Le héros chrétien

Qu’est-ce qui caractérise le héros chrétien ? Quelles sont les marques qui le distinguent du héros antique, tel Alexandre le Grand, ou du héros moderne comme Napoléon 1er, ou encore du dernier explorateur ou savant à la mode ?

Le héros chrétien, comme le Père Maximilien Kolbe, par exemple, est désintéressé. Il fait passer le Vrai avant la vaine gloire, la réalité de l’acte avant sa transformation en mythe, le Faire avant le Faire-Savoir, le prochain avant sa propre personne, la volonté de Dieu avant sa volonté propre, le devoir avant tout retour sur soi. Pas d’ostentation, pas de préméditation, pas de calcul d’intérêt, pas de manigance pour se mettre en avant. Et surtout, un seul but : l’intérêt supérieur de l’extension du règne de Dieu. Il ne trouve pas en lui son propre moteur, ni son propre objectif. Le héros chrétien voit plus loin… et s’il ne voit pas, il se soumet à un intérêt supérieur, qui lui donne des ailes, le force à se surpasser, à se sanctifier.

De là à dire que seuls les chrétiens peuvent être d’authentiques héros ? Non, car beaucoup d’hommes ont fait preuve, à travers les âges, de véritables vertus héroïques. Mais le fait d’être chrétien favorise certainement l’acquisition de vertus, qui, si elles se trouvent confrontées à des situations extrêmes où l’héroïsme est nécessaire, auront plus de facilités à se manifester et à se traduire en actes.

 

Âme légère et préméditation

Le samedi 10 mars 1906, pour se conformer à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat votée le 6 décembre 1905, le lieutenant Charles de Rose1 recevait un ordre de ses supérieurs auquel il répondit ainsi :

« Je suis désigné pour aller demain porter main forte aux autorités civiles pour l’exécution de l’inventaire de l’église d’Haussonville. Etant d’une famille très chrétienne, ayant plusieurs de mes proches parents prêtres ou religieux, j’ai reçu des principes qui ne me permettront jamais d’enfoncer des portes d’église ou de forcer des coffres-forts de sacristie. Ma décision est irrévocable. Ni moi, ni mes hommes ne porteront la main sur la maison de Dieu. »

Les conséquences de ce refus d’obéissance du lieutenant de Rose ne se firent pas attendre : il fut mis aux arrêts de rigueur à son domicile dès le 12 mars, puis transféré à Nancy où, comme il n’existait pas de prison militaire, il fut interné à la Maison d’arrêt dans une cellule à côté de celles des voleurs et des assassins.

Au Conseil de guerre, il réaffirma : « Il y avait préméditation, mais cette préméditation, je vous demande de ne pas la faire remonter à la veille du jour où j’ai été envoyé à Haussonville, mais au jour où ma mère m’a appris à prier Dieu à genoux en joignant les mains. »

Il fut mis pour trois ans en « période de non-activité » et ne fut réintégré dans l’armée que le 25 mars 1909.  « Au point de vue de ma conscience, je ne peux dire à quel point j’ai l’âme légère. Je ne regrette rien, pas même les ignominies de la prison. »  Il employa utilement ces années en se spécialisant dans la fabrication des moteurs à explosion, des automobiles et aéroplanes. Science qui lui sera bien utile quand en 1916 il deviendra commandant de l’aéronautique française !

 

1 Jean-Pierre Dumond – Le commandant de Rose, créateur de l’aviation de chasse – Héros méconnu de la grande guerre 1876-1916

 

Notre Mère l’Eglise

Voici quelques lignes vibrantes d’amour filial pour l’Eglise, rédigées par Monseigneur Joseph Mindszenty, Primat de Hongrie, dans son ouvrage : La Mère, miroir de Dieu.

ALMA MATER

Nous voudrions maintenant dire quelques mots de celle qui est la Mère de tous les chrétiens, de l’Eglise, de celle que l’expression latin nomme : Santa Mater Ecclesia… « Notre Sainte Mère l’Eglise ». Dans notre langue hongroise, nous avons un mot peut-être plus beau encore, un mot connu de tous, et qui parle au cœur des plus humbles. Qu’il soit paysan ou professeur d’université, un Hongrois parlera toujours de […] la « Maison de la Sainte Mère ».

Les premiers théologiens fêtent déjà l’Eglise comme une mère. Il suffit de lire les œuvres de Cyprien, d’Augustin, de Cyrille de Jérusalem. Le pape Grégoire le Grand dit de l’Eglise sicilienne, qu’elle est la « fille » de l’Eglise romaine.

Le Psaume 87 doit s’entendre comme parlant de l’Eglise. « Mais l’on dira de Sion, tout homme y est né, et c’est le Très-Haut qui l’a fondée. » A Rome, dans l’église San Stefano Rotondo, se trouve la tombe d’un prêtre hongrois ; on y lit cette inscription : « Bien que je sois né aux bords du Danube, ne t’étonne pas, voyageur, si tu trouves ici ma tombe. Rome n’est-elle pas pour nous tous une mère ? »

En des temps plus proches de nous, le pape Léon XIII, dans son encyclique Rerum Novarum, appelle l’Eglise : « Mère bienveillante et pleine d’amour ». Pie XI, dans l’encyclique Quadragesimo Anno, parle du « cœur maternel de l’Eglise et de ses souffrances » ; dans son encyclique sur le mariage, de la « maternité surnaturelle de l’Eglise ». Et Pie XII ne se lasse jamais de répéter que l’Eglise est la Mère des peuples. L’Eglise a sur la terre une mission maternelle à remplir. Elle doit appeler à une vie nouvelle ce monde qui saigne de mille blessures.

 

Etendre le règne du Christ-Roi

Y a-t-il un grand homme d’action qui n’ait pas fait preuve d’un bel enthousiasme ? 

Bien sûr, nous avons tous en tête les grands explorateurs, chefs de guerre, conquérants, inventeurs, ou entrepreneurs fondateurs de sociétés. 

Mais en prenant des exemples plus religieux, comment un saint Bernard a-t-il pu convaincre tous ces preux chevaliers de quitter leurs terres et partir en Croisade au-delà des mers ? 

Comment une sainte Thérèse d’Avila put-elle fonder tant de monastères, parcourir tant de kilomètres, tout en produisant tous ses écrits, durant sa seule existence ? 

Comment un saint Vincent de Paul a-t-il été capable de réaliser tant d’œuvres diverses ? 

Comment un saint François-Xavier a-t-il pu convertir et baptiser autant d’âmes durant seulement 11 années de vie missionnaire ? 

Comment tous ces grands catholiques ont-ils pu réussir à étendre le règne du Christ ? 

C’est par la force de leur exemple, par leur Foi, par le recours aux sacrements, par leur humilité et leur conformité à la volonté de Dieu et aux inspirations du Saint-Esprit, mais aussi (et ils n’avaient pas d’autre chargé de communication) par la flamme de leur enthousiasme pour l’amour divin, seule source d’admiration et d’enthousiasme authentique. 

 

 

L’autorité des parents

Voici un nouvel extrait d’ « Un curé picard en campagne », de Bernard Gouley, qui regroupe les textes issus du bulletin paroissial du curé de Domqueur, Monsieur l’abbé Sulmont, dans les années 1973-1974. Avec son franc-parler, il y fustige le manque d’autorité des parents de cette époque.

Janvier 1973

Dieu punit parfois. Les parents devraient savoir en faire autant.

Décidément, le missel n’est pas très au point. Le 14 janvier, la première lecture de la messe étonnera l’auditeur attentif : Samuel, appelé par Dieu durant son sommeil, dit : « Parlez, Seigneur, votre serviteur écoute. » Samuel écoute donc, mais Dieu ne dit rien. Le nouveau missel lui a coupé la parole en omettant les versets 11 à 18.

Samuel se contente donc de grandir et le texte nous dit qu’aucune des paroles de Dieu ne demeura sans effet. De quelles paroles s’agit-il, nous ne les connaîtrons qu’en recourant à la Bible. Nous constaterons alors que ces paroles de Dieu sont sévères et pas du tout dans « l’esprit du concile » qui, comme chacun sait, ne prétend condamner personne.

Or Dieu condamne. Il condamne à mort Eli, le prêtre, un fort brave homme pourtant, mais qui a péché par faiblesse en laissant ses deux fils agir comme des vauriens (I Sam. II, 12) : « Je condamne ta maison parce que tu as su que tes fils maudissaient Dieu et que tu ne les as pas corrigés. » (I Sam. III, 13) Eli, puni par Dieu, mourra presque subitement, ayant eu le temps toutefois d’exprimer son repentir. « Il est Dieu, dira-t-il, que sa volonté soit faite. » (Verset 18)

Combien de parents, aujourd’hui, espèrent avoir la paix en laissant tout faire à leurs enfants, et combien de chefs font de même à l’égard de leurs subordonnés. Démission, abandon, désertion. Jamais la paix véritable n’a été obtenue au moyen de lâchetés, que ce soit dans le domaine civil ou dans les familles…

 

VŒU : VEUX !… Aussi le vœu que j’exprime pour tous et chacun de mes paroissiens en ce début de l’année 1973, c’est de bien savoir ce qu’il veut, et de mettre son énergie à le réaliser avec la grâce de Dieu. On manque de volonté aujourd’hui. Notre époque est intellectualiste, discutailleuse, velléitaire, incapable, semble-t-il, de continuité dans le vouloir, de sorte qu’on n’ose pas s’engager et qu’on ne tient guère ses engagements.

Les conséquences sont terribles quand il s’agit du sacerdoce, du mariage ou de l’éducation des enfants. L’un des seuls domaines où l’on rencontre une énergie farouche, une persévérance acharnée, c’est le domaine des sports. L’objectif à atteindre est pourtant là d’une importance assez limitée : mettra-t-on plus de courage à devenir champion de football qu’à être un bon chrétien, un bon mari, un bon éducateur de ses enfants, un prêtre fidèle…, en un mot qu’à correspondre à la vocation et à la grâce que Dieu nous donne ?