La confiance en soi,la responsabilité

Il est parfois surprenant de voir des enfants déjà grands, hésitants, regarder leurs parents avant d’agir. Des enfants peu sûrs d’eux-mêmes, et inquiets de ne pas savoir faire, ou de se faire reprendre. Bien souvent, observer et écouter les explications ne suffisent pas pour l’enfant peu sûr de lui, il lui faut « faire » plusieurs fois pour tout retenir et arriver à agir sereinement et à propos.

C’est tout jeune que l’enfant doit être rassuré, mis en confiance, puis responsabilisé. Cela sera plus facile s’il y a une sérénité, un climat de confiance à la maison, si, pour l’aider, on ne fait pas à sa place, et si on adapte à son âge la difficulté d’apprentissage pour lui faire découvrir ainsi la joie du progrès ou de la réussite.

Donner de bonnes habitudes

Nous le savons, l’éducation commence à la maison. C’est là, dans un climat de joie paisible, que se prennent les bonnes habitudes sous l’oeil attentif et relativement exigeant des parents. Si le cadre est ordonné, structuré dans des « rites » familiaux réguliers et incontournables comme la prière en famille, faire son lit le matin, se brosser les dents, rendre service, etc., l’enfant s’appuiera sur ce socle qui, avec l’âge, le poussera à aller plus loin dans l’effort et l’esprit de générosité.

Si les parents veulent que leurs enfants résistent aux tentations et soient engagés, armés pour les combats de la vie, ils doivent leur donner le sens de l’effort, et celui de la générosité dans le sacrifice. La perspective d’avoir à demander à nos enfants des choses qui leur coûtent ne doit pas nous donner mauvaise conscience. Les adolescents, et plus encore les enfants, comprennent souvent mieux que les adultes la nécessité de se maîtriser, de se surpasser, de se donner, surtout si on les y encourage.

Le privilège de l’habitude est de rendre facile et naturel ce qui paraît étrange à celui qui n’a pas cette habitude. Le geste habituel garde une éternelle jeunesse ! Un enfant prend assez facilement de bonnes habitudes à la maison, pourvu qu’on le raisonne et que l’on manifeste une certaine persévérance dans ses exigences. On peut lui demander assez jeune de ne rien laisser traîner dans sa chambre, de prendre soin de ses affaires, de ses vêtements, de nettoyer ses chaussures, d’être propre, de participer à l’ordre dans la maison en rangeant ce qu’il a dérangé. On habituera l’enfant à être poli, à dire bonjour et merci. Ces petites bases d’exigence personnelle et de délicatesse vis-à-vis des autres sont impératives.

Ne pas faire à sa place

On observe aujourd’hui des enfants passifs, qui se reposent sur les autres sans aucun esprit d’initiative, par manque de motivation ou de confiance en eux parce qu’ils n’ont jamais fait par eux-mêmes. On a l’impression qu’ils subissent tout à contrecoeur. Cela peut venir d’un manque de maturité, mais deux écueils sont à fuir en famille : le manque de motivation, et faire à la place de son enfant.

La motivation est faite de désir ou de besoin, de curiosité, d’intérêt. On pourrait dire qu’elle est le moteur qui pousse à agir. Ainsi l’enfant agit par devoir, ou parce que maman l’a demandé, ou encore parce que ça lui fait plaisir de le faire. Il faut motiver cet enfant, le stimuler, l’encourager, être son moteur s’il n’a aucun courage ! On peut commencer avec lui pour le lancer dans l’effort, mais ne surtout pas faire à sa place. Attention à l’enfant qui entend ses parents se plaindre ou râler souvent pour peu de chose, il en fera autant. Mais s’il les voit joyeux et entreprenants dans leurs devoirs familiaux, nul doute qu’il imitera leur courage.

L’autre moyen de vraiment soutenir nos petits dans leur autonomie progressive est de prendre du temps avec eux. Oh, je vois bien vos regards désespérés : « Où trouverions-nous du temps ? Nous qui courons toute la journée, enchaînant nos tâches sans relâche et redoutant cette horloge qui, malicieusement, accélère son rythme les jours où nous avons le plus à faire !

