L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 5)

6e geste : oser VRAIMENT affirmer SA FOI

A la suite des précédents articles publiés sur ce sujet depuis le FA 54 et après avoir étudié ces cinq gestes : Faire le premier pas, Demander service, Donner de son temps, Ecouter sans juger, et Interroger, reformuler, penchons-nous sur le 6eme geste de Notre-Seigneur observé dans son Evangile : oser VRAIMENT affirmer SA FOI.

Arrive enfin le moment où il convient d’affirmer sans ambages, avec conviction, pédagogie, force et courage. Alors que la connaissance de la doctrine chrétienne est ignorée et parfois déformée, il faut s’instruire, pratiquer et partager ses connaissances avec énergie et courage. « Si vous aviez la foi, rien ne vous serait impossible… Vous déplaceriez des montagnes. » Ce reproche de Jésus adressé aux siens résonne dans nos âmes catholiques. Sommes-nous vraiment apôtres ? Avons-nous ce désir ardent de communiquer nos connaissances et notre expérience de la foi ? Acceptons-nous de bon gré d’être souvent en contradiction avec les chimères du monde ? Résistons-nous à l’indifférence spirituelle ? Croyons-nous vraiment en la royauté du Christ ? Foi et pratique vont de pair, elles ne peuvent pas survivre l’une sans l’autre. L’affichage catholique comme étiquette mondaine a vécu. L’authentique chrétien est de nos jours un combattant, un témoin inconditionnel de la doctrine catholique.

L’exemple de Notre-Seigneur

Admirons ce dialogue avec les pharisiens qui le réfutent comme créateur du monde : « Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham1 ? » D’un ton calme, Jésus surprend ses contradicteurs et affirme : « Avant qu’Abraham eût été fait, JE suis2 ! » Deux mots et un verbe au présent suffisent. Economie des termes, densité de la pensée, force de la formule, voilà un bel exemple d’affirmation pour dire sa foi et favoriser la réflexion.

Depuis plus de deux mille ans, beaucoup s’étonnent et même se scandalisent de ses propos « Prenez et mangez ; ceci est mon corps. Ceci est mon sang, buvez-en tous3. » De telles paroles ne peuvent laisser indifférent…

La loi d’amour du « fils de l’homme » est précise, il s’agit avant tout d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Au sommet de ces affirmations frappantes, nous trouvons les sublimes béatitudes : « Bienheureux ceux qui pleurent…, Bienheureux ceux qui ont le cœur pur4… »

Examinons-nous

L’on remarquera que c’est trop souvent par une affirmation parfois pesante et incisive pour l’interlocuteur, que l’on commence à communiquer. Affirmez, affirmez, affirmez, il en restera toujours quelque chose, même et surtout si c’est un peu trop répétitif et négatif. Voilà ce à quoi nous sommes trop souvent habitués entre la communication politique et la publicité omniprésente. Mais c’est souvent une grande preuve de faiblesse et de maladresse que de vouloir imposer son point de vue en haussant le ton. Pure perte de temps et d’énergie que de ne pas préparer le terrain avant de l’ensemencer.

Affirmer, c’est dévoiler ce que l’on est réellement sans chercher à convoquer de connaissances livresques pour impressionner. Point de vantardise, point d’étalage de science. (Ne négligeons pas cependant de nous poser quelques questions pertinentes qui nous permettront de garder confiance en nos connaissances de base : ai-je écouté des conférences ? Ai-je ouvert un catéchisme régulièrement pour continuer à me former ? Ai-je conscience que ma foi a besoin d’être nourrie pour ne pas rester superficielle ?)

Chassons le respect humain : il est inutile de savoir « bien parler », car dévoiler sa pensée, c’est dire ce que l’on est et non faire preuve de culture. Celui qui invoquera le Saint-Esprit pour trouver les bonnes réponses ne sera jamais pris au dépourvu.

En pratique, que faire ?

Constatons qu’il n’y a rien d’intellectuel dans les affirmations de Jésus. Il ne dit pas en premier ce qu’il sait, il n’affiche pas ses connaissances, il dit ce qu’il est ! Toujours concis, il se définit en trois mots simples « JE suis la voie, la vérité et la vie5 ! »

Les nombreuses affirmations de Jésus suivent une progression pédagogique intéressante à remarquer. On décèle en effet dans ses exposés plusieurs niveaux qui, comme les marches d’une échelle, aident l’âme attentive à s’élever :

  • informer,
  • expliquer et préciser,
  • confirmer, et enfin prouver par les actes.

INFORMER : En école de journalisme, on apprend qu’une information, c’est « ce qui se différencie par rapport à la norme ; or Jésus ne cesse de s’afficher comme un signe de contradiction et montre un certain goût pour l’affirmation hors norme…

Voici un florilège de ses assertions les plus marquantes :

« Les premiers seront les derniers6. »

« Les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu7. »

« Car qui voudra sauver son âme, la perdra ; et qui perdra son âme à cause de moi et de l’Evangile la sauvera8. »

« A quiconque vous frappe sur une joue, présentez encore l’autre9. »

« Le Fils de l’homme même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir10. »

« Car mon joug est doux et mon fardeau léger11. »

Comment ne pas s’interroger sur le sens profond de tels propos ? Autant d’affirmations fondatrices de la doctrine chrétienne, qui se suffisent à elles seules, et révèlent la complexité de la pratique de la foi catholique, tant dans son principe que dans son action au quotidien. Au demeurant, Jésus ne s’est-il pas présenté lui-même, comme un « signe de contradiction ». Les béatitudes ne sont-elles pas diamétralement opposées à celles de notre monde marchand et hédoniste qui rêve de richesses et de bonheurs artificiels. Elles correspondent d’ailleurs à une attente profonde de nos contemporains en recherche de sens et d’un monde moins assujetti au culte de la performance.

