Parler moins, mais parler bien

Il est une vertu que l’on apprend au fur et à mesure que les années passent, qui est la marque de la sa- gesse des anciens : c’est la modération dans les paroles, et la prudence dans les jugements que l’on pourrait vouloir exprimer.

Car l’expérience montre que, même quelque chose qui pourrait apparaître évident, recèle plusieurs facettes, et l’appréciation que nous lui portons en pensant avoir complète connaissance de la réalité, peut être tronquée ou faussée par nos sens, ou par l’idée que nous nous en faisons.

Alors, dans un monde où tout le monde exprime son avis immédiatement, à tort et à travers, tout en reconnaissant rarement, après coup, s’être trompé, où la parole débridée est considérée comme une marque d’intelligence et de modernité, n’hésitons pas à penser et à nous exprimer à contre-courant, à modérer ou différer nos jugements, à utiliser des conditionnels ou des périphrases quand nous ne sommes pas tout à fait sûrs de ce que nous affirmons.

Que cela n’empêche pas cependant d’appeler un chat, un chat. Que cela ne nous fasse cependant pas tomber dans l’écueil inverse du verbiage inconsistant ! Mais au contraire, si nous usons habituellement de prudence dans nos paroles, celles-ci auront d’autant plus de poids que nos auditeurs sauront que nous n’avons pas l’habitude de parler pour ne rien dire, et que nous étayons nos jugements.

Alors la prudence nous guidera pour parler Moins, mais parler Bien.

Dans ce monde de brutes

 

Comment ne pas regretter le temps où la délicatesse de l’éducation rendait les conversations exquises et les mœurs si policées que chaque moment en société revêtait une douceur dont nous ne pouvons avoir qu’un vague aperçu au détour de certaines rencontres.

Nous avons tous côtoyé un jour une vieille dame charmante, dont le seul luxe réside dans le raffinement de ses expressions et dans l’extrême courtoisie avec laquelle elle sait avoir une pensée ou un geste délicat pour chacun.

Et que dire encore de ce vieux monsieur qui, de façon tout à fait naturelle, présentait ses hommages à la caissière du supermarché, peu habituée à ce genre d’amabilité ; ou composait une ode courtoise pour une petite nièce ébahie par cette douce marque d’affection d’un autre temps.

« Qui n’a pas connu l’Ancien Régime n’a pas connu la douceur de vivre » disait Talleyrand.

Et pourtant, si nous nous efforcions déjà d’éliminer tout mot ou expression rugueuse, basse ou brutale de nos conversations quand ce n’est pas absolument nécessaire, comme la vie en serait plus agréable et les mœurs plus adoucies ! Certainement, une part de bonheur familial en découlerait. Mais attention, douceur ne veut pas dire mièvrerie ou flatterie. Chacun saura en comprendre la nuance.

Alors, pourquoi ne pas essayer ? 

 

La politesse peut-elle être poussée jusqu’à l’héroïsme ?

S’il est vrai que ce sont les moines qui ont inventé les règles de politesse, en poussant la pratique de la charité jusqu’à l’aménité et à l’extrême délicatesse des relations avec le prochain, laminant peu à peu les rugosités du mode de vie barbare, on peut imaginer que la politesse découle directement du degré de charité et de sainteté de chacun. Et cette charité n’a-t-elle pas été poussée à l’extrême dans des moments ou toute autre personne ordinaire aurait perdu ses bonnes manières ? Comment un saint Laurent, placé sur son grill, a-t-il pu demander à ce qu’on le retourne du côté non encore brûlé ? Comment un Louis XVI a-t-il pu monter sereinement à l’échafaud, sans émettre la moindre parole de révolte contre ses bourreaux ? Comment tant de grands saints ont-ils pu souffrir tant de quolibets et de calomnies sans jamais rétorquer ni contredire les mensonges qui couraient sur eux ? Est-ce que dans ces cas-là, l’extrême charité de leurs attitudes n’était pas déjà la manifestation de l’héroïcité de leurs vertus ?

La vie du chrétien ne contiendrait-elle pas, en elle-même, une part d’héroïsme dans la façon de se vaincre soi-même, et de se maîtriser vis-à-vis des autres ? C’est ce que tendent à prouver tant d’exemples de vies de saints, qui, même s’ils n’ont pas eu à réaliser des exploits éclatants aux yeux du monde, ont été des héros du quotidien, par le combat spirituel toujours renouvelé, en vue de l’acquisition des vertus et d’une plus grande charité.

 

A l’heure de la mort…

Seigneur, lorsque dans nos bras nous tenons le corps alourdi de nos morts, ce corps qui s’abandonne à nos derniers soins, il nous semble que l’âme, en son départ, nous relie brusquement à Vous. A l’heure où l’âme affronte votre jugement, nous Vous tendons, Seigneur, ce corps brisé, torturé, portant les cicatrices de toute une vie pour que ses souffrances rachètent la peine due au péché car, dans la balance de votre justice, les souffrances humaines peuvent peser d’un poids de gloire éternelle.

Dans l’attente de la résurrection, Seigneur, nous confions le corps de nos morts, comme nous confions leur âme, à votre amour.

Daignez entendre nos prières pour ceux qui nous ont précédés. Que notre prière les accompagne afin qu’il ne soit pas dit que nous ayons laissé souffrir au Purgatoire l’âme de l’un des nôtres en raison de notre négligence.

L’éducation du cœur

 

L’éducation du cœur est le plus important chapitre de l’éducation ! Nous rêvons d’assurer le bonheur de nos enfants. Nous voulons les préserver des tentations laides et basses et bien souvent nous ne leur apprenons qu’à se satisfaire avec quelques gouttes souvent troubles de petits bonheurs terre à terre. Ayons de l’ambition pour leurs cœurs, ne les occupons pas de sentiments bas, mesquins, peu enthousiasmants. Et le seul moyen pour cela c’est d’épurer, d’élargir, de hausser et d’approfondir leur capacité d’aimer. En premier lieu, donnons-leur l’habitude de prier les uns pour les autres ; faisons devant Dieu « le tour des misères du monde ». Le divin Maître nous l’a demandé en nous enseignant une prière qui est fraternelle dans sa forme elle-même : « Notre Père » et non pas « mon Père ». Bien loin de s’appauvrir en donnant et en se donnant, on s’enrichit : on constitue un placement avantageux au ciel sans doute mais même ici-bas car il semble qu’une main mystérieuse remplit la bourse et le cœur à mesure qu’ils se dépensent pour autrui. « Dieu donne à qui donne, Dieu se donne à qui se donne… Si tu sais prendre sur toi la douleur d’autrui, Dieu prendra sur lui la tienne et la fera sienne, c’est-à-dire ouvrière de salut » écrivait le prince Ghika.