Chefs

C omment être un vrai chef si l’on n’en acquiert pas les qualités de prudence, de discernement, de conseil, d’empathie, de force, et de sagesse dans les décisions ?
Un chef authentique ne peut exercer son autorité sans, au préalable, avoir décidé d’être le chef de sa propre « maison », de son intérieur, à savoir de son caractère et de sa personnalité. Et c’est ce qui est le plus difficile. Les plus grands généraux le disent eux-mêmes : c’est le travail sur soi qui est le plus ardu. Il est des batailles intérieures qui sont plus difficiles à remporter que les grandes victoires des plus grands stratèges.
Et, grâce à Dieu, la sagesse de la loi naturelle, renforcée par les préceptes divins, sont d’un grand secours dans ce combat fondamental et quotidien qui incite chacun, à sa mesure, à être d’abord le chef de lui-même, avant de se voir confier d’autres responsabilités.
C’est un grand principe que les parents catholiques doivent privilégier dans l’éducation : l’acquisi-tion des vertus dans les petites choses, la correction de ses petits défauts avant qu’ils ne deviennent grands, pour ensuite être capable d’exercer des fonctions bien plus importantes, voire exception-nelles dans ces temps exceptionnels.

Histoire et culture chrétiennes : des recettes de vie sur mesure

Toute notre vie quotidienne est imprégnée de notre culture et de nos habitudes et traditions familiales, régionales, nationales. Si bien que, sans que nous y prêtions garde, dès notre tendre enfance, nous avons été biberonnés à un climat, des odeurs, des lieux, un mode de communication, une ambiance, qui ont forgé tout notre être non par une greffe artificielle, mais par un attachement progressif de toutes nos fibres sensibles et intellectuelles. Ce mode de vie et de pensée, c’est ce qui pour nous, même dans notre vieillesse, apparaîtra toujours comme la référence, la norme. Nous nous en rendons bien compte quand, voyageant à l’étranger, nous sommes frappés par telle ou telle particularité d’autres civilisations, qui nous étonne, ou même nous heurte. D’autant plus que, pour nous Français, un long habitus de siècles de culture chrétienne a façonné la vie de tous les jours dans ses moindres détails. 1800 ans de christianisme et de polissage des mœurs des peuples barbares qui nous composent, ne s’effacent pas par une simple décision législative ou utopie passagère de déconstruction.

Il reste un tissu vivant de chrétienté dans nos églises, nos villages, mais surtout dans nos familles encore authentiquement catholiques, patrimoines vivants d’une civilisation qui n’a pas dit son dernier mot.

Cette pérennité, qui trouve sa stabilité dans l’essence même du Créateur, auquel elles s’efforcent de se conformer, s’abreuve à la source de l’immutabilité : Dieu même.

Il n’y a donc aucune raison que les « recettes » de civilisation chrétienne de tous ces siècles passés, qui ont survécu jusqu’à nous, résistant à l’épreuve du temps, ne soient pas également parfaitement adaptées à notre XXIe siècle.

Parler moins, mais parler bien

Il est une vertu que l’on apprend au fur et à mesure que les années passent, qui est la marque de la sa- gesse des anciens : c’est la modération dans les paroles, et la prudence dans les jugements que l’on pourrait vouloir exprimer.

Car l’expérience montre que, même quelque chose qui pourrait apparaître évident, recèle plusieurs facettes, et l’appréciation que nous lui portons en pensant avoir complète connaissance de la réalité, peut être tronquée ou faussée par nos sens, ou par l’idée que nous nous en faisons.

Alors, dans un monde où tout le monde exprime son avis immédiatement, à tort et à travers, tout en reconnaissant rarement, après coup, s’être trompé, où la parole débridée est considérée comme une marque d’intelligence et de modernité, n’hésitons pas à penser et à nous exprimer à contre-courant, à modérer ou différer nos jugements, à utiliser des conditionnels ou des périphrases quand nous ne sommes pas tout à fait sûrs de ce que nous affirmons.

Que cela n’empêche pas cependant d’appeler un chat, un chat. Que cela ne nous fasse cependant pas tomber dans l’écueil inverse du verbiage inconsistant ! Mais au contraire, si nous usons habituellement de prudence dans nos paroles, celles-ci auront d’autant plus de poids que nos auditeurs sauront que nous n’avons pas l’habitude de parler pour ne rien dire, et que nous étayons nos jugements.

Alors la prudence nous guidera pour parler Moins, mais parler Bien.

Dans ce monde de brutes

 

Comment ne pas regretter le temps où la délicatesse de l’éducation rendait les conversations exquises et les mœurs si policées que chaque moment en société revêtait une douceur dont nous ne pouvons avoir qu’un vague aperçu au détour de certaines rencontres.

Nous avons tous côtoyé un jour une vieille dame charmante, dont le seul luxe réside dans le raffinement de ses expressions et dans l’extrême courtoisie avec laquelle elle sait avoir une pensée ou un geste délicat pour chacun.

Et que dire encore de ce vieux monsieur qui, de façon tout à fait naturelle, présentait ses hommages à la caissière du supermarché, peu habituée à ce genre d’amabilité ; ou composait une ode courtoise pour une petite nièce ébahie par cette douce marque d’affection d’un autre temps.

« Qui n’a pas connu l’Ancien Régime n’a pas connu la douceur de vivre » disait Talleyrand.

Et pourtant, si nous nous efforcions déjà d’éliminer tout mot ou expression rugueuse, basse ou brutale de nos conversations quand ce n’est pas absolument nécessaire, comme la vie en serait plus agréable et les mœurs plus adoucies ! Certainement, une part de bonheur familial en découlerait. Mais attention, douceur ne veut pas dire mièvrerie ou flatterie. Chacun saura en comprendre la nuance.

Alors, pourquoi ne pas essayer ? 

 

La politesse peut-elle être poussée jusqu’à l’héroïsme ?

S’il est vrai que ce sont les moines qui ont inventé les règles de politesse, en poussant la pratique de la charité jusqu’à l’aménité et à l’extrême délicatesse des relations avec le prochain, laminant peu à peu les rugosités du mode de vie barbare, on peut imaginer que la politesse découle directement du degré de charité et de sainteté de chacun. Et cette charité n’a-t-elle pas été poussée à l’extrême dans des moments ou toute autre personne ordinaire aurait perdu ses bonnes manières ? Comment un saint Laurent, placé sur son grill, a-t-il pu demander à ce qu’on le retourne du côté non encore brûlé ? Comment un Louis XVI a-t-il pu monter sereinement à l’échafaud, sans émettre la moindre parole de révolte contre ses bourreaux ? Comment tant de grands saints ont-ils pu souffrir tant de quolibets et de calomnies sans jamais rétorquer ni contredire les mensonges qui couraient sur eux ? Est-ce que dans ces cas-là, l’extrême charité de leurs attitudes n’était pas déjà la manifestation de l’héroïcité de leurs vertus ?

La vie du chrétien ne contiendrait-elle pas, en elle-même, une part d’héroïsme dans la façon de se vaincre soi-même, et de se maîtriser vis-à-vis des autres ? C’est ce que tendent à prouver tant d’exemples de vies de saints, qui, même s’ils n’ont pas eu à réaliser des exploits éclatants aux yeux du monde, ont été des héros du quotidien, par le combat spirituel toujours renouvelé, en vue de l’acquisition des vertus et d’une plus grande charité.