L’épouse, clé de voûte du foyer

Dans le sacrement de mariage, l’Eglise demande le libre consentement de l’homme et celui de la femme, condition indispensable à sa validité. On peut donc dire que, si l’on fait abstraction des nombreuses diversités de la nature de l’homme et de la femme, ils sont égaux en tant que personnes humaines ayant la même dignité de par leur origine et leur fin. Cependant, l’autorité revient à l’époux. Nulle part nous ne voyons deux personnes diriger au même niveau un pays, une communauté, une association…cela engendrerait des discordes, des divisions, cela n’est pas possible ! On trouve alors des conseillers, des ministres, des assistants…qui remplissent leur rôle auprès de celui qui est investi de l’autorité, et qui seul tranchera, prendra les décisions après avoir pesé et réfléchi à tous les conseils proposés. Ce chef sera ensuite respecté s’il est sage, mesuré et sûr de lui dans son autorité. C’est exactement ce que Dieu a voulu pour la famille : l’époux est chef du foyer qu’il dirige et protège avec prudence, dans un esprit chrétien ; son épouse lui est soumise en le soutenant, le conseillant et acceptant ses décisions avec humilité. Cela ne veut bien sûr pas dire subir et se taire en toute circonstance…non, elle tient une place indispensable dans la construction de l’édifice qu’est la famille, elle en est la clé de voûte, c’est sur elle que repose celui qui doit la dominer pour parfaire une construction forte et équilibrée. Sans elle, rien de solide, rien d’élevé…tout risque de s’effondrer !

Si chacun des époux respecte son propre rôle, ils peuvent alors réaliser de grandes choses à eux deux ! Pas de comparaisons, de compétitions, de comptes d’apothicaires…si chacun tient sa place, le foyer deviendra alors un lieu solide de paix, de bonne entente et de joie.

Il est indispensable d’avoir convenu avant le mariage ce que l’on jugera plus favorable à la vie de famille que l’on souhaite fonder : est-il mieux d’élever nos enfants en ville, à la campagne ? Si Dieu le permet, sommes-nous prêts à accepter de nombreux enfants? Quels seront nos choix d’écoles ? L’épouse devra-t-elle travailler ?…On pourra demander conseil aux parents de l’un ou de l’autre des époux, qui sont là aussi pour cela, à condition qu’ils ne prennent pas les décisions à la place du ménage, n’imposent pas leur façon de voir les choses et respectent leur indépendance comme leurs choix.

L’unité des époux doit être très grande pour une confiance mutuelle, et une habitude de communication très régulière permettra d’être sur la même longueur d’ondes, préservant des « non-dit » et quiproquo. C’est là une clé précieuse pour éviter bien des ennuis et être plus forts ensemble face aux adversités, modes ou influences extérieures !

La mère de famille, clé de la voûte familiale, se sait précieuse et indispensable, elle aime être discrète pour susciter les confidences, et pouvoir soutenir, encourager, rediriger. Efficace à l’ouvrage, elle ne se plaint pas trop…oh ce n’est pas que tout est facile, mais pour l’amour des siens elle est prête à l’effort, dans les tâches agréables comme dans les plus ingrates ! Elle aime à élever son esprit vers Dieu pour rendre son travail meilleur …comme lorsqu’elle s’aperçoit que la chemise de Jean a les boutons fermés en sortant du lave-linge : « Mon Dieu, bénissez Jean qui n’a toujours pas défait ses boutons ! »…que Camille n’a encore pas fait son lit : « Dîtes à ma petite Camille d’écouter sa maman ! »…que la salle de bain est une pataugeoire : « Seigneur, donnez –moi une patience de chaque instant ! »….à l’image de Maman-Marguerite, mère de saint Jean Bosco, qui, régulièrement lançait un « courage, mon âme, l’éternité approche ! » pour  se motiver à la tâche. Elle n’oubliera pas son mari, plus présent que les autres dans son cœur, et pour lequel elle est capable d’offrir un travail joyeux, lui qui peine aussi à gagner le pain quotidien de la maisonnée en supportant un patron autoritaire, des réunions ennuyeuses et éternelles ou des employés lents et paresseux ! Il y a même des jours où elle se dit : « Loué soit Dieu de me garder à la maison où je peux mieux me consacrer aux miens dans les choses matérielles, mais aussi réfléchir à la situation de chacun et prier encore pour eux, plutôt que d’être assise derrière un bureau ou de tenter de dérider des clientes aigries ! »

