Bientôt la retraite… !

           Certains la voient venir avec appréhension… Quand d’autres l’attendent avec grande impatience : comment allons-nous la vivre, allons-nous supporter de nous retrouver à deux tous les jours, c’est la dernière partie de notre vie, à quoi allons-nous nous occuper ?

 

           Bien souvent l’épouse a pris des habitudes d’organisation de sa maison ainsi que la direction, plus ou moins autoritaire de son petit monde : elle règne en maîtresse sur son domaine ! Tandis que son mari, chargé de responsabilités professionnelles souvent plus lourdes en fin de carrière, et dirigeant, la plupart du temps ses équipes autant que des réunions quotidiennes, va soudainement se retrouver « vissé » à la maison et quelque peu désœuvré ! Ainsi faudra-t-il que les deux époux, du jour au lendemain, cohabitent toute la sainte journée sous le toit familial !

La vie nous a déjà souvent demandé une nouvelle organisation : notre mariage, la venue progressive des enfants, les mutations professionnelles, les déménagements… La grâce aidant, nous y avons toujours fait face ! Nous saurons bien encore faire front à cette étape-là, surtout si le bon Dieu nous a permis d’être encore à deux pour la franchir !

 

  Avec l’allongement de la durée de vie, des retraités d’environ 65 ans sont, aujourd’hui, encore pleins d’énergie et peuvent entreprendre quantités de projets. Si les époux sont restés bien unis toute leur vie dans leurs activités, leurs conversations, en pratiquant des dévouements communs, leur nouvelle vie de retraités devrait se faire bien naturellement car ils ont déjà travaillé cette union totale toute leur vie, se sacrifiant pour le bon plaisir de l’autre, guettant une petite joie à lui offrir…un simple regard suffisant parfois à savoir ce que l’on pense ou souhaiterait.

 

  Malheureusement, trop souvent, la vie peut avoir séparé les époux (trop de place laissée à la vie professionnelle, les épreuves familiales, les divergences dans l’éducation des enfants, un certain égoïsme favorisé par un matérialisme outrancier ou un confort financier…) et on a pris des habitudes de solitude, on ne se parle plus, on ne fait plus aucun effort pour l’autre. La retraite vient à point pour aider à se retrouver en sortant de soi-même !

 

  Le cap est délicat, il s’agit de vraiment décider ensemble de se retrouver pour ces 25 années peut-être encore ensemble ! Un nouvel équilibre à deux est indispensable, il s’adapte à chaque ménage. A ce dernier de saisir cette occasion de se redonner une chance pour le bien supérieur de toute sa famille, comme une sorte de « bouquet final » et pour le virage final de leur mariage.

 

  Les enfants sont partis, et cela a été douloureux, surtout pour l’épouse qui s’est soudain sentie plus désœuvrée et inutile, particulièrement à cet âge sensible de l’évolution de son horloge biologique, et souvent de la perte de ses propres parents. Son mari ne s’en est pas vraiment rendu compte, lui aussi a eu « ses deuils », quitter son travail, ses responsabilités peut entraîner une déprime qui mène à la tristesse, à la maladie, un sentiment de rejet de la société. Il peut être difficile de se remettre en cause pour une nouvelle organisation où chacun des époux trouve sa place pour un équilibre à deux. C’est le moment de tout réinventer pour se retrouver, car vieillir ensemble n’a rien à voir avec une solitude à deux !

 

  Le pivot, encore et toujours, est la prière ensemble. C’est un bon moyen pour se retrouver, fortifier son mariage devant Dieu, se rassurer, faire le signe de Croix ensemble, parler à Dieu d’une seule voix. Prendre enfin le temps d’aller plus souvent à la messe tous les deux, de faire une lecture ou une retraite spirituelle ensemble…Voilà assurément le meilleur moyen de prendre un virage solide pour les années à venir !

