Troisième Mystère Douloureux

Le couronnement d’épines

Fruit de ce mystère : Le désir de l’humilité

« Il le leur livra pour être crucifié. » C’est ainsi que commence cette scène, la plus odieuse de la Passion. Les soldats se sont emparés de Jésus. Il faut bien s’amuser un peu ! Il a dit qu’il était roi, qu’il était Dieu ? Alors voilà un lambeau d’écarlate pour jeter sur ses épaules déchirées, cela figurera l’image de César. Il faut une couronne ? Il y a dans les chemins des épines à foison ; il est facile d’en tordre une poignée et de l’enfoncer à grands coups sur sa tête. Et maintenant amusons-nous, puisqu’on l’a livré à nos caprices…

Scène de dérision, soufflets, crachats… Le sang coule sur ce visage, le sang suinte de chaque trou d’épine et lentement descend, emplissant les yeux, entraînant cette sueur glacée….Rires grossiers, larges soufflets : « Tu es roi, tiens ; voilà pour toi !… » Comme c’est drôle de souffleter à son aise le visage d’un rival de César ! La haine est peu inventive. C’est la troisième fois depuis la nuit que la scène se répète : chez Caïphe et chez Hérode aussi, on a craché au visage de Jésus, on l’a souffleté…

Voici ton Dieu Ô mon âme, regarde-le bien… celui dont le visage ravit les anges et devant lequel ils se couvrent de leurs ailes, ne pouvant en supporter l’éclat ! Qu’il est difficile de reconnaître le Dieu derrière cette face avilie, tuméfiée et salie. Il est des supplices où la majesté des martyrs se révèle ; des condamnés qui devant la mort peuvent porter très haut le prestige de l’homme.

O Marie ! Où étiez-vous dans cette matinée tragique ? Tout à l’heure vous allez rencontrer votre fils, à ce coin de rue où notre piété s’arrête pour vénérer la quatrième station. Vous le verrez avec son visage couvert de poussière, la sueur de l’agonie, la souillure immonde des crachats, le sang collé comme par plaque, ce visage que Véronique n’a pas encore, le cœur battant follement d’amour, essuyé pour l’éternité dans les plis de son voile ! Vous seule, parce que vous êtes sa Mère, devant ce visage avili, pouvez retrouver sa beauté première. O Marie ! Visage qu’un seul regard de votre amour va laver de toutes souillures avant que Véronique n’emporte pour nous, pour toujours, l’empreinte sacrée de cette face mystérieusement humiliée.

Mais il ne faut pas que seule Véronique l’emporte avec elle ! Il faut que je l’aie devant les yeux pendant que je récite cette dizaine et que je comprenne le sens de ces mystérieux abaissements. Jésus ne s’est livré aux outrages que pour nous mieux montrer les ravages de l’orgueil. Entre tous les péchés du monde, c’est l’orgueil qui, en ces heures tragiques, bafoue le Christ et lui crache au visage. Les autres péchés ont pu déchirer ses épaules avec les fouets mais ils n’ont pas osé toucher à la noblesse du visage.

Est-ce que je sais ce que c’est que l’orgueil ? Est-ce que je ne me refuse pas d’appeler par son vrai nom ce que je nomme : dignité, respect de soi, que sais-je ? Et l’humilité ne me semble-t-elle pas comme la plus étroite des vertus du christianisme ? Et ma dignité humaine ? Et mon épanouissement personnel ? Je veux grandir, je veux m’élever, qu’on ne me demande pas de me ratatiner en compagnie de cette humilité aux yeux baissés !

Humilité, vertu de grandeur et non de petitesse ! Je n’ai rien compris si je pense que l’humilité rapetisse. C’est l’orgueilleux qui n’est qu’un nain grimpé ridiculeusement sur un pauvre escabeau et qui se contorsionne pour faire croire à la grandeur de sa taille. Les plus grands sont ceux qui le sont en Dieu, et les plus fiers, et les plus nobles. Oh ! Humilité des saints qui permet à Jeanne d’Arc de regarder ses juges avec un si fier sourire et une si crâne audace…

L’humilité, c’est simplement la vérité, celle qui d’un coup d’épingle dégonfle toutes les illusions derrière lesquelles nous dissimulons notre vraie nature. C’est ce regard tranquille et audacieux que nous jetons dans notre miroir intérieur. Je suis cela et pas autre chose. Voici en moi ce qui est de moi-même et ce qui est de Dieu. De Dieu, je tiens toutes mes qualités. Le bien, je ne le fais qu’avec Lui. Le mal seul m’appartient en propre.

