Elisabeth Leseur,une vie silencieuse

Ma chère Bertille, Je suis plongée en ce moment dans la vie d’Elisabeth Leseur, une personnalité très attachante et inspirante… Elle est morte juste avant la 1ère guerre mondiale, le 3 mai 1914, âgée de 48 ans. Une vie brève et silencieuse, mais combien féconde ! Elle était en effet très réservée sur elle-même de son vivant, ce fut la découverte de son journal intime qui révéla la grandeur de sa vie intérieure et fut source de nombreuses grâces, à commencer par la conversion de son mari !

Ce silence, indispensable à la vie chrétienne

En effet, elle s’était mariée quelques années auparavant avec un homme qu’elle chérissait beaucoup, Félix Leseur. Mais elle se rendit compte qu’il était hostile à la religion catholique. Au fur et à mesure des années, il voulut la détourner de la pratique chrétienne. Aussi s’ingénia-t-il à organiser des sorties, des voyages en tout genre et à inviter ses amis, éloignés de la religion. Il fut près d’y parvenir : il écrit en effet : « L’absence de recueillement, la mondanité, les lectures que je lui faisais faire, l’influence du milieu où je la faisais vivre avaient fortement ébranlé sa foi ; elle cessa de pratiquer1.» Espérant détruire définitivement la religion dans l’âme de sa femme, Félix lui conseilla de lire des ouvrages de Renan. Mais l’inverse se produisit : Elisabeth fut outrée des mensonges sur le christianisme qu’elle y découvrit. Elle décida alors de répondre point par point aux attaques de Renan contre la foi. Elle sortit de cette lecture, plus convaincue que jamais de la véracité de la religion catholique.

Désormais, elle chercha la sainteté. Il lui fallut donc prendre le contre-pied de ses habitudes. Le tourbillon de la vie parisienne et des mondanités l’avait écartée de Dieu ? Autant que possible, elle rechercha alors le recueillement et le silence indispensable pour toute vie chrétienne, en toutes circonstances : « Pendant que je parle, souris, m’efforce d’être gracieuse, toutes les profondeurs de mon âme aspirent avec une intensité inouïe à la solitude et au recueillement » aussi, tout en continuant d’accomplir ses occupations, se retire-t-elle dans ce qu’elle appelle « ma cellule intérieure et, écrit-elle, là, j’adore, prie et me repose aux pieds du Sauveur2 ».

Ce silence dans la souffrance qui est héroïsme

Quelques mois après son mariage, Elisabeth tombe malade. Félix était en relation avec les plus célèbres médecins de son temps, mais aucun ne peut soigner le mal dont souffre Elisabeth. Commence alors une longue maladie, qui malgré quelques accalmies, la mènera peu à peu vers la mort et l’empêchera d’avoir des enfants. Elisabeth prend alors la résolution de ne pas se plaindre de ses souffrances. Elle offre tout et cherche à rester joyeuse et agréable pour son entourage. Quelle force il faut pour garder le silence ! Elle le note d’ailleurs dans son journal : « Le silence est parfois un acte d’énergie ; le sourire aussi3. »

A ces maux physiques qui parfois la terrassent, s’ajoutent les souffrances morales, bien plus dures à supporter. Son mari, Félix, ne partage pas sa conversion et reste profondément athée et anticlérical. Alors que la vie spirituelle d’Elisabeth s’intensifie, elle souffre de ne pouvoir partager avec son mari, qu’elle aime profondément, ses joies, ses grâces, ses espérances. Là encore, elle offre tout, dans le silence. Elle écrit dans un carnet cette résolution : « Parler peu de mes souffrances physiques, et cependant les soigner par devoir et raison. (…) Accepter en silence les déceptions, les incompréhensions, les dédains même4. » Tu le sais, chère Bertille, combien cela coûte de ne pas se plaindre. Mais quand une souffrance dure plusieurs années, quelle force d’âme il faut alors pour garder le silence !

