est un besoin pour toute âme qui a goûté Rome. Vous reviendrez à Rome », disait Pie XI aux membres du séminaire français de Rome. 

Si nous ne pouvons faire ce pèlerinage d’ici le 6 janvier 2026, emmenons au moins notre famille dans une basilique proche de notre lieu de vacances pour y prier et gagner les indulgences spéciales de cette année sainte.

 

Hervé Lepère

1 Conférence spirituelle, Ecône, 5 décembre 1983

2 Cahiers Ad Lucem – Pâques 2025

3 Idem

4 Mystici Corporis, 29 juin 1943

5 Cahiers Ad Lucem – Pâques 2025

 

« Tu es Petrus »

 

L’un des moments les plus solennels et les plus émouvants des Evangiles est la promesse que Jésus fait à Pierre d’une primauté mystérieuse qui durera jusqu’à la fin du monde. Elle nous est relatée par saint Matthieu au chapitre seize. Sur la terre de Césarée de Philippe, près des sources du Jourdain, contexte géographique divinement choisi, Notre-Seigneur interroge ses apôtres :

« Qui dit-on qu’est le Fils de l’homme ? »

Ils lui répondirent : « Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, d’autres Elie, d’autres Jérémie ou quelqu’un des prophètes. »

Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »

Simon Pierre, prenant la parole, dit :

« Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Jésus lui répondit :

« Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé mais c’est mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre et que sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elles. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » 

C’est à l’aide de trois images : celle du roc (I), celle des clefs (II) et celle du pouvoir de lier et de délier (III) que Notre-Seigneur promet à Pierre la primauté sur l’Eglise qu’Il est venu établir sur la terre.

I) Le roc

Il est toujours bien difficile en passant d’une langue à l’autre, de conserver toute la force et les nuances des paroles que l’on traduit. Notre-Seigneur, à dessein, lors de sa première rencontre avec Simon, a changé son nom : « Tu es Simon, le fils de Jean, tu t’appelleras Képhas1 » (ce qui se traduirait par « pierre »). On ne trouve dans les deux Testaments que deux autres changements de noms, ceux d’Abraham2 et de Jacob3. Et dans ces deux cas, c’était en vue de les charger de missions décisives dans l’histoire du Salut. Notre-Seigneur nomme Simon d’un nom nouveau qui est « Képhas », « La Pierre », en vue d’exprimer que ce serait sur cet homme de son choix que serait fondée et que reposerait toute son Eglise. En latin et en français, le passage du masculin au féminin, fait perdre de la force au jeu de mots initial. Notre-Seigneur dit : « Tu es Képhas et sur Képhas, je bâtirai mon Eglise. »

Si le prénom « Roch » s’écrivait comme le mot « roc », on aurait intérêt à traduire : « Tu es Roch (c’est à dire sur la personne même de Pierre) et sur le roch, je bâtirai mon Eglise.» Pierre est le fondement, le soubassement de l’Eglise. Il est pour elle ce que sont à la maison les fondations : le motif de l’indéfectibilité.

II) Les clefs

La deuxième métaphore est également très parlante. Lorsqu’un homme devient propriétaire d’une maison, on lui remet à lui et à lui seul, les clefs. Lui seul a le pouvoir d’entrer dans sa maison et d’y laisser entrer ou de ne pas y laisser entrer qui il veut. Cette image avait déjà été utilisée dans l’Ancien Testament par le prophète Isaïe. « Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David : « Quand il ouvrira, nul ne fermera ; quand il fermera, nul n’ouvrira4

C’est donc à Pierre et à lui seul que sont données les clefs du Royaume des Cieux. Notre-Seigneur est le propriétaire de la maison, puisqu’il en a les clefs. Mais il les donne, sur terre, à celui qui sera le maître de la maison qu’il a édifiée. On voit ici que Pierre n’est pas seulement le fondement de cette Eglise, mais qu’il en est, de droit divin, le maître de maison, possédant de redoutables pouvoirs.

III) Le pouvoir de lier et de délier

Cette troisième image est, au premier abord, un peu moins parlante pour nous. Par le verbe « lier », il faut entendre « interdire » et par le verbe « délier », « permettre » dans le domaine doctrinal et « condamner » ou « absoudre » dans le champ disciplinaire. C’était une façon de parler familière chez les Juifs. Le pouvoir de lier et de délier, après la remise des clefs continue à manifester les prérogatives du vicaire dont Notre-Seigneur Jésus-Christ se dote sur la terre. C’est à lui que sera confié le dépôt de la Foi, et d’y veiller pour qu’il ne soit pas dénaturé ou contaminé. C’est à lui également qu’il appartiendra de veiller à la sainte itinérance des âmes vers le ciel, en leur marquant les limites du Bien et du Mal et en leur remettant ou en retenant les péchés au vu de leur contrition ou de leur absence de contrition.

