Ode à Marie

Vierge Sainte dont les petits oratoires émaillent nos campagnes,

Fleuris par des mains pieuses et fidèles

Qui  déposent à vos pieds joies et peines,

Vous êtes là pour nous, Mère aimante et votre tendresse ouvre nos cœurs.

Vierge Sainte, toute humble et remplie de l’immense joie du Fiat

Qui vous fit courir vers Elisabeth,

Devinant son besoin et chanter avec elle la miséricorde divine enfin incarnée,

Apprenez-nous à donner aux autres Notre Seigneur lui-même,

Par la joie et la charité de notre foi.

Vierge Sainte, toute adorante de votre nouveau-né sur la paille de la crèche,

A l’obéissance discrète lors de la présentation au temple,

Totalement abandonnée lors de la fuite en Egypte,

Aidez-nous à vivre de l’essentiel, regardant les choses terrestres comme passant,

Ne devant nous servir qu’à grandir vers votre divin fils.

Vierge Sainte, debout au pied de la Croix, Mère des douleurs,

Miracle que ce « Stabat Mater », ayant seule gardé la foi

Voyant la Résurrection au-delà du calvaire,

Vous êtes là comme le phare dans la tempête, l’étoile dans la nuit,

Pour nous rappeler de ne jamais perdre confiance.

Vierge Sainte, splendeur des cathédrales dont la magnificence célèbre votre grandeur,

Votre incomparable dignité de Mère du Sauveur,

Couronnée d’étoile, terreur des démons,

Présentez de vos belles mains, ô vous notre médiatrice, nos pauvres prières,

Pour les rendre présentables et dignes, purifiées, devant le Tout Puissant.

Vierge Sainte, qui chaque jour êtes notre avocate,

Vers qui nos « Ave Maria » crient sans cesse « maman, maman »,

Apprenez-nous à savoir vous faire plaisir de mille petits riens, de belles communions,

A vous remercier car nous aurons pu, tout au long de nos jours,

Jusqu’à notre dernier souffle où vous nous assisterez,

Voir votre tendresse de mère avant de la goûter dans la joie du Ciel.

                                                                                                                     Jeanne de Thuringe

ACTUALITÉS CULTURELLES

Spécial journées du patrimoine :  les 15 et 16 septembre 2018

  • Bussy le Grand (21):

 Cette année, le comte de Bussy-Rabutin aurait fêté ses 400 ans. Un anniversaire que nous vous invitons à célébrer le week-end des Journées européennes du patrimoine dans son château bourguignon ouvert gratuitement pour l’occasion. Le château de Bussy-Rabutin a été construit au XVIe siècle, puis aménagé par Roger de Rabutin, cousin de Madame de Sévigné.

  • Chatenay-Malabry (92) :

Au Domaine de la Vallée aux loups. L’année 2018 marque la célébration des 250 ans de la naissance de François-René de Chateaubriand. Pour les Journées du patrimoine, vous pourrez accéder à la demeure et bénéficier de l’ouverture exceptionnelle de la chapelle, de la bibliothèque de la maison ainsi que de la tour Velléda où l’auteur avait installé son bureau. Vous (re)découvrirez également le parc : un concert en déambulation et des danses folkloriques seront proposés par un ensemble vocal, musiques et danses traditionnelles venu des pays des Balkans.

Également à visiter les 15 et 16 septembre, le château de Combourg (35), en Bretagne, où Chateaubriand passa son enfance. « C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis » écrivait-il ainsi dans ses Mémoires d’outre-tombe.

  • Villeneuve-sur-Fère (02):

Paul Claudel est né il y a 150 ans ; l’occasion de découvrir la maison où il passa son enfance, aux côtés de sa sœur Camille. Le lieu vient de rouvrir ses portes après une grande campagne de restauration. Pour les Journées européennes du patrimoine, vous pourrez découvrir la maison et visiter l’exposition installée dans le jardin intitulée « Mon pays ». Il vous sera également possible de participer à une promenade littéraire agrémentée de lectures de textes de Paul Claudel et d’anecdotes sur la vie des deux artistes.

