Un petit goût de ciel sur la terre

Nous voici, avec la foule galiléenne, au pied de la montagne. Celui qui parle en est à déclarer la loi de son royaume spirituel. Jésus a passé sa nuit en prière, comme il fait souvent. La volonté du Père ainsi consultée, il donne mission à ceux qui seront les piliers de son œuvre, ses Apôtres, qu’il choisit dans le groupe de ses adhérents, ceux que lui-même voulut, dit saint Marc (III, 13). Il leur communique ses pouvoirs, puis les place au premier rang. Les voici qui s’assoient en cercle, Jésus assis au milieu d’eux comme le font les docteurs juifs. La foule s’étage sur les pentes et au pied de la petite colline.

C’est le printemps, des malades sont venus que Jésus a guéris. La vérité de sa parole se prouve par l’efficacité de son action. Derrière la foule, le lac, calme sous les teintes virginales du matin, et dans lequel se reflètent les lauriers roses.

C’est dans ce cadre magnifique, dans ce décor de lumière qui manifeste si bien l’éclatante vérité qui se prépare, que le Fils de l’homme parle. Ainsi Jésus est lumière du monde au moment où il ouvre la bouche, et Dieu lui-même, qui avait sculpté la loi de rigueur sur des tables de pierre, écrit la loi de grâce dans le cœur de ses disciples.

Cette grâce vaut pour tous ; elle saura s’adapter à tous. Et c’est bien là, sur cette montagne, qu’en face de grands horizons, dans de la beauté, dans de la vibration lumineuse et cordiale, dans de la rêverie profonde et lucide que le Christ et nous, et, par le Christ, Dieu et l’homme s’associent, que le ciel et la terre voisinent, pour que le premier verse à l’autre, avec sa lumière, la sève intime qui fait croître et qui fait verdir (Père A-D Sertillanges, Le Sermon sur la Montagne) :

« Bienheureux les pauvres en esprit…, bienheureux les doux…, bienheureux ceux qui pleurent…, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice…, bienheureux les miséricordieux…, bienheureux les cœurs purs…, Bienheureux les pacifiques…, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice… » Jésus énumère lentement les huit Béatitudes.

On appelle Béatitude le bonheur le plus grand, le plus parfait, qui est celui de posséder Dieu, c’est le bonheur des saints au Ciel.

Voulons-nous goûter un jour ce bonheur parfait ? Et pour l’éternité ? Pour cela nous devons écouter ces conseils que Jésus nous a donnés dans son Sermon sur la montagne. Et, si nous les suivons, en attendant la joie débordante du ciel, nous pouvons, sur la terre, profiter d’un certain bonheur que Dieu nous donne déjà si nous nous servons du moyen des Béatitudes pour faire progresser notre âme vers lui, car suivre ses enseignements nous procure la joie de plaire à Dieu.

 

Bienheureux les doux, parce qu’ils possèderont la terre

Prenons par exemple cette deuxième Béatitude sur la douceur. Nous venons d’observer la pédagogie divine : Jésus veut annoncer aux hommes des choses de la plus haute importance, il veut que l’on vienne l’écouter, que fait-il ?

Il réunit la foule au petit matin, à la naissance d’un jour nouveau, tout est calme, tout est beau. Il met son auditoire dans les meilleures dispositions pour l’écouter et retenir la leçon.

Puis il leur parle paisiblement, il veut que ses paroles aillent jusqu’au cœur de chacun, il ne précipite pas ses phrases pour que chaque information nouvelle soit assimilée doucement.

C’est tout un art de mettre en scène les choses graves, de capter son auditoire et d’aller au-delà des oreilles attraper non seulement les intelligences, mais aussi les âmes. C’est là le talent des enseignants et des prêcheurs, leur récompense étant de voir tous les yeux s’agrandir et les petites bouches s’ébahir quand il s’agit d’un jeune public. Art avec lequel les parents doivent aussi « jouer » dans l’éducation de leurs enfants. Ce n’est pas dans l’agitation, ni en parlant vite, fort, et longtemps que leurs enfants seront plus attentifs à recevoir « les leçons », surtout si elles sont sérieuses.