Pour être sereine, l’épouse a besoin d’être rassurée, de savoir que la situation professionnelle de son mari est stable et sûre. Elle a également besoin d’admirer son mari dans son travail, son talent, ses responsabilités, son courage, sa persévérance, et son époux fera tout ce qu’il peut pour assurer cette sérénité de sa femme. Une épouse inquiète s’imagine facilement le pire ; ses pensées peuvent être dans l’exagération dès qu’une petite épreuve s’annonce…ce qui est annonciateur d’orages fréquents !

En dépit des efforts, et Dieu sait si l’époque actuelle est difficile pour les familles accablées par de lourds loyers, un coût de la vie en augmentation constante, des écoles à payer…il peut arriver que l’épouse soit amenée à prendre un travail pour aider à subvenir aux besoins de la famille. Dans la mesure du possible, cela ne devrait être qu’une solution provisoire, mûrement réfléchie à deux, peut-être même à l’occasion d’une retraite spirituelle ou en demandant le conseil d’un prêtre. Il faudra sérieusement discerner le nécessaire du superflu, ce qu’il y a de meilleur pour l’éducation des enfants, pour l’équilibre de la famille…il s’agit là, en effet, d’une décision qui peut avoir une grave répercussion sur la vie de toute la famille.

Il arrive que la mère de famille croit étouffer dans son foyer et aspire à aller voir ailleurs si l’air y est plus frais… surtout si elle a des enfants en bas âge, et que le rythme effréné de ses journées est surtout fait de tâches ménagères très matérielles. Petites mamans, si vous sentez monter la fatigue, faite de mauvaise humeur et de pensées négatives sur votre quotidien ou votre entourage…ralentissez le rythme et organisez votre temps de façon plus équilibrée, souvenez-vous qu’une maman fatiguée cède aux caprices et n’est pas de bon conseil. Il est normal de consacrer un moment tout à vous (pendant la sieste des enfants, par exemple), un temps de lecture, une occupation qui vous détendra (surtout pas l’ordinateur !) ou même un petit somme réparateur… prenez une heure chaque jour pour refaire vos forces et vous verrez comme votre cœur à l’ouvrage renaîtra pour finir la journée ! Dites-vous que même dans les couvents, où la vie est si organisée et équilibrée, il y a un temps de récréation !

Chers époux, tenez chacun votre rôle tout en vous soutenant l’un l’autre, ne sous-estimez pas la valeur et la beauté de votre place dans la famille ! Prenez exemple sur des époux qui vous semblent de bons modèles et qui peuvent vous encourager, n’hésitez pas à les aborder pour vous confier à eux, leur poser quelques questions précises…ils sont là pour vous aider. Et soyez à votre tour « missionnaires » en laissant rayonner l’équilibre et la sérénité de votre foyer, montrez comme la clé de voûte est indispensable et précieuse à la construction d’une famille où l’époux s’appuie sur son épouse à laquelle il se fie sans ambages !

Sophie de Lédinghen

Dans la joie et la bonne humeur !

« Quand il vous arrive de jeûner, ne prenez pas des airs tristes, sombres, renfrognés » nous dit Notre Seigneur qui connaît pourtant les duretés de la vie et les épreuves qui peuvent broyer le cœur de l’homme. N’avons-nous pas, en effet, assez de douleurs inévitables pour nous y complaire et nous rendre malheureux comme à plaisir ?!