Que de fois ai-je dit en regardant un de mes frères : « Seigneur, je vous remercie de n’être pas cet homme là ! » Mais qu’est-ce que je suis au fond ? Avoir été préservée de la tentation, voilà peut-être tout mon secret à moi qui me pavane dans ma grandeur factice… Et ceux que je juge m’auraient devancée à la course s’ils avaient reçu les mêmes grâces ! L’orgueil est si souvent à la racine de mes actes ; c’est lui qui dresse tant de barrières entre les autres et moi, suscite mes impatiences, mes susceptibilités, ces petits mots aigres et vifs qui me montent aux lèvres, ces lourdes rancunes que je rumine longtemps derrière un front en apparence oublieux, ou bien ces impatients besoins de me justifier à tout prix et d’avoir le dernier mot : c’est moi qui ai raison n’est-ce pas ?… C’est lui qui arrête sur mes lèvres les mots d’excuses qui aplaniraient bien des difficultés. C’est lui qui m’empêche de pardonner… Voyons, il en va de ma dignité… Est-ce à moi de faire le premier pas ?

Vierge Marie je veux réciter mon chapelet en votre compagnie. Mère chérie apprenez-moi à prendre, non pas de ces belles résolutions qu’on inscrit avec fierté, mais suggérez-moi les résolutions pratiques qui feront lentement dissoudre en moi la carapace de mon orgueil secret. Aidez-moi pour qu’à la fin de cette dizaine je sache sourire désormais avec un cœur pacifié et que quand les mots amers me monteront devant un reproche, une humiliation, une injustice, faites que je revoie le divin visage que Véronique me tend dans les plis de son voile.

Celui dont l’humilité s’appuie sur la force de Dieu n’a jamais eu peur de rien ni de personne, ni de lui-même ! Il est à l’abri de tous ces découragements qui prennent leur source dans un orgueil subtil. Je ne peux rien mais Dieu peut tout. On ne bâtit rien de durable sur l’orgueil. Je veux construire sur Dieu seul ma petite vie d’amour, être avec Lui un cœur lumineux et compatissant qui comprend et ouvre le cœur des autres, et sait créer de la joie et de l’amour.

D’après Paula Hoesl

Deuxième Mystère Douloureux : La Flagellation – Fruit de ce mystère : La mortification de nos sens

Le Rosaire des Mamans

Toute la nuit on a promené Jésus à travers Jérusalem, d’Anne à Caïphe, de Pilate à Hérode. Et maintenant, dans le jour clair de cette veille de sabbat, à bout d’arguments en face des pharisiens déchaînés, Pilate fait apporter de l’eau et se lave solennellement les mains : « Je suis innocent du sang de ce juste »

O Lâcheté humaine ! Ce juste dont il proclame l’innocence et qu’il n’a pas le courage de sauver, le voici maintenant par son ordre, attaché à la colonne de flagellation, et les soldats armés de fouets commencent à frapper. La souffrance physique, vous l’avez déjà connue dans votre vie. Mais cette fois, c’est la souffrance aiguë qui s’abat comme un ouragan sur la chair suppliciée, la déchirant sous le couperet des lanières de cuir ou la morsure des balles de plomb.

Mère du ciel, ô Marie, pendant ces quelques minutes où les dix grains vont passer entre mes doigts faites que je sache voir cette scène avec les yeux du cœur et qu’elle fasse éclater cette carapace d’accoutumance qui me vient de savoir depuis trop longtemps «  que le Christ a souffert sous Ponce-Pilate »… Voici les fouets, les lanières rougies et ce dos déchiré. Il me faut entendre le sifflement des fouets comme une poignée de vipères, voir ce sang qui ruisselle, cette chair qui éclate sous les coups répétés, cette mare de sang qui s’élargit aux pieds de la victime tirée par les poignets à un pilier bas, pour que les coups portent mieux.

« J’ai versé telle goutte de sang pour toi… » Mais oui, vous pensiez à moi, ce n’est pas une imagination pieuse, il fallait bien que vous y pensiez, pour je ne sois pas oubliée dans la Rédemption. Vous pensiez à moi comme à tous les autres, et chaque créature humaine vous était présente avec ses grands crimes ou ses moindres fautes.

 « Il a été frappé à cause de nos péchés, il a été transpercé par nos péchés, broyé par nos iniquités » dit l’Ecriture. C’est par ses plaies que nous avons été guéris.