 

  La vie professionnelle, le lourd quotidien d’une grande maisonnée ont pris beaucoup de place dans la vie active des époux. Remettons à présent notre ménage, notre famille au premier plan ! Nos enfants, la jeunesse autour de nous, a besoin d’exemples généreux, dynamiques et heureux ! Donnons-nous encore ensemble à une juste cause (petits-enfants, bénévolat…), profitons de notre relative forme physique (même si on souffle un peu plus fort qu’avant dans la montée !) pour aller contempler de beaux paysages à l’occasion de promenades, de pèlerinages qui raviveront nos élans du cœur tout en entretenant notre bonne santé ! Offrons à notre entourage notre joie d’être au service des autres…

 

 

Et ménageons-nous aussi quelques espaces de liberté pour chacun afin de ne pas nous étouffer l’un l’autre par une omniprésence mutuelle. Après toutes ces années à la maison, l’épouse est heureuse de se donner un peu à l’extérieur, de retrouver quelques amies avec qui bavarder… Et le mari reprend doucement possession de son jardin, de son atelier ou de son garage qu’il range de fond en comble, comme un professionnel avec cahier de charge, échéances et objectifs ! Besoin de « retour au nid », de protection domestique… (L’épouse saura aussi faire sortir un peu le casanier, en le taquinant pour désamorcer sa mauvaise foi ou humeur… Il en sera finalement content !)

 

  Dans le mariage, rien n’est jamais acquis, c’est chaque jour qu’il faut entretenir cette attention l’un pour l’autre, ce don de soi, cette sanctification mutuelle. À l’âge de la retraite, les passions se sont apaisées, les rugosités du caractère adoucies, on est plus patient, souple… Est venue la sagesse ! On sait mieux se reposer dans le bon Dieu, prendre le temps des choses, rire ensemble, se parler : les souvenirs, les épreuves, les pardons, les « mercis »… Tout ce qu’on n’a pas encore pu se dire. C’est le moment d’un nouvel épanouissement de notre mariage, plus vrai, plus simple : cette joie d’être à deux, cette complémentarité qui nous rassure dans un esprit de bienveillance, de délicatesse, avec même davantage de tendresse : d’un seul cœur, d’une seule âme, comme le Christ aime son Église !

                    Sophie de Lédinghen

 

Marie, modèle parfait des époux

           Lorsque les saints nous voient pratiquer les vertus qu’ils ont pratiquées eux-mêmes, ils sont portés davantage à prier pour nous. Si donc nous voulons nous assurer de leur part une protection plus sûre et plus abondante, efforçons-nous d’imiter leurs vertus.

 

           Celui qui aime, s’il n’est pas semblable à la personne aimée, cherche à le devenir. « Ô vous donc, nous dit saint Jérôme, qui aimez et honorez Marie, sachez-le bien, c’est en vous efforçant de l’imiter que vous l’aimerez vraiment, et le plus bel hommage que vous puissiez lui offrir, c’est l’imitation de ses vertus. » Marie est la reine des saints ; elle veut que notre âme s’applique à l’imiter. Autrement elle ne pourrait, comme elle le voudrait, enrichir des grâces du ciel une âme dont la conduite est opposée à la sienne : « Mes enfants, nous dit-elle, écoutez-moi : bienheureux ceux qui marchent sur mes pas » (Prov., VIII, 32)

En l’appelant « pleine de grâce » les évangélistes nous font assez entendre qu’elle eut toutes les vertus, et toutes à un degré héroïque. La bienheureuse Vierge Marie a excellé dans toutes les vertus à la fois, et elle s’offre à nous comme le parfait modèle de toutes les vertus. Essayons d’en observer quelques-unes, et de voir comment nous pouvons les mettre en application dans notre vie d’époux.

 

Humilité de Marie

  « L’humilité est le fondement et la gardienne des vertus » (Saint Bernard), sans humilité, en effet, aucune autre vertu ne peut exister, et combien fut grande l’humilité de Marie, première et plus excellente imitatrice de son divin Fils. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » nous dit-Il. C’est par cette vertu qu’elle mérita d’être exaltée au-dessus de toutes les créatures.