Elle ajoute même à ses souffrances des mortifications volontaires sur lesquelles elle gardera la plus grande discrétion. Elle s’arrange toujours pour que personne ne les soupçonne.

Ce silence qui est humilité

Mais pourquoi Elisabeth cherche-t-elle tant à garder le silence et prend cette résolution à plusieurs reprises ? Pourquoi écrire « personne ne doit connaître ma souffrance, ni même le sacrifice que j’accomplis en la dissimulant5 » ? Elle-même en donne la réponse : « Le silence est le sûr gardien de l’humilité. » Elle se méfie aussi de l’orgueil de la souffrance et cherche à taire le plus possible ses souffrances afin de ne pas rechercher l’admiration de son entourage.

Ce silence qui est apostolat

Les circonstances particulières de la vie d’Elisabeth la poussent au silence. Elle n’a qu’un désir : la conversion de son mari et de son entourage. Or, ceux-ci sont profondément hostiles à la Foi et s’en moquent très souvent. Leur en parler ne ferait qu’alimenter leurs sarcasmes. Elisabeth n’a donc qu’un moyen de les gagner à Dieu : l’exemple de la sainteté. Quelle exigence ! Elle détaille dans son journal son action apostolique : « Silence sur mes épreuves, silence sur ma vie intérieure et sur ce que Dieu fait sans cesse en moi, silence sur mon âme, silence sur toutes les réalités surnaturelles, sur mes espérances et sur ma foi. Je crois que c’est pour moi le devoir et qu’en attendant l’heure divine, je ne dois prêcher Jésus-Christ que par mes prières, ma souffrance et mon exemple (…). Il faut que tout en moi parle de Lui sans que je prononce son nom. (…) Je ne veux pas être une bavarde spirituelle, sauf dans les cas où la charité m’en ferait un devoir, je veux conserver ce grand silence d’âme, ce seule à seul avec Dieu, qui est le gardien de la force et de la virilité intérieures6.» Tout est dit. Aucune recherche de soi-même dans cet apostolat : Elisabeth attend l’heure de Dieu. Elle agit selon les moyens qu’Il met à sa disposition : prière, souffrance et exemple. Elle reste unie étroitement à Dieu, source de toute conversion. Elle continue cet apostolat avec persévérance car jamais elle n’en verra les fruits de son vivant. Et pourtant, c’est bien elle qui fut l’instrument choisi par Dieu pour ramener à Lui l’âme de Félix. La mort d’Elisabeth le laissa totalement désespéré. Il découvrit quelques semaines après le journal intime et le carnet de résolutions de sa femme. Cette lecture peu à peu le transforma. Commença alors pour lui un long chemin qui le mena jusqu’au couvent. Devenu moine dominicain, il fut ordonné prêtre à l’âge de 62 ans. Il consacra sa vie à faire connaître sa femme, ses écrits et sa vie intérieure.

Ce silence qui est sainteté

Si, de son vivant, la profondeur de la vie spirituelle d’Elisabeth était presque passée inaperçue, après sa mort elle eut un très grand rayonnement. Pourquoi ? Car le silence d’Elisabeth et ses souffrances furent le chemin providentiel qui la conduisit à la sainteté. Or la sainteté rayonne toujours…

Si jamais, ma chère Bertille, tu as l’occasion de lire des écrits d’Elisabeth Leseur ou sa biographie, n’hésite pas ! En attendant, puisqu’il me faut conclure, de peur de trop allonger ma lettre, je te laisserai sur cette prière d’Elisabeth : « Que dans le silence, je fasse uniquement Votre Volonté7.» Là se trouve la clé de sa sainteté…

Avec toute mon affection, Anne

1 Vie d’Elisabeth Leseur, Félix Leseur, cité par Bernadette Chovelon dans Elisabeth et Félix Leseur, itinéraire spiri-tuel d’un couple, ed Artège 2015, p.98

