Le latin, langue de la Rome éternelle

L’histoire de Rome commence par l’ordre, elle commence par la paix intérieure, par la discipline politique, par l’équilibre bien assis des fortunes, d’ailleurs toutes modestes et presque toutes basées sur la terre.

En même temps que la terre, le Romain chérissait son épée de guerrier car, dès l’origine, il avait dû cumuler les tâches du laboureur et du soldat, creuser le sol en gardant son glaive au côté.

Maître d’une bourgade (bâtie par Romulus en 737 avant Jésus-Christ) convoitée par ses voisins, puis, bientôt entraîné à capturer villages et cités, le Romain, gagnant les mers et les déserts, étendait son empire sans connaître le repos : les villes de Méditerranée grouillantes de population, l’Espagne étalant ses plaines jusqu’à l’Afrique de Carthage, la Gaule qui deviendra le joyau de l’Empire. Mais surtout la Grèce de Sparte et d’Athènes, l’Égypte dont le vertige de l’Orient va tenter Rome. Puis la future Angleterre, les Pays-Bas et cette route du Rhin où règnera, bien plus tard à Aix la Chapelle, cet empereur franc, Charlemagne, qui se réclamera de Rome.

À Rome aussi étaient nées des vertus individuelles précieuses : la piété des liens du foyer domestique, le respect dû au Pater familias, celui de la femme, mère et maîtresse de maison, morale que saluera saint Augustin. Vertus du soldat aussi : courage et sens du sacrifice, fidélité à la foi jurée, goût de l’honneur et de la justice.

En l’an 60, en arrivant à Rome, saint Paul sait qu’il a devant lui la ville de la hiérarchie et de la force organisée. Encore quelques années et Rome reçut son double baptême avec les martyres de saint Pierre et de saint Paul.

La culture romaine

Par sa conquête de la Grèce aux IIIe et IIe siècles avant Jésus-Christ, Rome s’est imprégnée très rapidement des découvertes de ses philosophes, de ses savants, de ses écrivains, de ses artistes. C’est à cette école que s’éveillera le génie romain et que s’épanouira la période classique de Rome.

La Grèce a fixé le destin intellectuel de Rome, et la Gaule fixe son destin politique. Ainsi, quand l’empereur Constantin donne au christianisme droit de cité dans son Empire, et que bientôt l’Église adopte la langue de Rome, elle reçoit véritablement les dons d’un empire universel. « Si les Grecs avaient pu rêver d’un domaine pour tous les hommes et avaient forgé le mot Œcuménisme, c’est Rome qui réalisera leur rêve, et ce rêve s’appellera d’un mot grec latinisé : Catholique1

Rome croyait en des centaines de dieux, mais les Celtes, dont beaucoup s’étaient rendus en Asie Mineure et y avaient entendu saint Paul (Epîtres aux Galates), devenaient de plus en plus monothéistes. Les Romains et les Celtes avaient en commun une piété qui s’adressait à un clergé savant et puissant.

Au moment où l’assaut des Barbares et la décadence totale du monde païen antique semblent faire s’écrouler l’Empire, les évêques chrétiens, s’apercevant qu’on ne peut prêcher une religion dans l’anéantissement total de toute société, comprennent ce qu’avait apporté l’empire. Ils relèvent et soutiennent alors de leurs mains les murs ébranlés de Rome, parce qu’ils y trouvent le seul rempart qui leur permette de ne pas disparaître. C’est à travers la permanence des diocèses et de l’action des hommes d’Église, que l’Occident d’alors ne quitta jamais complètement Rome. Sans l’Église, du Ve et IXe siècle, la Rome civilisatrice serait morte en occident. Mais on peut dire aussi que, sans Rome (et la divine Providence), l’Église aurait été refoulée pour des siècles en de définitives catacombes.