  • Château de Chambord (41):

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine, la visite du château de Chambord vous réserve bien des surprises. Découvrez d’abord l’échansonnerie (pièce du palais où se faisait la distribution du vin) de son Altesse royale Madame. Une occasion rare de visiter cette salle dont les murs sont ornés de dessins réalisés par des domestiques au XVIIe siècle. Cette visite sera l’occasion de découvrir les écuries et la sellerie. Pour finir, une activité inédite vous est proposée : pour la première fois, les combles de la tour ouest du donjon et leur impressionnante charpente du XVIe siècle seront ouverts à la visite.

  • Château de Chenonceau (37):

Dévoilé le 2 juin dernier, profitez des Journées européennes du patrimoine pour découvrir le jardin « Hommage à Russell Page ». Imaginé dans les années 1950 par le paysagiste anglais pour le château de Chenonceau, c’est finalement Nicholas Tomlan qui a donné vie à ce projet fou à partir de croquis retrouvés par les propriétaires du château.

  • Château de Blois (41) :

Profitez des visites insolites organisées à l’occasion des Journées européennes du patrimoine pour découvrir quelques-unes des parties du château habituellement fermées aux visiteurs, telles les tours et les combles. Enfin, les plus noctambules d’entre vous pourront profiter du nouveau spectacle son et lumière intitulé « Ainsi Blois vous est conté »  : l’histoire du château de Blois comme vous ne l’avez jamais vue…

  • Château d’Amboise (37) :

Au programme lors des Journées européennes du patrimoine, initiation aux danses de la Renaissance et déambulations de personnages costumés dans les jardins et le logis royal.

 Autres expositions :

  • A Cassel (59):

Au musée de Flandres « Entre Ruben et Van Dyck, Gaspar de Crayer » jusqu’au 4 novembre. Superbe exposition qui ressuscite le peintre Gaspar de Crayer pourtant aussi connu, en son temps, que ses contemporains flamands.

  • Le Havre (76):

« Né(e)s de l’écume des mers », jusqu’au 9 septembre au Mu Ma. Une exposition qui nous fait explorer les fonds marins du bout d’un pinceau ou à travers la lorgnette d’un microscope !

  • Lamballe (22) :

« Vue sur mer », jusqu’au 29 décembre, au musée Mathurin Méheut. Deux artistes à l’honneur, Jean-Francis Auburtin et Mathurin Méheut.

  • Vannes (56) :

 « Contemplation » au musée de Vannes, jusqu’au 30 septembre. Petite exposition de tableaux, classés monuments historiques, des églises de Bretagne.

L’Intronisation du Sacré-Cœur dans les familles

Depuis la « loi de séparation de l’Eglise et de l’État » décrétée par Clémenceau le 9 décembre 1905 à laquelle Saint Pie X répondit par l’Encyclique « Vehementer nos » du 11 février 1906 ; depuis que le Concile Vatican II a exigé que les pays catholiques suppriment de leur constitution la référence à Notre-Seigneur et à l’Eglise catholique, le laïcisme semble triompher : lois iniques, attaques innombrables contre la religion catholique, vies des enfants et des personnes âgées et vulnérables mises en danger,… on ne compte plus les méfaits du laïcisme.

Loin de nous décourager, loin de nous laisser abattre, nous pleurons sur ce monde délétère, nous nous désolons de voir tant et tant d’âmes se perdre, mais, nous en sommes convaincus, seul le Christ vaincra et Il nous a donné les moyens de survivre au milieu de ce monde hostile.

Un des grands moyens surnaturels donné par Notre-Seigneur est sans nul doute l’Intronisation du Sacré-Cœur dans nos foyers[1]. Cela doit être notre réponse au reniement actuel et notre meilleure réparation. Alors le Christ-Roi régnera dans nos familles, dans notre vie quotidienne et ainsi il rayonnera sur la société toute entière. Puisque Notre-Seigneur nous a solennellement confiés à sa mère avant que de mourir sur la Croix nous demanderons tout naturellement en même temps à Notre-Dame de régner avec son Fils sur nos familles par la Consécration au Cœur Immaculé de Marie[2].