EXPLIQUER ET PRECISER : saint Jean écrit sans aucune ambiguïté dans le fameux prologue de son évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu… En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes12. » Belle leçon de clarté et de précision dont nous devons nous inspirer. L’enseignement de Jésus se distingue par sa limpidité et son caractère incisif. Avec lui, la formule de Boileau se vérifie amplement : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément13. »

La loi d’amour du « Fils de l’homme » est précise et exigeante, il s’agit avant tout d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même, jusqu’au sacrifice s’il le faut… Voilà l’impérieux devoir du catholique : aimer jusqu’au sacrifice de soi. Ne craignons pas ce mot même s’il est passé de mode. Ne sommes-nous pas, à l’imitation de Jésus, des signes de contradiction ?

Précisons comment faire pour gagner la paix de l’âme : « Personne ne vient à mon Père que par moi14. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent15. » Rappelons les deux commandements précisés avec fermeté : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même16 » afin d’aimer, non pas seulement en paroles, mais surtout en actes.

CONFIRMER SA FOI, s’il le faut, et si ce n’est au péril de sa vie, ce sera souvent en tout cas au péril de sa tranquillité.

Combien de catholiques fidèles à la Tradition ne sont-ils pas en peine de confirmer leur foi en dehors de leurs amis proches ? Ils n’osent pas afficher leur attachement à la Tradition catholique sous prétexte qu’ils ne sont « pas assez savants ». On reste poliment sur la réserve dans le monde et on pratique l’entre-soi… Il suffit d’observer les sorties de messe où personne ne se préoccupe des nouveaux arrivants, des inconnus. Ne prenons pas une attitude mondaine et superficielle ! Posons-nous les vraies questions : sommes-nous vraiment apôtres ? Avons-nous ce désir ardent de communiquer nos connaissances et notre foi sans compromissions ? Résistons-nous avec force et énergie à l’indifférence spirituelle ? Osons-nous préciser que Notre-Seigneur est « découronné » par l’Eglise conciliaire ? Soyons authentiques : affirmons, précisons, confirmons notre foi et surtout prouvons !

PROUVER : « Personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis17. » « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs18. »

Aimer, non pas seulement en paroles, mais surtout en actes. C’est la figure de nos crucifix, où le fils de Dieu CONFIRME et PROUVE son amour de l’humanité par le don de sa personne. Ses dernières paroles sur le gibet en attestent : « Tout est accompli. »

Pour aller plus loin et progresser

Affirmer, c’est donc : informer avec précision sans crainte d’être en contradiction avec un monde sans autre boussole que la modernité pour la modernité, le progrès pour le progrès. Pour aller où ? Avec quelle finalité ? Nul ne le sait !

Tout réside dans le fait d’oser préciser les tenants et aboutissants de sa foi catholique : le salut de son âme. Mais aussi oser confirmer. « Etes-vous donc roi ? » interroge Pilate après l’avoir fait flageller : « Jésus répondit : Vous le dites, je suis roi, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité19. » Ce faisant, Pilate rend, sans le savoir, un grand service à l’humanité, nul désormais ne peut ignorer qu’il est le roi de l’univers. Aucune objection possible. Jésus de Nazareth « roi des Juifs », voilà ce que Pilate a entendu, ce qu’il a compris. Voilà ce qu’il fait inscrire sur l’écriteau de la croix, au grand dam des pharisiens.

Affirmer, préciser, confirmer, prouver, voici les quatre barreaux de l’échelle de l’affirmation qui peuvent aider à convertir les âmes en recherche en prenant garde de ne pas aller trop vite pour communiquer les trésors de notre foi, certes sans respect humain, mais avec intelligence et pédagogie.

RESOLUTION PRATIQUE :

  • Jésus affirme : « Je suis un signe de contradiction. »
  • Il précise : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour la parfaire. »
  • Il confirme : « Je suis roi. »
  • Il prouve : « Tout est accompli sur la croix. »

Application pratique personnelle :

  • J’affirme : je suis chrétien.
  • Je précise : catholique.
  • Je confirme : fidèle à la Tradition.
  • Je prouve cette affirmation : « Dieu premier servi » en faisant prière et méditation avant les écrans et toutes les préoccupations temporelles.

ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’Ave pour obtenir l’aide de Marie Co-rédemptrice – 1er mystère glorieux : la Résurrection de Jésus. « Je suis la vie, la voie et la vérité » OSER « Afficher, affirmer, préciser », et… surtout prouver en acte sa foi.

J’oserai expliquer ma foi catholique, ma réputation dût-elle en souffrir. Aussi, ne craindrai-je pas d’être un signe de contradiction comme Jésus.

« Pouvoir dire la vérité et se taire, c’est mériter la colère de Dieu. » (Saint Justin)

« Une vérité dite sans charité n’est pas une vérité charitable. » Saint François d’Assise

Frère Charles de Foucaud (cordigère)

1 Jean VIII, 57
2 Jean VIII, 58
3 Matthieu XXVI, 26-28
4 Matthieu V, 5-8
5 Jean, XIV, 6
6 Matthieu XX, 16
7 Matthieu XXI, 31
8 Marc VIII, 35
9 Luc, VI, 29
10 Marc, X, 45
11 Matthieu XI, 30
12 Jean I, 1-4
13 Nicolas Boileau – L’Art poétique (1674)
14 Jean XIV, 6
15 Matthieu VI,24
16 Matthieu XXII, 37,39
17 Jean XV, 13
18 Marc, II, 17
19 Jean XVIII, 37

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 4)

5e geste : interroger, reformuler !
A la suite des précédents articles publiés sur ce sujet depuis le FA 54 et après avoir étudié ces quatre gestes : Faire le premier pas, Demander service, Donner de son temps, et Ecouter sans juger, penchons-nous sur le 5eme geste de Notre-Seigneur observé dans son Evangile.