2 Journal et pensées de chaque jour, Elisabeth Leseur, éditions du Cerf, 2005, p.188

3 Idem p.223

4 Idem p.124

5 Idem p.146

6 Idem p.130

7 Idem p.158

« Les chiens aboient, la caravane passe »

Cher Jacques,

Avant de partir pour ma retraite de saint Ignace, il y a plusieurs mois, j’étais dans l’appréhension totale. S’isoler de tout pour faire le bilan de ma vie me donnait des frissons. Plusieurs fois, j’ai essayé de trouver des prétextes pour annuler ma venue. Mon imagination en devenait folle. Avant même d’arriver sur le lieu de la retraite, j’ai été tenté, plus d’une fois, de faire demi-tour. Une petite voix intérieure me chuchotait malicieusement de tourner à droite au lieu de tourner à gauche, pour fuir, jusqu’au dernier moment, ces cinq jours de silence et de solitude. Arrivé sur place : plus de téléphone ! Plus aucune sollicitation. Le silence est de rigueur. Non seulement le silence extérieur, celui de la parole notamment, mais également le silence intérieur, celui de l’imagination ! Car, comme nous expliquent les prédicateurs, Dieu ne parle que dans le silence…

Alors je réalisais le contraste avec nos modes de vie et je comprenais avec plus d’acuité cette phrase célèbre de Bernanos : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Et pourtant, ce constat de Bernanos remonte à 1946. À cette époque, l’ère du numérique n’existait pas : pas de télévision, pas d’ordinateurs, pas de smartphones, pas de blogs, pas de forums, pas de réseaux sociaux, pas de contenus vidéo (ou très peu). Que dire alors de notre époque ?

Je dirais que notre époque a certes détruit toute forme de vie intérieure, mais, plus encore, qu’elle l’a remplacée par le règne de l’inquiétude. Le silence demande un véritable effort, mais il apaise, car il nous ramène à l’essentiel. Toutes les futilités, toutes ces réalités sur lesquelles nous n’avons aucune prise cessent alors de nous tourmenter en remplissant notre esprit de projections et de rêveries stériles.

L’expérience de la médiatisation de l’épidémie de Covid est, à cet égard, particulièrement révélatrice. D’un côté, les plus naïfs se sont laissé traumatiser par le flot incessant des discours diffusés en boucle sur les chaînes de télévision. De l’autre, les plus méfiants se sont laissé gagner par l’angoisse devant les conséquences possibles d’une politique de restrictions et de vaccination perçue comme particulièrement coercitive.

Au lieu de prendre le recul nécessaire pour juger la situation avec prudence, les premiers, déjà inquiets, cherchaient sans cesse à en savoir davantage, comme s’ils pouvaient maîtriser ce qui, précisément, échappait à leur maîtrise. Les seconds, tout aussi inquiets, s’efforçaient de décrypter tous les ressorts cachés, d’identifier tous les intérêts en jeu et d’anticiper tous les scénarios possibles.

Chez les uns comme chez les autres, cette volonté de tout comprendre et de tout maîtriser n’a fait qu’alimenter une inquiétude toujours plus profonde, nourrie par le vacarme incessant des informations, des commentaires, des interprétations et des contre-vérités propagées de toutes parts par des personnes plus ou moins dignes, pour ne pas dire indignes, de confiance. Les « anti-complotistes » comme les « complotistes » ignoraient sans le savoir que le premier complot dont ils étaient victimes était leur inquiétude fomentée par la peur.

Un peu plus de silence n’aurait-il pas procuré davantage de paix et de liberté intérieure ? Cette agitation anxieuse n’est-elle pas en définitive le symptôme de ceux qui craignent trop de se confronter aux obstacles et aux difficultés ? Assurément oui !

