Moi, Gabi, moine bouddhiste

Dans l’esprit du père de la cybernétique1, l’ère du chef politique s’était achevée avec la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement politique humain, en un mot, avait failli en entraînant les hommes vers les deux catastrophes d’Hiroshima et de la Shoah. Il fallait donc lui trouver un remplaçant. Lequel ? La cybernétique (du mot grec signifiant gouvernail) naquit de cette problématique. Elle fut popularisée en France par le père dominicain Dominique Dubarle. Dans cet après-guerre traversé par des courants philosophiques aussi destructeurs que le nihilisme, l’existentialisme ou l’absurde, elle suscita de grands espoirs et une abondante littérature dans toutes les sciences humaines. L’idée était de transmettre aux machines la ressemblance de l’homme à Dieu, qui se manifeste dans la faculté de s’autoréguler seul, de parler, d’apprendre de ses expériences et de produire.

Ces machines capables de s’autoréguler seules face au désordre du monde seraient-elles plus fiables, parce que moins subjectives, qu’un chef politique enclin à devenir un dictateur ou un tyran ? L’utopie cybernétique était née, à la croisée totalitaire du communisme et du nazisme. Dans un premier temps, elle souleva non seulement l’enthousiasme de la recherche scientifique, mais aussi celui de philosophes et de théologiens en mal de concepts nouveaux, de nombreux romanciers de science-fiction en mal de scénarios séduisants, de nombreux sociologues, psychiatres, pédagogues, en mal d’expériences novatrices à proposer à leurs clientèles. Sans doute, les espoirs qu’elle avait engendrés, les attentes qu’elle avait suscitées durant cette folle décennie des années soixante, étaient trop grands. Le soufflé retomba au fil des deux décennies suivantes. Il fallut attendre la fin de la guerre froide et la chute du mur de Berlin pour voir le fantasme d’un gouvernement mondial par les machines ressurgir chez les élites dirigeantes.

À cette occasion, l’appellation cybernétique fut remplacée par celle d’intelligence artificielle. Cela permettait aux théoriciens, qui avaient échoué dans un premier temps à conquérir les esprits, de se présenter à de nouvelles générations avec un sens apparemment neuf, pour prendre un nouvel essor. La linguistique américaine avait entre-temps imposé les nouvelles théories de la communication issues de Palo Alto, privilégiant la relation au contenu et le tout communication au tout politique ; les notions de management s’étaient imposées dans la vie politique, médiatique, industrielle, économique et culturelle. L’opinion était prête.

D’autant plus que l’expression intelligence artificielle avait quelque chose de plus convivial que le mot cybernétique. Ici, pas de notions indélicates de contrôle ni de gouvernement à première vue, mais celle d’une assistance, presque bienveillante, d’une aide à la personne. C’est, bien sûr, oublier les nombreuses utilisations des IA sur les terrains sécuritaires, militaires, administratifs, monétaires, où peu à peu leur réalité de systèmes de pilotage, de contrôle, d’attaque ou de défense s’est affirmée sans ambiguïté. Qu’est-ce qu’une IA ? C’est au fond un simple algorithme, c’est-à-dire un système cybernétique qui s’autorégule seul et traite des informations, selon un principe d’input et d’output des plus banals, lui permettant d’acquérir, d’analyser et de décider. En soi, cette modélisation des phénomènes n’est ni bonne ni mauvaise (c’est d’ailleurs le principal argument de Wiener, la fameuse objectivité de la machine), mais devenue système de gouvernance des sociétés humaines, elle a une tendance à l’uniformisation totalitaire.

Avec cette nouvelle appellation, l’utopie cybernétique avait trouvé son mode opératoire pour pénétrer la société par les esprits. Cette utopie n’est au fond qu’une resucée de l’utopie communautariste des encyclopédistes portée par les bénévoles de Wikipédia, sur le principe d’une mise en commun de tous les savoirs et de tous les pouvoirs du monde. Sauf que cette fois-ci, cette mise en commun – qui ne sert que de paravent à la prise de contrôle des données par les gouvernants – est réalisée par un opérateur censé être objectif et infaillible : la machine, derrière laquelle les gouvernants réels se cachent évidemment.