Et si nous profitions de ce Carême pour éveiller en nous « le ravi de la Crèche »dont l’âme si pure et toute en Dieu, ne cesse de Le louer d’une joie spirituelle qui  rejaillit sur tout lui-même … ?  « Dieu aime les louanges de ceux qui sont humblement, doucement heureux…la joie est une caractéristique de la sainteté. » (P Gaston Courtois)

Dieu est joie, joie infinie. Il veut nous communiquer sa joie en nous communiquant sa vie. Si nous lui donnons notre confiance, notre reconnaissance, en Le mettant au cœur de nos pensées, de nos actions, dans un bel esprit d’abandon à sa volonté sur nous, alors Il infusera Sa joie à notre âme comme le soleil réchauffe la terre.

La joie est une vertu essentiellement chrétienne, elle est ce qui fait dire à ceux que l’on croise : « mais vous, vous avez quelque chose en plus ! » Oui, j’ai la foi, ce trésor qui brûle en mon âme, qui me fait aimer, sourire, et même parfois chanter !

Dans la vie quotidienne, la joie chrétienne se transforme en bonne humeur, un des meilleurs remparts contre la tentation. Car vous vous doutez bien que le démon attaque en nous cette joie que nous devons défendre avec acharnement ! Une âme joyeuse est plus disposée à la pratique de la générosité, du sacrifice, de la charité. La bonne humeur est un élan irrésistible à l’âme et devient une force dans nos affaires temporelles : elle apporte succès dans le travail, atténue la fatigue, supporte les contradictions, les imprévus, les contrariétés…L’âme joyeuse est plus sereine, plus lucide, elle attire les sympathies, inspire confiance,…la joie est même utile à la santé.

« Modération, calme et bonne humeur

Ferment la porte au nez du docteur ! »

Lorsque la fatigue prend le dessus sur le moral d’un des époux, le meilleur remède n’est-il pas la bonne humeur réconfortante de son conjoint qui vient alléger joyeusement l’atmosphère? Nous savons combien le pessimisme, la déprime peuvent avoir une mauvaise répercussion sur la santé…et je dirais même sur la santé du fonctionnement de notre ménage !

Une ambiance paisible et joyeuse (vous avez compris qu’il ne s’agit pas de ces joies superficielles faites d’excitations, mais de celle qui vient de l’âme proche de Dieu !) est aussi une condition de succès dans l’éducation car elle facilite l’effort généreux et fait accepter le mal qu’il faut se donner pour vaincre. « Ce qui rentre dans le cœur à la faveur d’un rayon de joie s’y grave bien mieux. » (P. Gaston Courtois) Une éducation qui sait encourager, aidera les visages à s’épanouir, admirera les actes de bonnes volonté, poussera à acquérir des qualités, contrairement à un commandement découragé et plein de reproches.

Aidez-vous votre mari ou épouse en arborant un air revêche sous prétexte de soucis ou de fatigue ?! Non, soyons « semeurs de joie », un « alléluia » de la tête aux pieds comme dit si allègrement Dom Guéranger ! Imitons cette sainte épouse (Elisabeth Leseur) qui cherchait à convertir son mari en veillant sur son attitude, sur sa toilette, se faisant « séduisante » pour le bon Dieu, rendant son foyer attrayant en vue d’un bien plus grand, d’une fin plus haute pour son époux.


La bonne humeur constante n’est pas chose facile…C’est une grâce que Dieu nous accordera seulement si nous la Lui demandons avec persévérance : « Seigneur, faites grandir Votre joie en mon âme ! »Cela viendra si nous faisons un effort personnel, celui de chasser de notre esprit tout nuage de tristesse, Dieu nous le demande. Etre bien décidé à ne pas se laisser envahir par des idées déprimantes (qui ne sont rien d’autre que des tentations du démon), avoir la volonté d’y résister en réagissant immédiatement : les mettre à la porte ! Ne pas ruminer nos ennuis, ce qui ne fait que les aggraver. Compenser une pensée négative par une idée optimiste : « je suis triste » deviendra « je suis joyeux », « je n’ai pas de chance »se transformera en « tout va bien ». Si je suis contrarié : « rien ne me vexe, rien ne me décourage, mon Dieu je Vous donne tout ».

