Duc in altum

Entraîner avec joie, sans crainte, ton âme et celles qui te sont confiées. Ne pas s’étonner des difficultés prévues et imprévues, mais avancer quand même sur le chemin de la vie avec tes projets, tes renoncements.

Comment est-ce possible ? Tu te sens si petite, si faible et parfois si découragée.

           Duc in Altum…

 Le découragement vient de ce que nous nous appuyons sur nos propres forces, que nous regardons nos capacités avec l’intime conviction de notre faiblesse, plus ou moins avouée, et que nous voudrions un résultat immédiat selon nos vues.

Cette vision terre à terre, même si nous visons un but haut, nous freine, nous attriste et finalement tôt ou tard, nous fait renoncer…

  Duc in Altum…

Alors, il faut puiser la joie où elle est, tremper ton énergie à sa source et savoir y revenir sans cesse pour ne pas te laisser gagner par la tristesse ou la tentation de l’abandon car elles t’entraînent à glisser au fil de l’eau, sans effort.

  Duc in Altum…

La source, c’est la joie de Pâques, de la Résurrection.

Celle d’un immense amour donné dans les plus grandes souffrances, qui a tout vaincu, tout balayé et surtout le maître de l’éternelle tristesse, celui qui n’a de cesse de nous faire manquer le but…

La joie d’un triomphe éternel auquel nous sommes associés car enfants de Dieu.

Duc in Altum…

Regarde la croix. Celle du crucifié, ressuscité !

A la messe, le Christ qui se donne à toi en nourriture est un corps glorieux, vivant. Si tu Le reçois, convaincue de Sa victoire, tu ne peux qu’avancer avec confiance et donc enthousiasme.

C’est là ta force, ton moteur, ta raison d’espérer sans te décourager.

  Duc in Altum…

 Avec cette certitude dans le cœur, il te faut ensuite très concrètement lutter contre la lassitude.

Pour ne pas te laisser envahir par les mauvaises pensées ou les obstacles imaginaires, jette-toi dans les bras du Seigneur et occupe tes mains ou ton esprit à autre chose, fais diversion.

Contre-attaque par des pensées joyeuses, le soleil est forcément présent derrière les nuages. Rappelle-toi les grâces reçues, t’en réjouir te donnera de l’allant.

Sois aimable avec la personne envers laquelle cela te coûte le plus, rend facilement service et surtout ne te compare pas et ne te regarde pas trop.

Ainsi tu arriveras au port.

  Duc in Altum…

Jeanne de Thuringe

 

Ô Saint Joseph, donnez-moi l’ombre sinon mon amour est mort

Pour que vous me parliez, je me suis mis en prière,
Mais je n’entendais rien que le vent qui faisait battre mon volet,
Que la pluie et cette sourde plainte de mon cœur.

Ne tardez plus, car, dans mon âge mûr,
Je sens que j’ai besoin de votre conseil.
Ah ! Pourquoi vous cachez-vous ainsi ?
Pourquoi mettre entre vous et moi des siècles d’ombre et de silence ?
Je suis prêt à sentir votre main dans la mienne,
Mais j’étreins le vide tout à coup,
Je n’aurais jamais cru qu’il fût aussi difficile de la saisir.
Vous êtes fixe dans ma pensée.
Il faut que j’aille à la conquête de votre pauvreté
Comme à la conquête d’un lys dans les difficultés d’une croisade.

Ayez pitié de moi, Patriarche !

Si loin, et si proche : car vous veillez singulièrement sur ma vie !
Vous ne m’avez rien refusé que de vous laisser entendre et voir.
Mon cœur s’emplit de piété quand je pense
Qu’à toutes mes heures d’amertume vous êtes là !
J’aime, de vous, jusqu’aux images les plus banales,
Jusqu’aux statues bariolées qui se dressent sur l’autel villageois,
Qui vous représentent avec une équerre, un bâton ou une règle à la main.

Vous, le bafoué,
Dont le nom seul est une gêne sur les lèvres du chrétien tiède,
Et un blasphème sur celles de l’impie,
Recevez ici mon hommage. (…)

Souvenez-vous de votre sortie d’Egypte,
Quand la persécution eut pris fin, quel arc-en-ciel se leva sur les vergers sonores !
Mais ces merveilles ne furent rien,
en comparaison de celles que vous avez contemplées au moment où, comme un lys,
La main de votre divin Fils s’est posée sur votre paupière pour la clore.
L’ombre peut régner dans ma chambre.
Il y a de la lumière au-dehors.
Vous m’êtes témoin, ô Saint Joseph !
Que les seules vraies joies que j’ai goûtées,
C’est dans l’ombre quand je me sens avec vous.
Lorsque l’on est privé d’honneurs, combien il est doux d’aimer son métier, de se dire que L’on travaille sur votre établi et que notre famille contemple notre œuvre du moins avec l’œil bienveillant de la foi !

Qu’Ils en ont vu, Jésus et Marie, d’hommes qui vous tenaient pour peu de chose,
Qui dressaient en face de votre boutique aux meubles simples et honnêtes leur art décoratif !
Ce n’est pas chez vous qu’un Pilate eût commandé son lavabo, Hérode son lit, César sa chaise.

