Le martyr

Ouvrons notre martyrologe, et parcourons -en les fêtes. Le 21 janvier est fêtée sainte Agnès, vierge morte à l’âge de 13 ans ; au 18 mai est fêté saint Venant, au 7 juin sainte Blandine et ses compagnons, au 3 août saint Étienne, au 27 septembre saints Côme et Damien, au 27 novembre saint Jacques, au 13 décembre sainte Lucie. Ce ne sont là qu’une infime partie des saints que l’Eglise honore du titre de martyr, c’est-à-dire de « Témoin ». Ils sont d’âges et de condition sociale divers, jeunes ou vieux, pauvres ou riches, mais tous ont en commun d’avoir été mis à mort en raison de leur amour pour Dieu. Ils sont, pour beaucoup, d’une autre époque, mais n’en restent pas moins extraordinairement actuels. Beaucoup sommes-nous à les admirer comme des personnages d’un autre monde, un peu à la manière des héros des fictions modernes, sans chercher davantage à les imiter ou à apprendre de leur vie. La grandeur de leur amour pour Dieu les éloigne de nous, alors qu’elle devrait nous aspirer vers le Ciel. Attardons-nous donc un instant sur ce personnage du martyr en commençant par le définir, puis en l’opposant à la vision de religions et idéologies non chrétiennes, et enfin en rappelant certains points sur l’acte du martyre.

 

Qu’est-ce qu’un martyr ?

Le terme tire son étymologie du grec « marturos » : « témoin1 ». On parle jusqu’au XIème siècle de « martre », que l’on retrouve en toponymie dans le mot Montmartre : mont des martyrs. La forme finale de martyr est ensuite préférée pour éviter toute confusion avec l’animal.

Le martyr est l’homme qui, en haine de Dieu et de ses vertus (Vérité, Justice, …), est mis à mort, ou subit des souffrances qui auraient dû le faire mourir : saint Jean est par exemple appelé martyr alors qu’il est mort de vieillesse, mais il a auparavant miraculeusement survécu à un bain d’huile bouillante. Dans l’antiquité de l’Eglise, seuls les martyrs étaient considérés comme saints, ayant prouvé à travers les souffrances inouïes des persécutions leur véritable amour de Dieu. Il existe deux types de martyrs, si l’on peut ainsi dire. Les premiers sont ceux qui, avant d’être mis à mort, supportent les souffrances infligées par leurs bourreaux sans renier leur amour de Dieu. L’Histoire regorge d’exemples extraordinaires et édifiants de ces chrétiens restés fermes dans leur Foi malgré les cruautés extrêmes de leurs persécuteurs. Les seconds sont les chrétiens qui, tués en haine de Dieu, n’ont pas à proprement parler à défendre leur Foi. Leurs bourreaux ne cherchent pas à les faire renier, mais simplement à les éliminer parce que chrétiens. Dans ce cas, le titre de martyr leur est également attribué s’il est attesté qu’ils ont, sans doute possible, accepté de mourir pour Dieu.

 

Le martyr chez les non-chrétiens

Dans sa Somme théologique2, saint Thomas d’Aquin s’interroge sur l’acte de martyre, et met en lumière le côté à la fois héroïque et surnaturel de cet acte. Tout le monde reconnaît que l’homme prêt à mourir pour une cause est digne de louange et de respect, puisqu’il fait le don de sa vie là où tant d’autres préfèrent abandonner et sauver leur peau. Mais il serait injuste de ne voir dans le martyr qu’un simple héros parmi tant d’autres, mort pour une cause humaine, éphémère et parfois immorale. Le héros humain meurt en effet par amour de la patrie, par amour de l’autre, par amour de l’honneur ou encore par amour du danger, tandis que le martyr meurt par amour pour Dieu et de ce qui s’y rapporte. Les deux buts sont infiniment éloignés, et le moindre martyr dépasse ainsi le plus grand des héros : « Le martyre est par nature le plus parfait des actes humains, comme témoignant de la plus grande charité »3. Le spectacle des légions de chrétiens morts en saints pour l’amour de Dieu n’a pas manqué de frapper les non-croyants, à tel point que le terme même de « martyr » se retrouve couramment pour désigner soit un homme qui donne sa vie pour une cause, soit un homme soumis à de très grandes souffrances. Le dictionnaire universel de Furetière, de 1690, définit ainsi le « martyr » pour les non-chrétiens : « se dit abusivement des hérétiques et des païens qui souffrent pour la défense de leur fausse religion, et qui se sacrifient à leurs idoles ».