La langue de Rome

Quand l’Église adoptera cette langue latine, elle y trouvera les mots rudes et précis d’un long passé. Elle y apprendra à nommer la création avec « des termes qui semblent fraîchement sortis de la main de Dieu1 », cela est tranquille et familier, c’est bien le Dieu des Évangiles qui vient rassurer l’humanité. L’hébreu excellait aux développements poétiques aimés de l’Orient, le grec avait  appris aux hommes des termes de clarté et de finesse ainsi que la discussion d’idées. Mais le latin seul offrait « ce génie de puissance et d’équilibre qui faisait ressembler les affirmations de la foi à une voûte de basilique ou à ces colonnes célébrant la victoire des armées1. »

Les monastères couvrent de plus en plus l’Europe en proie aux guerres et aux dévastations. Ils étaient deux cents au VIIe siècle, ils seront deux mille à la grande époque de Cluny (XIe siècle), véritables cités vivant complètement sur elles-mêmes, avec l’aide de laboureurs et d’artisans, formidable armée de défricheurs de forêts et d’assécheurs de marais, les moines bénédictins vont transformer les campagnes d’Europe. C’est ici l’aurore d’une civilisation dont la France ne se déprendra jamais complètement jusqu’à la fin du XIXe siècle. C’est la Rome de Virgile et des très vieux Romains qui ressuscitent sous la Croix du Christ. Rome n’avait jamais que deux métiers nobles : celui de la terre et celui des armes. Les Bénédictins ressuscitent ces vieux souvenirs, car il faut un langage pur pour la conservation du dogme ; et cette nécessité forcera les monastères à devenir bientôt des ateliers de copistes qui transmettront au monde moderne les leçons littéraires de l’Antiquité.

Autour des disciples de saint Benoît se rassemblent des villages et des villes. En chantant les psaumes et les hymnes de la langue latine, clercs et laboureurs se sentent participer à une civilisation supérieure et unique. Alleluia chante le moine dans le silence de la nuit. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, répète-t-il sans cesse, en union avec les louanges du ciel. A la messe du dimanche, le chevalier et l’homme des champs disent aussi Gloria in excelsis Deo. Et au-dessus de leur vie monotone, de leurs efforts si rudes et si humbles, ils entendent la langue de Rome définir la magnifique hiérarchie des chœurs célestes Cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, Cherubim et Seraphim… 

Credo, disent les parents pour leurs enfants portés au baptême ; Miserere, implorent les familles, lorsqu’elles conduisent au tombeau ceux qu’elles ont aimés. Et tous pensent qu’il en sera ainsi, à travers les siècles, comme ces Romains de jadis qui n’imaginaient Rome qu’éternelle. N’est-ce pas ce que répète le prêtre à l’autel : Per omnia sæcula sæculorum … ?

« O langue des Césars et des triomphes, devenue la seule expression de l’espérance des chrétiens1 ! »

Le vieux monde s’écroule dans les ruines et les désastres des guerres, mais à l’abri des monastères, ils chantent tous, dans ce langage si bien fait pour la victoire ; Rome leur a prêté son génie de la construction, qui bravait le temps.

C’est des monastères que sortiront de grands papes comme saint Grégoire, Urbain II qui prêchera la première croisade. Ces moines ont appris, chez saint Benoit, combien la discipline romaine gagne à être ennoblie par l’amour du Christ. La base de leur éducation a été la langue latine, et, à travers elle, les leçons mêmes de la civilisation. L’Église suscitera, en Occident, des rois et des empereurs qui auront appris d’elle la leçon du pouvoir envisagé comme un dévouement suprême, comme le plus haut des devoirs, en étant utile aux petits et aux humbles.

Quand on raconte l’histoire d’un peuple, il faut chercher patiemment son essence véritable, son message unique, sa permanence et ce qu’il a apporté de meilleur au monde. L’erreur, depuis quatre cents ans, et voici qu’une partie du clergé commet cette erreur aussi, est de considérer Rome et la langue latine comme les expressions d’une nation et d’un particularisme, alors qu’ils représentent LA FORME UNIVERSELLE de l’organisation, de l’équilibre, de la hiérarchie, de la vraie paix. Nous pourrions ajouter que le latin est la langue de la science, la langue-mère de la langue française et de presque toutes les langues modernes ; mais il est surtout la langue de l’Église catholique ; et c’est par là que ses destinées sont admirables, providentielles comme celles de l’Église elle-même.