Dans l’Evangile, on note que Notre-Seigneur sait poser les questions pertinentes au bon moment ayant pour effet, soit de réveiller les intelligences et les consciences, soit de faire taire définitivement les objecteurs pervers. « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ?¹ » Interrogation perfide à laquelle Jésus rétorque par une mise à l’épreuve : « Quel est celui de vous qui, si son âne tombe dans un puits, ne l’en retire même le jour du sabbat ?² »

Interroger à bon escient, détecter les interventions pertinentes qui font progresser le dialogue, oser poser des questions plutôt qu’affirmer trop vite pour inciter les esprits à trouver par eux-mêmes les bonnes réponses, voici un « art » de la rhétorique quelque peu oublié de nos temps. Ce fut, rappelons-nous, un moyen très habituel de communication aux temps antiques, promu par Socrate qui répondait aux questions par des interrogations en cascade afin de « faire accoucher les esprits ». Jésus, pour sa part, saura mettre l’interrogation dans son apostolat !

L’exemple de Notre-Seigneur
Observons maintenant quelques scènes de l’Evangile. Après avoir été vilipendé par les pharisiens d’un côté, et adulé par ses amis de l’autre, Jésus se tourne vers les apôtres et les interroge : « Qui dit-on qu’est le Fils de l’homme ?³ » Question surprenante ! Les apôtres se regardent les uns les autres. Après un bref silence, ils sont intarissables, chacun y va de son témoignage. Et Jésus les relance encore : « Et vous ? Qui dites-vous que je suis ?⁴ » Mais où le « maître » veut-il donc en venir ? Cette question amène les apôtres à s’engager, à réfléchir. Pierre se révèle alors le futur chef de l’Eglise naissante. Avec énergie et ferveur, il proclame : « Vous êtes le Christ, le fils du Dieu Vivant ! » L’Eglise naissante apparaît dans cette réponse. Pierre déclare sa foi et sa confiance en son maître qui le pressent déjà comme le futur pontife.

A un autre moment de sa vie publique, aux docteurs de la loi qui cherchent à le piéger sur les miracles accomplis un jour du Sabbat, Jésus riposte ainsi : « Qu’y a-t-il écrit dans la loi ?⁵ » Il regarde le paralytique miraculé et demande : « Lequel est le plus aisé à dire : tes péchés te sont remis, ou de dire lève-toi et marche ? ⁶ » Est-il besoin d’insister ? Le Christ en appelle aux âmes loyales, capables de trouver par elles-mêmes la réponse juste. Ou bien encore un autre jour : « Qui de vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou si on lui demande un poisson, lui donnera un serpent ?⁷ » Avec de telles questions, l’intelligence s’éveille et la conscience s’ouvre.

Notons que ces questions à caractère pédagogique, ces interrogations « boomerang » se retournent souvent contre la mauvaise foi des esprits perfides autant qu’elles éclairent les indécis.

Dans une autre page de l’Evangile, juste après sa résurrection, Jésus interroge Marie-Madeleine qui cherche avec douleur « son maître » dont le corps n’est plus dans son tombeau : « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?⁸ », insiste Jésus, comme s’il prenait plaisir à entendre Marie-Madeleine révéler la profondeur de sa foi, et sa grande fidélité. Heureuse question qui aura le double effet de confirmer la vive affection de Marie-Madeleine et de combler le coeur de Jésus !

Examinons-nous
« Communiquer » dans notre société hyper-médiatique est trop souvent synonyme de propagande déguisée, de débats stériles, d’influences néfastes, de pensée à sens unique, dans un mépris total des personnes considérées comme des « cibles » commerciales…

  • Se faire comprendre à la manière du Christ n’a rien à voir avec de telles méthodes d’influence. Il ne plaide pas une cause pour son compte, il n’use jamais de faux semblant, il s’adresse à l’intelligence souvent assoupie des coeurs. Il veut se mettre au niveau des âmes pour qu’elles se convertissent : « Pourquoi êtes-vous effrayés ? » demande-t-il aux apôtres, « n’avez-vous pas encore la foi ?⁹ » Stimuler les caractères, entendre les angoisses, comprendre les peurs, préparer ses amis à vivre dans la vérité. En un mot, allumer les flammèches intérieures qui vacillent dans les âmes. Voilà en quoi ses interrogations s’avèrent si efficaces.

Nous devrions prendre exemple sur Notre-Seigneur dans nos démarches d’apostolat. Ne répondons pas trop vite aux questions, forçons-nous à passer par les étapes progressives du questionnement afin de favoriser davantage l’implication de nos interlocuteurs. L’interrogation est à l’esprit ce que la bougie est aux moteurs thermiques ; elle allume la petite flamme vacillante de nos intelligences.

  • Toute question n’appelle pas de réponse ! Il faut savoir détecter et détourner la fausse question qui cherche à piéger. Dans ce cas, la parole est d’argent, le silence est d’or ! Nous sommes, à des degrés divers, souvent trop passifs devant les personnes de mauvaise foi qui simulent par de fausses interrogations un intérêt soudain. Elles cherchent à mettre mal à l’aise celui qui veut se faire apôtre, souvent en présence de tierces personnes dont elles cherchent la complicité. Souvenons-nous alors des réponses de Jésus quand il fut interrogé devant le Grand-Prêtre : « Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? ¹⁰ » Aidons alors ces personnes, autant que faire se peut, à éveiller leur conscience et à les ramener à de meilleures intentions, mais sachons aussi détecter la ruse et s’il le faut, répondons par le silence !

En pratique, que faire ?
La reformulation permet dans un dialogue, de préciser, de clarifier, de confirmer une opinion. Dire : « Si je vous ai bien compris vous voulez dire que… » met l’interlocuteur dans les meilleures dispositions d’écoute possibles, tant il est sensible à l’attention qui lui est portée.