 

Le titre de « martyr » a cela de commode, pour les non-chrétiens, qu’il permet surtout de donner une légitimité à une idéologie. Par exemple, le Parti Communiste français n’a cessé de mettre en avant ses « martyrs » morts pendant la Résistance, soi-disant pour la défense de la France et des français, justifiant ainsi les assassinats faits sur ordre et occultant les sabotages effectués contre l’armée française au début de la guerre, sur ordre de Moscou. Le contraste est encore plus flagrant si l’on se penche sur la notion de martyr telle quelle est utilisée dans une religion comme l’Islam. « Martyr » revêt de multiples sens, le premier désignant l’homme « qui meurt ou se blesse et meurt de sa blessure dans une bataille menée pour la cause d’Allah »4. Les autres s’appliquent à différents types de morts telles que la maladie, l’écrasement sous les décombres, la mort en défendant ses biens, etc… On pourrait presque résumer en donnant le titre de martyr à tout musulman qui décède.

Il ne faut en définitive pas confondre la vertu de Force, qui nous est une grâce de Dieu, avec la force humaine, fruit du caractère de chacun et d’efforts purement humains. Le seul vrai martyr est chrétien, les autres ne le sont que par abus de langage ou détournement de sens.

 

Devenir martyr

Selon une étude publiée en janvier 2022 par l’ONG Portes Ouvertes, plus de 360 millions de chrétiens sont persécutés à travers le monde, soumis à des atteintes allant de « l’oppression quotidienne discrète » (vexations, interdits divers5)  aux « violences les plus extrêmes » (mort6). Les chiffres officiels de 2021, ne comptant que les cas documentés, recensent pour cette année 5.898 meurtres de chrétiens, tués en raison de leur religion. La probabilité d’être mis à mort pour sa Foi reste faible, en fonction du pays où l’on se trouve, mais existe bien. L’assassinat du Père Hamel en 2016, en Seine-Maritime, est frappant justement parce qu’il est comme une exception chez nous. Cependant, malgré sa relative rareté, le martyre doit rester comme une balise pour le chrétien. Il est, en effet, nous l’avons déjà dit, l’expression la plus parfaite de l’amour de l’homme pour son Créateur : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime »7.  

Il en résulte que le chrétien doit être prêt, à tout instant, à donner sa vie par amour de Dieu ; autrement, sa Charité serait-elle sincère ? « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera »8, nous rappelle Notre Seigneur. La réaction naturelle du chrétien peut alors être l’appréhension, la crainte de ne pas aimer assez Dieu, la peur de reculer par amour de la vie. C’est oublier que le martyre est une grâce donnée par Dieu, qui ne donne jamais d’épreuve au-dessus de nos forces, sans nous procurer son soutien : « Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces »9. Le martyre ne dépend donc pas d’une quelconque force humaine. Il suffit de lire quelques pages du martyrologe pour trouver des exemples d’enfants, de jeunes gens et jeunes filles qui,  timides et faibles d’apparence, ont subi des souffrances indescriptibles sans renier Dieu. Le plus dur, pour la nature humaine blessée, est de saisir cette grâce divine et de la laisser agir en nous.  

 

Cela signifie-t-il qu’il suffit d’attendre la grâce de Dieu, et de laisser faire ? Ce n’est bien évidemment pas le cas, car la grâce ne peut agir si elle ne trouve un terreau favorable dans l’âme choisie. Il est difficile, même si rien n’est impossible à la grâce, de rester ferme devant les bourreaux si l’on ne s’est jamais rien refusé, si l’on n’a développé un certain amour de Dieu et une certaine endurance à la pénitence et à la souffrance, un certain amour de la Vérité et des choses du Ciel. Nous ne sommes pas tous appelés à témoigner, au prix de notre vie, de notre Foi devant les ennemis de Dieu, mais nous ferions de bien piètres chrétiens si nous ne nous y préparons un tant soit peu, chacun selon nos capacités. La grâce de Dieu pourvoira au reste, pourvu que nous n’y mettions pas d’obstacles.