En quoi cela consiste-t-il ?

Le but principal de cette Intronisation est bien de demander à Notre-Seigneur de régner sur nos familles et en particulier sur notre foyer, sur nos enfants, sur notre maison. Nous allons donc lui donner avec générosité la place d’honneur qui Lui est due mais qu’Il attend avec patience qu’on Lui offre.

            On placera en première place et sans respect humain, au salon et aux yeux de  tous, une belle statue du Sacré-Cœur (ou une image), qui sera la preuve qu’Il est véritablement institué le roi de la famille, honoré dignement.

Comme à Béthanie, la famille entière partagera alors ses joies et ses peines avec le Sacré-Cœur. Comme à Béthanie, Notre-Seigneur sera heureux d’être au milieu de nous et viendra « se reposer » avec joie.

Les époux, de par les grâces reçues le jour de leur mariage, ont le pouvoir de réaliser l’acte solennel de Consécration. Ils auront à cœur d’y faire participer leurs enfants si le Bon Dieu les en a déjà comblés. C’est avec joie que l’on aimera solenniser cette grande journée en ayant au préalable réalisé une neuvaine de prière ; tous les participants se seront préparés, confessés (si leur âge le permet) pour cet événement et auront communié à une messe que l’on pourra faire célébrer à cette intention. On aura naturellement invité le prêtre à en être témoin ; il bénira la statue au préalable et on terminera cette journée par un repas de fête. La maman aura soin d’entretenir au pied de cette statue un joli bouquet, une veilleuse ou une bougie qui manifestera combien le cœur de tous, même en cas d’absence physique, reste présent près du trône du Divin Roi.

Plus tard et chaque jour, la famille aimera se retrouver aux pieds du Sacré-Cœur pour la prière familiale et chaque année on aura soin de renouveler en famille cette Consécration.

Quels sont nos engagements ?

Si on demande à Notre-Seigneur de régner effectivement dans nos familles, on Lui demande aussi naturellement de régner dans nos cœurs, dans nos esprits et dans notre vie. Ce n’est pas un acte anodin, loin s’en faut ! «  La consécration n’est rien d’autre qu’un don total de soi-même, dit le pape Pie XII, le règne du Sacré-Cœur dans la famille exige qu’une atmosphère de foi et de piété y enveloppe personnes et choses. Qu’on éloigne donc des foyers consacrés tout ce qui pourrait contrister le Sacré-Cœur : plaisirs dangereux, infidélités, intempérances, livres, revues et images hostiles à la religion et à ses enseignements. Qu’on en éloigne ces accommodements si fréquents de nos jours dans les relations sociales, ces prétentions de concilier la vérité et l’erreur, la licence et la morale, l’injustice égoïste et avare et les devoirs de la charité chrétienne. Qu’on éloigne de ces foyers consacrés certaines manières de cheminer à la limite de la vertu et du vice, entre le ciel et l’enfer.[3] »

Et la réponse de Notre-Seigneur récompensera, ô combien, notre acte d’abandon à sa volonté : « Notre-Seigneur m’a promis, écrivait Sainte Marguerite-Marie Alacoque, que nul de ceux qui se consacreront à ce divin Cœur ne mourra sans être en état de grâce ! »

Que pouvons-nous attendre de mieux  comme promesse pour parvenir, dans la sérénité, au terme de ce pèlerinage terrestre en entraînant ainsi tout notre foyer avec l’aide de Notre-Dame pour « reformer au ciel notre foyer d’ici-bas consacré à jamais à votre Cœur Immaculé » ?

Marguerite-Marie

 1 et  [2] Texte à trouver dans la rubrique « Les prières des familles catholiques »

[3] Pie XII Discours aux jeunes époux – 5 juin 1940

Découvrez notre dernier patron : Un joli petit haut !

