Notre combat pour le règne de Jésus Christ   dans nos familles

L’histoire a prouvé que tout est à ceux qui sont au Christ. Hélas, elle montre aussi que depuis deux siècles, la France, mais aussi beaucoup de pays d’Europe et même du monde entier, ayant renié leur Créateur, ont tout perdu, comme l’enfant prodigue ! Heureusement, nous savons que les moyens d’obtenir une résurrection sont à notre portée, et plusieurs papes ont prophétisé que la France se relèverait. Mais Dieu respecte notre liberté et attend que nous affirmions sans fausse honte notre foi en prenant les moyens nécessaires pour « tout restaurer dans le Christ ».

Nous savons combien la ruine de la famille a été promulguée par les lois opposées à la doctrine de l’Eglise : ne plus respecter la vie, favoriser le divorce, prôner l’égalité homme-femme…on a tout mis en œuvre pour oublier les enseignements laissés par les parents, et bafouer l’héritage moral et matériel de ce qui constitue la famille. En un mot, tout l’ordre voulu par Dieu dans notre société a été banni !

Nos ennemis savent bien, eux, que la force et la prospérité d’une nation est la puissance de ses vertus morales, et que c’est l’éducation familiale qui soutient les traditions et les maintient. Quoi de mieux pour eux que de faire perdre au peuple ses traditions et son idéal ?!

L’abolition de ces lois révolutionnaires doit passer par la renaissance des traditions familiales qui permettent de raviver un esprit de famille contre cet esprit d’individualisme qui éloigne notre société de son but réel : tourner les âmes vers Dieu.

Mais alors comment s’y prendre pour restaurer le règne de Jésus-Christ dans nos familles ? Je dirais que cela tient essentiellement en deux mots : Ora et Labora[1].

Ora :

Outre la connaissance et le respect de la doctrine de l’Eglise qui, à l’image de Jésus-Christ, « rend témoignage à la Vérité », le domaine de la prière offre des moyens innombrables. On y trouve évidemment le chapelet quotidien en famille ou le quart d’heure d’oraison quotidien. Mais deux moyens supplémentaires et recommandés par l’Eglise sont là pour nous aider : la consécration des familles au Sacré-Cœur demandée par Notre-Seigneur à sainte Marguerite Marie, et la consécration au Cœur Immaculé de Marie sollicitée par la Sainte Vierge auprès des enfants de Fatima.

Labora :

C’est une doctrine constante de l’Eglise que la nécessité d’unir prière et travail. Impossible de dire ici tout ce qu’il est possible ou même simplement nécessaire de faire. L’abbé Augustin Lémann nous dit que « les deux premiers moyens à employer pour obtenir la guérison d’une nation aux prises avec la mort sont la prière et la pénitence ». Or, à Fatima, Notre-Dame nous dit clairement que la pénitence qu’elle souhaite pour nous, c’est l’accomplissement de notre devoir d’état. Et notre devoir d’état aujourd’hui est d’exercer pleinement toutes nos responsabilités dans tous les domaines qui nous concernent directement : nos familles, nos écoles, nos paroisses, notre travail, ainsi que les groupes que nous côtoyons : associations, groupes d’amis…

Pour agir il faut avoir lu la position des enseignements de l’Eglise sur la famille, le choix des écoles, ce qui concerne la vie…et la mort, etc…afin de la vivre toujours plus parfaitement et de pouvoir en témoigner.

Occupons-nous d’abord de notre prochain avant de nous lancer dans une charité lointaine…

Travaillons avec humilité : certes il s’agit là de contribuer à établir le règne du Christ, tâche parmi les plus nobles qui soient ; mais n’oublions pas que notre rôle se rapproche plus de celui du petit âne portant le Christ le jour des rameaux que de celui de son auguste cavalier. En effet, que penserions-nous si le petit âne, tournant la tête à droite et à gauche, opinait pour recevoir les hommages adressés à Notre Seigneur ?!

Ensuite, peu importe que nous soyons nombreux à œuvrer pour le règne du Christ ici-bas, ne nous en préoccupons pas : Dieu ne veut pas le nombre, Il veut notre foi. Que cela ne nous décourage pas ! Les apôtres n’étaient qu’une poignée d’hommes, et voyez comme ils ont évangélisé le monde…

Sachons aussi être patients et persévérants…les résultats se font parfois attendre, mais nous ne travaillons pas que pour nous : Dieu a le temps ; Dieu est hors du temps. Et par la communion des saints, rien de ce que nous faisons n’est perdu.

Ainsi le remède est simple, mais Dieu respecte la liberté des hommes et n’agira que si nous agissons. Il ne nous demande pas de faire des choses extraordinaires mais plutôt de « faire extraordinairement les choses ordinaires » ! Nous avons des raisons d’espérer, nous devons les rechercher, car plus nous aurons de raisons d’espérer, plus nous aurons la force et le courage de nous battre ! Le monde passe, la terre tourne, mais Dieu reste. Non seulement le catholicisme traverse le temps, mais aussi il s’impose universellement, non par la force ou le volontarisme, mais par le Vrai, le Bien et le Beau qu’il contient et qu’il engendre. La nature même du christianisme est de s’incarner dans l’humanité et de relever le monde, de rétablir la création dans la Vérité. Tel est le salut apporté au monde par le Christ Roi.

Mettons-nous donc à genoux, consacrons-nous de tout notre cœur au Sacré Cœur et au Cœur Immaculé de Marie, puis accomplissons humblement notre devoir d’état en disant haut et fort :

Règne à jamais le Christ notre Roi dans nos âmes, nos œuvres et nos familles !

Sophie de Lédinghen

(Inspiré en partie des revues de l’Action Familiale et Scolaire n°162 et 225).

[1] Devise bénédictine

Soyons de bons époux si nous voulons être de bons parents

            Il est facile pour des jeunes mariés de se consacrer mutuellement de l’attention et du temps…ils sont seuls !  Ils se regardent avec tendresse, guettent la moindre attention à se donner et saisissent toutes les opportunités pour se rendre service…sans jamais se lasser ! Ils se disent alors que le mariage est une chose merveilleuse et que, en ce qui les concerne, il est même une réussite !

   Les années passant, la famille s’enrichira peut-être d’un, puis de plusieurs enfants qui viendront inévitablement… perturber ?… non, le mot est mal choisi ! Disons plutôt : transformer le petit rythme confortable de ces premières années.

            Le quotidien de madame est alors bien affairé, la journée est fractionnée au rythme des biberons et repas… en une cadence aussi régulière que redoutable…et qui dit repas dit courses…et donc sortie en voiture jusqu’au supermarché …avec les petits qui ne peuvent rester seuls ! Et dès le retour il faut vite……….non, je ne vous détaillerai pas ici le quotidien d’une jeune maman, vous ne le connaissez déjà que trop bien : il se résume en un marathon quotidien d’une pièce à l’autre, d’un enfant à un autre….

-Et le mari dans tout ça, me direz-vous ?

-Le mari ?…Ah oui, le mari !…

Eh bien le pauvre mari, quand il rentre de son travail le soir, la tête encore toute pleine de ses soucis professionnels…il retrouve une maison un peu chaotique, des enfants tout excités de le retrouver qui lui sautent au cou, et une petite épouse un peu échevelée qui lui crie du fond du couloir :

-Chéri, tu veux bien vite éteindre le four ? Ça commence à sentir le brûlé !!!

Alors monsieur éteint le four, retire son imperméable, attrape le bébé que sa femme lui tend…et va s’asseoir dans le canapé, le temps de retrouver un peu ses esprits…ce qui peut parfois être un peu long…

Et les années passent, et monsieur et madame sont noyés dans leurs préoccupations ! Elle se consacre essentiellement à ses enfants, oubliant même de recoudre le bouton de la veste de monsieur qui le a lui pourtant signalé il y a…plusieurs semaines ! Et lui, passe ses journées au bureau, et occupe plusieurs de ses soirées entre quelques heures de sport avec des amis et une association caritative au sein de la paroisse.

Bien souvent, la vie de parents éloigne malgré eux les époux ! C’est que dans la journée d’une maman, les enfants prennent souvent plus de 80% du temps et qu’elle en vient trop souvent à négliger son mari, ce qui nuit immanquablement à l’entente conjugale. Le mari, de son côté, a parfois du mal à concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle. Il doit donc veiller à préserver sa famille en ne rentrant pas trop tard le soir, et, autant que possible, ne pas se consacrer à ses affaires professionnelles à la maison. D’autre part, certains maris se désintéressent de l’évolution de leurs enfants et en abandonnent généreusement toute la charge quotidienne à leurs épouses. Voilà un engrenage qui s’installe subrepticement au sein du foyer et finit par effacer soit le rôle d’époux, soit celui de parents…mais alors comment faire ?

Beaucoup ignorent que c’est en étant de bons et saints époux qu’ils seront, de fait, la plupart du temps de bons et saints parents. Ils croient que les enfants seront mieux éduqués s’ils ont l’attention exclusive de leurs parents…sans se douter que, les années passant, cela se ferait au détriment de leur vie d’époux.

Combien de parents, après des années consacrées exclusivement à l’éducation de leurs enfants, les voient soudain quitter le foyer familial et se retrouvent tout désemparés, l’un en face de l’autre…pour prendre enfin conscience du fossé qui s’est peu à peu creusé entre eux deux ! Ils ont été parents … et non plus époux ! Je veux parler ici de vrais époux, qui se disent tout, ont gardé une belle complicité, n’ont jamais cessé de se soutenir  en se réservant des moments bien à eux! Au lieu de cela, ils sont presque devenus des étrangers l’un pour l’autre… et la petite flamme qui les unissait a fini par s’éteindre.

On ne dira jamais assez aux époux qu’il faut entretenir avec précaution et énergie à la fois cet amour mutuel qui les a unis ! C’est chaque jour de notre vie commune qu’il nous faut rester attentif l’un à l’autre, tant sur le plan temporel que spirituel. Un ménage qui ne prie pas ensemble, qui se retrouve le soir sans se donner de nouvelles de sa journée, qui ne se livre rien de ses préoccupations ou tourments, part, petit à petit, à la dérive !

Ce n’est pas toujours simple : les enfants grandissant sont de plus en plus présents, les repas sont pris en commun, il y a encore des devoirs à terminer après le dîner ou pendant le week-end, et nous voulons les superviser. Nos adolescents et étudiants deviennent envahissants, il faut beaucoup parler avec eux, les entraîner dans des activités… et nous n’avons  plus vraiment de temps à consacrer à notre conjoint!

Il est indispensable que les époux aient des habitudes de retrouvailles ! Cela peut être régulièrement (une fois par mois est l’idéal) un petit dîner en tête à tête dans un restaurant tout simple et détendu où l’on pourra refaire le monde et se livrer un peu l’un à l’autre. Mais le temps d’une soirée ne suffit pas pour « tomber les masques » et vraiment se retrouver…il faut partir, sortir de son cadre… oh aucun besoin de s’en aller trop loin ni trop longtemps : quelques jours en visite dans une autre région (et même à l’étranger si l’on veut faire un petit extra à l’occasion d’un anniversaire de mariage, par exemple). Cela permet de découvrir quelque chose de nouveau ensemble, de se reposer et d’oublier son rôle de parents pour se retrouver simplement « nous deux » comme au temps de ses fiançailles ! C’est l’occasion de prendre un nouveau départ, en ayant des conversations de fond qui permettront de rectifier ce que l’on jugera nécessaire.

Dès les premières années de notre mariage, prenons cette bonne habitude de partir ensemble, au minimum tous les deux ans mais chaque année est encore mieux car les jeunes enfants surtout « dévorent » littéralement leurs parents ! Il y a bien quelques grands parents dévoués qui seront ravis de nous permettre cette précieuse escapade…ou de bons amis qui prendront en charge nos enfants et qui nous laisseront ensuite les leurs en échange ! Il y a toujours moyen de s’organiser et sans trop de frais…il faut le décider !

Si vraiment on a des difficultés à se réserver un petit tête à tête pour une raison ou une autre, pourquoi ne pas prévoir une soirée tranquille à la maison, en faisant dîner les enfants plus tôt. Madame prépare un bon petit dîner et installe un joli couvert. Elle met une jolie petite robe pour accueillir son mari…qui lui aura réservé une petite surprise (…que je laisse à votre imagination, Messieurs !) Cela doit autant que possible rester exceptionnel car il est nécessaire de sortir du cadre habituel pour mieux « se retrouver ».

Nous avons une tendance naturelle à nous dire que nos enfants sont notre priorité, surtout nous, les mamans !  Mais c’est l’unité de notre ménage et sa bonne entente qui seront leur meilleur atout. Il n’y a qu’à voir le regard brillant de joie qu’ont nos enfants aussitôt que nous nous manifestons la moindre attention ou tendresse pour nous en rendre compte! Alors, chers amis soyons de bons époux, attentifs l’un à l’autre, patients l’un pour l’autre, pacifiques l’un avec l’autre…pour le plus grand bien de notre famille qui s’en trouvera elle-même plus unie et sainte, en vraie petite Eglise que représente notre foyer.

Sophie de Lédinghen

La délicatesse, racine du bonheur matrimonial

Le cœur humain a besoin de la manifestation de l’affection ; il désire ardemment se sentir aimé. Il est nécessaire de savoir manifester cet amour par toutes sortes de détails, sans grande importance au demeurant, mais si utiles pour maintenir l’unité indispensable dans la vie des personnes qui s’aiment.La vie des époux repose ordinairement sur un panel de manifestations aimables et affectives qui convertissent le foyer en un havre de paix durable.

La délicatesse est un respect profond, presque de la vénération manifestée à chaque instant ; c’est de l’application, du soin, de la courtoisie sans servilité ; c’est une harmonie d’esprit ; c’est encore la sensibilité, la confiance, la simplicité ; l’esprit de service sincère ; c’est une pudeur et une modestie sans hypocrisie…

Nous savons que l’amour conjugal est à la fois physique, affectif et spirituel. Pour qu’il puisse durer, il est indispensable qu’il soit avant tout un amour d’amitié et non pas un amour de concupiscence. Pour avoir un mariage heureux, la question à se poser n’est pas : « Qu’est-ce que l’autre va pouvoir m’apporter ? » mais plutôt : « Qu’est-ce que je vais pouvoir apporter à l’autre ? ». L’amour surnaturel s’allume au foyer de la charité divine, car l’amour est le don total d’un cœur qui appartient d’abord à Dieu. Ce don est le point suprême de l’amour et le secret de sa réussite. La personne mue par cette vertu se donne entièrement, sans compter, sans rien se réserver sinon elle tomberait dans l’égoïsme. Or l’égoïsme tue l’amour, et la vie conjugale consiste à tout mettre en commun.

Si l’on n’y prend garde, il arrive malheureusement que l’affection mutuelle des époux perde de sa force, alors qu’elle devrait grandir au cours des années. Peu à peu augmentent la mauvaise humeur, la susceptibilité, les réflexions blessantes…qui peuvent aller jusqu’à la grossièreté ! Et c’est comme cela que certains foyers qui devraient être un reflet du Ciel, deviennent un enfer…

Pour éviter cette dérive, nous aurons recours à toutes ces petites charités, ces délicatesses de cœur qui serviront de remparts protecteurs. Dans un foyer où l’on s’aime vraiment règnent le respect et l’attention mutuelle.

Ainsi donc, pourquoi ne pas suggérer au lieu de commander ? Inviter au lieu d’obliger ? Et si l’on se donnait un peu de temps pour discuter et écouter l’autre avec attention et intérêt, sans laisser notre téléphone interrompre les moments passés ensemble? Ou encore, au lieu de focaliser sur quelque défaut récurrent, relativisons-le pour apprécier plutôt les qualités que l’on oublie si souvent de remarquer…et, si ce défaut nous dérange trop, dénonçons-le alors avec beaucoup de gentillesse ou un trait d’humour ! Apprenons aussi à nous taire quand il convient, à savoir ne rien rétorquer lorsque l’autre insiste ou s’enferre pour une peccadille ;  à rompre le silence lorsqu’il devient lourd et appelle notre abnégation dans un effort de compréhension; à servir notre plus beau sourire…même en faisant la corvée la plus désagréable ! Cela ne suffit pas toujours de remarquer ce que notre conjoint a fait de bien…mais complimentons-en le, et sachons le remercier d’un bienfait ou service rendu. Oui, cela demande un oubli de soi, une belle humilité…mais n’est-ce pas en devenant vertueux l’un pour l’autre que nous avancerons ensemble vers le Ciel ?!

Les époux attentifs sauront trouver encore une foule de ces petites délicatesses qui, adoucissant le quotidien et entretenant les bons sentiments, ne manqueront de les faire grandir !