Le premier acte de l’humilité de cœur, c’est d’avoir une basse opinion de soi-même. Marie ne se préféra jamais à personne. Non pas qu’elle se crût une pécheresse, car l’humilité est vérité et Marie savait bien qu’elle n’avait jamais offensé Dieu. Un cœur humble sait reconnaître les faveurs de Dieu afin de s’en humilier davantage. Plus elle se voyait comblée de grâces, plus elle s’humiliait, se rappelant que tout en elle était de Dieu. C’est encore un acte d’humilité de repousser les compliments, les louanges et de les rapporter à Dieu qui a eu la bonté de se servir de nous comme instrument de sa volonté. C’est aussi le propre des humbles d’aimer servir les autres, comme le fit Marie en s’empressant d’aller aider sa cousine Elisabeth pendant trois mois. Les personnes humbles prennent également soin de se tenir à l’écart, comme l’a fait Marie au Cénacle en se tenant en retrait des apôtres. Enfin, l’humilité fait aimer le mépris, et Marie n’a pas craint de paraître sur le Calvaire, devant tous, pour partager le déshonneur de son Fils ; elle n’avait d’autre pensée que de plaire seulement à son Fils !

« Viens, ma fille, dit un jour la Sainte Vierge Marie à sainte Brigitte, et cache-toi sous mon manteau ; ce manteau, c’est mon humilité […] Un manteau ne réchauffe pas si on ne le porte pas ; ainsi, pour tirer avantage de mon humilité, il faut qu’on la porte, non seulement dans ses pensées, mais encore dans ses œuvres. Par conséquent, ma fille, revêts-toi de mon humilité. »

 

Charité de Marie envers le prochain

  « Que celui qui aime Dieu, aime aussi son frère. » Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais personne qui surpasse Marie en amour pour Dieu ; de même il n’y aura jamais personne qui la surpasse en charité envers le prochain. Le Christ qui est la charité même, a rempli sa sainte Mère d’une immense charité envers tous ceux qui recourent à elle. Pendant sa vie sur la terre, elle était si débordante de charité qu’elle secourait les nécessiteux sans en être sollicitée. C’est ce qu’elle fit aux noces de Cana, et en se rendant en toute hâte chez sa cousine Elisabeth, mais la preuve la plus grande qu’elle nous a donnée de sa charité, ce fut d’offrir son Fils à la mort pour notre salut.

  Sommes-nous capables, nous-mêmes, de tant aimer Dieu que nous pourrions nous donner sans compter à notre prochain, qu’il soit pauvre, malade, connu ou inconnu, proche ou lointain, au détriment de notre petit emploi du temps bien réglé ? Irions-nous jusqu’à offrir à Dieu, de tout notre cœur, un de nos enfants, notre époux s’Il nous demandait le sacrifice de leur vie ? Ou même s’Il voulait en prendre un à son service dans les ordres ou au couvent ? Il est certain que la charité dont nous aurons usé envers Dieu et le prochain sera la mesure dont Notre Seigneur et Notre Dame useront envers nous.

 

Chasteté de Marie

  Depuis que les sens, par suite du péché d’Adam, sont en état de révolte contre la raison, la chasteté est pour les hommes la vertu la plus difficile. Dieu nous a donné en Marie le plus parfait modèle de chasteté. La première qui, sans le conseil et l’exemple de personne, a offert sa virginité au Seigneur. « Comme le lys entre les épines, ainsi est celle que j’aime entre les filles de Sion. » « La beauté de Marie animait tous ceux qui la contemplaient à l’amour et à la pratique de la vertu » dit saint Thomas. Et saint Jérôme pense que si saint Joseph demeura vierge, il le dut à la compagnie de Marie. Si l’on ne prend Marie pour modèle et protectrice, rares sont les victoires sur ce vice, car on ne prend pas les moyens de triompher (le jeûne, la fuite des occasions, la prière). La bienheureuse Vierge révéla elle-même à sainte Elisabeth de Hongrie qu’elle n’eut aucune vertu sans beaucoup de travail et sans une oraison continuelle. Marie qui est toute pure aime la pureté, aussi ne peut-elle souffrir les impudiques. Réfugions-nous dans la pensée de Notre-Dame en choisissant notre « garde-robe », si je pense être correcte pour moi-même, le suis-je également pour les autres lorsque je marche, me penche ou m’assois ?