La vertu de douceur, comme tout en éducation, doit être plus que pratiquée par les parents, eux-mêmes. Elle doit leur être devenue naturelle. Pour cela il faut aussi souvent que possible se trouver en présence de Dieu pour le « posséder », le garder à nos côtés. Il faut expliquer cet exercice à nos petits. Nous leur disons souvent « Dieu te voit ! », disons-leur aussi « Dieu est avec toi, courage !», « Fais-le pour l’amour de Jésus » ou encore « Si tu fais de la peine à maman, tu fais aussi de la peine à Jésus… » L’enfant a besoin de ces petits rappels, dans une mesure raisonnable, bien sûr, mais il doit comprendre que Jésus « est son ami » parce qu’il l’aime, et qu’il est toujours là près de lui.

La douceur, c’est écouter les autres, leur répondre avec charité, les aider, les consoler, éviter ou apaiser les disputes, les mauvaises paroles ou gestes, prêter ses affaires, faire plaisir gratuitement, savoir faire le premier pas, chasser la colère de son cœur. Vaste programme qui ne se réalise pas en un jour ! Mais à chaque petit écart de conduite, les parents auront soin de reprendre l’enfant, exiger son pardon, et, dans les tentations, lui conseiller de se dire : « Qu’aurait fait Jésus à ma place ? »

Parfois, un regard suffit pour reprendre l’enfant, encourageons-le d’un sourire entendu qui évitera une nouvelle remarque, et entretiendra une petite complicité bienfaisante.

C’est en combattant tout jeune que les vertus chrétiennes des Béatitudes imprègneront l’enfant, et lui procureront cette joie de l’âme qui plaît à Dieu, ce petit goût de bonheur du ciel déjà sur la terre.

 

Sophie de Lédinghen

 

Familles, relevez-vous !

« La recherche de la sainteté n’est pas libre. Dieu nous a élus en Jésus-Christ avant la constitution du monde pour que nous soyons des saints (Eph I,4). Aucune créature ne peut échapper à cette nécessité absolue pour parvenir au salut. Et Notre-Seigneur a institué l’Église, l’État et la famille, pour contribuer, chacun selon sa nature, à la sanctification des âmes par Jésus-Christ (…) pour les aider à se convertir à l’unique médecin : Jésus-Christ, Vérité et Sainteté. » (Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel)

Sanctification pour notre famille

Se sanctifier personnellement, sans autre préoccupation que son propre salut, sans souci du salut du prochain, est une fausse conception de la vie chrétienne. « Aimer Dieu et son prochain » sont deux commandements semblables. Dieu ne nous a pas donné la foi uniquement pour notre salut personnel, et cette croyance doit animer et éclairer toute notre vie.

C’est en se sanctifiant l’un l’autre, et l’un pour l’autre, que les jeunes époux se préparent à être de bons et saints parents pour leurs enfants, et cela se décide avant le mariage, dans leur choix mutuel. Que les fiancés parlent de ce qu’ils souhaitent pour la sainteté de leur future famille, qu’ils en soient bien d’accord. Soixante-quinze pour cent des enfants délinquants sont issus de familles désunies, la plupart du temps parce que leurs parents n’étaient pas accordés au moment de leur mariage.

Dans le mariage indissoluble, la mère est le cœur du foyer, pleine d’amour pour chacun. Le père nourrit sa famille et lui apporte une sécurité stable. La vie familiale est placée sous le signe de l’unité ; unité dans l’espoir et dans la crainte, unité dans la joie et dans les larmes ; unité dans la richesse et dans la misère… Bienheureuse union des époux !

L’homme et la femme se sont indissolublement unis par le « oui » qu’ils ont prononcé devant Dieu. Il dépend d’eux de prolonger cette promesse en travaillant à la sanctification de leur famille.

Le cercle intérieur

Amour et autorité unissent la famille en un tout ; entre parents et enfants se nouent les liens de la piété, de l’amour désintéressé et chargé de respect. Pour l’homme, la famille est un petit monde sous sa responsabilité ; la femme y réalise ses aspirations maternelles ; les enfants y trouvent amour, tendresse, protection, éducation. Peu à peu, l’esprit de famille met son empreinte sur le visage de chacun, les parents récoltent la puissance du rayonnement de leur amour. On ne se rend pas assez compte que, dans le cercle étroit et modeste de la famille, se cachent le bonheur et la paix, que là s’enfoncent les racines du peuple, de l’état, de l’humanité entière. Que la famille périsse, alors se déchaîneront les plus terribles révolutions.

La famille est le saint lieu où une génération transmet à l’autre le flambeau de la vie que Dieu a allumé à la vie éternelle. Elle ne dit jamais : « Après nous le déluge. » Ses racines s’enfoncent dans le passé, en même temps qu’elles poussent leurs prolongements vers l’avenir.