Sophie de Lédinghen

 

1 Le latin immortel, Marie-Madeleine Martin

 

 

Apprenons à nos enfants à aimer Rome

Chers grands-parents

Jérusalem est et sera toujours le lieu où le sacrifice divin s’est réalisé, mais c’est à Rome que le Christ a accompli sa promesse d’être avec nous jusqu’à la consommation des siècles. C’est là que sa Croix, toujours vivante, rayonne sur l’Occident, foyer de civilisation.
Rome est le cœur de l’Eglise, c’est là que le successeur de Pierre doit poursuivre la mission donnée à Pierre.

Les fouilles commandées à l’initiative de Pie XII sous la basilique Saint-Pierre, pour retrouver le tombeau du premier pape, durèrent de 1940 à 1949 ; mais ce n’est que le 26 juin 1968, que le Pape Paul VI put proclamer officiellement que les reliques de saint Pierre avaient été retrouvées, selon ce que proclamait la Tradition, sous l’autel principal de la basilique Saint-Pierre1. Quel message pour notre temps ! Quelle preuve de la continuité apostolique pour aujourd’hui !

« L’année dans laquelle nous sommes entrés est une de ces années à part, comme Dieu en a semé quelques-unes seulement ça et là dans le cours des âges, une de ces années dont tous les jours sont des jours choisis, dont tous les temps sont des temps propices. Chez le peuple chrétien, le Jubilé marque une halte salutaire sur la route longue et hasardeuse des siècles2. »

Nous sommes catholiques et donc Romains et nous devons témoigner de notre attachement à la Ville Sainte et au Pape, successeur de Pierre. Nous devons certes nous désoler des multiples récentes déclarations qui, par leur opposition à la doctrine constante, sèment un trouble profond dans l’Eglise mais nous devons rester fidèles à la doctrine catholique enseignée par les papes depuis saint Pierre et garder respect et amour pour le pasteur suprême…

Prions pour Rome, prions pour le Pape. Nous connaissons une famille qui consacre chaque jour une dizaine de son chapelet pour le Pape et l’Eglise. C’est sans doute un excellent moyen d’obtenir des grâces pour notre pasteur et de lui manifester notre amour et notre fidélité.
Le premier jubilé eut lieu en l’an 1300 ; le pape Clément VI (1342-1352) décréta que les années saintes auraient lieu tous les 50 ans. Et c’est le pape Paul II (1464-1471) qui ramena la périodicité de l’année sainte à 25 ans. Par la bulle d’indiction de l’année jubilaire ordinaire du 25 décembre 2024, le souverain Pontife a accordé, comme cela se fait depuis des siècles, de nombreuses grâces aux pèlerins qui passeraient les Portes Saintes. Allons donc à Rome, selon la tradition, puiser dans le trésor inépuisable de l’Eglise. Allons nous recueillir sur les tombes des apôtres martyrs saint Pierre et saint Paul. Allons visiter la prison Mamertine où ils ont été emprisonnés avant leur sacrifice. Allons à la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem construite pour abriter la vraie Croix !

Quand on est à Rome, on se sent chez soi, tout respire la chrétienté, les catacombes, les confessions, les lieux où les martyrs ont versé leur sang. Rome a été consacrée par le sang des apôtres, c’est donc une terre de saints ! C’est de là que l’Eglise a rayonné sur le reste de l’univers pour l’éclairer et le vivifier ! Il n’est pas une rue de la ville sainte qui n’abrite une maison, un oratoire où un saint a prié, où le Christ ou la Vierge a visité une âme privilégiée. En cette année jubilaire, apprenons donc à nos petits à aimer Rome !