Face aux turpitudes de ce monde, face aux blâmes de ceux qui, abusant de leur autorité, condamnent injustement, parfois avec une virulence inouïe, face encore à ceux qui manipulent la peur pour semer l’inquiétude, le Christ répond par le silence. Ces oiseaux de malheur ne méritent pas qu’on leur accorde notre attention ! Telle est l’attitude que le Christ adopte devant le grand prêtre et les membres du Sanhédrin qui l’accusent de blasphème et cherchent un motif pour le condamner : Iesus autem tacebat — « Jésus, cependant, gardait le silence. » (Mt 26, 63)

Ceux qui bâtissent savent se taire et poursuivre leur œuvre. A l’inverse, ceux qui n’ont rien à bâtir s’épuisent, souvent sous apparence de bien, en polémiques stériles : « Les chiens aboient, la caravane passe. »

Amicalement,

Laurent

Du laxisme à la trahison

Cher Jacques,

Lors de notre dernière entrevue autour d’un verre, tu me faisais part de ton désarroi face à ces catholiques qui, tout en étant pratiquants, dévoués et pieux, adoptent parfois des attitudes en contradiction manifeste avec leurs convictions. Je me souviens notamment de ce moment où tu me confiais que, parmi tes cinq collègues catholiques, de « sensibilités » diverses, aucun ne respectait l’abstinence de viande les vendredis de carême. C’est pourtant un précepte grave, qui oblige sous peine de péché mortel ! À l’inverse, les musulmans de ton entreprise observent fidèlement le ramadan, en s’abstenant de déjeuner à midi. Tu me demandais alors comment une telle situation pouvait être possible.

La réponse est, au fond, assez simple. D’une part, beaucoup de fidèles ne sont plus réellement formés, tant les rappels concernant les exigences de la doctrine et de la morale chrétiennes se font rares. D’autre part, la notion d’autorité est très abîmée de nos jours. Nous vivons dans une société libérale où le culte du moi tend à supplanter la recherche du bien commun. Dès lors, certains de tes collègues catholiques considèrent probablement qu’il n’existe aucune véritable obligation de s’abstenir de viande le vendredi ; chacun agit selon son propre ressenti…

Je te donne un autre exemple. Il est sérieux – trop sérieux même pour qu’on le taise ou qu’on l’écarte par une fausse pudeur : celui de la tenue vestimentaire. La réalité de notre nature blessée par le péché originel impose en ce domaine des exigences sérieuses. Notre Sainte Mère l’Église les a rappelées régulièrement. Oui, je dis bien l’Église – non pas tel prêtre ou tel éducateur selon sa sensibilité personnelle mais bien l’Église fondée par Notre-Seigneur-Jésus-Christ !

Or, comme moi, tu constates qu’un laxisme devenu insupportable règne aujourd’hui en la matière. Dans les paroisses elles-mêmes, la légèreté se répand : le déshabillé supplante la pudeur ; les tenues provocantes remplacent les tenues discrètes et élégantes ; le sérieux laisse la place au laisser-aller ; et même les confusions inspirées par la théorie du genre – pourtant condamnée par ces mêmes catholiques – s’incarnent dans les tenues ! Si de telles habitudes s’installent à la paroisse de manière répétée et presque ordinaire, que faut-il penser alors de l’attitude de ces mêmes catholiques dans leur vie privée ?

Alors pourquoi en est-on arrivé là ? Pourquoi trop de catholiques réalisent-ils eux-mêmes cette triste prophétie de Notre-Dame à Fatima : « Il viendra des modes qui offenseront beaucoup Notre-Seigneur. Les personnes qui servent Dieu ne doivent pas suivre la mode. L’Église n’a pas de mode. Notre-Seigneur est toujours le même. »

Alors veux-tu, mon ami, que je te donne la raison profonde qui explique ces tristes constats ? Elle se résume dans cette phrase : « Je fais ce que je veux et non pas ce que Dieu veut » ou, pour être plus nuancé : « Je fais ce que je veux, en essayant simplement de ne pas trop m’éloigner de la volonté de Dieu, au lieu de chercher sincèrement à accomplir ce que Dieu veut. » Ainsi, nous voyons certains de nos amis commencer à jouer avec les règles, les relativiser ensuite, pour finalement les rejeter. A cause de leur laxisme, ils finissent par trahir !