 

Les siècles ont passé depuis le temps des catacombes et des chrétiens jetés en pâture aux bêtes du cirque, mais chaque époque compte son lot de martyrs et de témoins du Christ. C’est aujourd’hui au Moyen-Orient et en Asie que l’Eglise souffre le plus : pouvons-nous affirmer que ce ne sera pas demain au tour des pays d’Europe ? Dieu nous en garde, mais Lui seul décide de nos épreuves. Si le moment vient pour nous de témoigner de notre Foi et de notre amour de Dieu, que ce soit veillant et prêts à recevoir la grâce du Créateur, tels les serviteurs de la parabole que le Maître trouve debout à son retour. Faisons notre part, Il fera la sienne : « les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire ».

 

Un animateur du MJCF

 

1 A ne pas confondre avec « Martyre » : le « témoignage »

2 2nda 2ndae, q.124

3 2nda, 2ndae, q.124 art.3

4 http://www.3ilmchar3i.net/article-la-signification-du-martyr-chahid-89224564.html

5 NDR

6 NDR

7 Jean, XV, 13

8 Marc, VIII, 35

9 1 Cor. X, 13

 

La spiritualité orientale ou la mort cérébrale

           A l’ère de la mondialisation, il est devenu banal de délocaliser la production des biens dans les pays d’Asie. Le « Made in China » est depuis plusieurs années la norme, et l’Occident imbu de matérialisme y trouve bien son compte. Ce matérialisme, conséquence logique de l’athéisation systématique des sociétés modernes, ne satisfait cependant pas l’être humain, qui est par nature matériel mais aussi spirituel. En même temps que ses smartphones, T-shirts et ordinateurs portables, il importe la multitude hétéroclite des religions, philosophies, arts martiaux et pratiques médicinales de l’Extrême-Orient. Dojos, salons de massage Reikis, cours de yoga, Feng Shui et ouvrages du Dalaï Lama proposent à tous un modèle de paix intérieure, d’harmonie universelle, de fraternité humaine qui séduit l’homme moderne, sans Dieu et sans repères, mais aussi nombre de catholiques qui y trouvent une sorte de complément ou de ressemblance avec la religion chrétienne. Qu’en est-il réellement ? Cette spiritualité orientale est-elle vraiment, comme elle le prétend, la solution aux souffrances humaines ? Tâchons, pour y répondre, de définir ce que l’on entend par ce sujet vague, tout en observant son impact dans notre monde occidental.  

Deux pensées, une technique

  On ne peut comprendre le terme général de « spiritualité orientale » que si l’on se penche sur ses deux principaux composants : l’hindouisme et le bouddhisme. Tous deux synthétisent l’ensemble de cette spiritualité vieille de près de trois mille ans et aux variations multiples. Cette première approche nous permettra ensuite de nous intéresser à la question de la méditation et du yoga.

Hindouisme et bouddhisme

  L’hindouisme naît d’une fusion entre le védisme, religion polythéiste traditionnelle de l’Inde, et le brahmanisme, religion/philosophie panthéiste du « Tout Être », ou du « Tout Dieu ». Il se base sur les trois principes du Brahma (toute chose est une parcelle de l’Être : d’où le panthéisme), du Karma (tout acte lie l’âme au corps), et du Samsara (la réincarnation de l’âme). L’âme doit se fondre dans le Tout Être, mais est retenue par sa réincarnation constante, conséquence des actes (bons ou mauvais) qu’elle pose. Pour libérer l’âme de sa prison charnelle, il faut parvenir à supprimer les désirs d’individualité de l’âme pour la fondre dans la masse du Tout, il faut éviter tout acte qui attacherait l’âme au corps. L’âme s’identifie alors au Brahma. Cette religion est, avec un peu plus d’un milliard de fidèles, la troisième au monde derrière le christianisme et l’islam.