Un apôtre doit s’exercer à cette véritable discipline de la parole propre à l’interrogation et à la reformulation. Ses paroles doivent être « placées » au bon moment et imposent une certaine mortification pour ne pas livrer trop vite ses connaissances et imposer son point de vue. A l’image de Jésus qui, ne répondant pas à la seconde près aux dénonciateurs de la femme adultère, dessine sur le sable en silence et posant une question préalable, laisse les consciences se réveiller. Son silence est aussi éloquent qu’assourdissant. La répartie orgueilleuse n’est d’aucune utilité pour toucher les âmes. Susciter le « chambardement » intérieur demande plus de finesse : « Appelez votre mari et venez ici¹¹ » dit-il à la Samaritaine. Cette réplique de Jésus à la limite de la provocation, pousse l’âme assoupie jusqu’à ses derniers retranchements. Elle avoue qu’elle n’a pas de mari. Jésus confirme : « Vous avez eu cinq maris, et celui que vous avez maintenant n’est pas à vous. » Subtile relance qui va tout changer, tout ouvrir, tout bouleverser. Délivrée ainsi du mensonge et de l’hypocrisie, la Samaritaine oscille entre soulagement et paix. Ses yeux s’écarquillent, elle comprend qui est cet homme dont la soif est si ardente. Jésus ne lui fait pas la morale, il nous donne alors un exemple que nous pourrons suivre si nous nous mettons à l’école du « Fils de l’homme ».

Pour aller plus loin et progresser
Questionner encore et encore, cela aura deux effets méritoires :

  • D’une part, on saura mieux adapter notre explication en fonction de la personne interrogée.
  • D’autre part, on encouragera le « récepteur » à trouver par lui-même les bonnes réponses.

L’intérêt pédagogique d’une telle démarche interrogative est évident, mais elle exige du temps, une attention très vive et de la patience. Des paramètres et des qualités qui se font rares sous la tyrannie de l’urgence. Désormais dans les relations dites « humaines », la répartie immédiate et cinglante est survalorisée au détriment de la réflexion. Qu’importent les arguments exposés, puisque le jeu consiste à imposer rapidement ses idées, de gré ou de force !

RESOLUTION PRATIQUE : Ayons la patience d’écouter, de nous interdire tout jugement téméraire, en aidant notre interlocuteur à trouver les réponses par lui-même et en évitant les affirmations péremptoires.
ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’Ave – 3ème mystère glorieux : la Descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres. Demandons au Saint-Esprit de nous inspirer. Avant d’afficher sa foi et d’affirmer des vérités, il faut aider les âmes à assimiler et à accepter les points exigeants de la doctrine catholique. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’être patient et pédagogue en s’efforçant de poser les bonnes questions afin de préparer le terrain.

Frère Charles de Foucaud (cordigère)
« L’âme n’est pas faite pour le bruit, mais pour le recueillement et la vie doit être une préparation au ciel non seulement par les oeuvres méritoires mais aussi par la paix et le recueillement en Dieu. » Ch. de Foucauld

1 Lc XIV, 3
2 Lc XIV, 5
3 Mt XVI, 13
4 Mt XVI, 15 et 16
5 Lc X, 26
6 Mt IX, 5
7 Mt VII, 9-10
8 Jean XX, 15
9 Mc IV, 40
10 Jean XVIII, 23
11 Jean IV, 16-18

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 3)

A la suite des précédents articles publiés sur ce thème1, nous étudions maintenant le 4e geste :
Ecouter sans juger !

« Ecouter. » On approche ici la perle la plus rare et précieuse de la communication entre les hommes sous toutes les latitudes et de tout temps. La vraie, la grande, la généreuse, la véritable écoute. Dans son épître ; saint Jacques donne ce conseil : « Que l’homme soit prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère2. »

Et nous ? Sommes-nous celui qui :

  • Reçoit et abandonne ?
  • Reçoit et relativise ?
  • Investit, reçoit, aime et distribue en abondance ?

« Abandonner… » « Relativiser… » « Aimer… » Trois verbes qui révèlent notre aptitude à cet acte de communication majeure concrétisé par l’écoute.

L’exemple de Notre-Seigneur
Pas de plus bel exemple d’approche que le recrutement par Jésus de ses apôtres. Il observe, perçoit les personnalités, et approche des tempéraments tous plus différents les uns que les autres : un saint Pierre énergique et impétueux, un saint Jean, doux et paisible. Il sait les toucher, transpercer leur cœur et leur âme. Il écoute et sauve in extremis celui qui l’implore, parce qu’il sait sonder la profondeur inaltérable des âmes. Il s’adresse à elles et dira à la femme adultère avec amour : « Va et ne pêche plus4

Examinons-nous
On remarque que Jésus en écoutant, nous enjoint avec fermeté : « Ne jugez point, et vous ne serez point jugés ; ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés ; remettez et il vous sera remis5.» Et comme pour mieux souligner le caractère impératif de cette attention portée à son prochain, Dieu lui-même ordonne : « Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le !6 » Quel exercice subtil et généreux que celui de l’écoute si délicat, et pourtant tellement apprécié par chacun ! Voilà une pratique de plus en plus étrangère à nos mentalités bavardes et peu attentives. Combien de nos contemporains en souffrent-ils secrètement ? Et pourtant, notre cœur, stimulé par notre intelligence, est certainement le mieux à même pour être attentif généreusement.

En pratique, que faire ?
Mais, comment bien écouter pour pouvoir ensuite transmettre les paroles de vérité adaptées à chacun ? Comment s’efforcer d’éviter de porter des jugements ? Comment mettre de côté, pour un moment, son habituel « cadre de références », ses convictions fermes, pour se contraindre à être attentif ? Pour cela il faut déjà comprendre d’où vient celui que nous écoutons, saisir ses souffrances, entendre son avis avec compréhension en vérifiant au besoin que nous avons la même définition des mots, être attentif à ses émotions quand bien même ses propos seraient diamétralement opposés à notre opinion.

Ecouter ainsi implique une vraie discipline personnelle où la raison et l’émotion sont bridées au profit de la sauvegarde impérative de l’écoute avec le souci de chercher à comprendre son interlocuteur au-delà des apparences. Pour cela, apprenons à nous taire pour véritablement accueillir l’autre. Exerçons-nous à acquérir la confiance en nous pour éviter la tentation de la susceptibilité et ne pas nous sentir personnellement concernés par un point de vue aussi contraire nous soit-il. Maîtrisons nos émotions pour être en capacité d’entendre des avis très différents sans nécessairement réagir. La réplique ne favorise pas une écoute constructive. C’est un véritable apprentissage constant de la maîtrise de soi. Aimons et favorisons cet acte de coopération, cet échange d’idées et d’opinions, et montrons-le par notre regard intéressé, notre sourire bienveillant et par toute notre attitude. On le voit, cela n’a rien à voir avec les joutes oratoires, les débats creux, vaniteux que nous offrent les médias singulièrement pendant les périodes électorales.
Ecouter, c’est écouter les âmes. La véritable écoute du prochain est un acte de justice et d’équité consistant vraiment « à traiter différemment ce qui est inégal » selon l’expression de Chesterton. « Comprenez…7 » recommande Jésus ! Là où commence notre jugement (souvent péremptoire) s’arrête notre compréhension. Être sûr d’avoir toujours raison est opposé à la vertu de l’écoute : « Ceux qui ont reçu la semence », précise Jésus « sont ceux qui écoutent8. »

Pour aller plus loin et progresser
Donnons pour terminer quelques recommandations pratiques sur les attitudes à adopter à propos de ce quatrième geste. Remarquons tout d’abord que Jésus regarde son interlocuteur, il ne fait rien d’autre : il est vraiment attentif. Arrêtons donc impérativement de faire ce que l’on fait, surtout si l’on est sur son portable ou son ordinateur. Cette situation est extrêmement désobligeante et pourtant si courante de nos jours ! Voilà un point de vigilance majeur à respecter. Centrions toute notre attention uniquement sur notre interlocuteur et non sur nos propres ressentis ou opinions. Montrons-lui notre attention par une attitude qui manifeste notre intérêt. Repérons ses attitudes « non verbales » souvent révélatrices : clignement des yeux, froncements de sourcils, pincement de nez, etc. C’est en prenant soin de ce comportement volontairement communicatif, que Jésus va au-devant des malades, des enfants, des affligés, des riches. Il anticipe les besoins d’écoute de ses contemporains, avant même qu’ils ne se soient manifestés. Un léger et simple toucher de son vêtement lui suffit pour comprendre l’appel de « l’hémorroïsse9 ».

L’écoute n’est jamais une attitude passive, bien au contraire, elle exige beaucoup d’énergie, de concentration et d’effort d’attention. C’est peut-être une des attitudes communicatives les plus éprouvantes. Le curé d’Ars en savait quelque chose, lui qui restait des heures et des heures au confessionnal. On recommande d’ailleurs à ceux qui pratiquent souvent cet exercice, de suivre l’exemple de Notre-Seigneur, qui entrecoupait sa vie publique de grands moments de prière et de solitude réparatrices. L’écoute est une forme d’ascèse. Elle devrait être une pratique habituelle de tout chrétien qui se veut apôtre de sa foi. Ecouter, en effet, c’est respecter à la lettre le message principal de Jésus : « Il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime10. »

En pratique, il est facile de constater qu’il n’existe pas d’acte de communication plus efficace et surtout plus apprécié que d’écouter son conjoint, ses enfants, ses collègues, ses assistants et ses supérieurs.

RESOLUTION PRATIQUE : Ecouter sans me laisser tromper par des jugements téméraires. Pour m’y aider, je prends modèle sur le comportement qu’eut Jésus avec Nicodème et la Samaritaine.

ENGAGEMENT SPIRITUEL : une dizaine d’AVE – 4e mystère joyeux – Le recouvrement de Jésus au temple. « Ecouter et comprendre ». Les dignitaires du temple écoutèrent attentivement un enfant qui n’avait que douze ans ! Certains d’entre eux comprirent qu’ils faisaient là une rencontre exceptionnelle. « Qui est cet enfant ? » Pour le savoir, il faut écouter au-delà des apparences, ouvrir en grand l’intelligence de son cœur.

Frère Charles de Foucauld (cordigère capucin)


1 FA 54 : introduction et 1er geste, « Faire le 1er pas »
FA 55 : 2e geste, « Demander service »
FA 56 : 3e geste, « Donner de son temps »
2 Saint Jacques I, 19.
4 Jn 8, 11
5 Lc 6,37
6 Mc 9, 7
7 Mt 13,18
8 Mt 13 ,23
9 Lc 8, 43, 48
10 Jn 15, 13

 

Donner de son temps !

À la suite des précédents articles publiés sur ce thème, nous étudions maintenant le 3e geste : Donner de son temps !

 

 

Dans la continuité des précédentes recommandations, s’il est une résolution essentielle à mettre en avant dans les relations humaines, c’est bien celle du temps que l’on décide — ou non — d’offrir à notre prochain, à celui qui sollicite de l’attention, aux personnes qui souffrent de cette solitude si caractéristique de nos jours. Notre-Seigneur mesure intimement la souffrance réelle de voir ses amis refuser de venir à lui parce qu’ils n’ont pas de temps à lui consacrer en prétextant toutes les bonnes raisons d’être avares de ce temps si précieux : la fatigue, les occupations multiples, les divertissements en tout genre.

Qui n’a pas eu un jour à se confronter au mur de cette formule lapidaire et définitive : « Je regrette, je n’ai pas le temps » ? Et nous-mêmes, sommes-nous souvent disponibles, attentifs, disposés à écouter, sans regarder la montre ? Que chacun s’examine sur ce paramètre essentiel de la relation humaine : donner de son temps, même si cela nous coûte.

L’exemple de Notre-Seigneur

Quand Jésus demeure depuis trois jours avec la foule qui le presse de questions, Il ne compte pas son temps et s’inquiète même de nourrir son peuple. Combien de fois, dans sa vie publique, se montrera-t-il totalement disponible ? Souvenons-nous de la visite de Nicodème en pleine nuit déjà évoquée plus haut. Aucune réserve de sa part, même pas un petit reproche sur l’heure tardive. Bien au contraire, il lui manifeste de la considération et s’efforce de lui répondre avec autant de bienveillance que possible.