Ce qui est catholique est romain ! Nous ne pouvons certes pas adhérer aux réformes qui ont tragiquement défiguré l’Eglise, mais gardons l’amour et le respect que nous devons au pasteur suprême. Au lieu de nous lamenter, prenons les mesures nécessaires pour garder la foi de toujours, prions et faisons prier nos enfants !

Que dans cette période difficile, sainte Anne nous aide à garder la sagesse et le discernement pour rester fidèle à notre devoir de catholique, et qu’elle nous guide pour le transmettre à nos enfants!

Des grands-parents

 

1 Cf. article page 34

2 Cal Pie – Œuvres de Monseigneur l’Evêque de Poitiers – T.1

 

Les Zouaves pontificaux

« Vive le Sacré Cœur, vive la France et vive Pie IX ! » Les soldats qui, en ce 2 décembre 1870, poussent ce cri en chargeant les prussiens retranchés dans le village de Loigny, ne manqueraient pas de surprendre un spectateur non avisé. Si leur uniforme bleu ressemble à celui des troupes de zouaves de l’armée française, il diffère par la couleur, et les hommes qui le portent ne sont clairement pas originaires d’Afrique, mais plutôt de France, et même en grande partie des régions de l’Ouest. De plus, le drapeau qui les précède dans cet assaut n’est pas le drapeau tricolore, mais une bannière de procession immaculée sur laquelle se détache un Sacré-Cœur, et les mentions « Cœur de Jésus, sauvez la France » et « Saint Martin, patron de la France, priez pour nous », en face et au revers. Enfin, ils ne sont que quelques centaines à charger, sur un découvert complet de plus de deux kilomètres, une force deux fois supérieure en nombre et solidement embusquée, ignorant le déluge d’obus et de mitraille qui s’abat sur eux, comme s’il ne s’agissait que d’un exercice. Ce sont les derniers des Zouaves pontificaux, illustres combattants de Dieu et de l’Eglise. Quelle est leur histoire, et comment se sont-ils retrouvés des monts du Latium aux plaines de la Beauce ?

Un appel à l’aide

Il faut faire un saut de 10 ans en arrière pour comprendre l’origine des Zouaves pontificaux. En 1860, l’Italie est au cœur de conflits visant à assurer l’unification de la péninsule, sous le contrôle de Victor-Emmanuel, roi du Piémont. L’année précédente, la guerre qu’il a déclarée contre l’Autriche lui permet d’annexer le nord de l’Italie et une partie des Etats pontificaux, grâce à l’aide de Napoléon III. Il ne lui reste plus, pour atteindre l’hégémonie complète, qu’à se débarrasser du royaume de Naples au sud, et des terres de l’Eglise au centre.

Pie IX, pape depuis 1846, ne peut plus compter sur le soutien de l’empereur d’Autriche, et sait que Napoléon III n’est pas un allié fiable. Il lui faut d’urgence reformer les troupes pontificales, dont la valeur combative est douteuse, hormis certains corps tels que les Suisses. Il fait alors appel au général de La Moricière, ancien ministre de la guerre sous la Seconde République, qui aura ces mots : « Quand un père appelle son fils pour le défendre, il n’y a qu’une seule chose à faire, c’est d’y aller. » Pour compenser la faiblesse de l’armée (moins de 7 000 soldats, pas d’artillerie, peu d’armes modernes), La Moricière lance un appel à tous les chrétiens de bonne volonté. Ceux-ci répondent massivement, que ce soit par leurs personnes ou leurs biens. Il parvient ainsi à doubler les effectifs, notamment grâce à l’arrivée de volontaires et officiers français et belges, que l’on retrouve en grande partie dans un bataillon de tirailleurs.