Et si cela devient obsédant, prenez un papier et un crayon pour écrire tous vos points noirs, les analyser un par un, et chercher le meilleur remède pour les effacer. Pris séparément, ils seront plus faciles à éradiquer. Ou encore, mettez par écrit vos propres litanies de la joie !

La bonne méthode est vraiment celle de toujours voir le bon côté des choses, l’avantage à en tirer…  « Vous pouvez à votre choix voir dans une flaque d’eau ou la boue gisant au fond, ou l’image du ciel qui est au-dessus » le bien et le mal sont mêlés partout ! Prenons donc du recul en dominant la situation, ne nous laissons pas troubler par ce qui est en réalité une peccadille. Tant que nous ne sommes pas au Ciel, il est normal que notre vie de la terre ne soit pas parfaitement heureuse, transformons  les épreuves en grâces en attendant le bonheur infini qui nous est destiné. Le Ciel se  mérite !

Si nous faisons notre devoir de notre mieux, sans nous préoccuper de façon exagérée de ce que l’on peut penser de nous mais pour Dieu qui connaît nos pensées et notre bonne volonté, nous serons en paix. Organisons notre vie, assurons-nous de repas et d’un sommeil suffisants pour éviter de « vivre sur les nerfs ». Dès que l’énervement gagne…arrêtons-nous quelques minutes pour retrouver une maîtrise intérieure. Si des choses agacent l’autre (désordre, imprévoyance, retard…) il vaut mieux les anticiper pour éviter tout frottement et perte de calme. Faisons de temps en temps l’inventaire des bienfaits dont on bénéficie et gardons le sourire (« avoir un visage souriant, n’est-ce point comme si l’on avait mis des fleurs à la fenêtre ? »), travaillons à rendre les autres heureux : nous oublier et soulager notre prochain est une recette infaillible ! Ne voyons que le bon côté des choses…et le beau côté des gens !

Voici donc un joli programme pour nous plonger joyeusement dans ce Carême ! Nos âmes, si elles sont en état de grâce, portent Dieu en elles. Abandonnons-Lui nos causes de tristesse et oublions-les pour ne penser qu’à Lui. Terminons avec le bon Père Courtois : 

« La joie est fruit de l’amour. Elle ne supprime pas le sacrifice, elle le transfigure en lui donnant la plénitude de sa valeur et de sa fécondité ».

De grand cœur, saint et joyeux Carême à tous !

Sophie de Lédinghen

  PS : Vous trouverez un autre article pour vous aider à faire un bon  Carême dans notre FA 2 ou sur le  site : http://foyers-ardents.org/2017/03/24/comment-faire-un-bon-careme-en-famille/

« S’il te plaît … »

  A moins d’être doté d’un caractère plutôt assuré, le fait de « demander » nous rebute… Il y a les demandes normales : « J’aimerais que tu aides à mettre le couvert », d’autres plus contraignantes : « Acceptes-tu me conduire à la gare ? »…plus désagréables : « Pourrais-tu rincer le lavabo après ton brossage de dents ? »…plus pénibles : « Tu voudras bien me rendre ce livre que tu m’as emprunté il y a presqu’un an ? », ou même délicates : «  Vous serait-il possible de me faire crédit… ? »…

Et pourtant, dans notre vie spirituelle, la prière de demande est un acte normal. Que de choses, en effet, nous pouvons solliciter auprès du bon Dieu ! Nous nous permettons même d’insister en renouvelant nos demandes …au point d’enchaîner des neuvaines et de paraître bien capricieux ! Or cette demande plaît à Dieu qui nous voit faire acte d’humilité devant Lui pour obtenir, s’Il le juge bon pour nous, ce que l’on souhaite.