Lorsque l’on a des enfants, ceux-ci sont témoins de ce qui  tient, par-dessus tout, l’édifice familial : l’amour de leurs parents ! Si ceux-ci ne s’aiment pas assez, s’ils se parlent sans tendresse, leurs enfants le sentent toujours et en sont malheureux.

Surgissent alors des inquiétudes traduites dans les comportements (tristesse, énurésie, instabilité…), les caprices, les disputes, les difficultés scolaires…cela pourrait même empêcher de s’épanouir une vocation sacerdotale ou religieuse…

Ne nous lassons donc pas, chers époux, d’entretenir cette petite fleur de charité qu’est la délicatesse entre nous. Elle nous demande certes beaucoup de patience et d’attention, mais nous fait tellement  travailler l’oubli de nous-même au profit d’un meilleur don à celui ou celle à qui nous avons dit « oui » pour chaque jour de notre vie ensemble !

Sophie de Lédinghen

La tête et le cœur

Sans doute, l’union vertueuse est difficile, mais en dépit des difficultés, l’union réalisée par le sacrement doit être maintenue à tout prix. Elle est un bien précieux et fragile qu’il ne faut pas exposer aux risques d’une rupture.

La première racine de l’entente est le choix clairvoyant des époux. La vertu doit se greffer sur une harmonie préalable des caractères.

Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire aujourd’hui, l’analyse de la forme des intelligences masculine et féminine ainsi que la perception des différences de comportements de l’homme et de la femme ont suffi à montrer combien les deux sexes sont loin d’être semblables. Leurs différences profondes sont inscrites dans leur nature. En conséquence, les dispositions naturelles des deux époux ne sont pas interchangeables. Il importe aux époux de s’en souvenir pour éviter certaines méprises et pour que chaque conjoint sache comment répondre aux attentes de l’autre.

Le rôle de l’époux :

Jésus-Christ, nous le savons, a transfiguré le contrat de mariage en sacrement, et les époux en image du Christ et de l’Eglise. Le mari, en tant que chef du ménage, doit exercer ce rôle, ce devoir, cette charge envers son épouse et sa famille avec un dévouement comparable à celui du Christ pour l’Eglise. C’est donc de lui que les membres recevront leur cohésion. Il suffit de maintenir l’union pour en récolter les fruits : la paix, la joie, l’ardeur au travail, le courage. Celui qui a cette responsabilité tâchera donc d’améliorer la vie de famille par les moyens qui fortifient l’union. Il les trouvera en priant, en réfléchissant…L’union vit d’entraide généreuse, d’encouragements, de respect et d’estime, de soutien dans la peine ou l’effort, en ajoutant humblement sa part, en oubliant sa peine et sa gloire…l’époux doit servir. Et servir, c’est unir !

Il est vrai qu’il est difficile de rentrer chez soi, fatigué de sa journée ! Voici un époux qui, en se retrouvant chez lui le soir, se réfugie dans un certain égoïsme pour son bien-être : on dirait que lui seul, en famille, est fatigué. Il se plaint et ne s’aperçoit pas de son ingratitude pour les mille services qu’on lui rend… De lui, qui est le père, le modèle, on attendrait un compliment, un remerciement, un dévouement…Mais non. Rentré en sa demeure, il présente à tous le côté de sa sombre nature. Est-ce juste de ne voir que ce qui fait défaut ? Le cœur difficile cesse d’être aimable !

L’autorité a toujours avantage à se faire estimer et aimer, or, l’habitude du reproche ferme les cœurs de l’entourage et ruine l’autorité !

Cher époux fatigué, prenez le temps de relire ce conseil de Pie XII :

« Envers la femme que vous avez choisie pour compagne de votre vie, quelle délicatesse, quel respect, quelle affection votre autorité ne devra-t-elle pas témoigner et pratiquer en toutes circonstances, joyeuses ou tristes !  « Que vos ordres, ajoute saint Augustin, aient la douceur du conseil et l’obéissance tirera du conseil courage et réconfort. »

Le rôle de l’épouse :

Si nous remontons à la naissance même du plan divin, nous lisons dans la Bible avec une clarté qui ne laisse aucune hésitation, que la femme a été donnée à l’homme, expressément comme une collaboratrice. Dieu ajouta que cette aide était semblable à l’homme, et précise : « pour que l’homme ne fut pas seul ». Car « il n’est pas bon que l’homme soit seul ».

