Etre chef

Depuis plusieurs années, nous avons vu la parution de nombreux livres dissertant sur le rôle et la stature du chef, comme si ce sujet méritait d’être particulièrement traité en ce moment, ou plutôt, comme si la perte générale de l’autorité nécessitait de remettre au goût du jour cette notion primordiale du chef, de la tête, du guide. Après avoir saboté toute idée d’ordre ou de hiérarchie, avoir dénigré toute forme d’autorité, le vide laissé par la démagogie du « Tous Chefs », laisse un goût amer aux post-soixante-huitards qui déplorent les conséquences de causes qu’ils ont chéries, et chérissent peut-être toujours…

Car, enfin, comment retrouver des restes de la société patriarcale mise à mal depuis 200 ans ? Quels réflexes perdus après des décennies d’exercice d’une autorité galvaudée, pourraient guider des parents ou des supérieurs qui n’ont eux-mêmes pas connu de réelle structure ou de formation ? Qui, finalement, pourrait servir de modèle de chef ?

Il semble qu’une des réponses soit la transmission par l’exemple : qu’un jeune homme, ou une jeune femme, ait eu la chance de connaître dans son entourage proche, une belle figure d’homme ou de femme remarquable, qu’il ait eu un père ou une mère, un patron ou un supérieur de valeur, notable dans son attitude ou sa façon de prendre des décisions, il saura s’appuyer sur cette expérience ou sur la solidité que représente cette personnalité pour lui demander des conseils, ou pour s’efforcer d’imiter les qualités qu’il a discernées en lui.

Même si les hommes de valeur, ayant de réelles qualités de chef, se font de plus en plus rares, leur influence, à l’image de celle de saint Joseph, chef de la Sainte Famille, discrète mais efficace, rayonne toujours, et d’autant plus que, s’ils persistent dans la conformité au Bien, ils recèlent une parcelle de la stabilité de l’autorité divine.

Alors, soyez de vrais chefs, et vous en attirerez beaucoup d’autres !

L’avis de G.K Chesterton

Il est intéressant de suivre la pensée de G.K. Chesterton, converti au catholicisme, dans la conclusion de son livre, L’Homme éternel, où il démontre tout ce que l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ a d’extraordinaire et comment il est l’élément fondateur et incontournable de notre civilisation. Il est à noter cependant que, quand il parle de l’Eglise catholique, il fait référence à celle qu’il connaissait en 1925, ou plutôt à l’Eglise catholique de toujours, comme nous aimons à l’appeler de nos jours.

« Au beau milieu de tout cela, une exception prodigieuse se dresse qui ne ressemble absolument à rien d’autre. Elle a un caractère définitif, comme la trompette du jugement, mais elle est aussi comme une bonne nouvelle et même comme une nouvelle trop bonne pour être vraie. Elle n’est rien d’autre que l’annonce retentissante de la visite du monde par son mystérieux constructeur. C’est la déclaration que réellement et même récemment, au moment central des temps historiques, un être unique et invisible s’est promené de par le monde. […]

Mais que le Créateur ait été présent à des scènes à peine postérieures aux petits soupers d’Horace ou qu’Il ait parlé avec des percepteurs et des fonctionnaires au fil des jours de l’Empire romain ; que ce fait ait été affirmé avec force par une civilisation imposante pendant plus d’un millénaire ; cela vraiment n’a rigoureusement pas d’équivalent au monde. C’est l’affirmation la plus fortement éclatante que l’homme ait jamais faite depuis qu’il parle un langage articulé au lieu d’aboyer comme un chien. […]

Elle est venue en ce monde comme le vent. Les messagers qui proclamaient cette annonce apocalyptique couraient à perdre haleine ; il n’y a rien d’exagéré à dire qu’ils courent encore. Ce qui intrigue le monde, ses sages philosophes et ses poètes fantasques, c’est que les prêtres et les fidèles de l’Eglise catholique se conduisent encore comme s’ils étaient des messagers. Un messager ne songe pas à ce que pourrait être le message qu’il porte, ni ne discute sur ce qu’il est probablement ; il remet le message tel qu’il l’a reçu. Ce n’est pas un système ni une fantaisie : c’est un fait. […]