C’est exactement de cette façon que nous devrions procéder entre nous : avec humilité.

« Rien ne plaît tant à Dieu et aux hommes que la véritable humilité » nous dit Saint Jérôme. Pour être véritable, cette humilité doit être simple, vraie. On reconnaît souvent la sainteté d’une personne à son humilité, à sa simplicité…et cela est si agréable qu’en sa compagnie nous devenons simples et naturels à notre tour. Cela nous met à l’aise, contrairement à une personne compliquée qui mettra cinq minutes interminables à formuler sa requête et finira par horriblement nous gêner ! Faisons donc preuve de simplicité : si notre demande est juste et nécessaire…nul besoin de nous trouver des excuses à la faire, et de tourner autour avant de nous « jeter à l’eau » ! « Rien n’est pénible pour les humbles » affirme Saint Léon. Humilité, simplicité…

Faite avec gentillesse, notre demande aura un meilleur effet sur notre interlocuteur : « Chérie, je t’ai déjà demandé cinquante fois de fermer cette porte ! » n’aura rien à voir avec un petit « hum, hum… » accompagné d’un aimable sourire, tandis que votre épouse pressée, traverse la pièce au petit trot… ! De même qu’une demande positive : «  Tu veux bien te recoiffer un peu ?» ne produit pas le même effet psychologique qu’une phrase négative : «Tu ne pourrais pas être un peu plus soignée !  ». Faites-en l’expérience avec vos enfants et vous verrez comme ils contesteront beaucoup moins lorsque vous leur demanderez un service ! Bien sûr, il faudra prendre ensuite un ton plus ferme avec eux si cela fait déjà plusieurs fois que vous leur demandez la même chose sans obéissance …mais que vos demandes restent positives. Cela est également valable dans un cadre professionnel ou scolaire…. cela change tout de demander gentiment !

La plupart du temps nos demandes ainsi formulées seront exaucées. Ne soyons pas ennuyé de demander quoi que ce soit. Souvent nous n’aurons pas le choix de faire autrement…d’autres fois ce sera même un service à rendre à l’autre que de lui demander un service! A nos enfants, par exemple, il est indispensable de demander une participation à la vie de famille.

Quand on appartient à une société, et la famille en est une, chaque membre doit contribuer à son bon fonctionnement ; cela ne revient pas aux parents seuls. Certaines mamans sont parfois « gênées » de demander assistance ou participation à la vie de la maison mais, dans la mesure où cela reste raisonnable et qu’elles n’en abusent pas en se reposant trop sur leurs enfants, cela est juste et même nécessaire.

Qui dit prière, dit action de grâce ! Recevoir les grâces du bon Dieu n’est pas un dû, nous ne devons pas oublier de Le remercier avec humilité, là encore. Lorsque nous aurons accepté un service proposé par notre entourage, c’est avec reconnaissance, chaleur même quand il s’agit d’une grande aide, que nous le remercierons.

Merci, ce tout petit mot joyeux qui coûte si peu à dire et fait tant de bien à entendre ! A lui seul ce simple mot récompense de toutes les peines ; il répare au besoin la phrase un peu vive qui vous a échappée auparavant ; il équivaut à un sourire…et souvent il le provoque ; il rend heureux celui qui le dit… et celui à qui on l’adresse.

N’est-ce pas le propre d’un cœur vraiment généreux que de se montrer reconnaissant envers les autres du peu qu’ils essayent de faire pour lui ? Les ingrats sont souvent le reflet des cœurs égoïstes, des caractères médiocres, alors que la vertu de gratitude est la preuve d’un grand cœur !