Familles, relevez-vous !

Aujourd’hui, la famille est en détresse et le monde ira de mal en pis tant qu’on ne la soignera pas. La foi véritable doit reprendre dans la famille, l’Église doit renaître dans les cœurs. Où l’amour règne, la peine n’existe pas ; la sueur du travail paraît moins amère. Il est nécessaire d’éduquer de bons et saints futurs pères de familles, et de vertueuses et courageuses futures mères de familles !

Il faut à la chrétienté des parents fiers de ce qu’ils sont, et courageux dans la transmission de cet héritage sans prix. Des mères qui prononcent le nom béni de « Jésus » à leurs petits, leur faisant envoyer un baiser en passant devant le crucifix. Des pères qui racontent les histoires merveilleuses de l’Ancien Testament, en faisant gronder la voix du Bon Dieu fâché par la désobéissance des hommes… Tout est leçon de catéchisme dans la vie quotidienne. L’enfant n’a qu’à observer ses parents pour apprendre, comprendre et imiter. Il voit comment ses  parents se comportent l’un envers l’autre, leur entraide, leurs conversations, la façon dont ils se parlent, les attentions qu’ils ont l’un pour l’autre… Tout cela imprègne les petits, qui imiteront très naturellement ce qu’ils voient chaque jour.

C’est d’abord à la maison que la vigilance maternelle, à partir de petites occasions répétées, apprend à son enfant la justice, la charité, la maîtrise de soi, le sens du devoir, le support des petites souffrances, des petites contrariétés ; toutes ces vertus nécessaires dans une vie humaine, mais que le christianisme auréole. La maman en dégage avec doigté et à propos le sens chrétien.

Il y a aussi la leçon des choses, devant une fleur, un insecte, la mer, le ciel. Leçon souriante où l’enfant prend conscience que Dieu n’est pas un étranger perdu dans le lointain, mais présent dans la vie de tous les jours.

Il y a l’éducation de l’âme et du cœur ; mais si l’on veut former « de grands hommes », les parents doivent aussi ouvrir des horizons à leurs enfants,

– en favorisant de bonnes amitiés. Pour cela, on expliquera à l’enfant comment choisir son ami, et il devra savoir dire pourquoi il l’aime : parce qu’il fait rire, rend service, entraîne au jeu, encourage à faire le bien, etc… Une bonne amitié d’enfance peut marquer une vie.

– en apprenant aussi à sentir le beau, ce qui vivifie l’âme, en visitant en famille de beaux musées, expositions, monuments, paysages qui font s’émerveiller tous ensemble, en une grande action de grâce.

Donner le goût de la lecture, d’abord par les belles images, par le ton amusant et vivant de celui qui raconte à voix haute, puis en offrant de bons livres d’aventures passionnantes, de faits historiques ou de beaux exemples qui fortifieront ses connaissances, sa réflexion, son esprit, son raisonnement. N’hésitons pas ensuite à discuter du dernier livre lu, ce que l’enfant en a pensé, pourquoi, ce qui lui a plu ou non en une vraie conversation d’idées.

Oui, vraiment, tout cela contribue au soutien des parents qui, parce que père et mère, ont le devoir d’opter pour la sainteté !

Combattre en vainqueurs

Les difficultés ne manquent pas (crise de l’Église, lois contre la vie, difficultés économiques et professionnelles…), le monde d’aujourd’hui, si hostile à nos croyances, nous fait goûter une éminente dignité, une humble et rayonnante sainteté, la ressemblance au Christ qui nous racheta par le labeur avant que ce ne fût par la Croix.

Mais nos combats et nos progrès sont aussi attachés aux grandes forces qui nous dépassent (la prière, les sacrements, la grâce, la communion des saints), ces trésors de l’Église qui sont notre secours ! Ayons du courage au bien, en collaborant à toutes ces influences salvatrices « Je puis tout en Celui qui me fortifie » : c’est là le courage chrétien !

Sophie de Lédinghen

 

Le quatrième commandement

L’enseignement de la foi est, en quelque sorte, construit sur quatre piliers. Les piliers sont ce qui soutient l’édifice. Il serait donc dangereux de les supprimer tous, ou même un seul. Ces piliers nous indiquent ce que nous devons croire et faire pour vivre en enfants de Dieu.

Nous pouvons résumer ainsi cet enseignement :

Ce qu’il faut croire : le Credo

Ce qu’il faut faire : les Commandements

Les secours que Dieu nous donne par sa Grâce pour y parvenir : les Sacrements

Ce que nous pouvons espérer de Dieu et Lui demander (la prière) : le Notre Père.

