La douceur de nos amertumes

Ce n’est pas sans motif que la paix est énumérée par Saint Paul avec la joie parmi les fruits du Saint-Esprit, qu’elle est souhaitée et annoncée si souvent dans l’Evangile par Jésus ou en son nom, promise aux bons et refusée aux méchants. Qu’elle nous est même proposée par le prince des apôtres comme un but à acquérir, comme le résumé de la vie chrétienne. Elle doit accompagner chacun de nos pas, nous endormir dans l’abandon, être la douceur de nos amertumes, le plus efficace stimulant de nos combats, la plus précieuse couronne de notre vie et l’aube déjà blanchissante des triomphes et des joies de l’éternité. C’est qu’en effet Jésus possède le secret de consoler par son Esprit les douleurs et les larmes, de relever les ruines, de féconder les déserts, de faire résonner partout les chants d’allégresse et de louange. Servir Dieu, c’est régner, c’est dominer de haut les contingences de la vie, c’est trouver à leurs morsures impuissantes une caresse génératrice du plus savoureux des bonheurs : se sentir sur la croix, tout près du cœur de Jésus.

R.P. Charton, L’âme transformée au Christ

Renoncer « au moi »

Nous ne pouvons évidemment nous conformer au prochain lorsqu’il y va, si peu que ce soit, de l’honneur de Dieu et de l’observance de sa loi : la condescendance deviendrait alors une faiblesse coupable. Mais il est beaucoup d’autres cas où il s’agit seulement de renoncer à affirmer notre personnalité, notre manière de voir, nos goûts, pour nous effacer devant la personnalité et le désir d’au- trui ; alors la condescendance devient une vertu solide ; loin de trahir la faiblesse, elle est une belle preuve de force morale, de cette force qui sait se vaincre et renoncer « au moi » pour l’amour de Dieu.

Père Gabriel de Sainte-Marie Madeleine, Intimité divine

Etre doux et humble de cœur

Il est toujours plus facile de s’irriter que de patienter, de menacer un enfant que de le persuader.

Écartez tout ce qui pourrait faire croire qu’on agit sous l’effet de la passion. Il est difficile quand on punit de conserver le calme nécessaire pour qu’on ne s’imagine pas que nous agissons pour montrer notre autorité ou pour décharger notre emportement. Mettons-nous à leur service comme Jésus qui est venu pour obéir, non pour commander. Redoutons ce qui pourrait nous donner l’air de vouloir dominer et ne les dominons que pour mieux les servir. C’est ainsi que Jésus se comportait avec ses apôtres en supportant leur ignorance, leur rudesse et même leur manque de foi. C’est pourquoi il nous a dit d’ap- prendre de lui à être doux et humbles de cœur. Éloignons toute colère quand nous devons corriger les manquements ou du moins modérons-la pour qu’elle semble tout à fait étouffée. Pas d’agitation dans notre cœur, pas de mépris dans nos regards, pas d’injures sur nos lèvres. Ayons de la compassion pour le présent, de l’espérance pour l’avenir : alors vous serez de vrais pères et vous accomplirez un véri- table amendement. Dans les cas très graves, il vaut mieux vous recommander à Dieu, lui adresser un acte d’humilité que de vous laisser aller à un ouragan de paroles qui ne font que du mal à ceux qui les entendent et d’autre part ne procurent aucun profit à ceux qui les méritent.

 

Saint Jean Bosco, Livre des Heures

Ce qui manque à l’homme

Ce qui manque à l’homme pour se laisser transformer par la grâce, c’est sans doute de s’y prê- ter, de quitter sa fange, de secouer ses ailes, de les essayer, de renouveler incessamment son essor, de se laisser saisir par le grand aigle aux irrésistibles serres et aux forces géantes ; mais c’est tout d’abord et plus encore de croire à sa vocation royale d’aigle divin, de la comprendre, de s’en pénétrer et d’en vivre. Ce qui est naturel est nécessaire ; ce qui est surnaturel est libre. C’est librement que l’homme se laisse prendre par l’aigle quand celui-ci les ailes grandes ouvertes fond sur lui pour l’associer à son vol.

R.P. Charton, L’âme transformée au Christ

Jésus me regarde

Là où il se trouve, Jésus continue à me regarder. Or il est d’abord au ciel. Peu d’auteurs parlent de ce regard de Jésus du haut du ciel et peu d’âmes semblent y penser. Il est cependant exact de dire, non seulement que ce regard existe, mais que dans la gloire, le regard de Jésus a encore plus de puissance que sur la terre. « Réjouissez-vous, ce sont bien ses yeux qui vous suivent ; c’est bien son cœur humain qui bat pour vous. Cherchez le vrai regard de Jésus et ce chaud regard vous ranimera. »

Chanoine Beaudenom, Les sources de la piété