Ce transfert d’autorité de l’homme à la machine suppose l’application d’une loi très simple : la mise au pas égalitaire de chaque individu devant le vertueux nouveau chef d’État, chef de famille, professeur, médecin, soldat, journaliste, traducteur, compagnon, j’en passe et des meilleurs. L’idéologie cybernétique est profondément égalitariste. Elle suppose en effet la partition de la société en micro-communautés réunies en réseaux, et capables de s’autoréguler selon des normes prédéfinies par d’autres. Comprenons bien : dans le monde réel, nous sommes des personnes autonomes. Dans la cité cybernétique, un citoyen n’est plus qu’un ensemble de données spécifiques, s’autorégulant à l’intérieur d’un système englobant tous les autres citoyens, réduits eux-mêmes à des données. Des éléments de langage comme village global ou démocratie planétaire furent chargés de qualifier cette utopie.

 
 

C’est ainsi qu’une IA nous perçoit : un corps d’interactions enregistrées, de déplacements géolocalisés, de dépenses contrôlées, sans compter des données médicales, civiles, religieuses et judiciaires, ensemble qu’on pourrait nommer un profil. Tout l’enjeu de ceux qui pilotent cet univers cybernétique est de ne laisser d’autre marge de manœuvre à la personne que celles qu’on accorde à son profil. De ce point de vue, la période de confinement a été un excellent test pour évaluer la capacité d’adaptation des populations à ce type de réduction de l’une à l’autre.

Pour que la volonté d’une personne se conforme à celle de son simple profil, il faut un endoctrinement constant, lequel ne prend plus la forme d’un apprentissage intellectuel long, coûteux et fastidieux, comme ce fut le cas avec les idéologies traditionnelles. Plus subtilement, l’endoctrinement à la cybernétique de chacun passe par l’adoption d’une relation quotidienne avec la machine, relation si intégrée à la survie existentielle qu’elle en devient le fondement. Le smartphone, par ses constantes mises à jour, ses diverses sollicitations, ses nombreuses applications et ses multiples usages, aura joué dans ce mode de conditionnement un rôle aussi discret que fondamental. Le citoyen cybernétique se trouve dorénavant circonscrit par un entourage capable de façonner son esprit, guider ses déplacements, orienter ses achats, modeler ses désirs, gérer ses divertissements tout en mémorisant les interactions de plus en plus réduites qu’il conserve avec le monde réel.

En Corée du Sud, récemment, une IA androïde nommée Gabi a été intronisée moine dans l’ordre Jogye, la plus grande école de bouddhisme du pays (voir photo). Produit par la société chinoise Unitree, vêtu d’une robe traditionnelle blanche et safran, Gabi a dû promettre de vouer sa vie à Bouddha en diffusant les enseignements du Bouddha aux fidèles, afin de soulager les vrais moines, sinistrés par la crise des vocations. D’une hauteur de 1,32 m, d’un poids de 35 kg, d’un prix de 13 500 $, Gabi s’est plié à la cérémonie qui l’a ordonné moine bouddhiste avec l’humble simplicité d’un novice…

La société chinoise Unitree a également façonné pour l’université de Kyoto, au Japon, un autre humanoïde monacal, baptisé Buddhabot (de Buddha et bot, robot). Buddhabot donne lui aussi des conseils spirituels et assure de sa bienveillante présence les fidèles. Nathalie Simondon, fille de Gilbert Simondon (1924-1989), l’un des théoriciens français de la cybernétique, a déclaré à son sujet : « Il s’agit ici en réalité d’interroger un système informationnel et non un homme vivant, dont la parole est légitimée par de longues heures de méditation et une expérience vécue de la transcendance. Il n’y a pas chez le robot d’épreuve existentielle, de vraie vie spirituelle, seulement un discours automatisé. » Un discours automatisé peut donc se substituer, selon elle, pour réciter et commenter l’imposant corpus bouddhique, à un être vivant, dès lors qu’il fournit des réponses contextualisées aux questions qu’on lui pose. Autoapprenant, Buddhabot est aussi capable d’accomplir à moindre coût pour les familles des rituels religieux funéraires. Le Japon est confronté au vieillissement de la population et au dépeuplement rural ; aussi ces robots moines apparaissent comme des solutions pour maintenir des communautés religieuses et des cérémonies traditionnelles.

Le monde chrétien se croit-il protégé de ce genre de folies ? Rappelons qu’à Wittemberg (Saxe-Anhalt), l’Église protestante évangélique de Hesse et Nassau, qui célébra en 2017 les 500 ans de la Réforme protestante, engagea un pasteur robot bien nommé BlessU-2, qui souhaitait aux fidèles la bienvenue en leur demandant s’ils préféraient recevoir une bénédiction avec une voix d’homme ou de femme. De sérieux théologiens se demandèrent à l’occasion si une machine pouvait ou non bénir un humain. Pour le roboticien Masahiro Mori (1927-2025), l’un des pionniers de la robotique japonaise, la réponse est sans aucun doute positive : en référence au grand poète et maître zen Dōgen (1200-1253), qui affirmait que la nature de Bouddha était partout, il estima en effet qu’elle peut aussi bien se trouver dans un algorithme mathématique que dans l’acier luisant d’un robot…

Quel tyran, quel dictateur, quel antéchrist de l’ancien monde aurait eu l’audace de rêver à un tel outil pour asseoir sur l’humanité sa totale et constante domination ?

G. GUINDON


 

1 Norbert Wiener, mathématicien juif américain qui se revendiquait héritier et descendant du Maharal de Prague, un rabbin du XVIe siècle influent dans la kabbale et dans la cour de Rodolphe II. Familier des rencontres de Macy, auteur de God and Golem Inc., il fut le principal théoricien de la cybernétique.

 

Ouvrir les bocaux de verre récalcitrants…


Cela nous est tous arrivé. Un couvercle de bocal de confiture, de cornichons, d’olives, etc., résiste à nos efforts. A tel point que notre poignet peut en souffrir. Voici une astuce susceptible de vous aider.
Posez le bocal à l’envers sur la table (le couvercle se trouve en contact avec la table), et donnez une petite « fessée » sur l’envers du bocal (sans vous faire mal à la paume de la main). La pression conservée dans le bocal va s’échapper.
Retournez le bocal et vous aurez la surprise d’ouvrir la conserve sans difficulté.
Si la difficulté persiste, elle est due à des adhérence de sucre ou autres. Vous pouvez alors « retenter » l’expérience après avoir passé le dessus du bocal sous l’eau chaude.
Je le redis : que les championnes de l’organisation n’hésitent pas à partager leurs trésors d’organisation en écrivant au journal. Partageons nos talents…

Protection de l’enfance :De nouvelles réformes pour pallier l’échec des politiques actuelles ?

Plusieurs réformes de la protection de l’enfance sont en cours de préparation : un projet de loi du gouvernement attendu ce printemps, une proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale sur le volet judiciaire de cette protection adoptée par les députés en janvier 2026 et une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale sur la réparation des préjudices subis par les enfants du fait des services de protection, ainsi qu’un projet de loi du gouvernement déposé le 27 mai 2026 sur la protection de l’enfance. Ce texte propose des mesures pour faciliter l’accueil des enfants par des tiers de confiance, mieux contrôler les professionnels intervenant auprès des enfants et améliorer le suivi des enfants placés. Ces projets sont issus des travaux de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance dont le rapport a été déposé le 8 avril 2025.

Ce rapport de près de 500 pages constate une politique publique défaillante : depuis 1998, le nombre total des mesures d’aide sociale à l’enfance a augmenté de 44% et s’élève à environ 397 000 au 31 décembre 2023, alors que la population des moins de vingt et un ans n’a augmenté sur la même période que de 1,6%. Les mesures restent très judiciarisées et le modèle français se caractérise par un recours trop fréquent au placement. La France est le premier pays européen à placer ses enfants au lieu de mettre en place une véritable politique de prévention auprès des familles. En outre, le placement a de plus en plus souvent lieu dans un établissement où un enfant peut rester jusqu’à l’âge adulte ; la part de l’accueil familial diminue alors que le placement dans des familles bien sélectionnées est le plus à même de garantir à l’enfant un développement équilibré. Dans plusieurs départements, des enfants continuent d’être mis à la rue à leur majorité quand d’autres sont envoyés dans des hôtels.

Les enfants relevant de la protection de l’enfance sont en moins bonne santé physique et mentale et connaissent davantage l’échec scolaire. Ils ne font pas de bonnes études : 43% d’entre eux ont redoublé une fois, 24% au moins deux fois. Ils sont plus vulnérables face au chômage et à la pauvreté. Ces difficultés coûtent extrêmement cher à la société, que ce soit en matière de santé, de lutte contre la pauvreté ou d’emploi. La revue scientifique médicale britannique The Lancet chiffre à 38 milliards de dollars par an le coût économique total lié aux violences faites aux enfants en France, que celles-ci aient eu lieu ou non dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance.