La révolution avance ainsi. Elle ne demande pas de renier frontalement ses principes mais de poser des actes qui vont à leur encontre pour petit à petit les renier. C’est ce qu’on appelle la praxis révolutionnaire, arme redoutable de l’idéologie marxiste, et si efficace aujourd’hui.

Cher Jacques, ne crois pas qu’il s’agisse ici d’une fatalité ! Le grand remède souvent ignoré au laxisme, c’est l’amour du bien. L’amour du bien nourrit le sens de l’engagement, encourage de bonnes amitiés, favorise de saines détentes et donne tout son sens au respect que nous devons à l’autorité légitime. Les règles établies par celle-ci ne sont plus vues comme une contrainte ou un fardeau, mais bel et bien comme un moyen pour atteindre le bien. Un aumônier de jeunesse nous répétait souvent : « Là où il n’y a pas d’oraison, il n’y a pas d’hommes » Je trouvais cette formule un peu excessive. Mais avec les années, je lui donne toujours davantage raison. Par l’oraison, en effet, nous contemplons l’unique et véritable Bien. Ainsi, nous orientons notre intelligence et notre volonté vers ce Bien unique. C’est de là que naissent les véritables chefs : ceux qui s’engagent au service de causes authentiques et qui seront des guides pour les autres !

Voici, cher Jacques, les quelques éléments qui t’aideront à mieux saisir pourquoi il manque tant d’engagés aujourd’hui. La crise de la paternité en est une conséquence. Le manque de vocations aussi. Aujourd’hui, en France, avec moins de cent ordinations de prêtres par an, toutes les communautés catholiques, des communautés traditionalistes aux communautés diocésaines, sont touchées par ce fléau. Les remèdes existent, il suffit de vouloir les saisir !

Amicalement,
Laurent

Être une

Pour nous, femmes et jeunes filles, « être chef » peut être la tentation actuelle de revendiquer les mêmes droits que nos compagnons, puisque Dieu nous a donné bien des points en commun et sa miséricorde… Nous pourrions donc nous parer de titres qui ne nous appartiennent pas, vouloir remplir une mission auto-proclamée, assumer certaines carrières, ou encore prendre la place de celui que Dieu a désigné, de toute éternité, pour être chef du foyer, celui qui nous guide et nous protège, époux ou père.

Mais ce serait faillir à notre vocation première et profonde d’être celle attentive qui seconde, soutient et agit sur les coeurs.

Être chef c’est donc pour nous, unifier notre être, posséder notre âme,

Être une.

Notre nature féminine est bien souvent changeante, soumise à notre sensibilité qui va et vient selon le temps, les circonstances, nos impressions, nos sympathies et nos inimitiés.

« La folle du logis » n’a que trop tendance à nous promener de-ci de-là, nous faisant perdre le sens de l’essentiel, ou le cap que nous nous étions donné.

Elle nous fait prendre facilement l’accessoire pour l’essentiel et nous arc-bouter sur des détails, quitte à en être dirigistes, insistantes ou capricieuses.

Aussi, il nous faut apprendre à mettre chaque chose à sa place, pour

Être une.

Régulièrement, prenons un moment pour nous rappeler la primauté de notre chemin vers le Ciel, les obligations de notre vie quotidienne, en accomplissant patiemment et humblement notre devoir d’état.

Veillons à ne pas être dominées par les moyens mis à notre service, qu’ils restent serviteurs et ne deviennent pas nos maîtres. Pour cela, régulièrement, même rapidement, levons nos yeux vers Celle qui nous guidera toujours, Notre-Dame, et demandons-lui ce qu’elle ferait à notre place. La réponse vient très vite, pour comme elle,

Être une.