« Quel est donc mon rôle ? Mon rôle à moi, épouse, est d’entrer dans l’esprit de mon mari, pour qu’il ne s’agite pas seul au milieu des problèmes de l’action ; d’entrer dans son imagination pour la ramener par ma sagesse aux justes proportions de la mesure, d’où naissent la paix et la force nécessaire ; d’entrer dans son cœur , pour combattre, par mes charmes purs, les fausses séductions du plaisir ou pour adoucir les amertumes et les rigidités du combat ; d’entrer dans sa volonté pour soutenir et calmer, par mon énergie morale, les découragements et les lassitudes de l’effort ; d’entrer dans sa sensibilité elle-même pour la transformer, par ma tendresse, en puissance d’amour et de fécondité, tandis que livrée à elle-même, cette sensibilité serait le plus terrible adversaire de son âme[1]. »

En résumé, le rôle de l’épouse est de combattre constamment un quadruple ennemi, très puissant pour briser la force virile : la tristesse, le surmenage, le trouble et la crainte qui guettent son époux. Par son énergie morale elle saura lui apporter la joie, le repos, la paix et la confiance qui le réconforteront.

Les époux ont donc une mission complémentaire et ont reçu des dons spécifiques pour marcher ensemble sur la route du Salut. Pour qu’il y ait une collaboration intime il ne suffit pas que chacun fasse son travail dans son coin. Elle ne consiste pas davantage à empiéter sur le terrain de l’autre.

Dans le cadre du ménage, pour qu’il y ait harmonie, il convient que les époux s’informent mutuellement de leurs projets ou actions.  Ce sujet de la communication entre époux sera d’ailleurs le thème d’un prochain article …

Collaborer suppose que chacun accomplisse bien son travail, mais également que chacun tienne compte des besoins de l’autre et agisse en conséquence.

« Collaborer, c’est finalement subordonner l’œuvre particulière de chacun à une pensée commune, en vue d’une fin commune » (Pie XII)

Ainsi la collaboration suppose un certain renoncement, elle suppose l’esprit de sacrifice et le souci du bien commun.

Le meilleur  modèle des époux chrétiens reste la sainte Vierge et saint Joseph. Voyez comme saint Joseph contemplait la très sainte Vierge, meilleure, tellement plus sainte que lui ; il vénérait en elle la Reine des anges et des hommes, la Mère de son Dieu ; et pourtant il demeurait à sa place de chef de famille et ne négligeait aucune des obligations que lui imposait ce titre. Marie, quant à elle, est le modèle de l’épouse : toujours docile et attentive à son époux ; ce ne fut pourtant pas facile tous les jours ! Chacun d’entre eux remplissait sa tâche, sans peser sur l’autre et essayait même de la faciliter par son adhésion profonde. On peut dire que si saint Joseph était la tête de sa famille, Marie en était le cœur. Gardons à l’esprit cette image et faisons-en un peu notre devise : à nous deux, mari et femme, soyons réellement la tête et le cœur de notre foyer !

Sophie de Lédinghen

[1] Père F Charmot

Tout nouveau, tout beau!

Le mariage chrétien commence par le consentement mutuel des époux face à Dieu, en présence du prêtre. C’est le début du chemin : tout est joie, optimisme et espérance !

Ils passeront le reste de leur vie à se sanctifier mutuellement en s’efforçant de donner et de recevoir en un effort jamais interrompu ; il y aura des succès et des échecs, des moments de joies immenses et des moments dramatiques. Tout un ensemble de réalités inévitables, mais héroïques et grandes dans la fidélité au quotidien.

N’allons pas croire que l’unité conjugale vient spontanément avec l’engagement matrimonial. Ni qu’une fois réussie, elle peut être conservée par inertie, sans être alimentée, sans lutte ! L’amour n’est pas capable de soutenir ce caractère impérissable que nous voudrions tous trouver en lui. L’amour est comme une plante rare et fragile, exposée au moindre risque, qu’il faut cultiver avec beaucoup de précaution pour qu’elle se développe progressivement jusqu’à atteindre sa pleine maturité et qu’ainsi elle vive vigoureuse. L’amour conjugal doit être soigné avec l’attention d’un bon jardinier qui maintient en parfait état et dans sa splendeur le meilleur de ses rosiers. Il l’engraisse, il le taille, le regarde et se réjouit de la vivacité des couleurs de ses roses ; si elles se fanent trop tôt ou si elles perdent leurs pétales, il en recherche la cause avec inquiétude ; et il travaille pour les conserver vivantes si elles sont malades, car il lui semble qu’avec la mort d’une rose c’est lui-même qui meurt un peu…