Chers amis lecteurs, mettons de côté notre maudit amour-propre et faisons preuve de simplicité tant pour demander quelque service que ce soit, que pour exprimer notre gratitude. Usons d’un ton aimable et respectueux… vous savez bien, celui que l’on aimerait que l’on nous adressât à nous-mêmes !

Sophie de Ledinghen

La grandeur du veuvage

On ne parle pas assez de la situation du veuvage qui, logiquement, touche quasiment la moitié des gens mariés. Le mot même de « veuf » ou « veuve » est synonyme de tristesse, que l’on a tendance à fuir au point que les personnes concernées par cet état se refusent à le porter et s’efforcent par tous les moyens de faire oublier leur condition, sous prétexte qu’elle les humilie, les met dans un état d’infériorité auquel elles veulent échapper. Réaction « normale » aux yeux de beaucoup aujourd’hui…mais, disons-le, réaction peu chrétienne qui trahit l’ignorance des réalités profondes.

Quand la mort frappe l’un des deux époux, que ce soit de façon brutale, accidentelle, ou après une longue et éprouvante maladie, elle plante une croix de douleur très lourde et ineffaçable au cœur de l’époux restant. Celui-ci a alors le cruel sentiment qu’on lui a arraché la meilleure part de lui-même, la personne aimée qui fut le centre de son affection, la force calme et douce sur laquelle il faisait si bon s’appuyer….Le voici soudain affreusement seul, délaissé, plié sous le poids du chagrin et des responsabilités à affronter : comment assurer sa subsistance, peut-être même celle de ses enfants ? Faudra-t-il quitter la maison ? Changer de région ? On comprend alors comment l’âme de la veuve ou du veuf peut être accablée et parfois révoltée devant l’immensité de son angoisse. Aussi certains perdent le goût de vivre, refusent de sortir de leur souffrance, tandis que d’autres tâchent d’oublier en fuyant leurs responsabilités…

Aux premiers siècles de l’Eglise, les communautés chrétiennes assignaient aux veuves un rôle particulier de charité. Le Christ durant sa vie mortelle leur témoignait une bienveillance spéciale, et les Apôtres après Lui les recommandaient à l’affection des chrétiens et les encourageaient à la perfection.

L’Eglise ne condamne pas les secondes noces, surtout s’il y a de jeunes orphelins, mais elle marque sa prédilection pour les âmes qui veulent rester fidèles à leur époux et cultivent les richesses spirituelles propre à cet état avec la conviction vécue que « loin de détruire les liens d’amour humain et surnaturel contractés par le mariage, la mort peut les perfectionner et les renforcer[1] ». Certes, sur le plan humain le mariage n’existe plus, mais « ce qui en constituait l’âme, ce qui lui donnait vigueur et beauté, l’amour conjugal avec toute sa splendeur et ses vœux d’éternité, subsiste, comme subsistent les êtres spirituels et libres qui se sont voués l’un à l’autre[2]. » Quand le veuf ou la veuve entre dans l’intimité divine, « Dieu le délivre de toute faiblesse et de toutes les scories de l’égoïsme », Il l’invite à une disposition d’âme plus pure et plus spirituelle. Ainsi l’époux resté seul à son pèlerinage terrestre accepte de se détacher de la terre, de renoncer aux joies et à l’affection de son époux défunt pour conquérir une autre présence, plus intime, plus profonde et forte. Une prière humble, dans l’acceptation courageuse des volontés du Seigneur, obtiendra cette compréhension.