Est-ce suffisant de pleurer devant cette scène ?… Est-ce suffisant de sentir cette émotion de surface qui nous remue si facilement au spectacle de la souffrance physique ?… Les péchés dont vous assumez la responsabilité devant votre Père, c’est pourtant bien moi qui les ai commis. Vous qui me pardonnez, mon Dieu, puis-je consentir à ce que vous le fassiez gratuitement ? Non ! Je veux vous prouver que je désire ce pardon en réparant un peu moi-même les offenses qui vous viennent de mes péchés. Cette pénitence sacramentelle, cette pénitence de rien du tout que le prêtre m’impose avant de me donner l’absolution, n’est-elle pas seulement le rappel de la nécessité absolue de participer moi-même à mon propre rachat ?

Ma chair a péché, mon amour-propre a péché, ma sensualité a recherché toutes ces satisfactions. Ce corps, ces sens, ces yeux, que vous m’avez donnés pour vous servir, j’en ai fait, bien souvent, des instruments de jouissances coupables, j’en ai profité pour vous oublier, je les ai préférés à Vous. N’est-il pas juste que je « mortifie » ces sens qui me poussent si souvent à me préférer à Dieu ? Ne dois-je pas, en les mettant parfois sous le joug volontaire de la mortification, en leur refusant ici et là telle satisfaction légitime, leur faire sentir qu’ils ne sont pas des maîtres, mais des serviteurs.

Et après avoir fait pénitence pour moi ne me resterait-il pas à penser à tous les autres ? Ne vivons-nous pas dans ce grand et réconfortant mystère de la communion des saints où les efforts des uns servent aux autres ?

Suspendue à ma vie, il y a toutes mes tendresses humaines. Moi aussi, comme Jésus, en imitant son grand exemple, je veux essayer de réparer les défaillances des miens aux heures où la générosité leur manque. Ce petit homme né de moi et qui, dans l’ivresse de la découverte du monde, mord avec volupté dans tous les fruits défendus, je veux réparer pour lui. Mes petits ou mes grands renoncements travailleront à le purifier. Cet homme, mon compagnon, par mes humiliations je réparerai ses fautes. Ce frère, cette sœur, ces amis… et ceux qui ont passé avant moi la porte obscure de l’éternité et dont le visage me reste présent… Et au-delà de mes bien-aimés, les autres, tous les autres hommes, mes frères, qui vont sous le fardeau du péché… Comme à la messe quand le prêtre met dans le calice la petite goutte d’eau qui nous représente, il faut que nous soyons participants au rachat du monde.

« Pénitence ! Pénitence ! » Chaque fois que vous avez posé le pied sur la terre des hommes en ces dernières années, ô Marie, c’est pour redire ces mots avec une insistance impressionnante. O Vierge, ma Mère, ces larmes pures et brûlantes que vous cachiez dans vos mains, quand vous étiez assise sur les hauteurs de La Salette, et cet accent bouleversant de Fatima, n’est-ce pas pour nous rappeler cette terrible injonction de Jésus aux Juifs de son temps : «  Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ! » O Mère, le monde en ce moment n’est-il pas déjà sur les bords de l’abîme? Et pourtant, le grand torrent de jouissances continue d’emporter le monde affolé de sensualité et d’orgueil. Donnez-moi la grâce de ne pas me laisser entraîner par les remous de la contagion. Donnez-moi de résister grâce à la pénitence, de ne pas m’effrayer de ce mot de « mortification ».

Pénitence ! Pénitence ! C’est vrai, nous savons bien que dans les temps actuels la justice de Dieu demande des réparations.

Il ne s’agit pas pour moi de me retirer dans le désert comme saint Jérôme, de vivre de pommes de terre moisies comme le curé d’Ars, de porter un cilice et de me donner la discipline !… mais n’ai-je pas les mortifications et les pénitences à la mesure de cette vie si « quotidienne » qui se déroule dans le cadre de mon foyer ? Ma vie quotidienne ne surabonde-t-elle pas d’occasions de petites pénitences ?

Vais-je, comme tant d’autres, m’ingénier à esquiver toutes ces mortifications à ma portée, comme si l’essentiel était de vivre à l’aise ? Non ! Je veux les accepter généreusement, en souvenir de la flagellation douloureuse. Cette migraine qui me serre les tempes au soir d’une journée trop chargée, ce refus de chercher mes aises, ce souci de laisser aux autres la meilleure part, ce sera ma manière, ô mon Dieu de vous prouver que j’ai compris la grande leçon de la flagellation et que mon cœur ne veut pas vous laisser souffrir tout seul. Moi aussi je voudrais avoir le courage de dire avec sainte Thérèse :

« O mon Seigneur, quand je considère combien vous avez souffert sans l’avoir mérité en rien, je ne comprends plus, je ne sais plus où j’avais la tête quand je désirais ne pas souffrir… »

D’après Paula Hoesl

Premier Mystère Douloureux

L’agonie de Jésus au Jardin des Oliviers.

