Carpe Diem

Que vient faire ici cette morale épicurienne connue pour être orientée vers la recherche du plaisir immédiat ?

Pourtant elle a un sens ou du moins une traduction Catholique : « Vis le jour d’aujourd’hui ».

Le temps des études et de la jeunesse est une période transitoire par nature où nous avons besoin de nous projeter dans l’avenir pour nous orienter et trouver la motivation dans les études parfois longues et pénibles. La perspective de l’autonomie financière, l’idée de pouvoir fonder une famille dans un avenir plus ou moins proche sont des moteurs à ne pas négliger. Cela nous permet année après année, d’évoluer, de commencer à bâtir un projet professionnel et de nous fait vivre à la cadence des stages, vacances, semestres à l’étranger… dans le mouvement et le changement perpétuel qui sont parfois très formateurs car ils nous obligent à savoir nous adapter facilement aux circonstances de la vie, mais qui, d’un autre côté, peuvent entraîner une certaine instabilité et l’illusion permanente des lendemains qui chantent.

Le bac en poche, c’est l’attente un peu fébrile pendant tout l’été de la « liberté » étudiante de la première année. A peine la rentrée arrivée et les premières habitudes prises, viennent les vacances avec les amis. Pendant ces vacances, on parle des prochains voyages à l’étranger qui nous maintiennent en haleine pendant tout le semestre.

Puis c’est l’attente du passage à l’année supérieure, de l’intégration dans tel ou tel master ou école qui paraît-il « est géniale », après quoi, la recherche du stage où enfin on va gagner sa vie pendant quelques mois, et vivement la fin des études, pour gagner de l’argent et faire de nombreux voyages ou plutôt, si Dieu veut, fonder une famille et trouver le bonheur tant attendu depuis toujours…

Oui ayons des beaux projets et de grandes aspirations, mais n’oublions pas de saisir le bonheur qui passe et que Dieu nous donne à l’instant présent. Ne soyons pas d’éternels insatisfaits en quête de lendemains plus beaux et de jours meilleurs. Sachons accepter et mettons-nous dans la disposition d’esprit d’apprécier et de trouver la joie dans chaque instant que nous envoie la Providence et nous serons beaucoup plus heureux et détendus dans les mains du Bon Dieu. Après tout, ces beaux projets que nous avons, c’est lui qui les permettra et nous y guidera, alors faisons confiance. Ayons cet esprit de pauvreté et d’abandon qui nous rendra vraiment heureux.

Charles

A notre place

     Il est difficile d’être à notre place, juste avec le devoir d’état monotone, répétitif, lassant.

     Nous voudrions tout posséder : 

     Un foyer heureux, un cercle d’amis présents, une réputation flatteuse, une position honorable, une honnête aisance, la reconnaissance de nos talents.

     Nous voudrions être une référence par les conseils avisés, admirées pour nos qualités intérieures, notre adresse manuelle, notre sens artistique ou notre élégance.

     Être au courant des dernières nouvelles et tout comprendre,

     Avoir raison en tout mais sans nous mettre en porte à faux avec le monde,

     Avancer en vertu, si possible sans la croix

     Sommes-nous alors pauvres en esprit ?

 

     Ce qui est visible dans la jeunesse, au fur et à mesure de l’âge se dissimule et si nous n’y prenons pas garde, enfle de façon cachée comme un abcès. Nous savons en effet de mieux en mieux masquer, dire ou paraître ce que les autres attendent de nous.

     De plus l’expérience acquise nous donne, à nos yeux, le droit de dominer, de juger.

     A celui ou celle qui ne partage pas notre point de vue, nous opposons nos besoins, notre âge, notre expérience, notre fonction, notre état, parfois jusqu’à l’impatience ou la colère.

     Comment alors être pauvre en esprit ?

 

     En regardant les saintes femmes tout à leur service du Maître, nous avons la réponse. Celle du service humble et caché dans le silence et la simplicité.

     Avec leur modeste besogne: nourriture, gite, entretien des tuniques déchirées, soins des pieds abîmés par les longues marches, elles recevaient dans leurs âmes l’enseignement et la douceur du Maître.

     Toutes à leur tâche, l’Evangile ne rapporte pas qu’elles se querellaient pour la première place comme les apôtres et Marthe avait compris comment joindre la prière et la contemplation à son activité.

     Elle qui avait tant souffert avec Lazare des désordres de Marie-

     Madeleine, jetant le déshonneur sur leur famille et faisant craindre pour son salut, avait accepté humblement que sa sœur l’ait dépassée en vie intérieure et s’était désormais mise à son école sans cesser d’être efficace.

     Marthe avait eu la grâce de la pauvreté du cœur.

 

     Ces femmes, pauvres d’elles-mêmes, accompagnaient les disciples de leurs soins attentifs et délicats, restant à leur place dans la prière, sans donner leur avis sur ce qu’il convenait de faire.

