Plaidoyer pour les lieux saints de Palestine

Le seul lieu où Jésus fut bien reçu

Octobre 1858 : alors qu’il se trouve chez les Clarisses de Jérusalem, Charles de Foucauld évoque, dans une missive à l’abbé Huvelin, ce mot tombé des lèvres de Jésus à Béthanie sur la meilleure part qui revenait à Marie-Madeleine [Luc, X,42]. Poursuivant sa rêverie sur le petit bourg qui se trouve en contrebas, il écrit : « Le Bon Dieu se plaît à mettre ce lieu chéri sous mes fenêtres, à environ 1500 mètres de distance, toujours sans aucun sanctuaire catholique… Comme le Bon Dieu est tendre de me donner la joie de voir ce lieu, le seul où il ait toujours été bien reçu1 ! »

Depuis 1954, un sanctuaire franciscain existe à Béthanie. Non loin, sale et abandonné sous domination musulmane, le tombeau qui fut témoin de la reviviscence de Lazare… Les guides juifs ou chrétiens répugnent à y conduire les pèlerins pressés et leurs devises en liquide. Béthanie : Le seul lieu où Jésus ait toujours été bien reçu… Le cœur se serre devant « la barrière de séparation » érigée depuis 2003 à travers la route principale. À l’ombre d’une mosquée et de son minaret se livrent des trafics en tout genre : drogue, armes, voitures volées…

Béthanie est un lieu saint parmi d’autres, en Palestine. À l’époque où Charles de Foucauld écrivait sa lettre, la Palestine appartenait encore à l’empire ottoman. L’idée d’un état national pour les Juifs était néanmoins en germe. En 1899, Théodor Herzl créa un Fonds pour l’achat de terres en Palestine. Peu avant sa mort en 1904, ce dernier fut reçu au Vatican par saint Pie X qui lui déclara : « Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre-Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif ».

La préservation des lieux saints

Depuis la déclaration de Belfour en 1917, le projet sioniste avança tellement que Benoit XV, successeur de saint Pie X s’inquiéta pour le sort des lieux saints, redoutant que « les Juifs ne viennent à se trouver en Palestine en position de prépondérance et de privilège ». Il répliqua à Nahum Sokolow, un des leaders sionistes de l’Organisation sioniste de Londres : « Le problème des lieux saints est pour nous d’une extraordinaire importance. Leur sainteté doit être protégée. Nous allons régler cela entre l’Église et les Puissances. Il vous faudra y respecter pleinement les droits2

Cette question de la préservation des lieux saints se posa avec plus de force encore durant les deux ans (1948-1949) que dura le premier conflit israélo-arabe, après la fondation de l’état d’Israël. Le pape Pie XII publia successivement trois encycliques sur le sujet. La première, Auspicia quaedam, date du 1er mai 1948. La deuxième, In multiplicibus, du 24 octobre 1948. La troisième, Redemptoris Nostris, du 15 avril 1949. La première était une invitation à tous les catholiques du monde (et particulièrement les enfants) à prier la Vierge Marie pour la paix en Palestine. Les lieux saints de la Palestine, écrivait-il, « doivent être particulièrement chers à toute âme bien née et civilisée » pour toute la lumière et la vérité qui, « depuis les obscurs débuts de l’Histoire, en sont sorties pour toutes les nations. »

Cinq mois plus tard, consterné par « la durée du conflit et l’accumulation croissante de ruines morales et matérielles qui en sont l’inexorable accompagnement », le pape se désole que « sur la terre où Notre-Seigneur Jésus-Christ a versé son sang pour apporter à la terre entière la Rédemption et le salut, continue à couler le sang des hommes ». Ne pouvant concevoir la dévastation ni la destruction des lieux saints dans les combats, il plaide pour que des garanties internationales envisagent la liberté de culte ainsi que le rétablissement des pèlerinages. Chacun doit pouvoir y retrouver, « révélé par ces monuments divins de l’amour exalté jusqu’au sacrifice de la vie pour ses frères, le grand secret de la pacifique vie en commun des hommes. »

Le Vendredi-Saint de l’année 1949, enfin, le Saint Père déplore encore « très légitimement la profanation des édifices sacrés, des saintes images et des maisons de bienfaisance, ainsi que la destruction de pacifiques couvents des communautés religieuses ». Il condamne la « vie d’exilés, exposés à la misère, aux maladies contagieuses et à toutes sortes de dangers de nombreux réfugiés de tout âge et de toute condition qui ont été refoulés par cette désastreuse guerre ». Enfin, il plaide de nouveau en faveur d’un régime garanti par le droit international pour « Jérusalem et ses environs, où se trouvent les vénérables souvenirs de la vie et de la mort du Sauveur ». L’accès « des lieux saints qui se trouvent non seulement à Jérusalem, mais encore dans les autres villes et localités de la Palestine », doit être rendu libre et aisé aux pèlerins. À l’heure actuelle, pour des raisons faciles à comprendre, tous les pèlerinages en Terre Sainte sont reportés ou annulés.