Fruit  de ce Mystère : Le regret de nos péchés.

Là commence le grand drame de la Rédemption. Il fait nuit ; c’est après l’heure bénie où le Sacrement de l’Eucharistie a été institué. Jésus a quitté la chambre haute où pour la dernière fois il a épanché tout l’amour de son cœur dans ce grand message que nous devrions lire sans cesse. Il est parti dans la nuit ; il connaît le chemin. Voici la vallée du Cédron et ce petit bois d’oliviers si paisible. Voici maintenant l’heure où le sacrifice approche. Les disciples, las d’attendre, se sont endormis et Jésus s’est mis en prière sous ces oliviers argentés dans la nuit laiteuse et douce.

Prière de Jésus dans cette nuit, prière qui est en même temps une agonie par toute la souffrance lucide qui étreint son âme. O Vierge Marie, vous la pauvre maman anxieuse, à distance, avec les yeux du cœur, vous regardez votre bien-aimé. Vous êtes de ceux qui ne dorment pas cette nuit là. Vous voudriez tellement être proche à cette heure suprême où commence, dans la solitude qui doit durer jusqu’à la fin, la dernière étape douloureuse de la vie de votre Fils, celle pour laquelle il est venu en ce monde, l’étape dernière en haut de laquelle il n’y a plus que l’arbre de la croix pour s’y suspendre ! Dans la ville aussi, les ennemis ne dorment pas… Il y a Judas, il y a les pharisiens qui conspirent, suant de haine et d’orgueil. Seuls les amis dorment, malgré la plainte douloureuse : « Ne pourriez vous veiller un moment avec moi !… » Ils dorment. Il dort le bouillant, l’impétueux Pierre, il dort le grand jeune homme passionné qui reposait sa tête sur le cœur de son bien-aimé… Qu’elles sont peu de choses les amours humaines pour nous consoler aux heures de détresse ! N’y a-t-il pas des heures où seul peut veiller et souffrir avec nous Celui qui justement n’eut personne pour partager les angoisses de son agonie ?

Lui, il est là, seul. Il faut qu’il porte en ce moment le péché du monde, celui dont il va assumer la charge devant la justice de Dieu pour le racheter jusqu’à la dernière parcelle. Tous ces péchés qui déferlent comme une immense marée, les péchés passés, les péchés présents, les péchés à venir… « Que ce calice s’éloigne de moi ! » Il fallait qu’il fût poussé ce cri pour que nous ne nous découragions pas de pousser le même cri, pourvu que filialement nous ajoutions comme Lui, avec la même certitude d’un secours : « Père, que votre volonté soit faite ! »

C’est vers vous Vierge Marie, la mère qui avez tout connu des souffrances de votre Fils, que je me tourne afin de retirer ce fruit de la contrition sans lequel la rédemption pour moi serait inutile.

Avoir la contrition, c’est penser d’abord au rôle personnel que je joue dans ce grand drame qui commence. De cette « tragédie », je ne suis pas témoin, mais « acteur ». Ce ne sont pas les juifs de l’an 33, qui ont crucifié Jésus-Christ, ce sont les pécheurs de tous les siècles et, au milieu de cet immense cortège, je prends ma place : « je ne suis pas innocent du sang de cet homme ». Si je n’étais pas là, mes péchés y étaient, et chacun d’eux, des plus grands aux plus petits ont dû être expiés par une souffrance de Jésus… Est-ce que je le sais ? Est-ce que je sais avant mes confessions, mettre réellement ma tête entre mes mains pour regarder le Christ dans sa passion et me dire que c’est moi, moi qui suis responsable ! Ce que Jésus voyait à l’heure de l’agonie, ce n’était pas seulement Judas, le reniement de Pierre et la haine des pharisiens… c’était aussi mes péchés, ceux de mon adolescence, ceux de l’an dernier, ceux d’aujourd’hui. Mon orgueil, ma légèreté, mes négligences quotidiennes dans mon devoir, ma dureté de cœur envers mon prochain, mes coupables préférences pour moi-même… tout ce qui fait la trame de mes défaillances journalières, Jésus a dû l’expier dans la souffrance. Vierge Marie donnez-moi de comprendre « la malice du péché ». Aidez-moi, ô cœur de tendresse, qui connaissez seule la profondeur de la passion, à secouer cette apathie, cette froideur dans la contrition qui entrave mes progrès vers le bien. Obtenez-moi Vierge Marie de rompre une bonne fois avec les habitudes de péchés, de vous demander réellement pardon une fois, avec un cœur tout brûlant de ce repentir qui est une des formes de l’amour.