« Venez-donc voir un peu sur le terrain, ma p’tite dame ! « 

Oui, je le redis, prenez du temps avec chacun de vos enfants et cela est faisable avec un peu de sérénité (plus efficace au labeur que la fébrilité) et un peu d’organisation matérielle. Faites des repas simples, groupez vos courses, ayez un jour de ménage, un autre de repassage, etc. pour la semaine ; le vendredi anticipez la préparation des repas du week-end. Le matin, préparez votre dîner en même temps que votre déjeuner (pendant l’épluchage des légumes, mettez à cuire la quiche du soir). Et lorsque vos enfants rentreront de l’école, vous serez toute à eux pour soutenir les grands dans leurs devoirs, et écouter les petits raconter leurs aventures de la journée.

Les jours de congé ou dès que vous avez un peu plus de temps, prenez l’un de vos enfants pour un peu d’aide à la cuisine (le papa pourra organiser de son côté un petit bricolage utile ou du jardinage avec un autre enfant). Prenez le temps d’apprendre à vos enfants les choses toutes simples, les plus grands seront ravis de vous aider à la cuisine, une vinaigrette, une omelette, battre des blancs d’oeufs en neige, ou bien l’on choisit ensemble un dessert apprécié que l’on prépare à « quatre mains » ! La théorie est simple : on explique, on montre, et on laisse faire en supervisant. Il est facile de passer ainsi, au gré des occasions, d’apprentissage en apprentissage jusqu’à ce que l’enfant puisse faire tout seul, fort de la confiance que lui aura donné son père ou sa mère.

Ce que vous ne mesurez peut-être pas encore, petite maman, c’est la richesse de ces moments de complicité à deux, car « faire ensemble » signifie aussi parler ensemble, rire ensemble, et réussir ensemble. Donner sa confiance à son enfant, c’est lui donner de l’assurance, l’aider à oser se lancer dans l’inconnu… dans des choses de grands ! Et puis, l’air de rien, on peut aussi en profiter pour laisser passer une petite consigne ou recommandation qui sera acceptée de bon coeur, parce qu’elle aura été dite dans un moment propice à une écoute profonde.

Il y a des tas de petites choses que l’on peut faire avec nos enfants, selon leur âge bien sûr. Je sais bien qu’une mère de famille est pressée, que tout irait plus vite si elle faisait elle-même, que ce serait mieux fait que par des mains plus jeunes, et que vous n’auriez pas besoin de rectifier ou nettoyer par derrière… Dites-vous bien que ce temps que vous avez l’impression de perdre aujourd’hui, vous le gagnerez dans peu de temps quand, devenus assurés, vos enfants seront tout aussi efficaces et rapides que vous à vous seconder.

Si votre enfant pose une question pour être rassuré, ne lui apportez pas d’emblée la réponse, aidez-le plutôt à réfléchir par lui-même : « Et toi, qu’en penses-tu ? », « A ton avis, quel est le mieux ? » L’enfant toujours porté par ses parents ne saura rien faire ; mieux vaut l’aider à décider, l’encourager à vouloir faire, à demander la permission de faire si besoin, à prendre des initiatives, à aimer faire des surprises, et même à faire tout simplement par obéissance… Le parent sera patient, encourageant, ne s’énervera pas.

L’enfant timide, réservé, a souvent peur des autres, de prendre la parole. Il a besoin de prendre conscience de ses capacités de réussite, de développer une autonomie. On ne lui mettra pas la barre trop haut, ce qui le découragerait, et le ferait douter davantage de lui au lieu de lui donner la joie d’avoir réussi. Les parents montreront aussi leur joie et leur fierté sans trop flatter l’orgueil.

Un enfant que l’on aura aidé à s’affirmer, à entreprendre, aura moins de crainte à affronter l’adversité, à oser la concrétisation d’un projet, à se lancer dans des engagements, à prendre des responsabilités. Il saura que l’on ne réussit pas du premier coup, qu’il faut y mettre un peu d’ardeur, de volonté si l’on veut être payé de sa peine.