Les porteurs de ce message se conduisent comme les hommes se conduisent en face d’un fait. Ce que l’on blâme dans la tradition catholique, l’autorité, le dogmatisme, le refus de se dédire ou de s’adapter, ne sont que des caractéristiques humaines naturelles d’un homme lorsqu’il est porteur d’un message relatif à un fait. […]

A bien regarder l’histoire religieuse du monde, il n’y a pas partage entre différentes tendances de mysticisme ou différentes formes de mythologie plus ou moins rationnelles. Il y a partage entre ceux d’une part qui portent cette nouvelle et ceux d’autre part qui ne l’ont pas encore entendue ou qui ne veulent pas encore la croire.

Ces coureurs ne cessent de prendre de l’élan par leur course même. Au fil des siècles ils parlent encore comme si quelque chose venait d’arriver. Ils n’ont rien perdu de leur rapidité et de leur élan de messagers ; ils ont encore le regard violent des témoins. L’Eglise catholique, qui est la cohorte des messagers, connaît encore ces élans spontanés de sainteté qui parlent d’une chose récente et brève ; une abnégation qui secoue le monde comme un suicide ; ce n’est pas sinistre ; c’est aussi gai que le saint François des oiseaux et des fleurs. Cela apporte plus de nouveau dans la vie de l’esprit que les écoles de pensée les plus modernes ; et, presque certainement, de nouveaux triomphes vont venir. Car ces hommes suivent une mère qui paraît chaque jour plus belle comme de nouvelles générations se lèvent et l’appellent bienheureuse. Nous pouvons nous laisser aller quelquefois à rêver que l’Eglise rajeunit comme le monde vieillit. »

Des choix fondamentaux

 

Nous pouvons avoir une fierté légitime de notre prudence terrestre dans la conduite de notre carrière professionnelle ou celle de nos affaires familiales, bien que, la vie passant, les évènements inattendus ou les circonstances imprévues viennent souvent perturber ce que nous avions prévu ou anticipé.

En effet, il semble que rien ne doive se passer comme nous l’avions planifié, et que la Providence soit facétieuse et contrarie souvent nos beaux projets matériels. Cela remet en place notre petit orgueil qui a tendance à tout régenter !

Et pourtant, il est une prudence à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, et qui est facilitée par les inspi- rations du Saint-Esprit : c’est le choix que nous faisons des conditions dans lesquelles nous nous plaçons, nous et notre famille, pour que tout converge vers l’acquisition des vertus et la possibilité d’atteindre le bonheur éternel à la fin de nos jours. Les choix fondamentaux se font très jeune : dès la prime jeunesse, le choix de vie, de bons camarades, d’études ayant un sens, marque la prudence du jeune adulte. Viendront également la réponse à sa vocation, ou le choix d’un conjoint, selon ces mêmes principes de prudence sur- naturelle, puis celui des conditions dans lesquelles cette famille s’établira, près d’une paroisse et d’une école en harmonie avec la ligne de conduite des parents.

Certes, ces choix ne sont souvent pas faciles, mais ils sont primordiaux pour atteindre le but final. Si le royaume des Cieux souffre violence, combien est-il facilité par ce faisceau de décisions qui permettent de tenir le cap tout au long de la vie ! Le Saint-Esprit et Notre-Dame, Vierge très prudente, sont des conseils éminemment puissants en ces circonstances.

Quelle chance nous avons, nous catholiques, de pouvoir en bénéficier et de les savoir nos soutiens infaillibles !

Saint Louis

Dans les grands saints qui ont marqué notre civilisation, beaucoup sont ceux qui étaient connus pour leur mansuétude et la douceur de leur caractère. Parmi eux, nous pouvons citer une description de la personnalité de saint Louis1 et y voir comment cette douceur était pondérée par le sens de la justice.