En ces temps si difficiles que nous vivons, il est bon et salutaire de rappeler cette célèbre scène de l’Evangile. Notre foi est fondée sur ces paroles si éloquentes de Notre-Seigneur. Ces paroles sont vraies car Notre-Seigneur ne peut ni se tromper ni nous tromper. Demeurons donc sereins : l’Eglise ne périra pas.

En revanche, prenons acte de la tornade inouïe qu’elle endure et des ravages que cette tornade est capable d’opérer dans tout ce que l’Eglise, création divine, garde en même temps d’humain. Ayons conscience que la préservation de la Foi dans nos âmes jusqu’au dernier instant de notre vie, que la transmission de la Foi dans l’âme de nos enfants, sont des grâces insignes que nous devons redemander à Dieu sans nous lasser, jour après jour. Enfin, si nous devons dénoncer avec intransigeance les erreurs corruptrices de la Foi et les fauteurs de cette corruption, fussent-ils prêtres, évêques ou papes, comprenons aussi que des indices de notre catholicité et de notre charité consistent à prier pour eux, pour leur retour à la Foi.

Avec ma bénédiction,

Dans le Cœur douloureux et immaculé de Marie.

 

R.P. Joseph

 

1 Jean, 1, 42

2 Gn, 17,5

3 Gn, 32, 29

4 Is, 22,22

 

 

Le protège-missel

Chères couturières,

Plus on utilise son missel, plus il vieillit ! Nous espérons les vôtres en piteux état ! Fourrés dans un sac, entre un quignon de pain et un paquet de lingettes, baladés dans le panier d’un vélib, attrapés par de petites mains malhabiles le laissant tomber, déversant au passage les précieuses petites images placées à toutes les pages… Ils en voient de toutes les couleurs ! Nous vous proposons dans ce numéro un tutoriel pour réaliser une protection de couverture afin de donner à votre missel une nouvelle jeunesse !

Bonne couture !

https://foyers-ardents.org/wp-content/uploads/2025/07/2025_07_02_Protege-missel_fiche-site.pdf

Atelier couture

Editorial

Chers amis,

« Le principe et la fin de toutes choses, dit saint Epiphane, c’est la Sainte Eglise. »

En donnant à saint Pierre les clés de l’Eglise, et en le proclamant ainsi premier Pape, Notre-Seigneur montrait qu’il serait avec nous jusqu’à la fin des temps.

« C’est à Rome que sa Croix toujours vivante rayonne sur l’Occident, patrie de la civilisation, et sur le reste de l’univers pour l’illuminer et le vivifier. Jérusalem, l’antique Sion, conserve les monuments et les traces de la douloureuse passion du Christ ; mais c’est Rome, la Jérusalem nouvelle, qui est devenue le réservoir du sang rédempteur, c’est elle qui le verse et qui le sert au monde entier par tous les canaux de la juridiction, par tous les conduits du sacerdoce. Jérusalem, c’est notre histoire, Rome, c’est notre vie1. »

Tout catholique considère Rome comme la Ville éternelle, gardienne de la foi catholique dans son intégrité. Aussi quand elle appelle à elle ses enfants tous les 25 ans afin de répandre sur eux les bénédictions du Jubilé, nombreux sont ceux qui tiennent à manifester leur amour de la Sainte Eglise, apostolique et romaine. Cette tradition vieille de plus de 700 ans propose aux catholiques de montrer ainsi leur fidélité à la Rome de toujours. Et pour obtenir toutes les indulgences, l’Eglise demande de prier aux intentions du souverain Pontife récapitulées en six titres principaux résumant les objectifs assignés à la

mission du Pape, chef visible de l’Eglise par Notre-Seigneur Jésus-Christ son divin Fondateur : l’exaltation de la Sainte Église catholique ; la propagation de la Foi ; l’extirpation de l’hérésie ; la conversion des pécheurs ; la paix et la concorde entre les princes chrétiens et les autres besoins de la chrétienté.

Vous lirez dans ce numéro les raisons de notre attachement indéfectible à la Rome catholique de toujours et à l’enseignement fidèle de la tradition millénaire ; vous y comprendrez pourquoi le latin est la langue de l’Eglise, et quels sont les combats souvent méconnus, menés par les zouaves pontificaux ; enfin, en plus de nos rubriques d’actualités, vous découvrirez comment il a bien été confirmé que la basilique Saint-Pierre a été construite sur le tombeau du premier pape, comme le disait la Tradition.

Prions saint Pierre, saint Paul, et toute la litanie des saints papes, évêques, martyrs, confesseurs et vierges. Prions afin de les supplier qu’ils intercèdent auprès de Notre-Seigneur Jésus-Christ Souverain Prêtre et Chef éternel pour que l’Eglise enseigne à tous la Vérité. Prions pour le Pape, pour les évêques, pour les prêtres, pour toute l’Église.

Que Notre-Dame gardienne de la foi veille sur l’Eglise, sur nous et sur nos familles.

Marie du Tertre

1 Cardinal Pie, Œuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers