L’écoutez-vous ?


Je ne suis pas graphologue, et n’ai aucune notion de cette science, et pourtant il m’arrive, devant une écriture inconnue, de chercher à deviner quelque chose de la personnalité de mon correspondant. Le psychologue à qui vous montrez les dessins de votre enfant de quatre ans vous fera des remarques surprenantes sur son caractère. Il est bien vrai que tout ce qui émane d’un être le révèle, et plus une œuvre a exigé de talent, plus elle est révélatrice de sa personnalité, de la profondeur de ses pensées. Une cantate de Bach nous fera pénétrer dans l’âme du musicien, la merveilleuse cathédrale Notre-Dame à Paris, si admirablement restaurée, nous révèle de façon éblouissante la personnalité profonde d’un maître d’œuvre au Moyen-Age, mais aussi celle de tant d’ouvriers restaurateurs qui ont réellement mis leur cœur et leur foi dans leur talent pour faire renaître de ses cendres ce fleuron catholique médiéval.

Il en est de même dans la Création tout entière… Comment ne pas y voir des choses extraordinaires sur son Auteur car « les cieux racontent la gloire de Dieu », au spectacle d’une nuit fourmillant d’étoiles ? Les tonnerres déchaînés, la mer en colère ont révélé aux hommes la toute-puissance de Dieu. Sans aller si loin, le regard d’un jeune enfant, parce qu’il est une fenêtre ouverte sur « l’innocence », la pureté, nous touche profondément. La Création tout entière est une confidence de Dieu, encore faut-il savoir lire ces confidences pour les comprendre. Que « d’illettrés », parfois bardés de diplômes, mais absolument inaptes à déchiffrer ce « mot d’amour du Bien-aimé » qu’est une simple fleur sur le bord du chemin.

Une bible en images
Gens mariés, qui vous plaignez de ne disposer que de peu de temps pour prier, approfondir votre foi, vous oubliez qu’il n’y a pas que les livres qui parlent de Dieu ; vous avez chez vous « une Bible en images » si l’on peut dire, et bien facile à feuilleter. Je veux parler de toutes ces réalités familiales que sont les vôtres : l’amour conjugal, la paternité, la maternité, l’enfance, la maison, les événements… Ce que Dieu a trouvé le plus explicite dans le quotidien de chacun pour se faire connaître. Depuis tant de siècles, les écrivains se servent du mariage pour faire comprendre aux hommes à quelle intimité avec Dieu ils sont appelés. « Comme l’épouse fait la joie de l’époux, ainsi tu feras la joie de ton Dieu ». Le père de famille n’est-il pas la meilleure référence que trouve le Christ pour nous faire saisir ce que Dieu est pour nous, et sa grande miséricorde ? « Si vous, tout pécheur que vous êtes, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui l’en prient ! » Et pour nous transmettre le secret d’une vie spirituelle toute-puissante sur le cœur de Dieu, Jésus-Christ nous invite à considérer l’enfance : « Si vous ne devenez semblables à ces tout-petits, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux. »

Vraiment, si vous saviez épeler cette Bible en images qu’est votre vie de famille, combien vous en sauriez long sur la vie intime de votre Dieu, et sur les inépuisables richesses de son amour qui peut, « par sa puissance qui agit en nous, faire infiniment au-delà de nos demandes et de nos pensées ».

Les secrets de la bible en images
Des époux peuvent découvrir, à partir de leur amour mutuel et dans les petites choses de tous les jours, ce que doit être l’oraison, l’action de grâce, un Fiat généreux, la contemplation, la prière de demande ou d’offrande, un instant d’élévation du cœur…

Et voici, saisie sur le vif, la méditation d’un père de famille qui sait déchiffrer dans sa « Bible en images » les leçons divines. Ce jour-là, c’est son petit garçon qui lui a transmis le message :

« Merci, mon petit homme. Je t’aide à apprendre les premières leçons du catéchisme, mais c’est toi qui es mon maître quand, jouant ensemble, je te mets debout sur une table et te dis : « Saute. » Alors tu t’élances dans un grand éclat de rire. Tu sais bien que je t’attraperai au vol.
Le soir quand tu es couché, ce n’est plus ton éclat de rire que j’entends, mais la Voix qui me dit : « As-tu une foi semblable à celle de ce petit ? Que sais-tu risquer pour moi ? Et pourtant mes bras sont tellement plus forts que les tiens… »

Époux chrétiens, « si vous entendez la voix de Dieu, n’endurcissez pas vos cœurs ». Or vous qui êtes mariés, vous ne pouvez pas ne pas entendre Dieu si vous écoutez, car en votre foyer, il vous parle de mille manières.
Mais voilà : l’écoutez-vous ?

Sophie de Lédinghen

 

Antiparasitaires naturels : l’ail

L’une des plantes précédemment citées dans la rubrique des antiparasitaires est une plante que nous connaissons bien et que nous utilisons couramment en cuisine : il s’agit de l’ail.
L’ail est reconnu depuis l’Antiquité comme une panacée chez les Hébreux, les Grecs, les Romains, il était utilisé pour soigner diverses affections : les gousses d’ail broyées faisaient effet d’antiseptique naturel, d’antiparasitaire mais aussi de traitement pour les affections respiratoires et les troubles digestifs.

Composition
L’ail contient des composés soufrés mais aussi du manganèse, cuivre, phosphore, potassium, fer, zinc, sélénium, vitamines A, B6, B9, C et E.
Ces composés sont contenus dans l’Allicine qui se forme lorsque l’ail est coupé cru ou haché. Les propriétés de l’Allicine sont antibiotiques, antivirales, antiseptiques et antifongiques.

Propriétés médicinales

  • Prévention des maux de l’hiver : rhume et bronchite ;

  • Prévention des affections cardiovasculaires par son action sur la diminution du cholestérol sanguin et des triglycérides ;

  • Prévention de l’athérosclérose ;

  • Diminution de la tension artérielle par un effet de vasodilatation ;

  • Diminution du taux de glucose sanguin d’où un intérêt dans le traitement du diabète ;

  • Prévention des cancers digestifs en particulier cancers de l’estomac et de l’intestin ;

  • Effet anti-inflammatoire et antioxydant ;

  • Effet antiparasitaire intestinal : action sur les vers et les oxyures ;

  • Effet de coupe-faim en favorisant la satiété.

Mode d’emploi
En pratique, il suffit de consommer une à deux gousses d’ail cru par jour, dans une salade, haché ou écrasé. La cuisson altère l’Allicine et il faudrait trois fois plus d’ail cuit pour observer les mêmes propriétés qu’avec l’ail cru.

Précautions d’emploi
Il ne faut pas consommer d’ail avant une intervention chirurgicale car il y a interaction avec la prise d’anticoagulant et majoration de l’effet anticoagulant.
Il est à noter que la consommation d’ail cru entraîne une mauvaise haleine : il faut alors mâcher du persil ou de la menthe parce que la chlorophylle contenue dans ces plantes absorbe les composés soufrés qui sont à l’origine de la mauvaise haleine.

En conclusion, l’ail est une plante d’utilisation courante en particulier dans la cuisine méditerranéenne ; elle a des propriétés multiples dont un effet antiparasitaire connu depuis l’Antiquité, mais aussi de nombreuses autres propriétés qui sont utilisées pour les affections courantes de l’hiver et servent à la prévention de ces infections hivernales.

Dr Rémy

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 3)

A la suite des précédents articles publiés sur ce thème1, nous étudions maintenant le 4e geste :
Ecouter sans juger !

« Ecouter. » On approche ici la perle la plus rare et précieuse de la communication entre les hommes sous toutes les latitudes et de tout temps. La vraie, la grande, la généreuse, la véritable écoute. Dans son épître ; saint Jacques donne ce conseil : « Que l’homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère2. »

Et nous ? Sommes-nous celui qui :

  • Reçoit et abandonne ?
  • Reçoit et relativise ?
  • Investit, reçoit, aime et distribue en abondance ?

« Abandonner… » « Relativiser… » « Aimer… » Trois verbes qui révèlent notre aptitude à cet acte de communication majeure concrétisé par l’écoute.

L’exemple de Notre-Seigneur
Pas de plus bel exemple d’approche que le recrutement par Jésus de ses apôtres. Il observe, perçoit les personnalités, et approche des tempéraments tous plus différents les uns que les autres : un saint Pierre énergique et impétueux, un saint Jean, doux et paisible. Il sait les toucher, transpercer leur cœur et leur âme. Il écoute et sauve in extremis celui qui l’implore, parce qu’il sait sonder la profondeur inaltérable des âmes. Il s’adresse à elles et dira à la femme adultère avec amour : « Va et ne pêche plus4

Examinons-nous
On remarque que Jésus en écoutant, nous enjoint avec fermeté : « Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; remettez et il vous sera remis5.» Et comme pour mieux souligner le caractère impératif de cette attention portée à son prochain, Dieu lui-même ordonne : « Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le !6 » Quel exercice subtil et généreux que celui de l’écoute si délicat, et pourtant tellement apprécié par chacun ! Voilà une pratique de plus en plus étrangère à nos mentalités bavardes et peu attentives. Combien de nos contemporains en souffrent-ils secrètement ? Et pourtant, notre cœur, stimulé par notre intelligence, est certainement le mieux à même pour être attentif généreusement.