« Nous pouvons nous faire une idée assez claire de la personna- lité du roi d’après les documents de son procès de canonisation, comme le compte-rendu écrit par son ami Joinville, un noble, observateur au regard acéré et pragmatique de la nature humaine. Il n’était pas difficile de connaître Louis. Franc et ouvert, il préférait la conversation aux livres, et il était tout à fait capable de faire et de subir une plaisanterie ; à tous, riches et pauvres, il montrait du respect mais sans jamais de familiarité.

Son amour ne se limitait pas non plus à sa famille proche ou à ses amis. Comme une rivière au flot puis- sant et régulier, sa « compassion vertueuse et ordonnée » comprenait tous les pauvres de France. Sa mère Blanche de Castille, cette femme extraordinaire, lui avait appris à se déplacer personnellement partout où son peuple souffrait des mauvaises récoltes, d’épidémies, d’inondations ou de quelque grave infortune. Il fit tout cela, et plus. En 1246, il entra en campagne pour émanciper les serfs et prit les devants en libérant ceux de ses propres possessions. Puis, en homme qui ne se satisfait jamais de demi-mesures, il encouragea l’aristocratie à suivre son exemple, offrant, partout où cela était possible, une compensation financière à ceux qui hésitaient pour des motifs économiques.

Il pouvait apparaître en tout lieu : à la campagne, dans les champs avec les paysans, parcourant les rues des villes au ravissement des citadins ; et partout où il voyait de la souffrance, naissaient des orphelinats, des hospices et des hôpitaux, souvent grâce à sa propre bourse. Il nourrissait personnellement ceux qui souf- fraient, les habillait, les visitait, payait leur rançon et les confortait.

Durant le règne de Louis, les hommes et femmes de toute l’Europe enviaient les Français pour ce que leur pays était devenu terre d’imminente justice. Jamais l’idée du « politiquement correct » ne figura sur la liste des critères royaux. Guidé par la justice seule, il était aussi prompt et intransigeant pour dire « oui » que pour dire « non », ayant fait sienne la règle de conduite de son grand-père Philippe-Auguste : « Aucun homme ne peut diriger bellement un pays s’il n’est capable de refuser aussi hardiment et aussi franchement qu’il est capable de donner ».

 
   

1 Extrait du livre de Willam J. Slattery ; Comment les catholiques ont bâti une civilisation

Le héros chrétien

Qu’est-ce qui caractérise le héros chrétien ? Quelles sont les marques qui le distinguent du héros antique, tel Alexandre le Grand, ou du héros moderne comme Napoléon 1er, ou encore du dernier explorateur ou savant à la mode ?

Le héros chrétien, comme le Père Maximilien Kolbe, par exemple, est désintéressé. Il fait passer le Vrai avant la vaine gloire, la réalité de l’acte avant sa transformation en mythe, le Faire avant le Faire-Savoir, le prochain avant sa propre personne, la volonté de Dieu avant sa volonté propre, le devoir avant tout retour sur soi. Pas d’ostentation, pas de préméditation, pas de calcul d’intérêt, pas de manigance pour se mettre en avant. Et surtout, un seul but : l’intérêt supérieur de l’extension du règne de Dieu. Il ne trouve pas en lui son propre moteur, ni son propre objectif. Le héros chrétien voit plus loin… et s’il ne voit pas, il se soumet à un intérêt supérieur, qui lui donne des ailes, le force à se surpasser, à se sanctifier.

De là à dire que seuls les chrétiens peuvent être d’authentiques héros ? Non, car beaucoup d’hommes ont fait preuve, à travers les âges, de véritables vertus héroïques. Mais le fait d’être chrétien favorise certainement l’acquisition de vertus, qui, si elles se trouvent confrontées à des situations extrêmes où l’héroïsme est nécessaire, auront plus de facilités à se manifester et à se traduire en actes.