Ils s’adressaient aux fournisseurs officiels qui en recevaient de la gloire.

Mais vous, Patron bien-aimé, vous avez déposé dans le cœur des ouvriers de bonne volonté,
A qui ne vont point les faveurs des puissants de ce monde, cette graine cachée qui s’appelle l’amour et qui ne se vend ni ne s’achète.
Cette graine, vous la faites tant fructifier en moi,
Et embaumer, que ma bouche ne sait vous dire mon allégresse.

Donnez-moi l’ombre, sinon mon amour est mort.

 

Prière de Francis Jammes (1868-1938) Extraits 

 

 

Imitons le silence de saint Joseph

Ma chère Bertille,

 Si  nous nous référons à l’Evangile, saint Joseph est bien « l’homme du silence ». C’est donc le moment de te donner quelques considérations sur cet élément fondamental, essentiel de la vie spirituelle du catholique qui veut entretenir une relation vraie et sincère avec le mystère de Dieu. Ne crois pas que le silence ne soit réservé qu’aux personnes cloîtrées ; les actifs et tous ceux qui sont tenus d’avoir de nombreux contacts humains ou de grandes responsabilités ne donneront à leurs paroles et à leurs actes le juste poids de vérité et d’efficacité qu’à condition de savoir goûter et pratiquer régulièrement le silence.

 Arrêter le mouvement de ses lèvres et l’agitation de ses pensées n’est que la première étape : ce n’est là que l’action de se taire.

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure1. » Ce n’est que dans le silence que nous parviendrons là où Dieu a fait en nous sa demeure. L’amour de Dieu sera suivi de cette union avec Celui qui seul peut combler le vide de notre cœur.

Le bruit, les paroles inutiles, les informations écoutées en boucle, les sonneries perpétuelles des notifications de notre téléphone et ce monde toujours en mouvement n’ont d’autre effet que de nous faire perdre de vue l’essentiel.

Certains refrains nous reviennent sans cesse à l’esprit : « Il faut regarder la vie en face », « être au courant des actualités pour savoir comment réagir », etc…

La meilleure façon de regarder la vie réelle en face est d’avoir cette confiance en Dieu et de ne regarder le monde qu’à travers le kaléidoscope de notre amour pour Lui : tout ce qui arrive, bien ou mal, est voulu ou permis par Lui et rien de ce qui nous arrivera ne sera ignoré de Lui.

Ce silence n’est pas facile à atteindre, je te l’accorde ! En effet, Dieu ne parle pas le langage de l’homme et il est difficile de sentir sa présence ; il faut s’y exercer chaque jour, lui demander cette grâce et trouver la paix dans la confiance. Dieu veut davantage se donner à nous que nous ne désirons le posséder…

Ensuite, dans le silence de ton cœur, il te faudra apprendre à écouter sa voix. C’est encore une autre étape à laquelle tu ne parviendras que si tu lui demandes avec ardeur et sans jamais te décourager.

Avec Dieu il ne faut pas se durcir, ni s’impatienter, il suffit de Lui demander ses grâces sans jamais se lasser… Lui demander la contrition de nos fautes, Lui demander de remplir notre cœur de son amour, Lui demander d’entendre sa voix…

Souvent tu me dis que tu rentres de réunion avec tes amis avec un arrière-goût de temps perdu et que tu ressens un grand vide. Ce grand vide, c’est la place de Dieu…

Parfois tu te décourages et tu trouves ce silence en Dieu inaccessible ? Utilise alors cette arme que tu possèdes si bien : le sourire ! Souris à tes qualités, à tes efforts, même s’ils sont vains, et remercie le Bon Dieu de t’avoir tout donné. Souris au Bon Dieu Lui-même, il saura changer en joie ces regards attristés sur toi-même. « La tristesse, c’est le regard sur soi, la joie, c’est le regard sur Dieu2. »

 Je te laisse méditer tout cela pendant ce Carême qui commence en ce mois de saint Joseph. Et dans les moments difficiles, pense à ces échanges de regards entre saint Joseph et Notre-Dame à Nazareth. Ils n’avaient pas besoin de mots pour que leurs cœurs s’unissent dans leur amour autour de leur Fils bien-aimé.

Je t’embrasse affectueusement,

Anne

 

 

1 Evangile selon saint Jean, 14-23

2 Dom Augustin Guillerand

 

 

Comment saint Joseph agit

Jeunes hommes pleins d’énergie et d’ambition, nous prévoyons à notre échelle de changer le monde, de rebâtir la Chrétienté et de sauver le royaume de France.

Ambition légitime et nécessaire que nous souhaiterions voir partagée par le plus grand nombre.

Néanmoins avant de partir au combat, il ne paraît pas inutile d’observer le mode d’action de saint Joseph, patron des travailleurs et des pères de famille, afin de s’en inspirer le plus possible.