Jésus n’en a jamais privé personne. Parfois, cela irrite les apôtres et Jésus les reprend : « Laissez venir à moi les petits enfants. » La disponibilité est une des plus belles qualités relationnelles qui soit. Malheureusement, Notre-Seigneur n’a pas été toujours payé de retour. Loin s’en faut. Au moment de son agonie, ses apôtres qui l’accompagnent, Pierre, Jacques et Jean, n’auront pas la même disponibilité pour notre Sauveur, malgré ses suppliques insistantes : « Veillez avec moi. » Pourtant, il ne s’agissait que d’une heure, une petite heure pour partager avec leur Maître sa sanglante agonie. Ses apôtres préférés sombrent dans le sommeil et le laissent seul, en butte à de terribles angoisses. Des nuits et des jours offerts aux foules, à tous et à chacun d’entre eux, et pas même une heure d’attention de ses plus proches « amis » pour l’accompagner, le soutenir, le consoler, et compatir.

Ce que cela signifie pour nous

Combien de fois ne sommes-nous pas avares de notre temps à l’endroit de nos proches : épouse, époux, enfants, frères, sœurs, amis ? Et, peut-être plus encore, quand nous sommes invités à veiller au moins une heure devant le Saint-Sacrement ! Souvenons-nous de l’adoration du Jeudi Saint où nous sommes invités nous aussi à « veiller et prier » ; serons-nous plus généreux cette année ?

Nous serions bien ingrats de reprocher quoi que ce soit aux apôtres, nous qui comptons, chrono à la main, le temps passé avec nos amis ou nos collègues, sans parler de l’inconnu qui mendie un regard. Nous sommes trop souvent inattentifs, indisponibles pour ces âmes isolées : les personnes âgées, les malades, les pauvres, mais aussi les personnes seules et les jeunes livrés à eux-mêmes, à leur énorme solitude et donc à leur portable ! Pour eux, pas ou peu de temps d’écoute, jamais un sourire affectueux, encore moins une présence patiente et attentive.

Si Dieu a fait l’homme à son image en lui confiant l’usage si précieux de la liberté, que l’homme prenne garde à ne pas se laisser envahir par trop d’activités réalisées dans l’urgence, au détriment de l’important. La technologie digitale entretient l’idée fausse que l’homme peut désormais tout faire sans contrainte de temps, ni d’espace : un clic, et des milliers de messages parviennent à l’autre bout de la terre en moins d’une seconde. C’est une illusion. Notre nature a véritablement besoin de réflexion pour bien agir et parvenir ainsi aux joies éternelles, en entraînant avec elle les âmes que Dieu a placées sur son chemin.

En pratique, que faire ?

Pour éviter cette mécanique du « temps-qui-manque-toujours » et après lequel on court, il n’est guère besoin d’outils sophistiqués de gestion du temps. Il vaut mieux hiérarchiser ses priorités avec discernement en prenant garde de ne pas se laisser envahir par l’accessoire ! Pour cela un vrai travail est nécessaire sur les trois puissances supérieures de l’homme énoncées par saint Ignace : la mémoire, l’intelligence et la volonté. Ainsi nous parviendrons à organiser au mieux notre emploi du temps avec sagesse, en hiérarchisant nos priorités, c’est-à-dire en anticipant, en éliminant et en sélectionnant.

Alors, comment concilier le progrès technologique et une saine utilisation de son temps, dans les relations humaines ? Pratiquons habituellement une règle de discernement préconisée par saint Ignace : « Pas plus que, autant que… ». Avec, pour critère principal, ce commandement phare de toutes relations humaines telles que pratiquées par Jésus : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »

Ne nous laissons plus éblouir par les tyrannies de l’instantané et de la vitesse, nos contemporains ont besoin qu’on leur offre de notre temps. Rien dans la relation vraiment humaine ne peut être traité dans la précipitation ! Abordons aussi cette fâcheuse dérive de la mauvaise gestion du temps dans les relations humaines : la procrastination, cette tendance à toujours repousser au lendemain nos résolutions en faveur d’autrui. Cessons de dire : « plus tard, plus tard » pour entrer en contact avec untel ou untel. « Plus tard », c’est souvent trop tard. Encore une fois, imagine-t-on Jésus tarder à aller à la rencontre de ses amis comme de ses adversaires ? « Dieu ne retarde jamais d’accomplir ce qu’il a promis ». Le salut des hommes n’attend pas.

Avec lui, le temps n’est pas seulement une unité de mesure, il est aussi et surtout un contenu : on ne compte pas son temps pour s’adresser aux âmes. On converse avec elles. Efforçons-nous à faire un examen de prévoyance chaque début de journée : qui vais-je voir ? À qui vais-je offrir un moment de conversation ? Et cela, avant de consulter son ordinateur, son portable, sa tablette… « dévoreurs » de temps ! De manière générale, fixons-nous à l’avance une limite raisonnable de consultation d’internet, interdisons-nous de consulter les écrans sans but précis. L’expérience montre que le temps s’écoule alors de façon vertigineuse. Il s’opère une sorte de perte de conscience, une anémie cognitive contre laquelle on ne peut lutter que par anticipation.

Ajoutons que si internet est une grande ouverture sur beaucoup de champs, y compris ceux de la culture, le philosophe Gustave Thibon nous avertit déjà en 1976 que : « La pléthore de l’avoir a pour rançon l’anémie de l’être. » Ce qui compte n’est pas l’accumulation des biens ni des connaissances, mais bien une véritable vie intérieure qui rejaillit sur les aptitudes à la fidélité, à la disponibilité, à l’écoute et à la convivialité…

Pour aller plus loin et progresser

Pour donner notre temps, il faut cultiver un authentique oubli de soi, qui jaillit spontanément de notre cœur ; et c’est par le cœur que l’homme est grand ! « La vertu en cette vie, dit saint Augustin, consiste à aimer ce que l’on doit aimer. » Prenons à la lettre les préconisations de Notre-Seigneur : « Marthe, Marthe, ta sœur a choisi la meilleure part. » Cette part c’est le temps consacré à la vie spirituelle au quotidien. Un catholique ne devrait pas se contenter de prier matin et soir mais aussi avant de démarrer une tâche, de faire un voyage, de commencer et finir un repas, au profit d’un prochain malheureux, pour une attention particulière, etc. Tout est occasion de vivre avec Notre-Seigneur !