En pratique, que faire ?
Mais, comment bien écouter pour pouvoir ensuite transmettre les paroles de vérité adaptées à chacun ? Comment s’efforcer d’éviter de porter des jugements ? Comment mettre de côté, pour un moment, son habituel « cadre de références », ses convictions fermes, pour se contraindre à être attentif ? Pour cela il faut déjà comprendre d’où vient celui que nous écoutons, saisir ses souffrances, entendre son avis avec compréhension en vérifiant au besoin que nous avons la même définition des mots, être attentif à ses émotions quand bien même ses propos seraient diamétralement opposés à notre opinion.

Ecouter ainsi implique une vraie discipline personnelle où la raison et l’émotion sont bridées au profit de la sauvegarde impérative de l’écoute avec le souci de chercher à comprendre son interlocuteur au-delà des apparences. Pour cela, apprenons à nous taire pour véritablement accueillir l’autre. Exerçons-nous à acquérir la confiance en nous pour éviter la tentation de la susceptibilité et ne pas nous sentir personnellement concernés par un point de vue aussi contraire nous soit-il. Maîtrisons nos émotions pour être en capacité d’entendre des avis très différents sans nécessairement réagir. La réplique ne favorise pas une écoute constructive. C’est un véritable apprentissage constant de la maîtrise de soi. Aimons et favorisons cet acte de coopération, cet échange d’idées et d’opinions, et montrons-le par notre regard intéressé, notre sourire bienveillant et par toute notre attitude. On le voit, cela n’a rien à voir avec les joutes oratoires, les débats creux, vaniteux que nous offrent les médias singulièrement pendant les périodes électorales.
Ecouter, c’est écouter les âmes. La véritable écoute du prochain est un acte de justice et d’équité consistant vraiment « à traiter différemment ce qui est inégal » selon l’expression de Chesterton. « Comprenez…7 » recommande Jésus ! Là où commence notre jugement (souvent péremptoire) s’arrête notre compréhension. Être sûr d’avoir toujours raison est opposé à la vertu de l’écoute : « Ceux qui ont reçu la semence », précise Jésus « sont ceux qui écoutent8. »

Pour aller plus loin et progresser
Donnons pour terminer quelques recommandations pratiques sur les attitudes à adopter à propos de ce quatrième geste. Remarquons tout d’abord que Jésus regarde son interlocuteur, il ne fait rien d’autre : il est vraiment attentif. Arrêtons donc impérativement de faire ce que l’on fait, surtout si l’on est sur son portable ou son ordinateur. Cette situation est extrêmement désobligeante et pourtant si courante de nos jours ! Voilà un point de vigilance majeur à respecter. Centrions toute notre attention uniquement sur notre interlocuteur et non sur nos propres ressentis ou opinions. Montrons-lui notre attention par une attitude qui manifeste notre intérêt. Repérons ses attitudes « non verbales » souvent révélatrices : clignement des yeux, froncements de sourcils, pincement de nez, etc. C’est en prenant soin de ce comportement volontairement communicatif, que Jésus va au-devant des malades, des enfants, des affligés, des riches. Il anticipe les besoins d’écoute de ses contemporains, avant même qu’ils ne se soient manifestés. Un léger et simple toucher de son vêtement lui suffit pour comprendre l’appel de « l’hémorroïsse9 ».

L’écoute n’est jamais une attitude passive, bien au contraire, elle exige beaucoup d’énergie, de concentration et d’effort d’attention. C’est peut-être une des attitudes communicatives les plus éprouvantes. Le curé d’Ars en savait quelque chose, lui qui restait des heures et des heures au confessionnal. On recommande d’ailleurs à ceux qui pratiquent souvent cet exercice, de suivre l’exemple de Notre-Seigneur, qui entrecoupait sa vie publique de grands moments de prière et de solitude réparatrices. L’écoute est une forme d’ascèse. Elle devrait être une pratique habituelle de tout chrétien qui se veut apôtre de sa foi. Ecouter, en effet, c’est respecter à la lettre le message principal de Jésus : « Il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime10. »

En pratique, il est facile de constater qu’il n’existe pas d’acte de communication plus efficace et surtout plus apprécié que d’écouter son conjoint, ses enfants, ses collègues, ses assistants et ses supérieurs.

RESOLUTION PRATIQUE : Ecouter sans me laisser tromper par des jugements téméraires. Pour m’y aider, je prends modèle sur le comportement qu’eut Jésus avec Nicodème et la Samaritaine.

ENGAGEMENT SPIRITUEL : une dizaine d’AVE – 4e mystère joyeux – Le recouvrement de Jésus au temple. « Ecouter et comprendre ». Les dignitaires du temple écoutèrent attentivement un enfant qui n’avait que douze ans ! Certains d’entre eux comprirent qu’ils faisaient là une rencontre exceptionnelle. « Qui est cet enfant ? » Pour le savoir, il faut écouter au-delà des apparences, ouvrir en grand l’intelligence de son cœur.

Frère Charles de Foucauld (cordigère capucin)


1 FA 54 : introduction et 1er geste, « Faire le 1er pas »
FA 55 : 2e geste, « Demander service »
FA 56 : 3e geste, « Donner de son temps »
2 Saint Jacques I, 19.
4 Jn 8, 11
5 Lc 6,37
6 Mc 9, 7
7 Mt 13,18
8 Mt 13 ,23
9 Lc 8, 43, 48
10 Jn 15, 13

 

Le peuple bâtisseur

Peu de gens savent comment nos anciens ont élevé à la gloire de Dieu les innombrables églises romanes qui dressent encore leur clocher dans beaucoup de nos villages. Bienheureux XIIe siècle qui fut témoin peut-être du plus grand foisonnement de constructions religieuses de toute l’histoire de l’humanité ! Ne vous êtes-vous jamais demandé comment de si petits villages pouvaient s’enorgueillir d’avoir en leur centre une église romane si imposante ? Dans un pays de laboureurs, d’où venaient les milliers de bâtisseurs qui ont élevé les cathédrales gothiques dans le cœur des villes ? Les bâtisseurs des cathédrales sont les fils des bâtisseurs des églises romanes de nos villages.
En ces temps pas si lointains aux yeux de Dieu, le christianisme avait achevé de conquérir les cœurs dans toutes les campagnes. La sainte religion imprégnait toute la société. Le paganisme avait été chassé. Les grandes hérésies des premiers siècles achevaient de s’éteindre. L’Eglise, portée par l’élan de ses saints, guidée par la foi forte de ses papes et des évêques, nourrie de la prière et du travail de ses moines, protégée par l’épée du roi, irriguait toute la France. Comme un aimant dans la limaille de fer, elle ordonnait chaque élément en un ensemble harmonieux. Oh non, tout n’était pas parfait. Loin de là ! Mais il y avait une lumière qui éclairait le monde sans obstacle. Dieu, dans sa bonté, permit que le climat fût plus clément, la paix capétienne permettait au peuple de France de prospérer. Alors, le miracle advint !


Renaud était fils de laboureur, comme beaucoup de son siècle. Le jeune garçon qu’il fut avait poussé la charrue dans les champs et fouetté les bœufs pour que le soc fendît la terre. Il avait jeté à grandes poignées la semence dans les sillons, comme autant de vœux tournés vers le futur. La terre était son monde. Jusqu’à cette année-là : sur le chemin, le jeune Renaud aperçut une petite troupe. Ils étaient bien trente. Il reconnut aussitôt Gilbert, le fils de la ferme du Pont ; Aude, Jeanne et le Grand Jacques, de la ferme du Grand-Chêne ; Geoffroy et Thibaude, avec leurs deux jeunes bambins, qui venaient du hameau de l’autre côté du bois. Il y avait aussi Aubin, Benoîte et Germaine, des Hauts-Champs ; Robert, de la Source ; Jean, le fils du vannier ; Michel, celui du tanneur ; Paul, celui du maréchal-ferrant ; Pierre et André, les deux jeunes fils des Peupliers ; Agathe et Lucie, les filles du meunier. Et ils chantaient tous, allant de ferme en ferme en récitant tantôt un salve, tantôt un ave, tantôt un psaume, tantôt une chanson du pays, ils chantaient pour que tout le monde les rejoignît et allât avec eux jusqu’au bourg pour y bâtir une église.
Comme dans tous les villages du pays, les campagnes chantaient sur les chemins, poussant leurs chariots et leurs marmots, pour élever les églises de pierre. Renaud avait quinze ans. Le grand Jacques le héla :

  • Renaud ! Viens avec nous ! Nous allons bâtir une église pour le Seigneur Jésus !
  • Une église ? Mais nous en avons déjà une !
  • Oui, mais une petite église de bois. Non, Renaud, nous parlons d’une église de pierre, une vraie église, répondit le grand Jacques, le regard vif, pétillant.