Aussi impressionnante que soit la transformation opérée par le général de La Moricière, il ne disposait pas du temps nécessaire pour faire de ces troupes disparates et encore peu entraînées une armée d’élite, puissante et cohérente. En septembre 1860, Victor-Emmanuel lance ses troupes à l’assaut des Etats du Pape, et oppose près de 33 000 hommes aux 14 000 soldats de Pie IX. Ces derniers sont balayés le 18 septembre, à la bataille de Castelfidardo, près de Lorette. Les troupes fuient en pleine débâcle, à l’exception du bataillon franco-belge et d’un autre corps de volontaires français1. Le courage de ces hommes, dont la plupart se sont est confessés avant la bataille, sauve au moins l’honneur, et est un exemple d’héroïsme chrétien2. La capitulation qui suit cette bataille voit les Etats Pontificaux amputés de tout le nord, et réduits au Latium.

L’armée du Pape

Cette défaite entraîne une nouvelle refonte des armées papales, dont le bataillon franco-belge devient le cœur. Il prend au début de 1861 le nom de Zouaves pontificaux, et regroupe près de 1 000 hommes, avec une hausse jusqu’à plus de 3 000 à partir de 1867. Le recrutement des volontaires et leur armement est assuré en partie par les comités de Saint-Pierre, chargés de la collecte de fonds pour le pape après la perte des régions riches des Etats pontificaux. De 1860 à 1870, plus de 3 000 Français s’engagent pour la défense de la papauté. On y retrouve des catholiques de toutes conditions : paysans, ouvriers, notables, nobles… Beaucoup viennent des régions de l’Ouest, Bretagne et Vendée, et de nombreux noms illustres s’y côtoient : deux d’Aquin (de la famille de saint Thomas), deux Cadoudal, deux Cathelineau, cinq Charette, des descendants de Bourbon, de Chateaubriant, de Montesquieu, et d’autres encore. Tous ces hommes ont répondu à l’appel de Pie IX, tels des Croisés de l’ancien temps, à la différence qu’il ne s’agit pas cette fois de défendre l’Eglise sur quelque terre lointaine ou contre quelque hérésie, mais bien au cœur même de l’Italie. Les Zouaves se battent pour défendre le droit du pape sur ses terres, mais aussi pour contrer le principe faux de la séparation des pouvoirs temporels et spirituels, qui doivent tous deux mener l’homme à Dieu, avec la soumission nécessaire du politique au religieux.

La nouvelle armée pontificale ne va pas tarder à faire ses preuves. Victor-Emmanuel et Garibaldi tentent de déstabiliser les Etats du Pape en envoyant des troupes semer le trouble dans les territoires frontaliers. Les coups de main et les razzias se succèdent, et des affrontements ont lieu avec les Zouaves, envoyés pour faire face aux soudards. Ces opérations de contre guérilla durent de 1861 à 1867, et sont ponctués de maints faits d’armes et petites victoires. L’une des plus belles pages de ce corps d’élite n’est pourtant pas au combat, mais en cœur de l’épidémie : en août 1867, le choléra frappe la ville d’Albano. Les habitants se sont calfeutrés, et les corps des victimes sont jetés en pleine rue, sans sépulture. Un détachement de zouaves, passant par la localité, se met à ensevelir les cadavres et à porter secours aux malades. Animée du plus bel esprit de charité chrétienne, la quasi-totalité des zouaves et de leurs officiers va se porter volontaire pour se rendre à Albano et secourir son prochain, suscitant l’admiration de tous.

L’autre grande prouesse des zouaves, durant cette période, est la victoire remportée à Mentana contre les troupes de Garibaldi, le 3 novembre de la même année. Le combat se déroule dans les bois et les vignes pentues, et oppose la jeune armée papale à près de 10 000 garibaldiens, retranchés dans le village et le château, et sur les hauteurs. Les zouaves se lancent à l’assaut et, au terme d’une journée de violents affrontements, forcent les ennemis à la retraite. Garibaldi perd près de 1 000 tués, et 1 500 prisonniers, tandis que les zouaves, qui ont mené le plus gros des combats avec le corps expéditionnaire français3, comptent 28 morts. Cette belle victoire met un coup d’arrêt aux incursions de Garibaldi et de Victor-Emmanuel, mais ne marque malheureusement pas la fin des hostilités.