Chères amies,

Alors que l’agitation de la rentrée est palpable vous êtes nostalgique des vacances. Nous vous proposons de prolonger les plaisirs de l’été en cousant ce joli haut. D’une coupe un peu rétro, similaire à ce que vous pourriez trouver dans vos enseignes favorites, celle-ci aura le charme du « c’est moi qui l’ai fait ». Vous pouvez l’imaginer en coton léger (vichy, motif jaune moutarde)  pour garder un air estival ou en flanelle douce aux couleurs de l’automne (les carreaux sont de retour, fleuri, …).

A notre façon, faisons régner le Christ Roi en montrant au monde que les femmes chrétiennes savent allier un côté branché à une modestie indéfectible.

Les explications détaillées:

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Le patron à imprimer chez vous facilement:

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« Couturement » vôtre,

Isabelle et Marie-Hélène

 

 

Les 50 ans d’Humanae Vitae

            Le 25 mars 1347 naquit le vingt-troisième enfant de Jacques et Lapa Benincasa. Ils l’appelèrent Catherine. Elle devait devenir sainte Catherine de Sienne. Deux autres enfants devaient porter à vingt-cinq le nombre total des enfants de l’humble teinturier de Sienne. Aujourd’hui, dans ce que l’on a pris l’habitude de nommer « La Tradition » pour désigner la population catholique qui se reconnaît dans le combat mené par Monseigneur Lefebvre, il existe une famille de 19 enfants qui, à ce que je sache, est la plus nombreuse de notre bassin de population. L’évocation de ces nombres suscite en général plus facilement la critique que l’admiration. Les raisons paraissent péremptoires pour blâmer des parents dont la fécondité paraît irréfléchie. En tous les cas, pense-t-on, si les conditions de vie du XIVe siècle italien permettaient peut-être l’existence de telles fratries, la vie moderne les exclut radicalement. En rappelant que des familles avec autant d’enfants ont existé ou existent encore, mon intention n’est nullement que les parents se fixent comme objectif d’avoir le plus grand nombre d’enfants possible ! Une telle recherche serait absurde et nullement conforme à l’esprit de l’Eglise. Il s’agit plutôt de montrer que la question du nombre d’enfants est d’autant plus délicate que l’éventail de ce nombre peut être plus largement ouvert que nous l’estimons souvent. Si tous s’accordent sur la pensée qu’ils doivent avoir le nombre d’enfants que Dieu veut qu’ils aient, comment connaître ce nombre ? Plutôt que de risquer des jugements téméraires sur les uns ou sur les autres, ne faudrait-il pas plutôt postuler que des circonstances extrêmement diverses, d’une famille à l’autre, peuvent, d’une façon parfaitement légitime, expliquer la grande variabilité du nombre d’enfants ? Il me semble utile d’exposer dans notre petite revue à quels principes se référer pour que la fécondité des époux catholiques soit bien ce qu’elle doit être : généreuse et raisonnable.

Commençons par exclure les théories et les pratiques immorales de régulation du nombre d’enfants avant de rappeler la doctrine traditionnelle de l’Eglise qui magnifie la famille nombreuse mais reconnaît l’existence de motifs qui permettent en toute conscience aux époux d’espacer les naissances, voire de décider de ne plus avoir de nouvel enfant.

I  Théories et pratiques immorales

            Dans le précédent numéro de « Foyers Ardents[1] », j’ai montré comment, du Concile Vatican II au Code de Droit Canonique de 1983, s’est imposée une perversion dans la doctrine des fins du mariage. L’escamotage de la traditionnelle distinction entre la fin première et les fins secondaires du mariage a été décidé pour réussir en douceur cette révolution qui consiste à les mettre sur pied d’égalité et en réalité à inverser les fins du mariage. Le sacrement de mariage ne serait désormais plus d’abord en vue de la procréation et de l’éducation des enfants mais au profit d’un « épanouissement des époux ». Mais quel est cet épanouissement qui a curieusement conduit à la relégation de la transmission de la vie ? C’est le plus souvent un égoïsme qui ne dit pas son nom, le refus des astreintes et des sacrifices, évidemment nombreux, qui sont exigés par une fécondité généreuse. Voilà pourquoi il n’est nullement surprenant que la promotion de cet épanouissement du couple ait été accompagnée d’abord dans l’aula conciliaire, puis, d’une façon très violente, à l’occasion de la parution de la célèbre encyclique « Humanae Vitae » du 25 juillet 1968, par la revendication de la modification de la morale de l’Eglise sur l’usage des moyens anti conceptionnels. Des centaines de théologiens, des conférences épiscopales entières ont publiquement contesté le rappel des conclusions morales traditionnelles que le Pape Paul VI donnait dans son encyclique. Le pape du Concile fut censuré, désavoué, conspué et perdit son prestige et sa popularité dans le camp progressiste pour avoir en particulier réaffirmé l’exclusion de « toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans les développements de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation[2] .»

Il n’entre pas dans l’objet du présent article de discuter de la pertinence de l’argumentation philosophique utilisée par Paul VI dans son encyclique. Il faut malheureusement admettre que la netteté de ses conclusions se trouve fragilisée par des justifications personnalistes. Cependant s’il y avait un anniversaire du pontificat de Paul VI à signaler, c’était bien celui du cinquantenaire de cette encyclique.

« Humanae Vitae » ne s’est d’ailleurs pas seulement contentée de condamner « comme toujours illicite l’usage des moyens directement contraires à la fécondation, même inspiré par des raisons qui peuvent paraître honnêtes et sérieuses[3] » mais a par ailleurs réaffirmé que, pour « de sérieux motifs », « il est alors permis de tenir compte des rythmes naturels, internes aux fonctions de la génération, pour user du mariage dans les seules périodes infécondes[4] ». En cela, l’encyclique de Paul VI s’inscrivait également dans la perspective traditionnelle qui admet l’existence des motifs graves pour que les époux, provisoirement ou même définitivement, limitent leurs rapports aux périodes agénésiques. En agissant de la sorte, « ils usent légitimement d’une disposition naturelle » alors qu’en recourant aux moyens directement contraires à la fécondation « ils empêchent le déroulement des processus naturels[5].» Mais il faut cependant ces motifs sérieux pour que les époux limitent provisoirement ou définitivement leurs rapports à la seule période d’infécondité du cycle. Et il est nécessaire d’insister sur la nécessité de l’un de ces motifs précisément énumérés par Pie XII pour que les époux agissent ainsi. Si aucun de ces motifs n’existe, cette pratique des époux deviendrait alors illégitime et peccamineuse. D’où l’importance de rappeler maintenant quels sont les motifs que l’Eglise reconnaît comme valables.

II  Les motifs qui fondent la légitimité d’une certaine régulation des naissances.

             Rapportons-nous aux enseignements de Pie XII, notamment dans son « Discours aux participants du Congrès de l’Union Catholique italienne des sages-femmes » du 29 octobre 1959. En voilà deux extraits dont l’importance est capitale. Dans le premier, Pie XII démontre pourquoi les époux ne pourraient  licitement restreindre l’usage du mariage aux périodes stériles sans motifs graves : « Le contrat matrimonial qui accorde aux époux le droit de satisfaire l’inclination de la nature, les établit en un état de vie, l’état conjugal. Or, aux époux qui en font usage, avec l’acte spécifique de leur état, la nature et le Créateur imposent la fonction de pourvoir à la conservation du genre humain. Telle est la prestation caractéristique qui fait la valeur propre de leur état, le bonum prolis. L’individu et la société, le peuple et l’Etat, l’Eglise elle-même, dépendent pour leur existence, dans l’ordre établi par Dieu, du mariage fécond. Par suite, embrasser l’état du mariage, user constamment de la faculté qui lui est propre et qui n’est licite que dans ses limites et, d’autre part, se soustraire toujours et délibérément, sans un motif grave, à son devoir principal, sera un péché contre le sens même de la vie conjugale[6]. »