  Le bouddhisme est quant à lui une remise en question de l’hindouisme et de son incapacité à résoudre le problème du mal et de la souffrance. Il est fondé par Siddartha Gôtama qui, après cinq ans d’ascèse extrême pour parvenir au Brahma, reçoit comme une illumination : la solution à la souffrance n’est pas de mettre fin au désir en s’identifiant au Tout Être, mais plutôt de mettre fin au désir tout court : l’hindouisme conserve en effet dans le Brahma un but vers lequel tend la volonté. Gôtama, devenu le Bouddha (« l’Eclairé »), supprime simplement le Brahma. Le but à atteindre n’est alors rien d’autre que la fin pure et simple du désir, par l’identification de l’être dans le néant, le Nirvâna1. Avec « seulement » six cent millions d’adeptes, le bouddhisme est la quatrième plus grande religion au monde, mais son influence touche un nombre bien plus grand de personnes, nous le verrons plus tard.

Méditation et yoga

  Voici la définition que donne le Robert de la méditation : « Réflexion qui approfondit longuement un sujet ». Cela implique donc d’ouvrir son intelligence à l’objet que l’on cherche à connaître, de vouloir pénétrer son essence même afin d’en connaître les moindres caractéristiques. Or dans l’hindouisme comme dans le bouddhisme, la méditation a pour but de fondre l’âme dans le Grand Tout (Brahma) ou le Grand Rien (Nirvana). Ce n’est donc plus l’objet qui doit se fondre dans le sujet, mais tout le contraire. Il n’y a donc pas « méditation », mais plutôt « annihilation ». Cet état de mort cérébrale où l’intelligence doit être mise en veille est permis par la méthode du yoga.

« Le yoga2, nous dit l’Encyclopedia Universalis, est une technique de salut originale qui se propose de libérer l’âme de sa condition charnelle par l’exercice de techniques psychiques et corporelles ». Différentes formes existent en fonction du degré d’avancement dans le Brahma, mais toutes ont pour but cette suspension de l’être, que l’on retrouve dans l’hindouisme comme dans le bouddhisme. Les exercices physiques et respiratoires qui le composent, et dont nous connaissons tous quelques postures (appelées âsanas), visent à rassembler l’énergie contenue dans les chakras (récepteurs nerveux du corps) pour la projeter dans la méditation d’un objet, jusqu’à se fondre en lui : c’est l’étape du Samâdhi, ou enstase (par opposition à l’extase), où le yogi abandonne son caractère d’individu pour se fondre dans le Grand Tout Cosmique. Il en est de même pour le Zen, technique japonaise similaire au yoga, à l’exception que l’objet de la méditation est le néant lui-même (le ). Dans tous les cas, le sujet implose en se coupant au monde qui l’entoure et avec lequel il refuse toute interaction. En cela il est totalement opposé à la méditation et à la prière chrétienne, qui visent à s’ouvrir à Dieu. En cherchant à éliminer le Soi, l’Être, hindouisme et bouddhisme font de l’égoïsme un absolu car ils éliminent toute possibilité d’aimer, l’amour étant une relation sensible de bienveillance entre deux êtres. En sachant cela, quelle n’est pas notre surprise lorsque nous voyons se multiplier autour de nous les cours de méditation transcendantale, les séances de yoga et toutes ces pratiques qui se réclament fièrement de l’Extrême-Orient.

L’Extrême-Orient en Europe, ou le « Prêt à prier »

  La spiritualité orientale n’a pas eu beaucoup de mal à s’infiltrer dans une Europe décadente. La déchristianisation active a créé un vide que l’athéisme républicain ne peut évidemment combler.  Révoltés par la vue des inégalités extrêmes, de la souffrance, de la folie destructrice de l’Homme, nos contemporains ne peuvent qu’être séduits par le message de paix, d’harmonie universelle et de compassion porté par des personnages comme Mahatma Ghandi ou le Dalaï Lama. La spiritualité orientale s’est adaptée de manière remarquable à notre société, mais n’en demeure pas moins totalement opposée au message de l’Eglise.