Fin des zouaves et derniers coups d’éclat

Tout bascule avec l’entrée en guerre de la France contre la Prusse, le 19 juillet 1870. Victor-Emmanuel, en échange de son soutien à Napoléon III, demande le départ du corps expéditionnaire français, envoyé pour protéger le pape d’une nouvelle invasion. Cette demande est d’abord refusée, mais le 5 août le corps est rappelé, sans que l’Italie n’entre en guerre du côté de la France. Victor-Emmanuel a les mains libres pour envahir les Etats pontificaux, et assemble une armée de 70 000 hommes, contre les 9 000 soldats du Pape. Les Italiens attaquent Rome le 20 septembre, défendue avec rage par les zouaves. Le combat est perdu d’avance, et Pie IX ordonne la fin des combats pour épargner le sang. Le Pape est retenu au Vatican, et son armée dissoute, avec le corps des zouaves pontificaux. Les 1 200 volontaires français sont autorisés à rentrer en France, où la guerre tourne au désastre. Le second Empire est tombé après la défaite de Napoléon III à Sedan, le 1er septembre, et le gouvernement de Gambetta se lance dans la guerre à outrance contre les Prussiens. Les zouaves sont regroupés dans la Légion des Volontaires de l’Ouest, et deviennent immédiatement une unité d’élite, du fait de leur expérience et de leur remarquable discipline au combat. Ils forment un corps-franc, dotés d’une plus grande autonomie que les troupes plus régulières, et sont rattachés au XVIIe Corps d’Armée que commande le Général de Sonis. Ils sont très vite engagés au combat et se distinguent à Orléans, mais se couvrent surtout de gloire à la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870, où leur charge héroïque sauve l’armée du désastre. Afin d’empêcher une déroute et dans une tentative de repousser les Prussiens, Sonis ordonne la charge qu’il dirige lui-même avec leur chef, Athanase de Charette, alors qu’est déployée la bannière du Sacré-Cœur, avant d’être gravement blessé. L’assaut, mené dans de très mauvaises conditions, permet de faire reculer l’ennemi et donne le temps aux autres unités de se retirer en bon ordre. Ce sacrifice coûte cher aux zouaves, qui perdent 96 morts et 122 blessés sur les 300 hommes engagés, mais évite une défaite totale. Les ossements de ces chrétiens héroïques sont conservés dans la nécropole de l’église de Loigny, renommée Loigny-La-Bataille en l’honneur de ce fait d’armes, et reposent aux côtés des tombeaux des généraux Gaston de Sonis et Athanase de Charette, qui les ont si bellement menés au combat.

Les zouaves eurent à mener d’autres engagements après Loigny, mais aucun d’une telle ampleur. A la fin de la guerre, le gouvernement républicain tenta d’incorporer la Légion des Volontaires de l’Ouest au sein de l’armée, afin de mieux les contrôler. Charette refusa, la raison d’être des zouaves étant de servir l’Eglise, et non la République. La dissolution des Volontaires de l’Ouest est donc annoncée en août 1871, mettant fin à onze ans de bravoure et de sacrifices qui ont donné à l’Eglise un nouveau motif de gloire, et à la France chrétienne une cause de fierté supplémentaire.

RJ

 

Pour en apprendre plus sur les zouaves pontificaux :

Les Zouaves Pontificaux, de G. CERBELAUD-SALAGNAC

Article « L’épopée des zouaves pontificaux », de X. BARTHET, Le Sel de la Terre, n°81

Les Zouaves Pontificaux, de M. de CHARETTE

 

1 Les Guides du comte de Bourbon-Chalus

2 Certains font figures de saints, tel Joseph-Louis Guérin, séminariste nantais mort après deux mois de souffrances causées par ses blessures. Une quarantaine de guérison miraculeuses lui sont attribuées dont la guérison d’une aveugle.

3 L’attitude de Napoléon III dans les guerres d’unification de l’Italie est assez étonnante, virevoltant entre soutien aux révolutionnaires et aide militaire au pape.