Un regard surplombant

En raison du conflit et de son traitement médiatique, les tensions idéologiques s’exacerbent : devant le terrorisme du Hamas, la realpolitik d’Israël, la duplicité diplomatique des États, les forces occultes à la manœuvre, quel regard un catholique peut-il vraiment poser sur ce conflit ? Pour dépasser des points de vue uniquement fondés sur un imbroglio d’arguments historiques ou politiques, nous avons besoin d’un point de vue théologique. Il nous faut donc poser sur la Terre Sainte un regard qui surplombe les contingences, tienne pleinement compte de Notre-Seigneur qui vécut, mourut et ressuscita sur ce sol. C’est celui que nous recevons des pèlerinages, et que le pape Pie XII exprima ainsi : ce sol demeure celui où « le Verbe de Dieu incarné a fait annoncer, par les chœurs des Anges, la paix à tous les hommes de bonne volonté, où Jésus-Christ, enfin, suspendu à l’arbre de la Croix, a apporté le salut à tout le genre humain, et les bras étendus, comme pour inviter tous les peuples à une étreinte fraternelle, a consacré par l’effusion de son sang le grand précepte de la charité3 ».

On ne saurait mieux exprimer la préciosité de cette Terre Sainte ! Aussi, à l’heure où un flux continu d’informations contradictoires se déverse sur le monde, accentuant inévitablement les crispations idéologiques, les considérations belliqueuses et les remarques à l’emporte-pièce, nous ne pouvons que prier le Cœur Immaculée de Marie pour la conversion des juifs et des musulmans, afin que tous reconnaissent en Jésus-Christ, son Fils conçu du Saint-Esprit, la véritable royauté spirituelle d’Israël et la leur.

G. Guindon

1 Ch. de Foucauld, Nazareth, Lettres et carnets, Livre de Vie, 1995, p. 130

2 Cf. Sergio I. Minerbi, The Vatican and Zionism : Conflict in the Holy Land 1895-1925, New York & Londres, Oxford University Press, 1990.

3 Pie XII, Auspicia quaedam

 

Montrer aux enfants notre confiance

Il ne faut pas craindre de montrer aux enfants notre confiance en leur possibilité, et même parfois ce sera le meilleur moyen de dégager certaines qualités encore endormies. Rappelons-nous l’observation de Goethe valable pour les enfants comme pour les hommes : si nous prenons les hommes comme ils sont, nous les faisons devenir plus mauvais ; si nous le traitons comme s’ils étaient ce qu’ils devraient être, nous les amenons là où ils doivent être amenés.

 

L’art d’élever les enfants aujourd’hui. P. G. Courtois

 

Rien par force

Rien par force, car Dieu ne contraint personne. Il faut apprendre à l’enfant à vouloir et, pour cela, mettre sa volonté aux prises avec les prescriptions du devoir, tout en soutenant et encourageant ses efforts.

Sainte Angèle MERICI (1474-1540), éducatrice, religieuse lombarde, fondatrice de la Compagnie de Sainte Ursule

 

Gestionnaires des dons de Dieu

 « J’accorde à l’un la vertu d’enseigner, de porter la parole, en donnant au prochain de justes conseils, sans se soucier d’autrui. Un autre a la grâce de donner le bon exemple. Mais chacun est très strictement obligé d’édifier son prochain par le parfait exemple d’une vie sainte et louable. 

Telles sont les vertus et bien d’autres qui sont engendrées par l’amour du prochain. Je les ai faites si différentes que je n’ai pu les donner toutes à un seul homme. J’accorde en particulier à l’un celle-ci, à l’autre celle-là. 

Pourtant, on ne peut avoir l’une sans les autres parce que toutes les vertus sont liées entre elles. Mais il y en a beaucoup que j’accorde comme têtes de file des autres : j’accorderai à l’un principalement la charité, à l’autre la justice, à celui-ci l’humilité, à celui-là une foi vive, à cet autre la prudence, la tempérance, la patience, et à cet autre enfin une force invincible. 

Tous ces nombreux dons, ces grâces des vertus ou d’autres avantages, qu’il s’agisse du corps ou de l’esprit, sont distribués de façon diverse. Si je les répands de façon si variée – car je ne les donne jamais tous au même individu – c’est pour qu’on soit obligé d’exercer la charité les uns envers les autres.

Car j’aurais bien pu doter les hommes de tout ce qu’il leur fallait, pour le corps et pour l’âme. Mais j’ai voulu que l’un eût besoin de l’autre et qu’ils deviennent ainsi mes gestionnaires chargés de distribuer les dons et les grâces qu’ils ont reçus de ma bonté. Bon gré mal gré l’homme ne peut pas éviter la nécessité de recourir à l’action charitable du prochain, pourtant, si une telle action ne se fait pas sous mon regard, elle ne lui procure aucun profit de grâce. »

Extrait du Dialogue de Notre-Seigneur avec sainte Catherine de Sienne