C’est par amour que Dieu nous a créés et qu’Il a fait de nous ses enfants. En retour, Il attend que, librement, nous l’aimions. Or, pour l’aimer, il faut faire sa volonté, c’est-à-dire obéir à ses Commandements. Nous pouvons en toute confiance nous soumettre à sa volonté, car nous savons qu’Il nous aime comme un Père et veut toujours notre bien. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » (Jn 14, 15).

Qu’est-ce que les commandements ?

Après le péché d’Adam et Eve qui ont désobéi à Dieu, la plupart des hommes se sont éloignés toujours davantage de Dieu qui, les voyant devenir de plus en plus mauvais, décida de former son peuple. Le peuple de Dieu, c’est toute l’histoire d’Abraham, Isaac, Jacob et ses douze fils, puis la vie en Égypte, et la sortie d’Égypte avec Moïse.

Trois mois après le départ d’Égypte, le peuple juif se trouvait à camper au pied du mont Sinaï. Moïse, appelé par Dieu, était monté prier tout en haut. Les Hébreux ont vu la montagne s’embraser et, au milieu des éclairs et du tonnerre, Dieu a donné à Moïse ses Commandements sur deux tables de pierre. Ces Commandements s’appellent le DECALOGUE, c’est-à-dire « les dix paroles » : les dix Commandements.

Ce sont les directives données par Dieu pour régler notre vie, car, étant notre Créateur, Il sait mieux que nous ce qui est bon ou mauvais pour nous ; c’est le « mode d’emploi », les règles à suivre pour gagner le bonheur du Ciel :

1-Tu adoreras Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout.

2-Tu ne prononceras le nom de Dieu qu’avec respect.

3-Tu sanctifieras le jour du Seigneur.

4-Tu honoreras ton père et ta mère afin de vivre longuement.

5-Tu ne tueras pas.

6-Tu ne feras pas d’impureté.

7-Tu ne voleras pas.

8-Tu ne mentiras pas.

9-Tu n’auras pas de désir impur volontaire.

10-Tu ne désireras pas injustement le bien d’autrui.

Parmi les dix, les trois premiers concernent notre relation à Dieu, les sept autres nos relations avec notre prochain. Le quatrième commandement ouvre la seconde table de la Loi, et indique l’ordre de la charité : après Dieu, viennent les parents, puis le prochain.

Honore ton père et ta mère

Dieu a voulu qu’après Lui, nous honorions nos parents à qui nous devons la vie et qui nous ont transmis la connaissance de Dieu. Faire vivre les Commandements aux tout-petits, cela commence par les bonnes habitudes de comportement. Prises de bonne heure, ces habitudes seront ancrées dans l’âme et dureront toute la vie. « Instruis l’enfant de la voie à suivre : devenu vieux, il ne s’en détournera pas. » (Pr22, 6)

Dans la mesure où les enfants, tout petits, auront assimilé ces habitudes dans leur vie quotidienne, ils comprendront d’autant mieux plus tard l’enseignement des commandements qu’ils recevront ensuite, parce qu’ils l’auront d’abord vécu de l’intérieur. Le meilleur enseignement du quatrième Commandement est l’apprentissage de l’obéissance et du respect à ses parents. Pourquoi ? Parce que les parents représentent près de lui l’autorité de Dieu.

Normalement, chez les petits, ces deux notions ne posent pas trop de problèmes, mais si l’on n’a pas eu ces exigences très tôt pour lui, ce sera difficile plus tard, même avant l’adolescence.

L’obéissance

Renoncer à notre volonté propre va directement à l’encontre de nos mauvaises tendances, séquelles du péché originel, lui-même faute d’orgueil et de désobéissance. C’est ce qui explique la forte réticence que nous éprouvons toujours, malgré la purification du baptême, à nous soumettre à la volonté d’un autre. Ainsi l’obéissance est signe d’humilité, et la désobéissance signe d’orgueil.

Elle est le premier des renoncements, le sacrifice de notre volonté propre, autant pour les grands que pour les petits ; ne nous étonnons donc pas des oppositions rencontrées avec nos enfants, et si on ne sait pas se faire obéir d’un tout petit, soyons sûrs qu’il n’obéira pas mieux plus tard. L’obéissance a pour but le véritable bien de l’enfant, elle est en effet pour lui l’occasion d’exercer sa volonté, et c’est ce qui, peu à peu, le rendra libre, agissant dans la confiance qui, seule, peut faire admettre à l’enfant que cette exigence est faite pour son bien, au lieu de la considérer comme une brimade ; c’est par cette confiance que l’on obtiendra de l’enfant une obéissance sereine qui suppose qu’il se sente aimé.