Derrière lui, la jeune Aude ajouta :

  • S’il te plaît, Renaud, nous avons besoin de toi ! Tous les autres villages construisent eux aussi une nouvelle église. Viens ! Pour Dieu !


Cela était si vrai ! Dieu aimait les hommes. Et les hommes ne lui érigeraient que des temples de bois ? Les temps de disette étaient finis, les campagnes débordaient de vie et de foi, le temps était venu de rendre à Dieu un vrai témoignage de reconnaissance pour tous ses bienfaits et de bâtir des églises de pierres à la place des églises de bois, pour l’éternité. Alors Renaud se tourna vers son père. Le vieux laboureur lui sourit, et tout en l’embrassant, la voix brisée par l’émotion, lui souffla :

  • Va, fils ! Pour le Seigneur Jésus !


Alors, le cœur dilaté par la joie, le jeune garçon rejoignit la troupe et mêla sa voix à leur chant :

Debout peuple de la terre,
Elève face au ciel tes églises de pierre !
Debout peuple de laboureurs,
Dresse la demeure de ton honneur.
Debout peuple en prière,
Bâtis les temples de lumière !
Debout peuple du divin amour,
Touche le ciel de tes hautes tours !
Debout peuple de France,
Construis les palais de l’Espérance.


Le beau XIIe siècle chantait tandis qu’il érigeait ses clochers au-dessus de ses champs de blé, tandis qu’il élevait ses grandes nefs pour envelopper le mystère divin de la messe. Chaque village se dota de son église romane, même les plus petits hameaux eurent leur chapelle, avec son abside ronde tournée vers l’Orient. Les volontaires se rassemblaient sur la place du village, les chariots en cercle. Puis, au rythme des heures de prières, ils travaillaient. Tout le peuple de France se leva dans un élan spirituel, spontané, gratuit, inouï, pour bâtir ses églises. Jamais depuis l’origine du monde une telle chose ne s’était produite et ne se produisit depuis.


En 2026, nous sommes les héritiers de ce peuple bâtisseur. Dans nos cœurs, dans nos familles, autour de nous, érigeons les cathédrales de la Charité !


Louis d’Henriques

Eduquer, c’est transmettre

 

Transmettre est une manière d’aimer ; aimer ce qu’on transmet et aimer celui à qui on transmet… Sans la transmission nous serions toujours à l’âge de pierre. Nous avons un devoir de transmettre non seulement notre savoir‑faire, mais aussi notre « savoir‑être ».

Importance du climat

Lorsque nous voulons faire pousser une graine, que faisons‑nous ? Agissons‑nous sur le germe ? Non, il renferme mystérieusement toutes ses capacités. Il faut essentiellement un climat : pluie, vent, soleil, froid, chaud, jours et nuits avec leurs alternances permettent le développement des possibilités contenues dans le germe. Grâce aux racines, secrètes, cachées dans la terre, grâce aux feuilles, le germe puise dans l’invisible et le visible tout ce qui s’offre de propice à son développement. On pourrait presque dire : telle est la terre, tel est l’air, telle sera la plante.

Il en est de même en éducation. C’est le climat familial qui orientera le tout jeune enfant ; et l’élément indispensable au climat : la Foi. L’enfant possède en lui d’immenses possibilités que l’on peut imaginer au point de vue de son corps, mais nous les ignorons au point de vue de son âme. L’art consistera, pour le corps, à l’entourer des soins qu’une mère sait prodiguer à son tout petit ; et pour l’âme, à mettre une atmosphère au foyer afin que l’enfant y pui-sse l’invisible et le visible par cet instinct merveilleux dont l’a doué le Créateur. Le jeune enfant n’est guère sensible au raisonnement ; en revanche, avec quelle finesse il surprend les moindres intonations de la voix ou les expressions du visage !

Les paroles de semonce, extérieures à l’enfant, le touchent peu, contrairement aux actions de ses parents, aux attitudes, reflets de leur foi qui l’imprègneront des substances nécessaires à son bon développement. Ce qu’est notre cœur, ce qu’est notre foyer, voilà ce que seront nos enfants. Pour sa famille, la mère est « ministre de la Joie », son sourire fait plus de conquêtes que tous les discours, il est le reflet de son cœur. Une joie rayonnante est le premier aspect d’un foyer profondément chrétien.