Dans son foyer, le veuf (ou la veuve) apporte à ses enfants l’affection de celle (ou celui) qui leur manque et essaie, avec tact, de la remplacer en lui  restant uni par la pensée. Le parent disparu  lui suggérera alors en Dieu les attitudes à prendre et lui donnera autorité et clairvoyance. Il faut que le souvenir de l’absent inspire force et courage. La veuve surtout, continue à se donner, avec discrétion et humilité. Elle s’habille très modestement (à moins qu’elle souhaite se remarier) mais, comme dit sagement St François de Sales : rien ne sert de mettre  « l’enseigne au magasin » si l’on ne recherche pas de mari ! L’humilité et la charité sont des vertus propres à la veuve qui ne recherche ni les honneurs ni les titres. « La vraie veuve est en l’Eglise une petite violette de mars qui répand une suavité nonpareille par l’odeur de sa dévotion, et se tient presque toujours cachée sous les larges feuilles de son abjection (humilité) » dit encore le saint évêque.

Pour soulager un tant soit peu l’épreuve de leur séparation à venir, les époux peuvent déjà, de leur vivant, se parler de ce qui se passera à la mort du premier d’entre eux et prévoir leurs obsèques, le lieu où ils veulent être enterrés, mettre un peu d’argent de côté pour faire dire un trentain de messes …parler et organiser tout cela, se tenir au courant de leur situation financière, administrative, se dire où est rangée telle ou telle chose utile pour l’autre, c’est vraiment se rendre service ! On ne dira jamais assez aux parents d’expliquer à leurs enfants les formalités administratives de la tenue d’un ménage (banque, assurances, impôts…), mais aussi les bases d’une tenue de maison, les rudiments d’une cuisine familiale, les programmes d’un lave-linge… oui Mesdames, assurez-vous que votre propre mari soit à même de se débrouiller seul en cas de besoin, et réciproquement !

Quand viendra le deuil, celui des deux époux resté seul, sera heureux d’être soulagé de toutes ces préoccupations matérielles, et pourra se réfugier plus sereinement dans la prière, confiant son chagrin à la Vierge Marie, veuve elle aussi, qui, après le départ de son Fils, mena une vie de prière et de dévouement caché. Oui, le veuvage est grand lorsqu’il est vécu comme le prolongement des grâces du mariage et la préparation de leur épanouissement dans la lumière de Dieu.

Sophie de Lédinghen

[1], 3, Pape Pie XII

Notre combat pour le règne de Jésus Christ   dans nos familles

L’histoire a prouvé que tout est à ceux qui sont au Christ. Hélas, elle montre aussi que depuis deux siècles, la France, mais aussi beaucoup de pays d’Europe et même du monde entier, ayant renié leur Créateur, ont tout perdu, comme l’enfant prodigue ! Heureusement, nous savons que les moyens d’obtenir une résurrection sont à notre portée, et plusieurs papes ont prophétisé que la France se relèverait. Mais Dieu respecte notre liberté et attend que nous affirmions sans fausse honte notre foi en prenant les moyens nécessaires pour « tout restaurer dans le Christ ».

Nous savons combien la ruine de la famille a été promulguée par les lois opposées à la doctrine de l’Eglise : ne plus respecter la vie, favoriser le divorce, prôner l’égalité homme-femme…on a tout mis en œuvre pour oublier les enseignements laissés par les parents, et bafouer l’héritage moral et matériel de ce qui constitue la famille. En un mot, tout l’ordre voulu par Dieu dans notre société a été banni !

Nos ennemis savent bien, eux, que la force et la prospérité d’une nation est la puissance de ses vertus morales, et que c’est l’éducation familiale qui soutient les traditions et les maintient. Quoi de mieux pour eux que de faire perdre au peuple ses traditions et son idéal ?!

L’abolition de ces lois révolutionnaires doit passer par la renaissance des traditions familiales qui permettent de raviver un esprit de famille contre cet esprit d’individualisme qui éloigne notre société de son but réel : tourner les âmes vers Dieu.

Mais alors comment s’y prendre pour restaurer le règne de Jésus-Christ dans nos familles ? Je dirais que cela tient essentiellement en deux mots : Ora et Labora[1].