     Mendiantes de Dieu, elles recueillaient toute la journée les grâces du Divin Cœur et avec la Vierge Marie, apprenaient à méditer en repassant tout dans leur cœur.

     Sans respect humain et sans peur, elles ont tout donné, fait fi de leur réputation, seules sur le chemin du Calvaire pour s’y tenir avec la Vierge Marie, après que Véronique eut essuyé avec une immense compassion le visage du Sauveur.

     Quelle récompense leur fut-il donnée de cette humble fidélité sans inquiétude pour elles-mêmes ?

     La Sainte Face imprimée sur le linge, et d’être les premiers témoins de la Résurrection.

     A s’être totalement oubliées, par pur amour, elles ont été comblées bien au-delà de ce qu’elles auraient pu imaginer, car justement elles n’attendaient rien.

     Heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux est à eux.

                                                En la fête de Sainte Marthe, 29 juillet

                                                                       Jeanne de Thuringe

Recevoir et transmettre

« Ne pas retourner vers ce qui fut mais monter vers ce qui demeure » tel pourrait être le fruit d’une transmission réussie.

Nous sommes en effet à l’âge charnière de la transmission, ce moment où nous passons de récepteur à transmetteur, où la responsabilité de conserver et de passer le « sel de la terre » nous est transférée.

C’est d’abord l’heure du bilan. « Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ? »  Mais aussi nous sommes-nous appropriés véritablement les valeurs et l’héritage spirituel et culturel qui nous a été transmis par l’éducation ? Est-on un simple vernis qui sautera à la première tempête, quelque chose que nous avons pris pour argent comptant et que nous sommes tout prêts à ressortir sans qu’il soit modifié d’un Iota, mais sans appropriation et qui ne tiendra pas à l’épreuve du temps ? Ou avons-nous pris le temps nécessaire pour mûrir, réfléchir à ce qui nous a été transmis, pour en tirer la substantifique moelle, nous l’approprier et être capable à notre tour de penser par nous-mêmes puis de transmettre ?

Peut-être avons-nous déjà fait cette démarche qui n’est jamais totalement terminée. C’est en fait celle de la pensée personnelle. Face à toute information, lecture, discours, discussion nous devons maintenant faire l’effort d’exercer véritablement notre esprit critique. Pour cela il est indispensable d’avoir et de conserver notre aptitude à poser un jugement réfléchi. Pas dans tous les domaines, car nos compétences sont limitées, mais à la mesure de nos capacités et loin de toutes ces réactions immédiates qui nous sont dictées par la spontanéité et les émotions fortes qui guident de plus en plus notre monde de l’instantané numérique.

Comment conserver et développer cette capacité à juger par nous-mêmes si ce n’est en cultivant sans cesse notre vie intérieure par la lecture, la méditation et la prière, en discutant et en prenant encore conseil auprès de ceux qui nous précèdent ? Confronter ces réflexions à notre expérience personnelle l’enrichira progressivement, sans oublier de temps à autre de revenir sur les événements pour « capitaliser » et tirer les enseignements en prenant un peu de recul loin de l’agitation et de la frénésie constante de notre vie.

L’objectif est de devenir autant que possible un homme accompli, c’est-à-dire quelqu’un qui a assimilé, sédimenté et digéré l’héritage qu’il a reçu, enrichi de son expérience et qui est prêt à le retransmettre à son tour. C’est ainsi que s’est perpétuée la tradition Catholique et française qui est venue jusqu’à nous de façon ininterrompue puisque tous nos ancêtres et ceux qui nous ont précédés ont eux-mêmes fait ce travail de transmission. Héritage qui n’a pas été transmis à l’ensemble de la société car justement une partie de ces générations a coupé la chaîne et arrêté la transmission. Nous en payons actuellement les conséquences ! Alors ne soyons pas de ceux-là et préparons-nous à transmettre à notre tour aux générations futures. D’une part en faisant fructifier cet héritage et d’autre part en rayonnant autour de nous dès maintenant ce magnifique dépôt de la culture et de la Foi que nous avons eu la chance inouïe de recevoir en partage et qu’il serait injuste de garder égoïstement.

Charles

Visiter les personnes âgées

 

Chère Bertille,

L’autre jour je discutais avec mes voisins qui ont plus de quatre-vingt-dix ans. Monsieur me racontait qu’il avait toujours vécu dans ce village et qu’il était né dans la maison qu’il habite actuellement. C’est très intéressant de discuter avec lui car il a toujours des petites histoires du passé à raconter. Il me disait par exemple que les jours de la Fête Dieu les reposoirs étaient disposés dans les parcs des châteaux avoisinants, la procession partait donc du village et progressait à travers la campagne jusqu’au pied du château où l’on avait orné un autel.