 

Patience de Marie

  On appelle cette terre « vallée de larmes » parce qu’elle est un lieu de mérite. Nous y sommes placés pour souffrir, afin de mériter, par la patience, le bonheur du Ciel. Marie est le modèle de toutes les vertus, mais particulièrement de celle de la patience. Sa vie ne fut qu’un constant exercice de patience. La compassion qu’elle éprouva des souffrances du Sauveur, dès l’instant où elle devint sa mère, suffit de faire de Marie une martyre de patience : « la Mère crucifiée du divin Crucifié ». Sa présence sur le Calvaire nous fait assez comprendre combien grande et sublime fut la patience de la Sainte Vierge. C’est par les mérites de sa patience qu’elle devint notre mère, en nous enfantant à la vie de la grâce. Efforçons-nous donc à imiter la patience de Marie, c’est elle qui fait les saints en nous faisant supporter en paix les croix qui nous viennent directement de Dieu, comme la maladie, la pauvreté, et celles qui nous viennent des hommes : les injures, les persécutions… Quel trésor nous vaudra dans le ciel toute peine supportée pour Dieu !

 

  On pourrait encore parler infiniment de bien d’autres vertus de Marie : sa Foi, sa pauvreté, son obéissance, son espérance… Disons avec saint Ambroise que « la vie de Marie fut si parfaite, qu’elle renferme à elle seule la règle de toutes les vies. Que la vie de Marie soit donc devant nos yeux comme un tableau où resplendit la perfection de la vertu. Elle nous offre l’exemple à suivre en toute notre conduite. Nous y apprendrons ce que nous devons corriger, ce que nous devons faire, ce à quoi il faut nous attacher1.    

                    Sophie de Lédinghen

 

1 « Les gloires de Marie » de saint Alphonse de Liguori.

 

Un avant goût de paradis au foyer

                      Il arrive que l’on ait des soucis si préoccupants que l’humeur générale des habitants du foyer s’en ressente ! Habituellement cela est passager et les quelques nuages laissent place au soleil aussitôt que l’on a surmonté le désagrément. Seulement, il existe aussi des personnes qui entretiennent une humeur morose en famille, qui ne voient que les inconvénients aux événements et se lamentent constamment, quoi qu’il arrive !

« Et voilà, il pleut, c’est toujours comme ça quand j’ai davantage de lessive à faire sécher ! C’est vraiment pénible ! », puis, « Et voilà, il fait beaucoup trop chaud avec ce soleil, il va falloir encore arroser le jardin ! Je n’avais pas du tout prévu ça ! »

Cela devient si pesant qu’il arrive, à la longue, que cela puisse avoir une mauvaise répercussion sur la santé physique, voire mentale, des membres de la maisonnée. En attendant, les enfants prennent l’habitude de grogner pour tout, le mari rentre de plus en plus tard le soir pour fuir cette ambiance qui devient si lourde. Le désordre s’installe, les époux se disputent, les enfants font de même…plus rien ne va jamais puisqu’il en a été décidé ainsi !

  Sursum corda ! Luttons contre ce mauvais penchant si telle est notre nature, élevons notre cœur vers le bon Dieu qui n’est que lumière, joie et paix ! Regardons le ciel se refléter dans la flaque d’eau au lieu de se contenter d’y voir la boue qui y traîne au fond ! La seule pensée que Dieu est toujours là pour nous, dans notre âme de baptisé, devrait nous rendre le sourire et la joie au cœur ! Cette joie est un don de Dieu, il faut non seulement la vouloir et la demander, mais aussi travailler à l’établir en nous. Elle nous apportera la paix, la bonne conscience de ceux qui obéissent à Dieu dans ses commandements, qui font leur devoir d’état pour lui plaire et le servir dans chacun de leurs travaux. Il faut de la volonté pour trouver cette joie, cela se travaille car Dieu nous a créés libres, il ne nous impose pas de l’aimer, libre à nous de le suivre ou non. Tout va ensuite tellement mieux car alors Dieu voit le règne de la raison sur nos sens et répond à nos efforts par la communication de ses biens et de ses faveurs. Elles nous font ainsi goûter quelque chose de la paix céleste qui nous rend semblables à Lui, doux et humbles de cœur. Nous n’en connaîtrons la plénitude que dans la Jérusalem céleste, mais on peut, dès ici-bas, en obtenir quelque avant-goût.