Asseyons-nous un instant pour mettre chaque chose à sa place, et prions pour voir ce qui nous détourne trop facilement du cap fixé.

Emploi du temps, effort pour éviter de se disperser, ne pas reporter nos tâches, lecture qui fait grandir, bonnes amitiés, saines distractions selon nos goûts pour ne pas être tendue et retomber dans nos travers.

Eviter de ressasser ce qui est passé, laisser le temps faire son oeuvre sans regarder en arrière, tout cela nous incline peu à peu à

Être une.

Si nous sommes sous le coup d’une émotion, laisser une journée ou plus (selon notre tempérament) pour ne pas réagir au quart de tour et se donner une activité précise qui requiert notre attention, nous aident beaucoup.

Laissons de côté les moyens de communication actuels si rapides et sans recul, pour retrouver le calme. Si nous avons besoin de nous confier, faisons-le auprès d’une âme stable et habituellement de bon conseil.

Nous sentons alors notre coeur et notre esprit faire silence, notre intelligence et notre liberté profonde reprendre le dessus.

Nous ne sommes pas seules, bien d’autres avant nous ont connu des difficultés, et ont appris, à

Être une.

Le monde ayant soit rejeté soit perdu la boussole divine est si désemparé, qu’il a besoin de nous trouver sur sa route comme cohérentes et unifiées, apaisantes. Ce n’est pas tirer orgueil pour se trouver mieux que les autres, mais simplement être un bon instrument.

Nous ne mesurons pas l’impact de ce que nous sommes sur ceux qui nous côtoient, parfois nous ne le savons que bien après, parfois nous ne le savons même pas.

Laisser le monde un peu moins mauvais derrière nous, apporter la bonne odeur de Jésus-Christ, entraîner les âmes presque malgré nous (et nous avec) vers le Père, voilà pourquoi il nous faut prier pour la grâce de davantage

Être une.

Jeanne de Thuringe

Savoir dire merci ou l’art d’être héritier

Ma chère Bertille,

 

Ta lettre de remerciement pour les quelques jours passés ensemble pendant les vacances m’a beaucoup touchée. Savoir remercier avec autant de naturel et de simplicité est une vraie qualité que je t’encourage à cultiver ! Pourquoi ? Parce que celui qui sait dire merci se dispose à recevoir encore. On aime à donner à celui qui a un coeur reconnaissant ! Ta petite carte pleine de gratitude me donne bien envie de te proposer un autre séjour chez moi. Toi aussi, tu en as sans doute fait l’expérience : tu préfères aider quelqu’un qui saura te remercier qu’un ingrat qui te considère comme son serviteur. A celui qui sait remercier, on donne plus facilement. Parce que dire merci, c’est chasser la tristesse et s’ouvrir à la joie. Tu remercies pour un bienfait reçu, tu y concentres ton attention. Tu regardes donc ce qui est positif et détournes ton regard de tout ce qui ne va pas. Remercier, c’est cesser de se morfondre et trouver mille raisons dans la journée de se réjouir et de rendre grâce pour ce qui va bien. Celui qui remercie trouve plus que la joie, il a trouvé le chemin du bonheur : dire merci, c’est reconnaître que nous sommes débiteurs et que nous ne pouvons pas rendre de manière égale le bienfait reçu. Notre langue le manifeste dans l’expression « être à la merci », Notre-Dame de la Merci, libératrice des captifs. Dire merci, c’est avouer humblement que nous sommes et restons débiteurs, c’est être dans la vérité. Or, seule la vérité procure le bonheur.

Qui remercier ?