Plus le foyer sera attirant, rayonnant de toute sa foi, plus le père pourra obtenir de tous les renoncements nécessaires et souvent générateurs de dépassements. Le foyer doit rechercher son épanouissement : la joie de surmonter les difficultés, la joie d’un effort commun. On pourrait même oser dire que le triomphe d’une famille serait d’être très aimée par des enfants qui ne sont jamais gâtés, et qui aiment donc leur foyer pour des raisons supérieures aux avantages matériels qu’ils en tirent. Le premier dépôt fait aux parents chrétiens n’est‑il pas de transmettre le trésor de leur foi catholique ?

L’histoire

Il est très amusant, pour des enfants, d’entendre leur père ou leur mère raconter leur enfance. Et oui, Papa et Maman ont été, eux aussi, des enfants ! On remonte parfois à plusieurs générations en arrière, pour expliquer qu’en partant en vacances, on se serrait à l’arrière de la voiture pour faire rentrer tout le monde, et qu’il n’y avait même pas de siège‑auto, ni même de ceintures de sécurité. Mais à cette époque‑là, les voitures roulaient beaucoup moins vite !

L’histoire, celle de la famille que le père ou la mère raconte au fur et à mesure des occasions, celle de la terre où l’enfance a pris racine, où sont ancrés les souvenirs, les habitudes, les traditions, un patois, une manière de vivre, une maison chaleureuse où les grands‑parents peuvent encore accueillir… Tout cela forme des racines à l’histoire de l’enfant qui s’attachera, lui aussi, à ces liens qui le rassurent.

Il y a aussi les récits de l’Histoire Sainte, la Création, Adam et Eve, Noé, Moïse…. La Sainte Vierge, Noël, quelques miracles, la Passion que l’on aura racontée dans une belle Michèle de Pain bien illustrée. Le calendrier liturgique sera une bonne occasion d’enrichir ces récits chaque année.

Un jeune enfant aime les histoires, entre 3 et 8 ans il est doté d’une excellente mémoire et aime qu’on les raconte toujours « de la même façon », mais on peut à chaque fois y ajouter quelques informations supplémentaires et enrichir le vocabulaire du récit.

Apprendre à aimer son pays

C’est aussi le bon âge pour lui raconter l’histoire de son pays : Clovis, Charlemagne, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV, quelques scènes des guerres de Vendée… Il ne s’agit pas encore de tisser un lien chronologique entre ces scènes, l’enfant n’est capable que d’écouter une histoire qui ravit son coeur et son imagination. Ces récits éveilleront en lui l’amour de son pays, à travers la grande Histoire où Dieu est le premier personnage.

Le goût du livre

L’enfant qui voit ses parents lire des livres, et auquel on aura raconté de belles histoires, et offert de beaux livres avec de belles images, prendra tout naturellement goût à la lecture. Il sera curieux de découvrir et d’apprendre par lui‑même. Il recherchera de quoi enrichir ses petites connaissances par de beaux récits historiques ou littéraires, en s’attachant à la langue française ainsi qu’à tout ce qui aura fait la gloire de son pays, et peut‑être aussi la valeur de certains membres de sa famille. Il a besoin, pour se construire, d’admirer, d’aimer et de respecter sa patrie, ainsi que l’histoire de sa famille.

L’histoire d’un peuple ne s’apprend pas seulement dans les livres ou sur les bancs de l’école, mais « sur les routes de France, dans ses hauts lieux, dans ses pèlerinages, à Reims où furent sacrés nos rois, à Rouen où Jeanne fut brûlée, le long de nos calvaires et de nos cathédrales. C’est ainsi qu’un peuple apprend sa race, son sol, son histoire. Pour aimer un pays, il faut le connaître charnellement1. » Profitons donc des vacances ou d’un déplacement en famille pour visiter nos belles régions de France, et tout ce qui a contribué à la puissance de notre pays, des forteresses médiévales dominant les collines aux palais raffinés si bien mis en valeur au cœur de leurs jardins à la française. Allons respirer l’air parfumé de thym dans la garrigue aussi bien que l’arôme des sapins dans la forêt vosgienne. Il est si vrai que pour aimer, il faut d’abord connaître et admirer !

Sophie de Lédinghen

1 G. Le Bourgeois