Avoir la contrition, c’est surtout avoir le désir de ne plus retomber dans les fautes dont on vient chercher le pardon. Il y a tant de choses dont je m’accuse -oh comme le mot est peu exact- sans avoir vraiment envie de les faire disparaître de ma vie… comme si j’en prenais mon parti. Tant de choses que j’accepte en moi-même, dans un demi-acquiescement, comme en fermant les yeux pour ne pas en voir la gravité. C’est tellement plus commode : cette petite rancune contre tel ou telle, cette négligence quotidienne d’un de mes devoirs d’état qui m’agace. Je dois à l’avance essayer de faire jaillir de ce cœur trop sec, en face de l’Amour de Dieu toujours prêt à pardonner, le sentiment profond que le pardon appelle la générosité, que chacune de ses absolutions est une grâce infinie et que si ma faiblesse n’est pas capable d’un repentir parfait, mon amour au moins doit s’efforcer de rendre ces fautes moins fréquentes, d’en avoir un regret de plus en plus grand, de marcher de plus en plus dans le chemin du perfectionnement intérieur.

O Vierge Marie, devant Jésus écrasé au jardin des oliviers sous le poids de mes fautes, donnez-moi la contrition profonde qui arrache l’âme à la médiocrité pour la lancer sur le chemin de l’amour.

Avoir la contrition c’est pénétrer aussi dans toutes les délicatesses de l’amour. Qui donc doit le plus aimer, si ce n’est celui qui a été le plus aimé ? Que m’importe au fond l’insolence, ou l’ingratitude d’un étranger ? Je l’oublie vite… Mais comme reste durable la blessure ouverte par l’ingratitude d’un ami ! Quelle stupeur devant son infidélité… A moi qui ai tant reçu en lumières et en grâces, à moi qui, comme saint Jean, ai reposé tant de fois ma tête sur le cœur de Jésus dans la communion, à moi qui comme Pierre ai cheminé tant de fois près de lui…

« Ne pouvez-vous pas veiller et prier un moment avec moi ? » Cette plainte, que Jésus n’ait pas trop souvent à me l’adresser. Que je ne sois pas de ces amis qui dorment dans leur médiocrité, alors qu’Il souffre pour eux, mais de ceux qui veillent avec générosité à ce que le mal trouve de moins en moins de complicité dans leur âme.

Vierge Marie, faites-moi progresser dans la contrition vraie, qui n’est pas une manière de se ratatiner sur soi-même et de stériliser sa vie dans la défiance malsaine de soi mais dans la contrition ardente. Donnez-moi de chercher toujours ce qui plaît à Dieu, de ne pas marchander mon effort dans la lutte contre les plus petites fautes. C’est de vous seule que je peux attendre cette grâce, et je la demande avec confiance en égrenant ces dix Ave….

D’après Paula Hoesl

Cinquième Mystère Joyeux : Le recouvrement de Jésus au Temple

Fruit  de ce Mystère : La recherche de Dieu en toutes choses.

Quand Jésus eut 12 ans, nous dit l’Évangile, « ils  montèrent à Jérusalem selon la coutume, et quand ils s’en retournèrent, l’Enfant Jésus demeura à Jérusalem sans que ses parents s’en fussent aperçus… » Je m`imagine si bien quelle dût être votre angoisse, Vierge Marie, lorsque dès le premier soir, à l’étape, vous n’avez pas retrouvé Jésus. Vous le croyiez parti avec Joseph.. Et ce fut seulement le soir que, vous qui cheminiez avec d’autres femmes de Nazareth, vous vous êtes aperçue que Jésus n’était pas là.

« Joseph, avez-vous vu l’Enfant ? »Mais personne n’a rencontré l’adolescent. Il fallut repartir de nuit et refaire en sens inverse le chemin du matin.

A Jérusalem pas de trace non plus de Jésus… Quelle recherche inquiète! Le temple domine la ville et plus d’une fois, pauvre mère, vous avez dû penser à la prophétie de Siméon, à ce glaive qui devait déchirer votre cœur ? Est-ce là le commencement de la douleur ?… Mon Dieu que votre volonté soit faite !