Ora :

Outre la connaissance et le respect de la doctrine de l’Eglise qui, à l’image de Jésus-Christ, « rend témoignage à la Vérité », le domaine de la prière offre des moyens innombrables. On y trouve évidemment le chapelet quotidien en famille ou le quart d’heure d’oraison quotidien. Mais deux moyens supplémentaires et recommandés par l’Eglise sont là pour nous aider : la consécration des familles au Sacré-Cœur demandée par Notre-Seigneur à sainte Marguerite Marie, et la consécration au Cœur Immaculé de Marie sollicitée par la Sainte Vierge auprès des enfants de Fatima.

Labora :

C’est une doctrine constante de l’Eglise que la nécessité d’unir prière et travail. Impossible de dire ici tout ce qu’il est possible ou même simplement nécessaire de faire. L’abbé Augustin Lémann nous dit que « les deux premiers moyens à employer pour obtenir la guérison d’une nation aux prises avec la mort sont la prière et la pénitence ». Or, à Fatima, Notre-Dame nous dit clairement que la pénitence qu’elle souhaite pour nous, c’est l’accomplissement de notre devoir d’état. Et notre devoir d’état aujourd’hui est d’exercer pleinement toutes nos responsabilités dans tous les domaines qui nous concernent directement : nos familles, nos écoles, nos paroisses, notre travail, ainsi que les groupes que nous côtoyons : associations, groupes d’amis…

Pour agir il faut avoir lu la position des enseignements de l’Eglise sur la famille, le choix des écoles, ce qui concerne la vie…et la mort, etc…afin de la vivre toujours plus parfaitement et de pouvoir en témoigner.

Occupons-nous d’abord de notre prochain avant de nous lancer dans une charité lointaine…

Travaillons avec humilité : certes il s’agit là de contribuer à établir le règne du Christ, tâche parmi les plus nobles qui soient ; mais n’oublions pas que notre rôle se rapproche plus de celui du petit âne portant le Christ le jour des rameaux que de celui de son auguste cavalier. En effet, que penserions-nous si le petit âne, tournant la tête à droite et à gauche, opinait pour recevoir les hommages adressés à Notre Seigneur ?!

Ensuite, peu importe que nous soyons nombreux à œuvrer pour le règne du Christ ici-bas, ne nous en préoccupons pas : Dieu ne veut pas le nombre, Il veut notre foi. Que cela ne nous décourage pas ! Les apôtres n’étaient qu’une poignée d’hommes, et voyez comme ils ont évangélisé le monde…

Sachons aussi être patients et persévérants…les résultats se font parfois attendre, mais nous ne travaillons pas que pour nous : Dieu a le temps ; Dieu est hors du temps. Et par la communion des saints, rien de ce que nous faisons n’est perdu.

Ainsi le remède est simple, mais Dieu respecte la liberté des hommes et n’agira que si nous agissons. Il ne nous demande pas de faire des choses extraordinaires mais plutôt de « faire extraordinairement les choses ordinaires » ! Nous avons des raisons d’espérer, nous devons les rechercher, car plus nous aurons de raisons d’espérer, plus nous aurons la force et le courage de nous battre ! Le monde passe, la terre tourne, mais Dieu reste. Non seulement le catholicisme traverse le temps, mais aussi il s’impose universellement, non par la force ou le volontarisme, mais par le Vrai, le Bien et le Beau qu’il contient et qu’il engendre. La nature même du christianisme est de s’incarner dans l’humanité et de relever le monde, de rétablir la création dans la Vérité. Tel est le salut apporté au monde par le Christ Roi.

Mettons-nous donc à genoux, consacrons-nous de tout notre cœur au Sacré Cœur et au Cœur Immaculé de Marie, puis accomplissons humblement notre devoir d’état en disant haut et fort :

Règne à jamais le Christ notre Roi dans nos âmes, nos œuvres et nos familles !

Sophie de Lédinghen

(Inspiré en partie des revues de l’Action Familiale et Scolaire n°162 et 225).

[1] Devise bénédictine