Tu connais cette phrase de saint Paul « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ?1 ». C’est si juste : tout nous a été donné. Nous avons des dettes incalculables envers Dieu, puisque de Lui découlent notre vie et tous les biens naturels et surnaturels, des dettes envers nos parents, envers notre pays… Si c’est à eux principalement que va notre reconnaissance, elle ne doit pas s’arrêter là : nous devons encore avoir de la gratitude envers nos ancêtres défunts, qui nous ont transmis un patrimoine familial, être reconnaissant envers nos maîtres : ceux qui nous apprirent à lire, écrire, penser, ceux qui éveillèrent en nous le goût des belles choses, qui surent développer nos talents. Nous devons être reconnaissants même envers notre patrimoine qui nous parle du passé : leçon de foi que ces cathédrales qui jalonnent notre sol français, leçon de contemplation que ces mélodies si pures du grégorien, empreintes de la méditation des chrétiens qui nous ont précédés, leçon d’histoire que ces vestiges des châteaux-forts, ces tranchées de la première guerre mondiale, ces monuments aux morts présents dans toutes nos villes : au prix de quel héroïsme la France a autrefois conservé ses frontières… La liste serait bien longue !

Comment remercier ?

Cette question te vient alors peut-être à l’esprit : comment remercier pour tant de bienfaits ? C’est simple : en sachant profiter des richesses qui nous sont offertes, en sachant être héritier. Remercier Dieu, c’est le prier dans le secret de ton cœur ou avec tous les chrétiens le dimanche et dans l’enthousiasme des pèlerinages, des processions. C’est avoir un cœur toujours disposé à recevoir sa grâce. Comment remercier ses parents et ceux qui nous font du bien ? Est-il besoin de répondre ? Tu trouveras mille moyens de leur faire plaisir : un service rendu sans qu’on nous l’ait demandé, un petit cadeau, un appel téléphonique ou une lettre quand on est loin de la maison… Tu sauras bien être inventive, si tu es reconnaissante !  

Comment remercier nos ancêtres pour l’héritage qu’ils nous ont transmis, cette civilisation chrétienne, ce beau pays de France ? En ayant de cesse de le découvrir ! Je sais que tu aimes te promener pour découvrir les beaux monuments qui sont près de chez toi. Cultive ce goût ! Sois curieuse de l’Histoire de France : cherche à savoir ce qui s’est passé dans la région où tu habites, qui a fréquenté ces lieux avant toi et l’héritage qu’ils y ont laissé. Et, puisque tu es un peu artiste, je ne peux que t’encourager à cultiver tes talents comme une héritière :

  • Aimes-tu dessiner ? Choisis un peintre célèbre, un maître, dont tu aimes les oeuvres et entraîne-toi à les imiter, tu apprenas beaucoup. Ne juge pas trop vite en disant « je n’aime pas du tout le style de tel grand peintre », prends le temps de le découvrir car, s’il a marqué l’histoire, c’est qu’il avait du génie. Après l’avoir découvert, tu pourras mieux le juger.

  • Aimes-tu la musique ? Il me semble d’ailleurs que tu joues d’un instrument. Profites-en pour interpréter les oeuvres célèbres des grands noms de la musique. Si tu apprécies davantage un compositeur, passionne-toi pour lui : écoute ses mélodies, assiste à des concerts, lis sa biographie… Tu es à l’âge des grandes passions qui vont forger ta vie !

  • Aimes-tu la nature, les animaux ? Renseigne-toi sur leurs moeurs, passe du temps à les observer, tu rendras hommage ainsi au Créateur, cultive un petit coin de jardin, réalise un herbier…

  • Je pourrais ainsi continuer longtemps une liste d’idées pour remercier, mais le mieux est sans doute qu’elles viennent de toi-même. Plus on apprend à dire merci, plus on trouve des moyens d’exprimer sa reconnaissance et d’être héritier. Que tes remerciements soient l’expression d’une attitude du cœur et pas une banale formule de politesse formulée à la va-vite. Tu possèderas ainsi la clé du bonheur et tu profiteras pleinement de toutes les richesses qui te sont offertes. Tu es à l’âge où ces découvertes façonnent une personnalité et te marqueront pour toute la vie… Sache en profiter !
  • A très bientôt, ma chère Bertille,

  • Anne

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