Vous voulez garder cette paix de l’âme ? cette joie pure et simple ? Tournez-vous vers votre Créateur, apprenez à l’aimer davantage par des lectures profondes qui n’ont pas besoin d’être ardues ou difficiles. Vous verrez comme cette soif de Dieu grandira, et comme votre âme se dilatera progressivement dans un plus grand amour pour Lui. Habituez-vous à vivre en sa sainte présence quoi que vous fassiez.

Peu à peu vous vous surprendrez à entretenir dans vos pensées et vos actions les vertus chrétiennes, à la maison d’abord, entre époux…ce qui n’est pas vraiment difficile quand on s’aime, mais en faire l’effort entretient les habitudes : la patience, la douceur, la simplicité, la tempérance de la langue… Cette langue si prompte à rouspéter, se plaindre, exagérer, colporter, murmurer… ! Oh le murmure ! Qui ne murmure pas de temps à autre… et même souvent ?! « Il a encore arraché sa poche de veste ! », « Elle n’a toujours pas aspiré sous le lit ! », « Et qui doit, une fois de plus, descendre la poubelle ?! »

 

  Peut-être que cette véritable histoire d’un prêtre exorciste vous aidera à ne plus murmurer, car le murmure ne vient pas de Dieu et assombrit l’âme :

 Pour chasser le démon d’un possédé, l’exorciste procède par étapes précises afin de reconnaître s’il s’agit vraiment du démon avec prudence, car l’exercice est vraiment dangereux pour qui approche le diable. Après différentes questions très progressives, le prêtre en vient à parler de la Sainte Vierge dont le démon a tant horreur. Un jour, alors que l’exorciste vient de prononcer le nom de Marie, le possédé se met soudain à hurler : « Ah non, ne me parlez pas de celle-là ! Ne m’en parlez pas ! … Devant la Croix, elle n’a même pas murmuré !!! Vous m’entendez ? Même pas murmuré !!! » Oui, Notre Dame si pure, si vertueuse, cette Mater Dolorosa au cœur sept fois transpercé d’un glaive de douleur… n’a pas prononcé un son, elle ne s’est pas abaissée au moindre murmure. Elle a tout accepté et offert sans un seul mot. Réfléchissons à ce silence de Marie, le cœur pourtant insoutenablement broyé.

Vous verrez comme l’on reste plus digne et dans l’offrande lorsque l’on ne murmure plus. On croit que murmurer soulage, mais c’est d’arrêter de murmurer qui apaise !

 

  Peu à peu ce plus grand amour de Dieu, ce travail des vertus chrétiennes, cette joie de l’âme, nous deviennent comme une deuxième nature. Et l’on se sent si « riche de Dieu » qu’on voudrait le donner aux âmes partout autour de nous ! Cet élan nous pousse à rayonner notre foi, à être apôtre !

« Un apôtre, c’est un calice plein de Jésus, et débordant sur les âmes » explique-t-on aux enfants de la Croisade Eucharistique. Tout est dit !

 

  Que nos âmes soient donc débordantes de cet amour de Dieu qui nous pousse joyeusement à Le donner par l’exemple, l’attitude extérieure, le sourire, le regard mais aussi par une parole bienveillante, réconfortante, encourageante. Chers époux, vous ne vous sanctifierez mutuellement, vous ne donnerez de bons fruits que dans une vraie joie chrétienne débordant sur toutes les âmes de votre foyer, puis hors de chez vous. « Dieu le veult ! »

               S de Lédinghen

 

Foyers sans enfants

           En abordant ce sujet si douloureux et sensible, nous tenons vivement à nous adresser à ceux de nos lecteurs qui pourraient s’être cru oubliés jusqu’ici, mais que nous ne voulons laisser sans consolation ni soutien dans leurs lourdes peines. Si toutefois une phrase ou une autre manquait de délicatesse, nous les prions du fond du cœur de bien vouloir excuser une maladresse aussi redoutée qu’involontaire de notre part. Qu’ils sachent que nous les portons affectueusement, eux et leurs chagrins, dans notre prière quotidienne.