Quels sont donc les motifs sérieux ? C’est ce qu’exprime maintenant le pape : « On peut être dispensé de cette prestation positive obligatoire même pour longtemps, pour la durée entière du mariage, par des motifs sérieux, comme ceux qu’il n’est pas rare de trouver dans ce qu’on appelle l’«indication» médicale, eugénique, économique et sociale. D’où il suit que l’observance des époques infécondes peut être licite sous l’aspect moral et, dans les conditions indiquées, l’est réellement. Cependant, s’il n’y a pas d’après un jugement raisonnable et juste, de semblables raisons, soit personnelles, soit découlant des circonstances extérieures, la volonté d’éviter habituellement la fécondité de leur union, tout en continuant à satisfaire pleinement leur sensualité, ne peut venir que d’une fausse appréciation de la vie et de motifs étrangers aux règles de la saine morale[7]. »

Il importe maintenant de donner quelques précisions sur les quatre catégories de motifs cités par Pie XII qui peuvent donc être d’ordre médical, d’ordre eugénique, d’ordre économique et d’ordre social.

– Les sérieuses raisons d’ordre médical sont : « certaines déficiences de santé qui pourraient entraîner, en cas de maternité, de graves inconvénients soit pour la mère, soit pour l’enfant à naître[8]. » Il est inenvisageable, dans un simple article, de rendre compte de toutes les considérations et nuances, d’ordre essentiellement médical, qui interviennent ici. Que l’on n’hésite pas à consulter ici de bons ouvrages comme ceux qui sont proposés dans la petite bibliographie qui se trouve à la fin de l’article. Je me contente d’indiquer ici que « du côté de la mère, les raisons de santé peuvent signifier soit d’exceptionnelles et périlleuses difficultés d’accouchement, soit le risque d’aggravation de maladies pré existantes à la grossesse et compliquant gravement celle-ci, soit encore un état de grave fatigue ou d’épuisement provenant d’une précédente maternité ou d’un accouchement particulièrement difficile.[9] »

Du côté de l’enfant à naître, si « une nouvelle maternité risquait d’avoir de graves répercussions sur la santé de l’enfant, ce serait encore là, de légitimes motifs de régulation des naissances[10] » et il faut ajouter « qu’une sérieuse maladie ou une grave dépression du côté paternel peuvent être également considérées comme des motifs valables.[11] » A ces raisons il faut encore ajouter celui de « la présence de tares graves et probablement héréditaires chez l’un et surtout chez l’un et l’autre des conjoints[12]. » Il est évidemment très précieux de pouvoir consulter un médecin qualifié, consciencieux, parfaitement au fait de la morale catholique. Précisons enfin que ce que Pie XII nomme l’indication eugénique correspond en réalité aux motifs médicaux précisément considérés du côté de l’enfant à naître.

– Les raisons d’ordre économique sont « les difficultés matérielles si douloureuses parfois, si tragiques, où se débattent de si nombreux foyers[13]. » Elles existent bien et il serait ici nécessaire d’entrer dans des développements importants sur une situation qui devient de plus en plus difficile pour des familles nombreuses désavantagées par la législation et la fiscalité. Comment favoriser au maximum le fait que les mamans puissent rester au foyer pour accomplir sereinement leur mission essentielle auprès de leurs enfants ? L’appréhension de ne pouvoir assurer le paiement des scolarités dans des écoles hors contrat justifie-t-elle la recherche d’un deuxième salaire ? Mais une maman qui travaille hors de son domicile est-elle alors à même d’assurer convenablement son rôle, notamment auprès des plus petits ? Bien d’autres questions se posent, difficiles, enchevêtrées les unes les autres et les réponses que l’on tente doivent être ensuite personnalisées à chaque cas.

Où est la prudence ? Il ne s’agit ni de verser dans la pusillanimité ni de confondre la confiance en Dieu avec un providentialisme aveugle. Il faut demeurer persuadé que les hommes ne sont jamais livrés à eux-mêmes et confrontés à des situations sans réponse. Mais, pour rester sur les bons chemins ils doivent sans cesse « faire preuve d’une confiance inébranlable en Dieu tout en faisant appel aux lumières de la sagesse chrétienne [14]». Prendre conseil auprès d’un ménage plus ancien et d’un prêtre se révèle souvent bien utile.