Dans l’éducation de nos enfants, intelligence, affectivité, volonté doivent entrer en lice et l’emporter de haute lutte, pour que chacun mérite l’estime de soi-même, et en réalité afin de répondre à la vocation du chrétien en devenant un adulte capable, responsable, solide, vertueux et fier de sa foi… Le Bon Dieu appelle à lui une jeunesse équilibrée, généreuse, épanouie dans les foyers comme dans les séminaires !

Et nous aussi, parents, devons être responsables. Responsables de ce que nous voulons et faisons pour l’avenir de nos enfants.

Sophie de Lédinghen

Eduquer, c’est transmettre

 

Transmettre est une manière d’aimer ; aimer ce qu’on transmet et aimer celui à qui on transmet… Sans la transmission nous serions toujours à l’âge de pierre. Nous avons un devoir de transmettre non seulement notre savoir‑faire, mais aussi notre « savoir‑être ».

Importance du climat

Lorsque nous voulons faire pousser une graine, que faisons‑nous ? Agissons‑nous sur le germe ? Non, il renferme mystérieusement toutes ses capacités. Il faut essentiellement un climat : pluie, vent, soleil, froid, chaud, jours et nuits avec leurs alternances permettent le développement des possibilités contenues dans le germe. Grâce aux racines, secrètes, cachées dans la terre, grâce aux feuilles, le germe puise dans l’invisible et le visible tout ce qui s’offre de propice à son développement. On pourrait presque dire : telle est la terre, tel est l’air, telle sera la plante.

Il en est de même en éducation. C’est le climat familial qui orientera le tout jeune enfant ; et l’élément indispensable au climat : la Foi. L’enfant possède en lui d’immenses possibilités que l’on peut imaginer au point de vue de son corps, mais nous les ignorons au point de vue de son âme. L’art consistera, pour le corps, à l’entourer des soins qu’une mère sait prodiguer à son tout petit ; et pour l’âme, à mettre une atmosphère au foyer afin que l’enfant y pui-sse l’invisible et le visible par cet instinct merveilleux dont l’a doué le Créateur. Le jeune enfant n’est guère sensible au raisonnement ; en revanche, avec quelle finesse il surprend les moindres intonations de la voix ou les expressions du visage !

Les paroles de semonce, extérieures à l’enfant, le touchent peu, contrairement aux actions de ses parents, aux attitudes, reflets de leur foi qui l’imprègneront des substances nécessaires à son bon développement. Ce qu’est notre cœur, ce qu’est notre foyer, voilà ce que seront nos enfants. Pour sa famille, la mère est « ministre de la Joie », son sourire fait plus de conquêtes que tous les discours, il est le reflet de son cœur. Une joie rayonnante est le premier aspect d’un foyer profondément chrétien.

Plus le foyer sera attirant, rayonnant de toute sa foi, plus le père pourra obtenir de tous les renoncements nécessaires et souvent générateurs de dépassements. Le foyer doit rechercher son épanouissement : la joie de surmonter les difficultés, la joie d’un effort commun. On pourrait même oser dire que le triomphe d’une famille serait d’être très aimée par des enfants qui ne sont jamais gâtés, et qui aiment donc leur foyer pour des raisons supérieures aux avantages matériels qu’ils en tirent. Le premier dépôt fait aux parents chrétiens n’est‑il pas de transmettre le trésor de leur foi catholique ?

L’histoire

Il est très amusant, pour des enfants, d’entendre leur père ou leur mère raconter leur enfance. Et oui, Papa et Maman ont été, eux aussi, des enfants ! On remonte parfois à plusieurs générations en arrière, pour expliquer qu’en partant en vacances, on se serrait à l’arrière de la voiture pour faire rentrer tout le monde, et qu’il n’y avait même pas de siège‑auto, ni même de ceintures de sécurité. Mais à cette époque‑là, les voitures roulaient beaucoup moins vite !

L’histoire, celle de la famille que le père ou la mère raconte au fur et à mesure des occasions, celle de la terre où l’enfance a pris racine, où sont ancrés les souvenirs, les habitudes, les traditions, un patois, une manière de vivre, une maison chaleureuse où les grands‑parents peuvent encore accueillir… Tout cela forme des racines à l’histoire de l’enfant qui s’attachera, lui aussi, à ces liens qui le rassurent.

Il y a aussi les récits de l’Histoire Sainte, la Création, Adam et Eve, Noé, Moïse…. La Sainte Vierge, Noël, quelques miracles, la Passion que l’on aura racontée dans une belle Michèle de Pain bien illustrée. Le calendrier liturgique sera une bonne occasion d’enrichir ces récits chaque année.

Un jeune enfant aime les histoires, entre 3 et 8 ans il est doté d’une excellente mémoire et aime qu’on les raconte toujours « de la même façon », mais on peut à chaque fois y ajouter quelques informations supplémentaires et enrichir le vocabulaire du récit.

Apprendre à aimer son pays

C’est aussi le bon âge pour lui raconter l’histoire de son pays : Clovis, Charlemagne, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc, Henri IV, Louis XIV, quelques scènes des guerres de Vendée… Il ne s’agit pas encore de tisser un lien chronologique entre ces scènes, l’enfant n’est capable que d’écouter une histoire qui ravit son coeur et son imagination. Ces récits éveilleront en lui l’amour de son pays, à travers la grande Histoire où Dieu est le premier personnage.

Le goût du livre

L’enfant qui voit ses parents lire des livres, et auquel on aura raconté de belles histoires, et offert de beaux livres avec de belles images, prendra tout naturellement goût à la lecture. Il sera curieux de découvrir et d’apprendre par lui‑même. Il recherchera de quoi enrichir ses petites connaissances par de beaux récits historiques ou littéraires, en s’attachant à la langue française ainsi qu’à tout ce qui aura fait la gloire de son pays, et peut‑être aussi la valeur de certains membres de sa famille. Il a besoin, pour se construire, d’admirer, d’aimer et de respecter sa patrie, ainsi que l’histoire de sa famille.

L’histoire d’un peuple ne s’apprend pas seulement dans les livres ou sur les bancs de l’école, mais « sur les routes de France, dans ses hauts lieux, dans ses pèlerinages, à Reims où furent sacrés nos rois, à Rouen où Jeanne fut brûlée, le long de nos calvaires et de nos cathédrales. C’est ainsi qu’un peuple apprend sa race, son sol, son histoire. Pour aimer un pays, il faut le connaître charnellement1. » Profitons donc des vacances ou d’un déplacement en famille pour visiter nos belles régions de France, et tout ce qui a contribué à la puissance de notre pays, des forteresses médiévales dominant les collines aux palais raffinés si bien mis en valeur au cœur de leurs jardins à la française. Allons respirer l’air parfumé de thym dans la garrigue aussi bien que l’arôme des sapins dans la forêt vosgienne. Il est si vrai que pour aimer, il faut d’abord connaître et admirer !

Sophie de Lédinghen

1 G. Le Bourgeois

La prudence au foyer

Pour être heureux autant qu’on le peut ici-bas, il nous faut vivre selon l’ordre moral : être vertueux et éviter les vices. On appelle vertu une disposition habituelle et ferme à faire le bien. Elle permet non seulement d’accomplir des actes bons, mais aussi de donner le meilleur de soi-même. De toutes ses forces naturelles et spirituelles, une personne vertueuse tend vers le bien, elle le recherche et le choisit dans des actions concrètes.

Or, les vertus morales forment un édifice harmonieux ; si une seule s’effondre, tout l’ensemble est en danger. Si l’on n’est pas honnête, sincère ou courageux, la vie entière sera désorganisée, désordonnée. Dans la vie morale, comme dans un édifice, il y a des piliers qui supportent l’ensemble : ce sont les vertus cardinales. Dans cet édifice, quatre vertus soutiennent toutes les bonnes dispositions : la Prudence, la Force, la Tempérance et la Justice.

La famille catholique est le premier lieu d’exercice des vertus ; elle doit être un foyer d’apprentissage où la nature humaine de chacun de ses membres se forge, aidée par la grâce du baptême et des sacrements.

En nous enseignant les vertus cardinales, l’Église donne aux hommes les clés nécessaires à la maîtrise de leur tempérament, les encourageant à ordonner leurs passions, à affiner leur intelligence et à dompter leur volonté. Ces dispositions mises en œuvre favorisent dans nos âmes le travail des vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité. Ici, nous parlerons de la vertu de prudence, qui doit régir toute vertu, même les autres vertus cardinales.