 

  C’est d’abord avec un dépit enfantin, puis avec sérieux, avec inquiétude, avec angoisse, enfin avec désespoir que, de mois en mois, la jeune femme voit son espoir déçu.

Il faut supporter la pitié des uns, l’inconscient égoïsme des autres, le mépris des bien-pensants mal élevés qui vous prêtent de mauvaises intentions… Mais surtout le cœur se brise à la pensée de ne jamais tenir dans ses bras un tout-petit en se disant « il est à nous ! » ; à la pensée de ne jamais voir un enfant se jeter dans nos bras en appelant « Maman ! ».

On se dit qu’il y a tant de familles où l’on ne veut pas d’enfants, où l’on s’occupe mal d’eux, où ils sont malheureux ! On ressent le sentiment profond d’un désordre, d’une mauvaise répartition…

 

  L’enfant, nous le sentons bien, est le fruit vivant de l’amour des époux, nous-mêmes revivant ! Quelle souffrance de ne pas pouvoir offrir à celui ou celle que l’on aime le fruit d’un amour mutuel, le descendant, l’héritier. Car pour l’homme plus que pour la femme, la peine se double d’une humiliation : sa grande dignité est de devenir chef d’une nouvelle lignée. Sa femme s’afflige de voir son mari frustré de cette dignité (peut-être par « sa faute » à elle), qu’il ne connaisse jamais le plus grand de tous les sentiments humains : la paternité ! L’Église, dans sa liturgie, nous présente les enfants comme une bénédiction. Alors un doute s’installe dans la pensée des époux. Dieu les aurait-il voulus ailleurs ? Ont-ils manqué de générosité pour suivre un autre appel ? Ah oui, que de serrements de cœur, de désespoir dans cette simple phrase : « Nous n’aurons pas d’enfant ! »

  Alors, quelle solution ? S’enfoncer de plus en plus dans la tristesse ? Devenir jaloux, envieux, ne plus supporter la vue des joies familiales ? Souffrir d’un complexe d’infériorité et ne plus voir ni parents, ni amis ? se durcir le cœur ? s’installer dans l’égoïsme ? Parfois le ménage se désunit, s’exaspère de cette solitude à deux, de ces forces inemployées…

 

  Ce n’est que lentement, après avoir bien refusé son épreuve, que l’âme chrétienne se relève et découvre qu’au pied de sa croix, le fruit surnaturel a mûri et qu’il y a autre chose de beaucoup plus grand dans sa vie. Il apparaît alors combien son attitude négative de laissé pour compte et de vie gâchée était fausse, et que dans la pensée de Dieu, cette épreuve constituait un appel, une vocation. Et l’on comprend que dans ce monde athée qui ne reconnaît plus sa souveraineté, l’on doit témoigner que Dieu est le maître.

« Lui qui dispose, dans sa création, les ombres et les lumières, les grandes étendues stériles à côté des plaines fécondes, a mis, près des foyers peuplés, des foyers déserts, où l’homme et la femme, agenouillés devant lui, le reconnaissent comme Maître de la vie, digne d’une même adoration pour le don ou le refus qu’il nous fait de sa fécondité […] Peu importe l’ordre de mission que chacun reçoit : la seule chose essentielle, au jour de notre Annonciation, est d’être dans l’attitude de la Vierge et de prononcer le Fiat total et plein d’amour. »

Cette adhésion de l’âme est féconde, ce foyer béni par Dieu au jour de notre mariage, privé de cette fécondité visible que sont les enfants, connaîtra, par le sacrifice accepté, une fécondité spirituelle, et donnera par son Fiat le Christ aux âmes. Cela se fera à la condition de garder sans raideur ni durcissement le cœur paternel et maternel que Dieu nous a donné, et le porter aux autres.