– Les motifs d’ordre social, d’après l’abbé Dantec, seraient extrêmement rares. Il s’agirait d’un engagement tout à fait exceptionnel par lequel des époux se placeraient au service « de la communauté temporelle ou religieuse. [15] » Il ne semble pas nécessaire d’insister car des époux ne pourraient avancer sur une telle voie avec leurs seules lumières mais seraient forcément amenés à s’entretenir de leur projet avec des prêtres.

            Comme on le voit, des motifs pour limiter les rapports conjugaux aux périodes agénésiques existent donc bien. L’Eglise les reconnaît et les époux concernés par l’un de ces motifs peuvent donc en toute sûreté de conscience, n’user du mariage pour un temps ou même définitivement que pendant ces périodes. Une remarque du chanoine Leclercq pourra cependant être utile pour manifester dans quel état d’esprit les époux doivent être pour que leur jugement soit clair : « Un jugement pondéré en cette matière dépend des dispositions générales. Celui qui est imprégné de la terreur de l’enfant trouvera toujours des prétextes pour en limiter le nombre de façon excessive.[16] » Il n’appartient ni aux prêtres ni aux époux de fonder leur jugement sur d’autres critères que ceux qui ont été donnés par la Sainte Eglise. Il nous faut enfin souligner avec Pie XII que lorsque l’observance des périodes agénésiques ou bien ne procure pas de sécurité suffisante ou doit être écartée pour d’autres motifs, l’abstention absolue est alors la seule réponse et Pie XII insiste pour que l’on ne répute pas cette solution héroïque impossible car Dieu ne demande jamais l’impossible.

Laissons à Pie XII le mot de la fin :

« Dieu visite les familles nombreuses avec les gestes de sa Providence, à laquelle les parents, spécialement ceux qui sont pauvres, rendent un témoignage évident, du fait qu’ils mettent en Elle toute leur confiance, au cas où les possibilités humaines ne suffiraient pas. Confiance bien fondée et nullement vaine ! La Providence –pour Nous exprimer avec des concepts et des paroles humaines- n’est pas proprement l’ensemble d’actes exceptionnels de la clémence divine, mais les résultats ordinaires de l’harmonieuse action de la sagesse du créateur, de sa bonté et de sa toute puissance infinie.

Dieu ne refuse pas les moyens de vivre à celui qu’Il appelle à la vie. Le Divin Maître a explicitement enseigné que « la vie vaut plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement.[17]« » [18]

Père Joseph

 

Bibliographie :

– « Le mariage » in « Les Enseignements Pontificaux » par les Moines de Solesmes – Desclée – 1956

– « Humanae Vitae » encyclique de Paul VI du 25/07/1968

– « Catéchèse catholique du Mariage » – Père Barbara – Editions Forts dans la Foi – 1951

– « Guide moral de l’Amour chrétien » Abbé François Dantec  (certains points de vue de ce livre nous paraissent cependant discutables.)

[1] Foyers Ardents n°10 de Juillet-Août 2018 – P. 4 et 5

[2] Paul VI in « Humanae vitae » du 25 juillet 1968, N° 14

[3] Ibidem N° 16

[4] Ibidem N° 16

[5] Ibidem N° 16

[6] Documents Pontificaux de Sa Sainteté Pie XII. Ed. Labergerie. 1951 ; p. 485

[7] Ibidem – p. 486

[8] Abbé François Dantec « Guide moral de l’Amour chrétien »

[9] Ibidem p. 53

[10] Ibidem p. 54

[11] Ibidem p. 54

[12] Ibidem p. 54

[13] Ibidem p. 55

[14] Ibidem p. 50

[15] Ibidem p. 56

[16] Le prêtre et la famille – mai juin 1954 – p.28

[17] Matthieu 6,25

[18] Pie XII – Allocution au Congrès des familles nombreuses, 20 janvier 1958