La prudence, vertu de l’intelligence

La prudence est la juste appréciation de ce qu’il faut faire dans un cas déterminé. Elle est une vertu intellectuelle, car elle concerne des opérations commandées par l’intelligence. On peut distinguer trois étapes dans l’exécution d’un acte : la délibération, le jugement (ou choix) et l’ordre (ou mise en œuvre).

Prenons l’exemple d’une mère dont l’enfant gravement malade exige une présence constante. Nous sommes dimanche et elle est seule avec lui : doit-elle le quitter pour aller à la messe ?

La délibération fait apparaître un conflit de devoirs entre sa présence auprès de son enfant et l’assistance à la messe. Elle comprend alors que la charité lui impose de ne pas quitter son enfant, car sa vie est en jeu. Cette obligation passe avant le devoir dominical. Après ce jugement, elle choisit de rester près de son enfant et renonce à la messe. Elle met ensuite en œuvre sa décision.

La prudence est donc une sagesse pratique par laquelle la raison discerne ce qu’il faut faire pour bien agir dans la vie courante.

La prudence morale repose sur l’obéissance à des principes conformes à la raison, comme le code de la route. De même, les martyrs ne recherchent pas le danger : c’est par raison qu’ils refusent de renoncer à l’essentiel.

La vertu d’humilité intervient dans la prudence. L’être humain étant sociable, il doit considérer les autres comme ses semblables : ne pas chercher à dominer, savoir écouter, ne pas être influencé aveuglément ni vaniteux. Être attentif à son prochain, c’est parfois céder, même si l’on est dans son droit, lorsque cela sert un bien supérieur.

Vices opposés à la prudence

La précipitation (ou témérité) s’oppose au bon conseil par défaut de réflexion. L’action devance la réflexion et empêche souvent de choisir la meilleure option.
Exemple : un enfant tombe sans gravité. Sa mère accourt immédiatement, ce qui l’encourage à pleurer sans effort. Or, le bien de l’enfant serait de l’aider à se relever lui-même et à surmonter cette petite épreuve. On prépare ainsi l’adulte qu’il deviendra.

L’inconstance consiste à abandonner, au moment d’agir, le bien reconnu auparavant. La raison a jugé correctement, mais la volonté ne suit pas.
Exemple : un enfant privé de dessert pour un mensonge obtient finalement ce dessert par faiblesse des parents. Cela nuit à son éducation morale.

La négligence provient d’une inertie volontaire. Les bonnes intentions ne suffisent pas : elles doivent être soutenues par une prudence concrète.
Exemple : omettre la prière du soir par fatigue, tout en maintenant d’autres habitudes, revient à inverser les priorités. Il vaut mieux adapter la prière que la supprimer totalement.

La liste pourrait être plus longue : on pèche contre la prudence par défaut ou par excès (étourderie, légèreté, confiance aveugle, orgueil, tromperie, inquiétude excessive, etc.).

Lorsque l’esprit fait appel à la prudence, il trouve dans la force la capacité de surmonter les obstacles et d’obéir à la raison. Selon les situations, la force soutient la prudence : l’âme résiste ou combat pour atteindre le meilleur bien.

Il n’est guère de plus grande satisfaction que d’avoir bien accompli sa journée ou de voir grandir de vrais hommes et de vraies femmes en ses enfants. L’exercice de la vertu dans le devoir d’état apporte un contentement profond, malgré les difficultés de la vie. C’est ainsi que nous pourrons restaurer patiemment la société et l’Église.

Sophie de Lédinghen

Un petit goût de ciel sur la terre

Nous voici, avec la foule galiléenne, au pied de la montagne. Celui qui parle en est à déclarer la loi de son royaume spirituel. Jésus a passé sa nuit en prière, comme il fait souvent. La volonté du Père ainsi consultée, il donne mission à ceux qui seront les piliers de son œuvre, ses Apôtres, qu’il choisit dans le groupe de ses adhérents, ceux que lui-même voulut, dit saint Marc (III, 13). Il leur communique ses pouvoirs, puis les place au premier rang. Les voici qui s’assoient en cercle, Jésus assis au milieu d’eux comme le font les docteurs juifs. La foule s’étage sur les pentes et au pied de la petite colline.