                Alors que j’étais avec mes voisins, j’ai repensé à ce que tu me disais la semaine dernière au sujet des personnes âgées qui sont seules en maison de retraite et à tes grands-parents qui ont perdu la Foi. Eh bien oui, ma chère Bertille, il est possible de leur faire du bien, notamment en allant leur rendre visite. Tu ne sais pas le plaisir qu’ils ont à raconter ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont vécu ! Il suffit d’une photo dans un cadre et nous voilà voyageant dans le passé, soixante-dix ans en arrière, monsieur nous parle de son métier, il était menuisier et s’appliquait à faire de beaux meubles, madame était bonne couturière, elle avait fait son trousseau pour son mariage, ils s’étaient mariés à l’église du village, et maintenant il n’y a plus de prêtre, alors ils ne vont plus à la messe, ils savent quand même que le Bon Dieu existe mais ils ne prient plus beaucoup. C’est alors l’occasion de leur parler davantage de la religion. J’ai remarqué que les personnes âgées aiment bien la Sainte Vierge, elles se souviennent souvent de leur « Je vous salue Marie », et sont très contentes quand on leur offre une médaille miraculeuse. A notre départ elles sont heureuses d’avoir pu parler avec quelqu’un qui s’est intéressé à ce qu’elles sont, à ce qu’elles ont vécu, ainsi qu’aux questions ou à leurs inquiétudes du moment.

               Tu sais ma chère Bertille, en rendant visite aux personnes âgées et plus spécialement à nos Grands-Parents, nous recevons beaucoup plus que nous ne donnons, car ils nous apprennent beaucoup par leur expérience. Ils ont une grande sagesse de la vie. Nous ne nous construisons pas seuls, ce que nous sommes, nous le sommes grâce à nos parents et à nos grands-parents qui nous ont transmis la religion, les coutumes, des savoirs-faires, une culture qui nous a aidés à former notre jugement. Nous leur devons beaucoup, et finalement c’est un acte de piété filiale que de leur rendre service et de prendre soin d’eux.

                Ma chère Bertille, je te souhaite un bon courage pour les derniers examens. Passe de très bonnes vacances en compagnie de tes grands-parents cet été.

                                                                              Anne

Transmettre

                 Comme l’arbre ne peut produire de fruits s’il n’est solidement enraciné et nourri de la sève, tu ne peux transmettre que reliée à tes racines ancestrales.

                Il est de bon ton aujourd’hui de vivre le monde comme un immense village où se promener sans fin à la recherche d’autres cultures, au risque de s’éloigner de la sienne, conduisant à ne plus savoir comment la transmettre.

                Tu n’es pas née dans ta famille par hasard mais parce que le Seigneur de toute éternité, et dans Sa Sagesse t’a voulue là, dans les circonstances choisies.

                Point n’est besoin de rêver à d’autres parents ou à une autre lignée, plus simple ou plus prestigieuse, qui ne serait pas tienne.

                Apprends à recevoir humblement le sang qui coule dans tes veines avec ses faiblesses sans doute, mais aussi ses forces enrichies à travers les générations du courage et des vertus acquises, pour généreusement à ton tour, le transmettre.

                Avec les yeux du cœur, loyalement, regarde ce que tu as reçu, attentive à tout à ce qui te précède pour arriver à ton existence, comme tu es, avec ta personnalité et ton visage. Tu seras peu à peu remplie de gratitude et découvriras, avec joie, de plus en plus de beautés intérieures chez les tiens, de souffrances parfois cachées, dépassées ou offertes avec magnanimité.

                Cette chaîne ancienne, remplie d’Histoire et d’anecdotes, vient jusqu’à toi. Tu es un maillon, qui à son tour transmet avec le meilleur de lui-même, en reconnaissance, ce qu’il a reçu.

             Issue d’un terroir, chaque famille a son caractère, son originalité, ses coutumes que les générations ont patiemment enrichies sous l’influence de la grâce. Si par hasard ce n’est pas le cas, ne leur en veux pas mais apporte ta pierre à l’édifice pour corriger, réparer et transmettre.

             Regarde avec grande tendresse et respect les aînés, écoute-les, même si tu connais déjà le récit entendu cent fois. Si tu y fais attention, tu y découvriras une saveur nouvelle. Laisse les raconter encore, cela leur fait tant de bien…

             L’Evangile ne nous est-il pas répété chaque année aux mêmes dates pour que nous nous en imprégnions et en vivions ?

             Il en est de même des traditions familiales à transmettre.

             Profite des aînés : grands-parents, parents, supérieurs, personnes âgées visitées, prêtres et religieuses tes aînés dans la foi. Reçois pleinement. Prends le temps d’aller les voir, les écouter, leur rendre service en remerciement de ce que tu reçois.

             Un jour ils ne seront plus et tu regretteras de ne pas voir pris le temps, manquant ainsi leur affection, leurs conseils et leurs encouragements.

             Sois aussi fille de l’Eglise, ne te laisse pas gagner par tout ce qui l’affaiblit ou la salit, même insidieusement, mais donne-toi pour la défendre avec fierté, afin que le Règne de Son Epoux, dans les âmes, soit transmis.

                                                                                                                                                                            Jeanne de Thuringe