L’omniprésence du Grand Tout

  Les différences sociales et culturelles entre Orient et Occident ont donné en Europe une version édulcorée de l’hindouisme et du bouddhisme. Les mythes et superstitions de l’Inde ne convainquent pas l’européen moyen, mais il s’avère cependant très réceptif à la philosophie mystique qu’il découvre dans ses séances hebdomadaires de yoga et ses thérapies exotiques. Le yoga qu’il pratique est le Hatha Yoga3. Il apprécie la paix qu’il y trouve après une dure journée de travail et de stress, en faisant le vide dans son esprit, en laissant de côté le monde bruyant, en se concentrant sur son Moi interne… Il suit la douce voix de l’initiateur qui l’invite à ouvrir ses chakras, à se fondre dans l’immensité de l’Univers. Il peut aussi de temps en temps, s’adonner à quelques séances de Reiki4, sur les conseils avisés et bienveillants de son médecin. Allongé sur sa table de massage, à côté d’un Bouddha bonhomme et somme toute sympathique, au milieu de la douce odeur de l’encens se consumant, il laisse un praticien lui transmettre l’énergie cosmique qui saura lui apporter la paix intérieure. Il n’est pas hindouiste ou bouddhiste pour un sou, mais il apprécie cette béatitude que créent en lui ces séances. Il continuera sa vie tranquillement, mais n’en sortira pas vraiment inchangé. 

La réponse chrétienne

  La spiritualité orientale, sous quelque forme que ce soit, mène à la mort de l’intelligence et rend impossible le moindre acte de charité. Comment en effet pourrai-je aimer l’autre si je nie ma propre identité, ma propre existence ? Bouddhisme et hindouisme coupent irrémédiablement l’Homme de Dieu en l’illusionnant sur sa participation au Grand Tout, en faisant de tout être une parcelle de la divinité. Pour ce qui est du yoga, même édulcoré, l’adepte s’enferme dans un égocentrisme néfaste mais se convainc également que le chemin vers le bonheur peut se faire via une technique humaine, éliminant totalement l’action de Dieu : l’Homme est seul maître de son destin, et peut parvenir seul au « Paradis », si tant est qu’on peut donner le nom de Paradis à un état d’anéantissement de l’âme. Quelle différence avec le christianisme ! Le yogi se replie sur soi pour éviter la souffrance, alors que le chrétien s’ouvre entièrement à Dieu et s’unit à Lui par la Croix et les sacrifices. Le yogi attend tout de lui-même, le chrétien attend tout de Dieu. Le yoga n’a donc rien à voir dans la vie du chrétien. Pour ce qui est du Reiki et des thérapies qui s’en approchent, il faut s’en garder comme de la peste : on ne peut pas naïvement penser être protégé de l’influence panthéiste et mortelle qu’elles véhiculent. Gardons bien à l’esprit que ce n’est pas parce que cela fait du bien que c’est bon5.

Un peu comme le catharisme, la spiritualité orientale est une mise en principe de l’anéantissement de l’être. Pour échapper au mal, il suffirait simplement de ne plus exister, de mettre fin au désir. Il n’est pas étonnant alors de constater l’état de misère sociale, spirituelle et physique de l’Inde encore aujourd’hui, et l’on ne peut que frémir en voyant cette spiritualité devenir chaque jour plus présente sur le sol jadis chrétien de notre vieille Europe, bernant jusqu’aux plus hautes sphères de l’Eglise : le pape Paul VI déclara lui-même que « l’Eglise considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui […] apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes6 ». Qu’y a-t-il d’étonnant alors à ce que nombre de chrétiens regardent avec complaisance cette religion de mort, et s’adonnent à la fausse méditation du yoga ?

Plutôt que d’écouter les sirènes trompeuses du néant, restons à l’école de Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie. Loin de l’orgueil humain qui se croit maître de son bonheur et rejette la souffrance, faisons nôtres ces paroles du Général de Sonis, admirables de soumission à la volonté divine et à sa Croix :

« Ô Jésus ! Que votre main est bonne, même au plus fort de l’épreuve ! Que je sois crucifié, mais crucifié par Vous. »

Un animateur du MJCF

 

Sources :

Savoir et Servir n°73 : Prière ou superstition

Le Jubilé, www.seminaire.econe.com

Jacques Verlinde : Du gourou à Jésus

 