C’est le printemps, des malades sont venus que Jésus a guéris. La vérité de sa parole se prouve par l’efficacité de son action. Derrière la foule, le lac, calme sous les teintes virginales du matin, et dans lequel se reflètent les lauriers roses.

C’est dans ce cadre magnifique, dans ce décor de lumière qui manifeste si bien l’éclatante vérité qui se prépare, que le Fils de l’homme parle. Ainsi Jésus est lumière du monde au moment où il ouvre la bouche, et Dieu lui-même, qui avait sculpté la loi de rigueur sur des tables de pierre, écrit la loi de grâce dans le cœur de ses disciples.

Cette grâce vaut pour tous ; elle saura s’adapter à tous. Et c’est bien là, sur cette montagne, qu’en face de grands horizons, dans de la beauté, dans de la vibration lumineuse et cordiale, dans de la rêverie profonde et lucide que le Christ et nous, et, par le Christ, Dieu et l’homme s’associent, que le ciel et la terre voisinent, pour que le premier verse à l’autre, avec sa lumière, la sève intime qui fait croître et qui fait verdir (Père A-D Sertillanges, Le Sermon sur la Montagne) :

« Bienheureux les pauvres en esprit…, bienheureux les doux…, bienheureux ceux qui pleurent…, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice…, bienheureux les miséricordieux…, bienheureux les cœurs purs…, Bienheureux les pacifiques…, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice… » Jésus énumère lentement les huit Béatitudes.

On appelle Béatitude le bonheur le plus grand, le plus parfait, qui est celui de posséder Dieu, c’est le bonheur des saints au Ciel.

Voulons-nous goûter un jour ce bonheur parfait ? Et pour l’éternité ? Pour cela nous devons écouter ces conseils que Jésus nous a donnés dans son Sermon sur la montagne. Et, si nous les suivons, en attendant la joie débordante du ciel, nous pouvons, sur la terre, profiter d’un certain bonheur que Dieu nous donne déjà si nous nous servons du moyen des Béatitudes pour faire progresser notre âme vers lui, car suivre ses enseignements nous procure la joie de plaire à Dieu.

 

Bienheureux les doux, parce qu’ils possèderont la terre

Prenons par exemple cette deuxième Béatitude sur la douceur. Nous venons d’observer la pédagogie divine : Jésus veut annoncer aux hommes des choses de la plus haute importance, il veut que l’on vienne l’écouter, que fait-il ?

Il réunit la foule au petit matin, à la naissance d’un jour nouveau, tout est calme, tout est beau. Il met son auditoire dans les meilleures dispositions pour l’écouter et retenir la leçon.

Puis il leur parle paisiblement, il veut que ses paroles aillent jusqu’au cœur de chacun, il ne précipite pas ses phrases pour que chaque information nouvelle soit assimilée doucement.

C’est tout un art de mettre en scène les choses graves, de capter son auditoire et d’aller au-delà des oreilles attraper non seulement les intelligences, mais aussi les âmes. C’est là le talent des enseignants et des prêcheurs, leur récompense étant de voir tous les yeux s’agrandir et les petites bouches s’ébahir quand il s’agit d’un jeune public. Art avec lequel les parents doivent aussi « jouer » dans l’éducation de leurs enfants. Ce n’est pas dans l’agitation, ni en parlant vite, fort, et longtemps que leurs enfants seront plus attentifs à recevoir « les leçons », surtout si elles sont sérieuses.

La vertu de douceur, comme tout en éducation, doit être plus que pratiquée par les parents, eux-mêmes. Elle doit leur être devenue naturelle. Pour cela il faut aussi souvent que possible se trouver en présence de Dieu pour le « posséder », le garder à nos côtés. Il faut expliquer cet exercice à nos petits. Nous leur disons souvent « Dieu te voit ! », disons-leur aussi « Dieu est avec toi, courage !», « Fais-le pour l’amour de Jésus » ou encore « Si tu fais de la peine à maman, tu fais aussi de la peine à Jésus… » L’enfant a besoin de ces petits rappels, dans une mesure raisonnable, bien sûr, mais il doit comprendre que Jésus « est son ami » parce qu’il l’aime, et qu’il est toujours là près de lui.