 

Le respect

Cela consiste à reconnaître la valeur de la personne à qui l’on s’adresse, et à le lui exprimer extérieurement par les paroles, les attitudes ou les gestes correspondant à ce sentiment intérieur. Exiger le respect de la part d’un enfant est le signe de l’autorité que nous tenons de Dieu auprès de lui, pour le conduire jusqu’à Lui.

Mais le respect n’est pas à sens unique, et ce sera beaucoup plus facile d’obtenir le respect de nos enfants si eux-mêmes sentent l’estime que nous leur portons, ce qui génère à la maison une ambiance tout à fait favorable à l’harmonie d’une famille.

Il ne faut jamais laisser passer une insolence, un geste agressif, un haussement d’épaule, des yeux levés au ciel avec un soupir, un ton de voix revendicatif, mais tout de suite réagir : rectifier et demander des excuses.

Savoir se faire respecter fait partie de notre devoir de parents, et de tout éducateur. C’est imposer aux enfants des limites à ne pas dépasser, et les sécuriser. « L’autorité ne s’exerce pas pour la satisfaction de celui qui commande, mais pour le bien de celui qui est commandé. »  (Abbé Jean Viollet, Traité d’éducation à l’usage des parents.)

Lorsque nous expliquons les Commandements, il est indispensable de donner quelques exemples concrets pour bien faire comprendre aux enfants leur valeur et leur nécessité, et de leur rappeler qu’ils nous ont été donnés par Dieu pour notre bien.

Il n’y a que Dieu qui puisse nous donner ces règles et nous imposer des devoirs. Lui seul est le Maître, Lui seul peut récompenser ou punir suivant les mérites de chacun.

Nous pourrons faire une comparaison avec le code de la route, une règle du jeu, un mode d’emploi…Si on ne respecte pas les règles indiquées, que va- t-il se passer ?

La vie surnaturelle n’échappe pas à cette loi générale, elle a à suivre le « code de la route » pour le Ciel, ou encore le « mode d’emploi » des créatures. Ces règles divines, ce sont les dix commandements.

 

Sophie de Lédinghen

 

Saint Pierre et saint Paul, les deux piliers de l’Eglise Romaine, racontés aux enfants

Vous connaissez la vie de Jésus, mes enfants, vous vous souvenez qu’après sa Passion si terrible, on l’avait cloué sur une grande Croix sur laquelle il était mort pour racheter les péchés de tous les hommes. Puis on avait détaché son corps pour le déposer dans un tombeau, comme on fait pour tous les morts.

Les Juifs, comme les soldats romains, avaient tous bien vu que Jésus était mort. Pourtant, moins de deux mois après, voilà que l’on entend, en pleine place publique, le chef des amis de Jésus, l’apôtre saint Pierre :

« Hommes d’Israël, écoutez ceci : Jésus de Nazareth, celui-là même que vous avez fait mourir par la main des impies, en le clouant à la croix ; oui, alors qu’il a accompli parmi vous tant de prodiges et de miracles ; oui, Dieu l’a fait Seigneur et Messie, ce Jésus que vous avez crucifié ! »

Quelle audace ! D’où était venu à ce Pierre une telle foi et une telle assurance ?

À cette question, les apôtres de Jésus avaient la réponse, ils affirmaient que le troisième jour après sa mort le tombeau avait été trouvé vide, et Jésus, lui-même leur était apparu ainsi qu’à plusieurs autres. Quarante jours durant, il avait vécu de nouveau sur la terre, d’une vie mystérieuse, surnaturelle, et qui s’était terminée d’une façon encore plus surprenante, car son corps s’était élevé vers le ciel jusqu’à disparaître.

« Celui que vous avez crucifié, Dieu l’a ressuscité, nous en sommes tous témoins ! »

Ces paroles incroyables que saint Pierre propageait de maison en maison, de groupe en groupe, les autres apôtres les communiquaient aussi avec foi, évoquant la vie exemplaire de Jésus, leur enseignant les bases de sa doctrine. C’était surtout depuis le jour de la Pentecôte qu’ils semblaient avoir tous les courages.