Aimer la France

           « Le peuple qui a fait alliance avec Dieu aux Fonts Baptismaux de Reims se repentira et retournera à sa première vocation. Les mérites de tant de ses Fils qui prêchent la vérité de l’Evangile dans le monde presque entier et dont beaucoup l’ont scellée de leur sang, les prières de tant de saints qui désirent ardemment avoir pour compagnons dans la Gloire Céleste les frères bien-aimés de leur patrie, la piété généreuse de tant de ses Fils, qui, sans s’arrêter à aucun sacrifice, pourvoient à la dignité du clergé et à la splendeur du culte catholique, et, par-dessus tout, les gémissements de tant de petits enfants qui, devant les Tabernacles répandent leur âme dans les expressions que Dieu même met sur leurs lèvres, appelleront certainement sur cette nation les miséricordes Divines. Les fautes ne resteront pas impunies, mais elle ne périra jamais, la Fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de tant de larmes. Un jour viendra, et nous espérons qu’il n’est pas très éloigné, où la France, comme Saül sur le chemin de Damas, sera enveloppée d’une Lumière Céleste et entendra une voix qui lui répètera : « Ma Fille, pourquoi Me persécutes-tu ? ». Et, sur sa réponse : « Qui es-tu, Seigneur ? », la voix répliquera : « Je suis Jésus, que tu persécutes. Il t’est dur de regimber contre l’aiguillon, parce que, dans ton obstination, tu te ruines toi-même. » Et elle, tremblante, étonnée, dira : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Et Lui : « Lève-toi, lave-toi des souillures qui t’ont défigurée, réveille dans ton sein les sentiments assoupis et le pacte de notre alliance, et va, Fille Aînée de l’Eglise, nation prédestinée, vase d’élection, va porter, comme par le passé, Mon Nom devant tous les peuples et devant les rois de la Terre ». (Saint Pie X)

 

  L’image défigurée que présente notre pays, tant dans ses institutions que dans le rayonnement mondial perverti qu’il exerce, ne doit pas nous faire oublier l’immense héritage dont nous sommes dépositaires ! Avant d’être une république laïque antichrétienne, la France est toujours et encore la fille aînée de l’Eglise et la créatrice de la civilisation chrétienne. Les péripéties du moment présent ne doivent pas occulter ce passé qui nous oblige.

  « Heureux comme Dieu en France » disait-on sous saint Louis. N’oublions pas que pendant des siècles, la France, baptisée à Reims, défendit la civilisation chrétienne. On peut même dire que le modèle de la civilisation chrétienne trouve son origine en France. C’est tardivement que les valeurs maçonniques de la révolution se sont imposées à notre pays et c’est avec difficulté qu’elles ont pénétré le « pays réel ». En 1871, la chambre était encore à majorité monarchiste !

  Pour nous Français, beaucoup de choses semblent aller de soi. Des affaires aussi variées que la pratique de notre religion, l’ordre, le respect des faibles, les magnifiques édifices qui nous entourent, les calvaires, la richesse de notre histoire constituent un environnement auquel nous sommes sûrs d’avoir droit. Il nous paraît naturel d’être les fils de saint Louis et de sainte Jeanne d’Arc, nous trouvons normal que des fidèles du monde entier se rendent à Lourdes, nous ne sommes pas étonnés d’apprendre que le message du Sacré-Cœur a été donné à Paray le Monial, de voir que la Vierge a parlé à des enfants à Pontmain il y a 150 ans. Nous appartenons à la patrie des arts des armes et des lois et nous trouvons naturel de voir notre civilisation, nos styles architecturaux imités dans tout l’occident.

Tous ces saints sont certes une immense richesse pour la France mais il est certain qu’eux aussi ont dû leur richesse et certainement leur sainteté à la France ! Sainte Jeanne d’Arc ne peut se concevoir qu’en France, comme membre de la fille ainée de l’Eglise !

Remercions Dieu pour cet immense privilège ! Si – comme le dit le père Sertillange – chacun doit donner à sa patrie les droits d’une mère2, reconnaissons que, pour nous Français, c’est particulièrement facile !