 

Actualités culturelles

  • Cîteaux (Côte-d’Or, France)

Fondée en 1098 par Robert de Molesmes, l’abbaye de Cîteaux connaît des débuts difficiles, ayant au départ très peu de recrues. C’est l’arrivée, en 1113, du jeune Bernard de Fontaine, futur Bernard de Clairvaux, accompagné d’une trentaine d’autres recrues, qui permet de mettre en valeur le tout nouvel ordre cistercien. C’est à la fin du XVIIe siècle qu’est construit le définitoire, destiné à accueillir le chapitre général réunissant une fois par an les abbés de tous les monastères cisterciens d’Europe. Il s’agit donc d’un lieu de gouvernement essentiel pour l’ordre qui y prenait ses principales décisions. Fragilisé par un incendie au XIXe siècle et aujourd’hui désaffecté, le bâtiment de 80 mètres de long menace ruine ; cette situation a poussé les moines actuels à lancer une campagne de restauration qui devrait s’achever en 2032. Les aides ne manquent pas pour ce projet d’une ampleur considérable : ancien cellier de l’abbaye de Cîteaux, le château du Clos de Vougeot a organisé une vente aux enchères unique de ses vins bourguignons pour venir en aide aux religieux. Les moines eux-mêmes ont réalisé une vente de fromages en ligne au profit de la restauration de leur définitoire : fabriqué a partir du lait des 70 vaches montbéliardes de l’abbaye, le « Cîteaux » pourrait se comparer a un petit reblochon.

Grâce à ces aides ainsi qu’à celles de l’Etat, de la région et du département, la première pierre a pu être posée le 21 mars dernier, pour la plus grande joie de tous. L’objectif est d’installer dans le définitoire rénové un centre d’études et de recherches sur les cisterciens ainsi que le centre européen pour le rayonnement de la culture cistercienne ; des expositions temporaires et permanentes investiront également les lieux. Jusqu’à la fin de l’année, chacun peut encore participer à la souscription publique lancée par la Fondation du patrimoine en soutien à cette restauration majeure. 

 

  • Danemark
    Publié le 3 mars 2025 dans le Oxford Journalnof Archeology, un article de l’archéologue danoise Cecilie Brons vient révolutionner notre connaissance des marbres antiques : en effet, au cours d’une étude qu’elle effectuait sur la polychromie des sculptures antiques, la chercheuse a mis au jour des textes révélant l’usage de parfums pour enduire certaines œuvres. Il s’agit là d’un élément de « décoration » olfactif qui consistait à enduire les statues cultuelles (et plus rarement des représentations d’empereurs ou d’impératrices) d’huiles végétales parfumées (le plus souvent à la rose) : ce traitement rituel permettait de donner encore davantage aux œuvres l’apparence d’un dieu ou d’une déesse. Certains les ornaient également de couronnes de fleurs fraîches. A l’expérience visuelle de la sculpture s’ajoutait donc une expérience olfactive que l’on imagine difficilement de nos jours. Un élément inconnu de ce que l’on pourrait appeler « l’histoire olfactive » qui donne une meilleure connaissance de l’usage des parfums dans l’Antiquité !

 

  • Fontevraud (Maine-et-Loire)

Inauguré en 2019, le projet « A toutes volées » prévoyait de reconstituer la sonnerie du beffroi de l’abbaye royale de Fontevraud. En effet, fondues en 1792 en vue d’être transformées en monnaie, les six cloches de l’abbaye n’avaient jamais été rétablies et l’abbaye s’était tue pour plus de deux siècles. Cette situation est désormais révolue : après Aliénor, Richard, Pétronille, Gabrielle et Julie, une dernière cloche (le bourdon), nommée Richard, a enfin retrouvé sa place le 7 avril dernier. Haute de deux mètres et pesant 4,5 tonnes, elle constitue la plus grande et la plus lourde cloche de l’ensemble. Portant le nom de Robert d’Arbrissel, fondateur de l’abbaye royale de Fontevraud, le bourdon sonne un SOL 2. Fondues par la fonderie Cornille-Havard de Villedieu-les-Poêles, les cloches rendent chacune hommage à une figure illustre de l’abbaye. Constituée d’une structure en bois du XIIIe siècle, la chambre des cloches est malheureusement trop fragile pour accueillir le nouvel ensemble : les six petites nouvelles sont donc réparties dans les jardins de l’abbaye.