Que ne feraient donc pas deux personnes pour maintenir ainsi, frémissant et lumineux, l’amour qui les unit ! C’est une folie de ne pas mettre en œuvre tous les moyens pour garder et augmenter l’amour mutuel, car cela risquerait de les exposer à l’infidélité ou tout au moins à une intolérance sommaire remplie de heurts constants. Le refroidissement de l’amour est un processus subtil, presque insaisissable à ses débuts, qui ne se voit facilement que lorsque la dégradation est importante et semble presque irréparable.

L’amour a ses lois psychologiques qu’on n’oublie pas sans dommage, qu’on ne viole pas sans risque. Citons-en quelques-unes : « Les cadeaux, dit le proverbe, entretiennent l’amour. » Négligence et égoïsme le désagrègent.

Il ne suffit pas d’aimer ses enfants, de se soucier de leur éducation et de leurs études, d’améliorer le standing financier du ménage, d’avoir des ambitions d’avenir semblables en étant plus liés par l’amour commun des enfants que par un attachement mutuel bien vivace et par une exigence actuelle des cœurs…Cela est bien sûr honorable et a une valeur sociale indéniable, mais ce serait ce que nous appellerions des vies « parallèles », non des réussites conjugales. Que de conjoints, sans vivre en guerre l’un avec l’autre, ne connaissent plus les joies d’un amour profond mais les souffrances de la « solitude dans la cohabitation » !

L’amour conjugal, dans tous les foyers, subit plusieurs mues. Après deux ans, après dix ans,… il est différent de celui du temps des fiançailles. Cette transformation est inéluctable et nécessaire. Elle peut représenter un enrichissement qui entraîne un approfondissement de l’amour, ou par manque de vigilance, amorce un désenchantement et un détachement…

Il en est de même dans toute vie : l’entrée dans une nouvelle maison qu’on a fait construire à son goût, un nouveau pays que l’on visite, un nouveau poste que l’on occupe, une nouvelle toilette que l’on étrenne…tout cela présente au cœur humain la joie des printemps. Et pour un temps, mais pour un temps seulement, la possession comble les rêves. Madame est heureuse dans sa nouvelle vie, chez elle, avec son organisation à elle…Monsieur s’épanouit dans son nouveau travail avec de nouvelles responsabilités qui le valorisent…mais peu à peu se perd le charme  des choses neuves et, si l’on n’y a pris garde, s’introduisent sournoisement l’accoutumance, la monotonie, précurseurs de la lassitude, de la satiété et de l’ennui.

Les coloniaux sont unanimes à souligner le caractère pénible des régions équatoriales, non pas seulement à cause de la chaleur, mais surtout de l’immuable régularité de la durée des jours et des nuits. A six heures du soir, tous les jours de l’année, avec à peine quelques minutes d’écart, la nuit tombe ! Cette régularité se fait vite lassante et même énervante au point que ce que l’on pourrait penser n’être qu’un petit détail, devient un élément des plus pénibles de la vie sous l’Equateur.

Nos journées ne se déroulent sans doute pas avec cette régularité  et divers événements (difficultés financières, petits heurts de caractère, naissance d’un enfant…) viennent heureusement mettre leur petit ou leur gros grain de sel dans le menu conjugal !

Ne laissons pas les années endormir notre amour mutuel, réveillons-le notamment par un regain d’attention l’un pour l’autre, n’hésitons pas à « casser » la monotonie du quotidien pour faire une sortie ou une activité à deux, en dehors de notre cadre habituel …Le mariage est une conquête de chaque jour, nous le savons bien ! Ce n’est pas toujours si simple, me direz-vous, entre la fatigue, les soucis… Oui, mais n’oublions pas que nous avons la chance d’être deux pour porter ensemble les choses difficiles autant que les plus agréables, nous avons des grâces pour cela et ne nous lassons jamais de les demander ! Sachons aussi trouver la petite idée qui mettra un peu de nouveauté dans notre existence : une complicité…un bouquet de fleurs… un bon dessert…un petit geste affectueux…et soudain tout va mieux !

Sophie de Ledinghen