  Les ennemis de la civilisation chrétienne ont eu beau laïciser les institutions, réduire nos racines à 1789 – allant jusqu’à nier à la France ses racines chrétiennes ce qui est un comble ! – et métisser massivement son peuple avec des populations musulmanes étrangères à l’héritage français, notre patrie, la terre de nos pères demeure ! De dignes successeurs sont toujours sortis de nos rangs pour défendre le bien. Des Vendéens aux poilus de 14, en passant par les zouaves pontificaux, les missionnaires, les officiers refusant de participer aux inventaires, toujours des Français se sont levés pour la civilisation chrétienne ! La grande majorité des ordres missionnaires a d’abord vu le jour en France pour se répandre ensuite en Europe ! Soyons dignes de cet héritage dont nous devons être fiers !

  Mais me direz vous, comment aimer cette France que nous ne voyons que défigurée ?

Bien entendu en faisant tout ce que nous pouvons pour la restaurer – mais ce sujet vaudrait un article – mais d’abord, pour nous parents, en la connaissant et en la faisant connaître à nos enfants.

Un héritage inconnu n’a pas de valeur. Nous pouvons être propriétaire de tout l’or du monde, si nous ne le savons pas, nous ne pourrons le faire fructifier ! Il en est de même pour notre patrie.

Nos familles doivent être passionnées de la France ! Cela doit apparaître dans nos conversations, nos activités, notre militantisme. Ne nous renfermons pas sur nous, nous sommes de la patrie de Clovis, de Louis, de Jeanne, de la terre des bâtisseurs des cathédrales, des croisés, des missionnaires qui ont répandu notre foi dans le monde entier ! Jusqu’à la guerre de 14 on parlait français dans toutes les cours d’Europe ! Les poilus de 14 sont nos pères ! Nous sommes de la même patrie !

  Il nous faut connaître et être fidèle à cet héritage, en pratiquant les vertus de nos pères et étant bien conscients que nous appartenons à l’histoire de notre pays… Imprégnons-nous de cet héritage, complétons nos connaissances par une appropriation physique de ce legs, comprenons et pratiquons les vertus qui en ont été la source ! Nos cathédrales, nos châteaux, nos villages, nos marchés, nos champs de batailles sont autant de témoins des qualités de notre civilisation chrétienne. Je ne crois pas qu’il existe un pays où furent érigés autant de calvaires que dans le nôtre et pourtant, quel acte de piété que  bâtir un calvaire ! Quel témoignage pour notre temps ! Et quel crime de l’oublier !

 

Clovis Lefranc

1 Le père Sertillange

2 « Tes pères et mères honorera afin de vivre longuement » nous dit le 4ème commandement…

 

Mon enfant peut-il travailler dans le domaine de la santé?

Faisant écho à l’article « Mon enfant peut-il faire Sciences-po ? » paru dans un dernier numéro de « foyers ardents »1, l’application au domaine de la santé peut sembler plus simple. « Oui évidemment », « La santé est un domaine de choix pour un catholique », « Il aura toujours le choix de soigner comme il convient », ou encore « N’est-ce pas un excellent moyen de toucher les cœurs que de soigner les corps ? ». 

Ces réponses trop rapides méritent quelques éclaircissements, car ce n’est pas si simple.

Ces lignes ne se veulent pas un exposé des différentes filières de la santé, mais plutôt une réflexion sur des principes qui doivent guider le futur professionnel de santé catholique pour déterminer ce qu’il peut ou ne peut pas faire, depuis le début de ses études jusqu’à son exercice professionnel.

Ce qui a été dit des « grandes écoles »1 s’applique parfaitement aux IFSI et IFAS (Instituts de Formation en Soins Infirmiers ou Aide-Soignants) ou aux facultés de médecine : dispensation d’un enseignement fortement idéologique et politiquement correct, sanitairement correct ; risque de se confronter à des comportements toxiques voir immoraux (les soirées d’intégration en médecine ou les soirées infirmières ont toujours été connus pour leur caractère « carabins », comprenez « portés sous la ceinture », et ceci ne va pas en s’améliorant loin de là). Ajoutons une forme de pression qui pousse à l’excellence (concours de premières années, concours de l’internat) qui requiert une volonté forte pour garder un équilibre naturel (sport, lectures, formation) et surnaturel (prière, sacrements).

Distinguons les formations théoriques et les formations pratiques sous forme de stages, souvent mêlées.