En effet, saint Joseph n’a-t-il pas lui-même réalisé ce qu’il y a de plus noble et de plus grand pour un homme : conduire, diriger et protéger une famille constituée de Marie, mère de Dieu et des hommes, et de Jésus, Dieu lui-même et Sauveur de l’humanité ? Quel meilleur exemple pourrions-nous suivre ?

Et saint Joseph, si digne, issu d’une longue lignée de patriarches et de rois, a-t-il revendiqué un quelconque héritage ? S’est-il vanté de son illustre naissance pour obtenir une place dans une auberge à Bethléem ?

Non, saint Joseph mené par sa recherche du Bien, du Beau et du Juste a vécu une jeunesse ordinaire, dont aucun fait ne nous a été rapporté jusqu’à sa rencontre avec Marie. Et c’est quand il s’aperçoit qu’elle est enceinte que l’extraordinaire fait irruption dans sa vie. Son premier réflexe est de prendre conseil auprès de Dieu qui le guide par la voix de l’ange. Il obéit et agit en conformité avec l’ordre reçu. De même quand il s’agit de fuir en Egypte.

Il agit bien, ordinairement, dans le cadre de son devoir d’état, selon la sagesse et la vertu qu’il a acquise et il agit extraordinairement uniquement quand Dieu le lui demande, selon le plan divin et établi de toute éternité.

Toutes ces actions extraordinaires, il les fait exclusivement pour Dieu et non pour lui, pas le moindre détournement de gloire. Il garde son cœur et son intention purs de toute vanité.

Enfin, en tant qu’époux de Marie, tout ce qu’il fait, il le fait en union avec elle et par amour pour elle et pour Jésus.

En résumé, vous voulez savoir comment sauver le monde ? Suivez la méthode saint Joseph :

Agir ordinairement selon son devoir d’état ; pour l’extraordinaire, se laisser guider par Dieu en se mettant en état de percevoir sa volonté. Tout faire avec humilité, en union avec Marie et pour la gloire de Dieu.

En respectant bien cette recette, nous sommes assurés de nous endormir comme lui dans les bras du Bon Dieu.

 

Antoine

 

Le discernement

Faire son devoir d’état, la chose la plus banale mais la plus utile, la plus évidente mais la plus méritante, la plus simple mais la plus difficile, la plus facile à dire mais la plus dure à faire. Pour faire son devoir d’état, encore faut-il le connaître et là est la première et parfois la principale difficulté.

Identifier, choisir, discerner, telle est la première phase indispensable à la réalisation de notre devoir d’état. A tout instant de la journée, une multitude de choix, de possibilités s’offrent à moi et face à cela, je dois identifier laquelle est mon devoir. De la même façon, de grandes décisions ponctuent mon année et quelques très grandes décisions ponctuent ma vie. Et je n’ai le choix que de choisir et pour bien choisir, je dois discerner.

 

Qu’est-ce que discerner ?

Discerner, c’est distinguer, séparer, classer, évaluer le rapport entre les choses, entre l’accessoire et l’essentiel pour choisir la meilleure option qui s’offre à moi. Discerner, c’est, selon François Bert : « l’art de donner aux choses la portée qu’elles méritent ». Que cet art est utile de nos jours où nous sommes sur-sollicités par toutes sortes de distractions, d’informations, de communications, de sensations sur la base desquelles nous devons régler notre devoir et parfois celui de ceux dont on a la charge.

 

Alors comment parvenir à discerner ? Dans son livre Le discernement à l’usage de ceux qui croient qu’être intelligent suffit pour décider, François Bert nous donne quelques clefs :

Discerner ne peut se faire que dans le calme et même dans le silence. Le silence permet à l’intelligence d’écouter, d’observer et de capter les informations que lui livrent les sens et de prendre le temps de les classer et de les analyser. Ce silence intérieur, cette disposition d’esprit à l’observation et à l’écoute sont indispensables au discernement qui est de « l’écoute accumulée jusqu’à l’évidence ».

Une fois que je suis dans les dispositions d’analyse, sur quoi va porter mon analyse ? Sur mes plans théoriques, sur ce que me renvoie mon imagination ? Non, elle devra porter sur le contexte, sur l’ensemble des circonstances et des intentions qui accompagnent les faits. Cela seul est la matière de mon discernement, et sur cette base seulement, je serai capable de donner aux choses la portée qu’elles méritent et ainsi, de décider, de choisir en fonction. D’éviter l’écueil des fantasmes ou du raisonnement abstrait pour baser mon analyse sur l’observation du réel.

 

Cela peut et même doit parfois prendre du temps, pour arriver jusqu’à l’évidence. En particulier dans les situations complexes. Mais avec un peu d’habitude, pour la plupart des situations quotidiennes, cela deviendra un réflexe et permettra de discerner rapidement où est mon devoir d’état. Reste encore à accomplir ce devoir, mais cela est maintenant du ressort de la volonté qui peut s’entraîner elle aussi.

Et n’oublions jamais d’invoquer le Saint-Esprit qui, au point de vue surnaturel, sera d’une grande aide pour éclairer notre intelligence et atteindre cette évidence qui nous procurera la tranquillité de l’âme.

Antoine