C’est ainsi que commencèrent à se répandre en Galilée les enseignements que Jésus avait appris à ses apôtres. Un bon nombre de personnes en fut bouleversé et se repentit d’avoir encouragé la mort de Jésus. Certains même demandèrent à devenir catholiques par le baptême.

À Rome, personne ne s’intéressait à cette petite « secte » qui se réclamait d’un crucifié. Le Procurateur Ponce Pilate, qui représentait en Galilée l’empereur de Rome, se contentait d’y maintenir l’ordre public. Mais voilà que dans la communauté des fidèles de Jésus, l’Église du Christ, le nombre grandissant de chrétiens posait de nouveaux problèmes. Les Apôtres se promenaient partout en Palestine pour évangéliser, comme le leur avait recommandé Jésus. Cela provoquait des attroupements et des agitations qui dérangeaient les autorités publiques. Très vite les Apôtres ne suffirent plus à la tâche et décidèrent d’ordonner sept diacres, pour les aider à parcourir le pays.

Paul (celui que l’on appelait Saül) était apôtre, pas de la même façon que les douze, mais aussi valablement qu’eux. Les autres apôtres avaient été recrutés un à un par Jésus pendant sa vie ; Paul, lui, c’est par un foudroyant miracle qu’il avait été élu. Après sa conversion, il passa quelques jours avec les fidèles du Christ qui se trouvaient à Damas, en Syrie actuelle, et prêcha dans les synagogues, affirmant que Jésus était bien le fils de Dieu. Puis il chercha à retrouver les apôtres, mais en arrivant à Jérusalem il se rendit compte que les chrétiens étaient chassés ou persécutés, ce qui fit de nombreux martyrs pour l’Église. Paul finit par être conduit à saint Pierre auprès duquel il resta quinze jours. Il fit donc aussi la connaissance d’autres apôtres et les trouva tous très édifiants tant leur foi était grande. Depuis le martyr du diacre Etienne les chrétiens étaient très surveillés et facilement en danger, certains conseillèrent à Paul de quitter la région, mais il ne voulait pas fuir son devoir. C’est alors qu’un jour qu’il priait dans le Temple, Jésus lui apparut et lui dit « Va ! car c’est au loin, vers les païens que je vais t’envoyer ! » Saint Paul mit du temps à comprendre ce que Dieu attendait de lui.

 Après avoir beaucoup prié et réfléchi, il comprit qu’un fidèle de Jésus ne peut être que missionnaire, conquérant du Christ ! « Malheur à moi si je n’évangélise point ! » Toute sa vie désormais, il sera merveilleusement fidèle. Il fit trois voyages missionnaires, sans compter celui de sa captivité, et aurait parcouru 16 000 km à travers la Méditerranée, l’Asie et l’Europe.

Puis il décida de retourner vers Jérusalem, vers le lieu même où le Christ mourut pour le salut des hommes. Arrivant pour la fête de la Pentecôte, il y avait là de nombreux pèlerins de toutes les communautés juives et notamment d’Asie Mineure. Beaucoup d’entre eux connaissaient bien l’Apôtre pour l’avoir combattu dans leurs propres villes, et s’indignèrent en le retrouvant dans les rues de la capitale. Bien vite une sorte de complot fut organisé contre lui, et, alors que saint Paul était dans le Temple, un incident éclata ; Les Juifs d’Asie se mirent à hurler : « Au secours, Israélites : le voilà l’homme qui, partout, endoctrine tout le monde contre notre peuple, contre la Loi et contre ce Saint Lieu ! Au secours ! »

Ce fut immédiatement un de ces vacarmes orientaux indescriptibles auxquels personne ne comprend rien ; les gardes avaient immédiatement fermé les portes, et saint Paul fut entraîné dans la cour intérieure du Sanctuaire, ce qui le sauva. Plus tard le tribun Lysias interrogea saint Paul et ordonna qu’on lui donne quelques coups de fouet pour mieux le faire parler.

« Vous est-il permis de donner le fouet à un citoyen romain et cela sans jugement ? » demanda calmement saint Paul. En effet son père étant citoyen romain, Paul l’était aussi par sa naissance. Alors on le détacha pour le conduire devant le Sanhédrin où la situation ne fut pas plus éclaircie, mais plus grave pour l’Apôtre qu’on enferma dans la forteresse. Durant la nuit, tandis qu’il méditait plein d’angoisse, il vit le visage du Christ : « Courage ! À Jérusalem tu témoigneras de moi ; ainsi à Rome tu me rendras témoignage ! »  (Act.XXIII.11.)