Et quand vous l’avez retrouvé au milieu des docteurs, les éblouissant de sa jeune sagesse, comme sa réponse a dû vous paraître étrange : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père… ? »

L’Évangile a beau nous dire que vous avez ramené Jésus avec vous à Nazareth nous sentons bien que quelque chose est changé pour vous. Il en est de même pour toutes les mamans, quand elles s’aperçoivent que l’enfant s’en va tout seul vers son destin particulier… Vous avez toujours su qu’Il était à Dieu avant d’être à vous. C’est l’humanité qui va vous le prendre, et elle ne vous le rendra que le soir du Vendredi Saint, quand vous le recevrez, mort, entre vos bras…

Je pourrais tirer bien des leçons de la méditation de ce mystère. Je veux simplement regarder la promptitude avec laquelle vous cherchez Jésus parce qu’Il est le trésor sans lequel vous ne pouvez pas vivre. O Mère, affermissez ma foi trop superficielle ! Toutes les vérités magnifiques que m’enseigne l’Eglise, je les connais, mais je n’en vis pas ! O Vierge Marie, donnez-moi de comprendre ! Sans Jésus, que suis-je moi-même ? Toutes ces vérités que je connais, mais qui ne sont pas encore bien rentrées dans mon cœur, dans ma vie ! J’ai les yeux trop aveuglés par les réalités passagères et je ne sais pas voir le monde, des réalités éternelles. Ouvrez mes yeux pour que je comprenne !

Ma vie, trop souvent, je la vis sans penser à mettre Jésus au centre. Je remplis mes devoirs de maîtresse de maison, je m’occupe du linge, je cours faire les courses, je cueille les joies de mon foyer et de mon cœur… et j’oublie que j’ai besoin de Jésus pour mener à bien les plus humbles besognes humaines si je veux qu’elles aient un prolongement surnaturel ! « Sans moi vous ne pouvez rien faire… » Oh sans doute, je peux faire ma cuisine, surveiller un exercice… mais que puis-je donner à cet enfant qui cherche le sens de la vie et à cet homme qui s’appuie parfois si fort sur mon épaule alors que j’aimerais aussi trouver en lui mon refuge… et que puis-je donner à cette âme désemparée rencontrée hier et qui a l’air d’attendre silencieusement de moi la force de reprendre sa tâche… Qu’ai-je en moi pour cette amie, cette voisine, tous ceux qui s’en vont solitaires dans leur vie difficile et mystérieuse ? Sans Jésus, je ne peux réaliser ma tâche qu’en surface, je ne peux pas la faire en profondeur dans ce qu’elle a de sacré et de durable car toute tâche humaine est une entreprise qui plonge dans le divin et je n’ai le moyen d’y pénétrer qu’avec Lui et par Lui !

Oh Marie faites que je m’aperçoive quand Jésus n’est plus avec moi, car il est inutile que je poursuive plus loin ma route sans lui. Dès que vous avez vu qu’il n’était pas là, vous êtes revenue en arrière, car chacun de vos pas vous aurait éloignée de lui davantage !… Donnez-moi votre promptitude lorsque j’aurai le malheur de tomber dans le péché. Je suis fragile comme toutes les créatures. Vous le savez bien, vous à qui je redis sans cesse, en répétant mes Ave : « Priez pour moi, pauvre pécheur. » Combien de fois vous ai-je répété ces mots ?… Mais si j’aime tant à les redire, c’est pour que vous veilliez sur ma faiblesse et me rameniez sans cesse dans le chemin qui mène à Jésus. La vie est pleine de tentations et je suis si faible. Mais je vous en supplie, ô ma mère miséricordieuse, faites que je ne me sépare jamais de Jésus ! Lorsque j’ai le malheur de tomber dans le péché, faites que je ne reste pas un soir sans reprendre la route qui mène à Lui. Et quand je m’agenouillerai à mon tour dans le confessionnal, ce sera sa voix qui me dira que tout est pardonné et je ressortirai de l’église avec la même joie qui vous soulevait quand vous sortiez du temple, parce que, moi aussi, je le ramènerai avec moi !

Faites surtout que je m’aperçoive immédiatement de sa disparition. Les ruptures brusques sont moins dangereuses que ces désaffections lentes, où le cœur se déprend sans savoir à quel moment il a cessé d’aimer, où les gestes et les mots se continuent machinalement alors qu’ils ne sont plus l’expression profonde de l’amour. Tant d’âmes perdent ainsi Jésus lentement, sans s’en rendre compte ! Là où il y avait l’amour de Jésus, c’est maintenant l’amour de soi-même qui se glisse. Lentement la tiédeur a remplacé la ferveur. Ce livre, ces revues, ces relations, ces films, ces sites regardés longuement… les aurais-je acceptés il y a quelque temps encore ? J’ai changé et je ne le vois même pas car tant de prétextes me semblent bons pour esquiver la prière, la mortification, la charité… J’ai trouvé des excuses : une lettre à écrire, des amis à ne pas effaroucher, la prudence humaine à écouter… oh ! comme il est facile de se leurrer !… Je n’ai pas terminé mon chapelet…, ce pauvre est passé et je ne lui ai rien donné… et ce pauvre a de multiples figures : mon mari qui quêtait quelques minutes pour nous deux, mon fils qui avait besoin de faire ses confidences, ma grand-mère qui attendait ma visite… Ce sera pour la prochaine fois… Ainsi lentement, peut s’estomper le Visage adorable de Jésus que je dois voir à travers le visage de chacun de mes frères. Encore chrétienne de gestes et de tradition, je risque de devenir comme tant d’autres : une païenne dans un monde paganisé. Illusionnée par mes « pratiques de piété », je risque de ne pas voir que mon cœur est vide de Jésus, empli par le grouillement de mes convoitises, de mes égoïsmes, de mes partis-pris, de mes rancunes, de mes petites ou grandes vanités… Sépulcre blanchi dont parle l’Évangile !