 

  L’Église, la Société, les pères et mères de famille ont bien besoin des « foyers sans enfant » ! Il faut soutenir le ministère des prêtres en se dévouant dans les différents services proposés dans une paroisse, défendre le règne du Christ dans la cité en s’engageant, s’instruisant, s’opposant à tout ce qui lui est contraire. Il faut permettre au jeune ménage chargé d’enfants de souffler un peu, aux foyers amis de trouver chez eux un peu de chaleur à la lumière d’une conversation. Ces « foyers sans enfant », s’ils en ont la force, seront particulièrement au service des enfants. Ceux de la famille que l’on confie pour leur santé ou leur travail et dont ils deviennent un peu le père et la mère pendant quelques jours. Ceux des amis que l’on emmènera en vacances et qui transformeront la maison en ruche bourdonnante, dans une saine atmosphère familiale où chacun prend ses habitudes.

 

  Bien sûr, ces enfants d’occasion vont et viennent, toujours repris par leurs parents, et l’on se retrouve de nouveau seuls, au coin du feu, dans la maison vide, la main dans la main, et avec émotion, on sent que le seul don humain qui nous soit totalement fait, c’est nous-mêmes, l’un pour l’autre. Car pour que l’épreuve ne brise pas cet amour mutuel, il aura fallu approfondir, plus que d’autres, notre intimité, garder l’ardeur de notre tendresse, chercher à notre foyer des raisons et des buts solides. Pour la plupart le ciment de l’amour est l’enfant ; le ciment, pour les époux sans enfant, est leur épreuve commune, leurs échanges de tous ordres facilités par une vie plus calme, leurs essais de dépassement, leur rayonnement à l’extérieur de chez eux dans le service et le don d’eux-mêmes.

 

  Par l’absence d’enfant au foyer, le Bon Dieu demande une plus grande vie de prière, et peut-être même, quel courage alors, priera-t-on pour soutenir les familles ayant de nombreux enfants. Prière aussi pour rester plus souvent près de Lui et de pouvoir enfin lui dire avec l’Apôtre : « Je me réjouis maintenant de mes souffrances pour vous, et ce qui manque à la Passion du Christ, je l’achève dans ma chair pour son corps qui est l’Église ».

S. de Lédinghen

 

La gourmandise

           Le temps de Carême est suffisamment proche pour que nous vivions encore des bons fruits de nos résolutions et de nos efforts de cette sainte quarantaine… à moins que le grand Alleluia de Pâques ait, en un malheureux gigot et quelques œufs en chocolats, renversé toutes les nouvelles habitudes que nous nous étions bien promis de tenir beaucoup plus longtemps, du moins sur le plan temporel ! Nous sommes, en effet, bien faibles dès qu’il s’agit de quelques plaisirs de la table, et nous nous laissons facilement tomber dans le piège de la gourmandise, source de bien des maux pour la santé de notre âme aussi bien que celle de notre corps.

  Saint Grégoire le Grand enseigne que la gourmandise a cinq façons de nous attaquer : « Praepopere, laute, nimis, ardenter, studiose. »

  • Propere, « avant l’heure » : cela vise les personnes qui ne savent pas attendre l’heure des repas, et qui s’autorisent souvent des collations supplémentaires.
  • Laute, « avec recherche » : condamne ceux dont l’estomac ne sait pas se contenter de mets simples et simplement apprêtés, mais auxquels il faut toujours des plats délicats et savoureux.
  • Nimis, manger « trop » : lorsqu’on dépasse sans nécessité la mesure dont le corps a besoin. En soi, le désir des aliments est une bonne chose « afin d’entretenir notre corps, de vivre pour servir Dieu, et d’acquérir de nombreux mérites ». Mais cet appétit qui était bon dans le principe, s’est déréglé sous l’action du péché originel, et s’est mis à réclamer un superflu qui dépasse de beaucoup le nécessaire.
  • Ardenter, c’est manger avec avidité et précipitation, se jeter sur la nourriture en ne pensant à plus rien d’autre. L’âme chrétienne, au contraire, s’applique à garder la modestie à table. Elle ne touche aux aliments qu’après avoir élevé son cœur vers Dieu. Elle mange lentement et paisiblement, cherchant à occuper son esprit de pensées plus nobles que sa nourriture.
  • Studiose, s’adresse à ceux qui apportent un soin extrême à la composition de leur repas, au choix et à la préparation des aliments ; qui sont toujours préoccupés par ce qu’ils vont manger. Bien sûr que l’on recevra ses invités en leur offrant un repas soigné, mais le reste du temps, on sera plus sévère avec soi-même dans un esprit de mortification personnelle.