L’agitation continuait dans la ville, et le tribun décida de transférer d’urgence à Césarée ce détenu encombrant. De là, habilement, le citoyen romain « en appela à César », car la loi demandait qu’on le conduise alors à Rome pour être jugé.

C’est ainsi que saint Paul débarqua dans la Ville Éternelle, encouragé par l’accueil de chrétiens venus le saluer. Il savait déjà depuis longtemps que l’Église de Rome était forte et florissante. Nous ne savons pas très bien comment est née cette Église romaine : des pèlerins de Jérusalem ? Des missionnaires d’Antioche ? Les marins et commerçants ? Ce qui est sûr c’est que cette première communauté chrétienne était insérée dans la colonie juive fort abondante à Rome.

C’est dans cette Église primitive qu’était déjà arrivé l’homme dont la glorieuse figure allait étinceler sur Rome pour toujours : Pierre le vieux roc, sur qui il a été dit que l’Église tout entière serait fondée.

Si saint Paul a voulu se faire emmener à Rome, c’est pour une tâche immense, pour que s’achève le triomphe de la Croix, il faut qu’elle se dresse en ce carrefour des nations qu’est la Ville Éternelle : saint Pierre, roc de fidélité, a fondé là l’Église sur des assises inébranlables ; il importe maintenant qu’elle rayonne, qu’elle conquière ; aux côtés de son aîné, c’est la vraie mission de saint Paul !

Durant environ six années, saint Paul travailla à sa mission dans l’Église dans une liberté relative. Nous savons peu de chose de sa fin terrestre qui correspond à peu près à l’époque où l’autre grande colonne de l’Église, saint Pierre, fut brisée (en 66). Mais tandis que le pêcheur galiléen, humble gueux, connut le supplice de la croix, qu’il demanda à subir, par humilité, la tête en bas, afin de ne pas égaler le divin Maître ; Paul, citoyen romain, eut le privilège d’avoir la tête tranchée, baptisant de son sang la terre païenne de Rome.

 

Sophie de Lédinghen

 

Joie sans mesure d’être mère

La maternité est la joie de l’épouse 

 Joie du don de Dieu, joie de la possession d’un grand bien. Ayant conçu avec son époux, la mère seule porte en elle. Elle seule, avec le concours général de Dieu, maintient naturellement en vie le fruit de son sein. « Dieu a confié à la femme la mission sacrée et douloureuse, mais aussi source de joie très pure, de la maternité » (Pie XII, Discours aux mères de famille, le 26 octobre 1941).

La maternité est aussi la plénitude de l’épouse. On ne s’épanouit pleinement qu’en réalisant la fin pour laquelle on est fait ; et l’épouse est normalement faite pour être mère. L’épouse, en devenant mère, ressentira cette joie profonde, cette plénitude paisible de la mère chrétienne.

 

La maternité voie de sanctification

Hélas, pourquoi les préoccupations matérielles, les agacements, les colères et les regrets viennent-ils si souvent faire sortir d’elle-même la mère de famille ? C’est qu’elle ne vit pas en profondeur. Son cénacle est profané par des intrus qui chassent son recueillement pacifique ! Elle ne sera sans remous qu’à l’heure où elle aura compris que de tout ce qu’elle doit avoir, rien ne lui manque ; le jour où, sans posséder et sans rien voir d’autre que la volonté de Dieu sur elle, elle trouvera enfin qu’il est bon d’être son enfant. Sa sanctification consiste donc dans l’union intime de son âme avec Dieu. « Je ne vous demande pas de fixer votre pensée sur lui, ni de faire de nombreux raisonnements ou de hautes et savantes considérations. Ce que je vous demande, c’est de porter le regard de votre âme sur lui. Qu’est-ce qui peut vous empêcher de l’élever, ne serait-ce qu’un instant, vers ce Seigneur ? » (Sainte Thérèse d’Avila)

Sainteté dans le devoir accompli dans le sacrifice

Si la mère de famille ne veut pas vivre sans cesse au milieu des angoisses, qu’elle commence par ne pas redouter la Croix. C’est dans ses petites croix quotidiennes, acceptées le cœur grand ouvert, que la mère trouve la joie du devoir accompli ; c’est dans ses efforts sur elle-même qu’elle offre à Dieu tout au long du jour son amour pour chacun des membres de sa famille. Elle sait que rien ne se perd, ici-bas, en matière de sacrifice, ses souffrances seront payées avec tant de surabondance. Elle y trouvera une vraie paix intérieure, celle qui permet de supporter « tous les chagrins et toutes les guerres », car Notre-Seigneur vient s’unir à l’âme qui se renonce, il n’est pas venu enseigner une autre voie de Rédemption que celle du don de soi. A la mère chrétienne il dit : « Je t’associe à ma Rédemption, voilà les faucilles, et voici la moisson, partageons la besogne. Ta générosité mesurera l’ampleur de ta gerbe. Au travail ! »