Vie spirituelle, devoirs d’état, vie affective sont alors traités dans le bon ordre. L’usage immodéré des écrans est de fait ramené à sa juste place. Non sans efforts renouvelés une discipline s’installe, qui donne la priorité absolue à la vie spirituelle. Soyons ponctuels et disponibles comme Jésus. Si nous faisons de notre temps personnel un allié de notre vie spirituelle, nous n’avons pas à avoir peur des moyens modernes de communication. Nous savons distinguer l’important de l’urgent.

Donner de son temps à Dieu et à son prochain est la plus grande des marques de sagesse car comment mieux imiter Jésus qui nous donna 33 années de sa vie : 30 ans de silence et trois années de vie publique… « Donner de son temps » est une des plus belles formes de générosité qui soit. Elle se fait rare de nos jours tant nous nous laissons déborder ou distraire par de fausses urgences au détriment de l’important : vivre avec Notre-Seigneur. L’égocentrisme règne sous nos climats et empêche le don de soi. Osons le dire, offrir son temps est devenu aujourd’hui, en particulier, une vertu qui enchâsse un joyau de la relation humaine : la charité. Jésus n’a-t-il pas offert à l’humanité les trente-trois années de sa vie terrestre ?

Frère Charles de Foucauld, cordigère


RÉSOLUTIONS PRATIQUES :

  • Veiller à ne plus me laisser envahir par mes envies pour donner la priorité à mes objectifs importants de chrétien : mon salut et l’attention que je dois porter à mon prochain.

  • Privilégier toujours la communication naturelle à la communication virtuelle.

ENGAGEMENT SPIRITUEL :

  • Une dizaine d’AVE – 3ème mystère joyeux : La naissance de Jésus.

  • Notre-Seigneur passe trente-trois années de sa vie dans le silence d’abord, et en prêchant ensuite, jusqu’à la croix où sa dernière parole sera « tout est consommé ». Et moi saurai-je donner 5 jours de ma vie cette année pour faire une retraite ?

« L’humilité et la douceur sont à apprendre à l’école du cœur de Jésus. » — Charles de Foucauld

1 FA 54 : introduction et 1er geste, « Faire le 1er pas »

FA 55 : 2e geste, « Demander service »

2 Lc 14 , 16-24

3 Mt 15, 32-38

4 Jn 3

5 Mc 10, 14

6 Mt 14, 32

7 Jn 15, 12

8 Luc 10,42

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite).

Retrouvez la présentation de ce guide pratique et le « 1er geste » publié dans notre FA 54 :

https://foyers-ardents.org/category/discuter-en-famille/

2e geste : Oser demander service !

 « J’ai besoin de toi, Zachée ! »

Qui sollicite ainsi ? C’est le fils de Dieu créateur du ciel et de la terre !

Jésus sait ce qu’il en est, lui, fils de Dieu : il demande si souvent service à ses apôtres, à ses pairs, mais aussi à l’inconnue (la Samaritaine) et au sceptique (Zachée). Il nous interroge : « Lequel est plus grand ? L’or ou le temple qui sanctifie l’or ?  Le don ou celui qui sanctifie le don2 ?  » Voilà bien ce que réalise celui qui ose demander service : il sanctifie le don, plus par sa disponibilité et son sourire, que par le service rendu. Pour le « Fils de l’homme », il est normal de « frapper à sa porte ».

Si Jésus veut être le premier à être sollicité, c’est bien parce qu’il connaît la valeur et l’efficacité de ce geste. De fait, Jésus récompense ceux qui osent lui demander service. Il ouvre toujours sa porte.

L’exemple de Notre-Seigneur

Quand Nicodème, docteur de la loi, pharisien, le dérange en pleine nuit pour l’interroger sur ses derniers propos publics, Jésus l’accueille certainement avec ce sourire bienveillant qui vous met  à l’aise. Il répond à ses questions, le bouscule quelque peu : ne connaît-il pas les prophéties, lui, un dignitaire de la foi ?  Et pour autant, il finit par lui révéler le mystère de l’Incarnation, avant ses propres apôtres. Belle récompense pour Nicodème qui a osé demander service. Quelle audace, mais aussi quelle modestie ! Deux qualités souvent « complices » dans cet acte énergique de communication.

Quand Jésus a besoin des cinq pains et des deux poissons d’un petit garçon pour nourrir une foule éreintée qui écoutait son enseignement depuis plusieurs jours, que fait-il ? En toute humilité, il s’adresse à un enfant et lui demande de bien vouloir lui confier son panier. C’est l’incroyable miracle de la multiplication des pains qui va rassasier plus de cinq mille personnes ! En guise de remerciement, douze corbeilles bien remplies furent restituées à l’enfant, heureux d’avoir rendu un service au Fils de Dieu !  Quelle grâce d’être sollicité par Jésus !

 

Ce que cela signifie pour nous

N’hésitons plus à demander service : voilà le sens de cette injonction quelque peu provocatrice : « Si l’un d’entre vous a un ami, qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains3. »

Demander un service est le moyen efficace par excellence pour briser la glace et faire le « premier pas ».

Là aussi, la technologie numérique tend à nous éloigner de la communication naturelle avec nos congénères parce que, rendus autonomes avec nos instruments « magiques », nous avons de moins en moins besoin des autres. De fait, nous nous croyons autosuffisants, puisque d’un clic nous faisons tout : des courses par internet, un itinéraire avec le GPS, et des milliers de relations amicales avec les réseaux dits « sociaux ».

Ne perdons jamais de vue que la technique doit toujours rester au service de l’homme et non l’inverse. Un lieu commun, nous le concédons, mais de plus en plus d’actualité.