  La gourmandise, dit saint Thomas, est le foyer des autres péchés. En effet, une alimentation excessive alourdit le corps et l’esprit, n’encourage pas au travail mais plutôt à la somnolence. Elle détruit la santé ; ne dit-on pas que l’on creuse sa tombe avec sa fourchette ? Une personne qui a vécu en « bon vivant » souffre de nombreux maux de digestion, poids, foie, circulation… elle a intoxiqué son organisme.

  Celui qui mange trop, ou mal, a des discours souvent déplacés ou même grivois, des gestes ou attitudes démesurés. Son esprit s’émousse, il peine à réfléchir et travailler. « Un ventre chargé n’engendre pas de pensées subtiles» constate saint Jérôme !

  Enfin la gourmandise détruit toute dévotion, comme la fumée étouffe le feu. La prière est une élévation de l’âme vers Dieu, or cette « élévation » est rendue impossible par l’alourdissement que cause l’intempérance.

  Que l’on fasse un bon repas en famille pour une occasion ou une autre, cela est nécessaire. Que l’épouse cuisine un bon petit plat à son mari de temps en temps, ou que monsieur se lance dans l’art de la pâtisserie, cela redonne courage et aide au maintien du moral. Mais il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui tout est fait pour « le plaisir » ! Les sens sont flattés en permanence par un tas de sollicitations, que ce soit dans les magasins, les activités, l’installation de la maison… on se trouve en perpétuel état de séduction. Les publicités captent toutes les attentions, où que l’on porte le regard ; et à l’heure d’internet, bien fort est celui qui échappe à tant de tentations qui, peu à peu, viennent à bout des volontés les plus fermes.

  Alors, si notre faiblesse commence par notre assiette ; si ce que je mange, et sa quantité, a trop d’importance dans mon esprit ; si je veux sans cesse que « ce soit bon » … pourquoi serais-je ensuite étonné de prendre plus souvent de l‘alcool, ou une cigarette ? … et pourquoi résister à passer des heures jusqu’au milieu de la nuit devant une série que je suis incapable d’arrêter alors que je m’écroule de fatigue ?… C’est le début de l’esclavage, je m’auto-satisfais sans le moindre remords, allant toujours plus loin dans la chute, car plus rien ne me contente. La pente est facile d’accès, mais, une fois au fond du fossé, saurais-je m’en extirper ? Ce petit manque de volonté du début se sera vite transformé en une montagne d’impuissance !

  Pour guérir tous mes maux, il faut d’abord que je regarde mon assiette : est-elle trop copieuse, je me servirais plus modérément. Est-elle trop riche ? Je la simplifierais n’ajoutant qu’exceptionnellement tout surplus habituel de beurre, fromage, et autres sauces qui satisfont tant mon palais. Je me limiterais seulement aux vrais repas, me refusant d’ouvrir le réfrigérateur à toute heure dès que je suis désœuvré. Et cette volonté que j’aurais progressivement retrouvée, me fortifiera pour le reste !

  Pensons aussi à toutes ces autres « gourmandises » auxquelles nous nous adonnons souvent sans limites de quantité, de durée, de qualité… toutes ces petites « addictions » qui peuvent ruiner dans tous les sens du terme, notre ménage et notre famille : ces heures d’écrans, ces achats compulsifs, jeux d’argent, paresses au détriment de nos différents devoirs d’états… tous ces attachements désordonnés qui nous font doucement descendre cette fameuse pente !

  Revoyons cela à deux, établissons ensemble un règlement ferme et précis, quitte à le mettre par écrit pour y revenir régulièrement. Profitons de ce printemps pour arracher ces mauvaises herbes qui étouffent notre mariage, et risquent parfois de nous séparer dangereusement l’un de l’autre, jusque même dans l’intimité de notre chambre. Soutenons-nous dans ce combat de longue haleine, notre union sacrée en vaut tant la peine !

Sophie de Lédinghen