De cette perte de Jésus préservez-moi, ô Marie, au nom de ce cinquième mystère, car comment pourrais-je retrouver Jésus si je ne m’aperçois même pas qu’Il n’est plus là ! Donnez-moi d’être comme disait Elisabeth de la Trinité « toute éveillée dans ma foi » pour que jamais la flamme de l’amour ne baisse !

Je sais trop que chaque jour la vie essayera, avec son usure quotidienne, d’affaiblir ma ferveur si je ne suis pas sur mes gardes, mais je sais que la meilleure façon de ne pas perdre Jésus, c’est de m’en rapprocher par la prière et les sacrements.

O Marie, ô Mère, faites que toute ma vie soit à l’exemple de la vôtre, une recherche passionnée de Jésus ; non pas une recherche inquiète mais une recherche joyeuse parce que moi aussi, comme Pascal, j’ai le droit de m’entendre dire : « Tu ne me rechercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé… »

D’après Paula Hoesl

Quatrième Mystère Joyeux

La Présentation de Jésus au temple.

Fruit de ce mystère : l’obéissance, la pureté.

Quarante jours après la naissance de Jésus, Marie et Joseph se rendent à Jérusalem. La loi de Moïse réclamait deux actes aux couples modestes : la purification légale de la mère et la présentation de l’enfant car il était écrit : « Tout mâle premier né sera consacré au Seigneur ».

De grand matin, par une belle journée de février où la nature sourit déjà, le couple saint s’élance vers Jérusalem. Marie serre dans ses bras cet enfant qu’elle va offrir à Dieu comme toutes les mamans et Joseph tient dans sa bourse les cinq pièces d’argent qui vont le racheter. Sans doute, Marie a dû le faire bien beau, son petit Jésus, et les bonnes femmes de Bethléem, sur le pas des portes du village, au moment du départ sont venues l’admirer pendant que Joseph fermait son atelier pour tout le jour. Et maintenant les voilà, au milieu des autres, des jeunes mamans toutes fières d’avoir mis au monde pour la première fois un fils ! Joseph, modestement, achète dans leur cage, les deux tourterelles des pauvres…

Mais au milieu des autres qui sans doute bavardent en attendant leur tour, Marie se recueille. Elle apporte un tel sérieux à tous les actes de sa vie religieuse. Elle, toute pure, obéissante comme toujours, elle se soumet à la purification légale, faisant de tous les actes de toute sa vie un acte d’obéissance filiale.

Et voici qu’un vieillard est entré dans le temple. Il a pris l’Enfant entre ses bras ; Marie lui laisse prendre son enfant ; elle écoute la prophétie qui ne l’étonne pas… elle sait mieux que personne les prodiges qui ont déjà entouré cette naissance. C’est une joie toujours très douce pour une maman d’entendre prédire les grandeurs de son petit ; mais quand Siméon les eut bénis, ce furent d’autres paroles qui tombèrent de ses lèvres : « Un glaive transpercera votre âme ! »

Avez-vous pâli, Mère chérie, quand ces mots sont tombés sur votre cœur ? … Les attendiez-vous ?

Il me semble que vos deux mains ont dû bien vite reprendre votre petit enfant et le serrer passionnément. Mais, la prophétie est tombée sur votre cœur et jamais plus vous n’oublierez ce « glaive de douleur » qui vous menace… Tous les petits enfants appartiennent à leur maman, mais le vôtre encore plus… pourtant ce trésor, voici qu’on vous rappelle que vous devez l’abandonner pour le salut du monde et vous associer généreusement à la rédemption… « C’est le sacrifice du matin qui deviendra plus tard, dit Saint Thomas, entre les bras de sa croix, le sacrifice du soir… »

L’Evangile tait ce qui se passa en vous, ô Marie, mais nous savons bien que votre cœur ne fut qu’un acquiescement généreux…