La douceur, c’est écouter les autres, leur répondre avec charité, les aider, les consoler, éviter ou apaiser les disputes, les mauvaises paroles ou gestes, prêter ses affaires, faire plaisir gratuitement, savoir faire le premier pas, chasser la colère de son cœur. Vaste programme qui ne se réalise pas en un jour ! Mais à chaque petit écart de conduite, les parents auront soin de reprendre l’enfant, exiger son pardon, et, dans les tentations, lui conseiller de se dire : « Qu’aurait fait Jésus à ma place ? »

Parfois, un regard suffit pour reprendre l’enfant, encourageons-le d’un sourire entendu qui évitera une nouvelle remarque, et entretiendra une petite complicité bienfaisante.

C’est en combattant tout jeune que les vertus chrétiennes des Béatitudes imprègneront l’enfant, et lui procureront cette joie de l’âme qui plaît à Dieu, ce petit goût de bonheur du ciel déjà sur la terre.

 

Sophie de Lédinghen

 

Familles, relevez-vous !

« La recherche de la sainteté n’est pas libre. Dieu nous a élus en Jésus-Christ avant la constitution du monde pour que nous soyons des saints (Eph I,4). Aucune créature ne peut échapper à cette nécessité absolue pour parvenir au salut. Et Notre-Seigneur a institué l’Église, l’État et la famille, pour contribuer, chacun selon sa nature, à la sanctification des âmes par Jésus-Christ (…) pour les aider à se convertir à l’unique médecin : Jésus-Christ, Vérité et Sainteté. » (Mgr Lefebvre, Itinéraire spirituel)

Sanctification pour notre famille

Se sanctifier personnellement, sans autre préoccupation que son propre salut, sans souci du salut du prochain, est une fausse conception de la vie chrétienne. « Aimer Dieu et son prochain » sont deux commandements semblables. Dieu ne nous a pas donné la foi uniquement pour notre salut personnel, et cette croyance doit animer et éclairer toute notre vie.

C’est en se sanctifiant l’un l’autre, et l’un pour l’autre, que les jeunes époux se préparent à être de bons et saints parents pour leurs enfants, et cela se décide avant le mariage, dans leur choix mutuel. Que les fiancés parlent de ce qu’ils souhaitent pour la sainteté de leur future famille, qu’ils en soient bien d’accord. Soixante-quinze pour cent des enfants délinquants sont issus de familles désunies, la plupart du temps parce que leurs parents n’étaient pas accordés au moment de leur mariage.

Dans le mariage indissoluble, la mère est le cœur du foyer, pleine d’amour pour chacun. Le père nourrit sa famille et lui apporte une sécurité stable. La vie familiale est placée sous le signe de l’unité ; unité dans l’espoir et dans la crainte, unité dans la joie et dans les larmes ; unité dans la richesse et dans la misère… Bienheureuse union des époux !

L’homme et la femme se sont indissolublement unis par le « oui » qu’ils ont prononcé devant Dieu. Il dépend d’eux de prolonger cette promesse en travaillant à la sanctification de leur famille.

Le cercle intérieur

Amour et autorité unissent la famille en un tout ; entre parents et enfants se nouent les liens de la piété, de l’amour désintéressé et chargé de respect. Pour l’homme, la famille est un petit monde sous sa responsabilité ; la femme y réalise ses aspirations maternelles ; les enfants y trouvent amour, tendresse, protection, éducation. Peu à peu, l’esprit de famille met son empreinte sur le visage de chacun, les parents récoltent la puissance du rayonnement de leur amour. On ne se rend pas assez compte que, dans le cercle étroit et modeste de la famille, se cachent le bonheur et la paix, que là s’enfoncent les racines du peuple, de l’état, de l’humanité entière. Que la famille périsse, alors se déchaîneront les plus terribles révolutions.