Mais « quand Jésus entre quelque part, il y entre avec sa croix et ses épines. Il en fait part à ceux qui l’aiment. » (Bossuet). La souffrance est un trésor, non pas en elle-même, mais par ce qu’elle rend possible. Elle est un trésor dans lequel la maternité chrétienne puise abondamment… Car la mère est mère toute sa vie. Celles qui refusent d’entrer pleinement dans le don ne savent pas que toute leur fierté de femme peut en recevoir un formidable élan ! Elles n’y voient que faiblesse et soumission et ne savent pas que ces exigences sont absolues, et que c’est une conquête qu’elles préparent au cœur de leurs enfants !

« Plus une femme est sainte, plus elle est femme » et d’autant plus, en effet, elle devient apte à rayonner autour d’elle cette transparence de son âme, cette présence du Christ qui, à travers elle, appelle tous ceux qui l’entourent à une ascension, à une prière, à des sacrifices que sa vocation sublime de femme soutient et partage spirituellement.

Éloge de l’âme du foyer

Très naturellement, la mère montre sa joie d’être épouse et mère par son humeur égale, sa patience, ses mots réconfortants, affectueux, encourageants. Elle n’a pas besoin de dire « je t’aime » toute la journée comme on le fait aujourd’hui avec excès et parfois superficialité, non, elle le montre dans sa façon d’être, dans son courage à la tâche, dans ses actions comme dans ses regards.

Elle parle à propos, et sait se taire pour écouter. Elle est douce et reposante, on aime à passer un moment auprès d’elle, même sans rien se dire. Si elle est occupée, elle s’arrange pour être disponible.

Elle est active pour chacun, sans précipitation car elle est organisée et sait anticiper les événements quotidiens autant que les imprévus. Elle est parfois fantaisiste et aime faire des surprises : un bon petit plat, un achat utile pour améliorer le quotidien, une sortie en famille…

Ce qui émane d’elle est contagieux et donne envie de bien faire, d’être joyeux. Elle ne murmure pas, et ne se fâche que quand c’est important ! Parfois même elle donne un petit baiser pour « donner du courage » à faire quelque chose d’ennuyeux.

Elle veille à ne pas se surmener, à rester régulière à l’ouvrage pour conserver un équilibre nerveux. Elle est capable de remettre à plus tard pour être toute à sa famille. Elle s’occupe de chacun au retour de l’école, et réserve du temps aux aînés après le repas. Elle fait le tour des chambres pour mettre du baume aux cœurs si besoin, fortifier l’un, encourager l’autre, apporter de l’énergie à celui qui en a besoin…ou encore taquiner gentiment pour faire passer un message délicat !

C’est dans sa foi, le chapelet quotidien, l’assistance à la messe, la pratique de la communion fréquente qu’elle trouve la lumière et la force pour tout cela.

« Donnez-moi, Seigneur, la grâce de comprendre et la force de vouloir. Je suis aveugle, lunatique et je me plains parfois, comme le mauvais serviteur vous trouvant dur et sévère. Pourquoi voulez-vous tout avoir, et tout de suite, et de bon cœur ? Ainsi vont mes sots murmures ! 

Seigneur, ne permettez pas qu’on affadisse votre Évangile ; ne tolérez pas que les discours de la mollesse viennent endormir les âmes que vous avez rachetées. Et la grâce qui est en nous est une grâce de force.

L’enchantement, l’ivresse dont vous faites le don à vos disciples, c’est l’ivresse des rudes tâches, c’est la joie de peiner fort, de ne pas s’épargner pour l’amour de vous ! » (Pierre Charles S.J.)

Que chaque mère se souvienne que ce qui se voit n’est rien auprès de ce qui demeure caché en elle. Personne ne peut vouloir pour nous, aimer à notre place, ou vivre en notre nom. Cette magnifique et grande mission de mère qui nous incombe, accomplissons-la joyeusement, de toute notre âme, saintement. « Seigneur, je suis une chose sainte à cause de tout ce que vous avez béni et consacré en moi ».

 

Sophie de Lédinghen