Mon chapelet aux doigts, je vous regarde, Vierge Marie… je sais que vous êtes l’Unique et que seule, parmi toutes les femmes, vous avez pu monter un matin au temple pour offrir à Dieu le Fils de Dieu Lui-même. Et là, Dieu vous a demandé votre Fils… votre tout petit, la tendresse pure et chaude de votre cœur…Ce n’était pas la Mère de Dieu qui montait ce matin là les escaliers du temple, c’était une maman, une femme comme toutes les autres, soumise comme toutes les autres à la grande loi chrétienne de toutes les tendresses. Apprenez-moi, ô Vous dont le cœur était semblable à nos pauvres cœurs de femme, comment je dois reconnaître les droits de Dieu sur mes tendresses pour les sanctifier…

Moi aussi, aussi fort que vous serriez le petit Jésus sur votre cœur, je serre sur le mien les tendresses que la vie m’a données. Peut-être suis-je somptueusement servie à cette table royale de l’amour. Peut-être ma part est-elle toute petite, mais non moins précieuse… Un mari, des enfants, des amis, ce tout petit si semblable au vôtre qui rit dans son berceau… cet homme qui est ma part pour porter avec moi tout au long « la bonne et la mauvaise fortune »…, tous ces visages, jeunes ou vieux qui m’entourent et sans lesquels la vie pour moi n’aurait pas de lumière, tant il me semble que ce sont leurs yeux qui me la dispensent… Moi aussi j’ai mes trésors, et vous savez que je les serre contre mon cœur bien fort, en vous regardant monter les marches du temple.

Il ne m’a pas été demandé par la loi de venir « racheter » mes tendresses et mes joies avec cinq pièces d’argent et deux tourterelles roucoulantes… non ! mais il m’est demandé de reconnaître les droits absolus de Dieu sur mon cœur et de bien savoir que tout lui appartient à Lui avant de m’appartenir à moi… Ce cœur que vous me demandez, mon Dieu, ce n’est pas une abstraction, c’est ce cœur vibrant… Ce cœur, avec tout ce qu’il renferme, mes enfants, mon mari, mes parents, mes amis… car tous ceux-là sont à vous avant d’être à moi, n’est ce pas ô Mon Dieu ! C’est facile de le dire, ce n’est pas facile de le réaliser ! Vierge Marie comme j’ai besoin que vous m’appreniez à comprendre ces choses pour que mon cœur devienne un cœur chrétien ; que la tendresse, en moi, ne soit pas une prise de possession païenne et farouche où mes droits passeraient avant ceux des autres… mais cette chose aérienne et ailée qui entraînera mon cœur vers le ciel le purifiant de tout égoïsme ! Vierge Marie, je veux avoir le courage de regarder sincèrement au fond de mon cœur… Est-ce que je sais aimer chrétiennement, comme vous le souhaitez ? Est-ce que j’ai l’habitude de lever en offrande mes deux mains pleines comme une coupe ? N’ai-je pas plutôt envie de refermer jalousement mes deux bras en regardant Dieu avec méfiance, comme un voleur ?…

Oh Vierge Marie aidez-moi ! Cet homme qui a mis un jour sa grande main dans la mienne et qui sera mon « compagnon d’éternité », il est à vous avant d’être à moi et mon amour doit le fortifier et non pas l’amollir. Tous ceux que j’aime doivent marcher virilement vers vous. Vous avez laissé partir votre Jésus vers les hommes et vers la mort, apprenez-moi à laisser partir sans égoïsme ceux que j’aime vers le beau destin qui les appelle.

Aimer c’est s’engager à fond dans le mystère d’une autre vie. O Mère, donnez-moi un cœur fort qui accepte, qui ne soit pas un pauvre cœur tremblant de femme ne désirant que le confort mais un cœur prêt à marcher courageusement vers Dieu en portant le poids de l’amour aussi bien que celui des douleurs. Faites que je regarde avec confiance, mon Dieu, l’ombre de votre main sur mes tendresses, non pas une main de voleur, mais une tendre main de père. Faites que ce soit ma sécurité de les sentir à vous avant que d’être à moi. Donnez-leur ce que je suis si impuissante à leur donner ! Gardez l’âme de mon petit, veillez sur l’absent, ramenez-moi l’oublieux… Il n’y a que ce que vous gardez qui est bien à moi, je le sais, car vous êtes le lien suave et fort entre les cœurs.

En récitant ces Ave, j’accepte à l’avance tout ce qui sera la volonté de Dieu sur mon cœur de femme. Je tends vers lui mes mains pleines avec confiance. Qu’il me rende ce qui m’est bon en ce monde… je sais qu’il me garde tout pour l’éternité !

D’après Paula Hoesl