Environ 45% des enfants pris en charge par la protection de l’enfance sont victimes de maltraitances. Des enfants se suicident ou décèdent, faute d’une prise en charge adaptée ou de la prise en compte de signalements. D’autres subissent des maltraitances de la part d’un service public dont l’objectif est de les en protéger. C’est le cas des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance du département du Nord qui ont été placés hors du département et ont subi les pires violences et humiliations de personnes qui exerçaient illégalement leur activité d’accueil. Des pouponnières en sureffectifs accueillent des bébés dans des conditions inadaptées et indignes, avec des conséquences dramatiques pour leur développement. C’est ainsi qu’est réapparu en France le syndrome de l’hospitalisme : il s’agit d’une dépression qui peut conduire des nourrissons à se laisser mourir.

Le rapport formule 92 recommandations autour de quatre grands axes.

La première porte sur la rénovation de la gouvernance de la protection de l’enfance. Les compétences sont diluées entre de nombreux acteurs (État, département, justice, associations, organismes de placement, aide sociale à l’enfance) et le pilotage de l’État est absent, faute d’une volonté politique et d’une appréhension globale de la protection de l’enfance.

Le deuxième axe est celui du repérage et de la prévention, qui reste un angle mort de la protection de l’enfance. Les difficultés actuelles de cette politique, renforcées par la saturation des structures d’accueil, la conduisent à éluder entièrement la réflexion de long terme sur la prévention. Il faudrait renforcer les moyens de la protection maternelle et infantile (PMI). En matière de mortalité infantile, il y a un peu plus de dix ans, la France était à la sixième place parmi les pays européens ; elle est aujourd’hui tombée à la vingt-sixième. Les bébés en pouponnière n’ont jamais été aussi nombreux.

Le troisième axe est celui de la prise en charge des enfants qui est aujourd’hui inadaptée à leurs besoins. Face à des décisions de justice non exécutées et à des conditions d’accueil souvent indignes, le rapport recommande de renforcer les moyens de la justice civile des mineurs. Les inégalités territoriales sont nombreuses. De nouvelles structures d’accueil devraient être construites en privilégiant les petites unités. Les services de l’État, les régions et les départements devraient accompagner les enfants jusqu’à leur autonomie. Il faut aussi systématiser le contrôle des antécédents judiciaires de toutes les personnes qui interviennent dans le cadre de la protection de l’enfance.

Dernier axe des recommandations du rapport : renforcer l’attractivité des métiers de la protection de l’enfance qui ont du mal à recruter, ce qui donne un taux de vacance des postes de 9%, ce qui entraîne un fréquent recours à l’intérim.

« Une société se juge à la manière dont elle traite ses enfants. » Cette formule, attribuée à Nelson Mandela, trouve une résonance particulière au regard de la mauvaise organisation des services de protection de l’enfance qui est le reflet de l’accueil pour le moins défectueux que notre société réserve aux enfants nés et à naître. Les mesures administratives que proposent les pouvoirs publics ne règleront rien sans une reconnaissance du rôle de la famille comme élément structurant de la société. Nous en sommes encore loin.

Thierry de la Rollandière

 

La petite jupe élastiquée : un intemporel


Chères couturières,
Facile, économique, ajustable tant en longueur qu’en largeur, la petite jupe élastiquée a bien des atouts ! Avec ce patron, vous défiez les plus grandes marques de vêtements pour enfants, tout en habillant vos demoiselles avec décence. Finies les jupettes aux allures de joueuses de tennis, ainsi que les tissus transparents… A vous les cotonnades en été et les velours en hiver !
Le patron est donné en 3 / 4 ans mais le principe est expliqué pour toutes les tailles… De 3 ans à 99 ans ! En jupe de grossesse, vous pouvez prévoir la place de l’élastique par-dessus ou par-dessous le bébé, c’est très confortable aussi.
Bonne couture !
Atelier couture

 

https://foyers-ardents.org/wp-content/uploads/2026/07/58_jupe-elastique_fiche-site.pdf

Hasta luego – Hugues Aufray (né en 1929)

Foyers Ardents n°58 – juillet 2026 43
Hasta luego, à bientôt si Dieu le veut Hasta luego, on se reverra sous peu
On a trois mois de réserves au fond des cales Allez les gars, on va hisser la grand-voile
Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
Toi qui n’as rien embarque-toi avec nous Donne-moi la main car ta place est parmi nous
Hasta luego à bientôt si Dieu le veut Hasta luego on se reverra sous peu
Toi qui as peur cache-toi derrière mon bras Car voici l’heure enfin d’être fier de toi Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
Toi qui doutes regarde-moi dans les yeux Suis ma route elle te mènera vers Dieu
Hasta luego, à bientôt si Dieu le veut Hasta luego, on se reverra sous peu
On a trois mois de réserves au fond des cales Allez les gars on va hisser la grande voile Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
La la la la la la la la la la La la la la la la la la la la