La famille est le saint lieu où une génération transmet à l’autre le flambeau de la vie que Dieu a allumé à la vie éternelle. Elle ne dit jamais : « Après nous le déluge. » Ses racines s’enfoncent dans le passé, en même temps qu’elles poussent leurs prolongements vers l’avenir.

Familles, relevez-vous !

Aujourd’hui, la famille est en détresse et le monde ira de mal en pis tant qu’on ne la soignera pas. La foi véritable doit reprendre dans la famille, l’Église doit renaître dans les cœurs. Où l’amour règne, la peine n’existe pas ; la sueur du travail paraît moins amère. Il est nécessaire d’éduquer de bons et saints futurs pères de familles, et de vertueuses et courageuses futures mères de familles !

Il faut à la chrétienté des parents fiers de ce qu’ils sont, et courageux dans la transmission de cet héritage sans prix. Des mères qui prononcent le nom béni de « Jésus » à leurs petits, leur faisant envoyer un baiser en passant devant le crucifix. Des pères qui racontent les histoires merveilleuses de l’Ancien Testament, en faisant gronder la voix du Bon Dieu fâché par la désobéissance des hommes… Tout est leçon de catéchisme dans la vie quotidienne. L’enfant n’a qu’à observer ses parents pour apprendre, comprendre et imiter. Il voit comment ses  parents se comportent l’un envers l’autre, leur entraide, leurs conversations, la façon dont ils se parlent, les attentions qu’ils ont l’un pour l’autre… Tout cela imprègne les petits, qui imiteront très naturellement ce qu’ils voient chaque jour.

C’est d’abord à la maison que la vigilance maternelle, à partir de petites occasions répétées, apprend à son enfant la justice, la charité, la maîtrise de soi, le sens du devoir, le support des petites souffrances, des petites contrariétés ; toutes ces vertus nécessaires dans une vie humaine, mais que le christianisme auréole. La maman en dégage avec doigté et à propos le sens chrétien.

Il y a aussi la leçon des choses, devant une fleur, un insecte, la mer, le ciel. Leçon souriante où l’enfant prend conscience que Dieu n’est pas un étranger perdu dans le lointain, mais présent dans la vie de tous les jours.

Il y a l’éducation de l’âme et du cœur ; mais si l’on veut former « de grands hommes », les parents doivent aussi ouvrir des horizons à leurs enfants,

– en favorisant de bonnes amitiés. Pour cela, on expliquera à l’enfant comment choisir son ami, et il devra savoir dire pourquoi il l’aime : parce qu’il fait rire, rend service, entraîne au jeu, encourage à faire le bien, etc… Une bonne amitié d’enfance peut marquer une vie.

– en apprenant aussi à sentir le beau, ce qui vivifie l’âme, en visitant en famille de beaux musées, expositions, monuments, paysages qui font s’émerveiller tous ensemble, en une grande action de grâce.

Donner le goût de la lecture, d’abord par les belles images, par le ton amusant et vivant de celui qui raconte à voix haute, puis en offrant de bons livres d’aventures passionnantes, de faits historiques ou de beaux exemples qui fortifieront ses connaissances, sa réflexion, son esprit, son raisonnement. N’hésitons pas ensuite à discuter du dernier livre lu, ce que l’enfant en a pensé, pourquoi, ce qui lui a plu ou non en une vraie conversation d’idées.

Oui, vraiment, tout cela contribue au soutien des parents qui, parce que père et mère, ont le devoir d’opter pour la sainteté !

Combattre en vainqueurs

Les difficultés ne manquent pas (crise de l’Église, lois contre la vie, difficultés économiques et professionnelles…), le monde d’aujourd’hui, si hostile à nos croyances, nous fait goûter une éminente dignité, une humble et rayonnante sainteté, la ressemblance au Christ qui nous racheta par le labeur avant que ce ne fût par la Croix.

Mais nos combats et nos progrès sont aussi attachés aux grandes forces qui nous dépassent (la prière, les sacrements, la grâce, la communion des saints), ces trésors de l’Église qui sont notre secours ! Ayons du courage au bien, en collaborant à toutes ces influences salvatrices « Je puis tout en Celui qui me fortifie » : c’est là le courage chrétien !

Sophie de Lédinghen