Nous nous persuadons que nous n’avons besoin de personne, qu’il vaut mieux ne pas déranger. Cette forme d’indépendance postmoderne et quelque peu égocentrique s’installe progressivement dans les mentalités.

Et si par malchance, nous sommes obligés de « demander service », malgré toutes nos tentatives pour l’éviter, nous voilà quelque peu embarrassés ! L’art de solliciter une aide est devenu une démarche rare car nous sommes envahis par la crainte tenace d’être importun. N’avons-nous vraiment besoin de personne ? Quelle erreur ! La réalité est souvent à l’opposé de cet « a priori ».

Deux vertus communicatives de grande valeur sont liées au fait de « demander service ». La première est la mise en commun des moyens >>>  >>> propres à chacun, ce qui correspond littéralement à l’étymologie du mot « communiquer » dont le propre est justement la mise en commun des biens matériels ou immatériels. Le deuxième bénéfice consiste à donner de la reconnaissance à la personne sollicitée. Or, précisément, cette « reconnaissance » manque à nos contemporains, obligés d’obéir à des robots, des voix préenregistrées, des codes ésotériques. C’est une véritable révolution qui s’impose à l’équilibre psychique des humains.

En pratique, que faire ?

Communiquer, répétons-le, est toujours un effort, cela doit prendre la forme d’une « virtus », un acte vertueux habituel, tel que préconisé par saint Thomas d’Aquin : un effort auquel on veut s’astreindre pour s’exercer à communiquer avec et comme Jésus.

– Résistons à notre timidité, créons et multiplions à notre échelle les occasions de demander service ! Laissons par exemple de côté notre GPS et interrogeons les passants. Voici un excellent exercice pour vaincre son petit orgueil et s’exercer à la communication au jour le jour. Un sourire, un remerciement chaleureux qui accompagnent ce petit geste peuvent aider à améliorer nos capacités relationnelles.

– Ne nous laissons pas fasciner par les progrès constants et magiques de la communication connectée et digitale. Efforçons-nous d’en tirer le meilleur parti, pour propager la bonne parole, et l’enseignement de Jésus. Une vigilance et un sens critique aigus accrus sont impératifs pour rester maître et non esclave de la communication numérique. C’est le grand défi des temps actuels : vivre de vraies relations humaines en dépit de l’invasion virtuelle. Nous devons nous imposer en toute lucidité des règles personnelles de vie. Un contact réel vaut mieux qu’un contact virtuel, en s’efforçant, par exemple, de sortir de notre bureau afin de saluer nos collègues, de leur « demander un service ». Veillons d’abord à équilibrer nos vies intérieures, surveillons le temps et l’attention qui nous sont imposés par la communication digitale.

– Conservons cette règle d’or même et surtout si cela coûte : pour un catholique fervent, « Dieu premier servi », l’humain ensuite, la vie numérique après !

Vie intérieure parce qu’on ne peut être en bonne compagnie avec autrui que si l’on est d’abord en bonne compagnie avec Dieu. Relation humaine parce que c’est la condition d’une vie accomplie et riche de sens.

L’homme doué « d’intelligence du cœur » selon l’expression favorite de Jésus, l’homme vigilant, le chrétien fervent s’efforce de trouver les bonnes mesures pour préserver son hygiène de vie, la santé de son esprit et de son âme. Il doit s’efforcer d’être le maître chez lui. L’homme vraiment « augmenté », c’est celui dont la force de caractère et l’intelligence restent en éveil pour préserver sa foi. L’homme de communication aime évaluer et réévaluer les bons et mauvais côtés de la modernité à l’imitation de Jésus qui aimait se présenter comme un « signe de contradiction ». Faisons de même avec notre époque dite « postmoderne ». Aimons cette mansuétude préconisée par saint Thomas d’Aquin, qui n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui dans les relations humaines. Nos contemporains en ont vraiment besoin.

Pour aller plus loin et progresser

Réalisons quotidiennement un examen de conscience et de prévoyance. Combien de fois faudra-t-il s’amender ? Combien de fois, devrons- nous reconsidérer nos comportements par rapport à la fascination et à l’utilisation abusive de nos outils connectés ? Qu’importe ! C’est LE combat à mener de nos temps, combat d’abord avec soi-même, sa tempérance et sa loyauté vis-à-vis de nos résolutions. Le combat de la vie intérieure contre le bruit et « tout ce qui brille », le combat de la réflexion personnelle contre le remplissage de vide, le combat du bon usage de son « temps de cerveau4 » en faveur de la prière, de l’imagination créatrice, de la contemplation et, bien sûr, de la communication attentive à son prochain. L’affrontement de l’intelligence réelle contre l’intelligence artificielle. Une lutte de plus en plus virile, qui exige beaucoup de détermination.

« Mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde5.» Ces mots de Jésus, doivent stimuler les hommes de bonne volonté libres, vraiment libres, aidés de leur pratique catholique et en particulier des sacrements de la confession et de la communion.

Frère Charles de Foucauld (cordigère capucin)

RESOLUTION PRATIQUE : Recenser les personnes proches ou lointaines à qui on va demander service avec simplicité en ayant le désir de leur manifester notre reconnaissance. Demander service, c’est dire à la personne proche ou lointaine « tu m’es utile ».

Choisissons les visages le plus tristes et les moins engageants… et le sourire apparaîtra comme par miracle… Il n’y a pas de petits moyens pour lutter contre la solitude, ce mal du siècle.

Et si ce geste de communication se traduit par un refus ? Hypothèse plausible… Alors, marchons dans les pas de Marie et de Joseph qui se sont vu refuser l’hospitalité, prenons ce revers comme une blessure qui nous rapproche de Jésus.

   ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’AVE – 2ème mystère joyeux : La Visitation  

« Demander service.» Marie se rend chez sa tante âgée enceinte de Jean-Baptiste. Elisabeth aurait-elle sollicité l’aide de sa nièce ? Peut-être, en tout cas la rencontre de ces deux femmes se célèbre par le Magnificat !

« Que celui qui vous donne l’hospitalité comprenne qu’il reçoit de vous une grâce. »