 

  • Jérusalem (Israël)

Suite à un accord entre les trois confessions gardiennes de la basilique du Saint-Sépulcre, des travaux de restauration ont enfin pu être entrepris depuis 2022 en vue de rénover le dallage du lieu, de résoudre les problèmes d’humidité et de refaire le système électrique. Cette campagne de travaux est bien évidemment accompagnée de fouilles archéologiques dont les résultats sont loin d’être décevants. En effet, les archéologues de l’Université Sapienza de Rome, chargés du chantier, ont récemment découvert les traces d’un jardin sous le sol de la basilique : les analyses archéobotaniques et polliniques ont révélé la présence d’oliviers et de vignes datant d’environ 2000 ans, probablement de la période préchrétienne. Or, l’Evangile le précise bien, Jésus a été crucifié et inhumé dans un jardin : « A l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. A cause de la préparation de la Pâque juive, et comme le tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus. » (Jean, 19, 41-42). Des recherches antérieures avaient déjà révélé que la zone où a été construite la basilique se trouvait en dehors des murs de la ville à l’époque de Jésus, et qu’on y trouvait par endroits d’anciennes carrières dans lesquelles auraient pu être creusés des tombeaux.

 

 

Ma bibliothèque

LA TOUTE PETITESSE ou LA VIE IN IPSA – Marie de Fiesole – Résiac – 120 p. – 2007

Après avoir découvert la vie de Mademoiselle de Sainte-Preuve, présentée dans notre FA 51, tous ceux qui ont été touchés par cette vie admirable et qui veulent approfondir cette spiritualité chercheront les derniers exemplaires encore disponibles de ce petit livre. Loin de s’opposer à la méthode de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, ces pages lui donnent une intensité et une profondeur admirable. Un vrai trésor spirituel.

 

ECRANS, UN DESASTRE SANITAIRE – Il est encore temps d’agir – Servane Mouton – Gallimard -Coll. Tracts – 64 p. – février 2025

L’auteur a coprésidé la commission d’experts sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans en mai 2024. Voici donc un document reconnu dans le monde public et officiel qui expose les retours des professionnels du monde professionnel infantile sur les « effets des technologies de l’information et de la communication ». « Nous appelons de nos vœux la prise de conscience de ce désastre sanitaire qui s’annonce et déjà se constate. Il n’est pas trop tard, mais il est plus que temps. »

Un petit livre qui fait le tour de la question.

 

POUR NOTRE MERE LA SAINTE EGLISE – Dossier doctrinal et spirituel – Pèlerinage de Pentecôte et Jubilé de Rome – 130 p. – 2025

Comme chaque année, les pèlerins trouveront dans ce petit livret, facile à emporter partout, de nombreux textes propres à la réflexion ou à la méditation. Cette année, il a la particularité de pouvoir aussi être utilisé pour le pèlerinage du Jubilé à Rome. Ces textes courts et rigoureusement choisis complèteront un guide plus touristique.

 

RICHESSES DE ROME – Itinéraires Culturels et Spirituels – Dominique Perrin – 288 p. -2015 – réimp. 2025

La réimpression de ce guide paru pour la première fois en 2015 est prévue pour juin 2025. Très apprécié lors de sa première parution, il a l’avantage d’avoir été écrit par et pour les catholiques avides de retrouver leurs racines dans la Ville éternelle. L’auteur apporte des conseils pour plus de 40 lieux de visites, des plus prestigieux aux plus méconnus sans oublier le sens spirituel, l’histoire et les traditions culturelles à partir des textes de l’Évangile.