Formation théorique

Cette formation est incontournable et le plus souvent dispensée par des professeurs spécialisés dans leur discipline. Elle est encore aujourd’hui reconnue pour sa qualité.

Mais l’étudiant aura à se garder des erreurs, parfois subtiles, qui lui sont enseignées dans ses cours. On pense évidemment aux sujets comme l’avortement, la contraception, l’euthanasie, pour lesquelles il doit avoir les idées très claires. Il ne doit pas, ne peut pas, jamais, jamais. Il s’agit d’une violation directe de la loi divine. « Non possumus ».

D’autres sujets mélangent plus subtilement le bon grain et l’ivraie, et nécessitent un solide attachement à la loi naturelle et au réalisme. C’est le cas des sciences humaines, de l’histoire de la médecine, de la psychologie, pour ne citer que ces exemples. Il devra garder un regard critique et se former en parallèle avec de bons ouvrages. Il lui faudra l’humilité pour demander conseil sur ces références bibliographiques. Car là encore il faut du discernement.

Par exemple, de nombreuses ouvrages officiellement catholiques tentent de remédier à l’utilitarisme en développant ce qu’ils appellent la « norme personnaliste ». Particulièrement développée après les années 80, ils considèrent la dignité humaine comme une fin absolue. Cette « norme » peut sembler moins mauvaise que l’idéologie qui dispose de l’homme comme d’un bien consommable. Mais elle n’en est pas moins dangereuse car l’action est alors tournée vers l’homme pour l’homme, et non d’abord vers Dieu à travers l’homme. C’est en fait, remplacer la charité (aimer Dieu et son prochain pour l’amour de Dieu) par la solidarité (aimer son prochain). Notre étudiant tirera un grand profit dans la lecture de références catholiques modernes mais antérieures à la crise des années 60. On ne devrait pas faire l’économie de lire, méditer, relire et ruminer les écrits du pape Pie XII sur la santé, avantageusement réédités récemment en un recueil2. L’idéal serait de relire tous les textes de ce pontife aux médecins, infirmière, ou sage-femmes, car tous les principes y sont abordés, les grandes questions « bioéthiques » d’aujourd’hui y ont déjà été traitées.

Les stages

L’autre partie de l’enseignement est distillée sur le terrain sous forme de stages.

Les filières imposent différents stages, et on aura soin de bien les connaître en détail avant de s’y lancer. Privilégier les filières où on peut choisir soi-même les stages. Se renseigner en amont, le plus efficace étant d’appeler directement dans les services et de s’entretenir avec un autre étudiant stagiaire pour connaître tous les détails. Ne pas avoir peur de poser toutes les questions : c’est un usage courant aujourd’hui à une époque où les étudiants donnent des notes de leur terrain de stage. Ne nous privons donc pas de mener notre enquête.

Exemples. Stage de gynécologie-obstétrique : puis-je le valider en ne passant qu’en suivi des grossesses et en salle de naissance ? Bloc obstétrical : puis-je assister uniquement aux accouchements, et pas aux IMG ou aux chirurgies de stérilisation ? Stage de chirurgie : est-ce que les disciplines sont séparées ou bien toute opération y compris de gynécologie se fait dans le même bloc ? Gériatrie : y-a-t-il un secteur de soins palliatifs et quelle est l’approche des équipes médicales sur la fin de vie ? Stage chez le médecin généraliste : serai-je amené à prescrire des contraceptifs ou pourrai-je m’y opposer ?

Pour tout stage obligatoire dans une spécialité, se demander : puis-je le valider dans un service qui me permet de ne pas pratiquer un acte que la morale réprouve ? Si la réponse est non, il faut assurément chercher un autre terrain de stage. S’il n’y en a pas, il faut courageusement remettre en cause cette filière. Le principe est qu’on ne doit jamais faire le mal, y participer directement, même pour qu’en résulte un bien.

Exemple. Je dois faire un stage de gynécologie où l’on me demande de « faire une vacation d’IVG ». C’est obligatoire dans le cursus pour devenir gynécologue. Et on a besoin de gynécologues catholiques.

Si le bien que je vise, devenir gynécologue catholique, passe par la réalisation d’actes intrinsèquement mauvais (ex : l’avortement) : ce n’est pas acceptable pour un catholique. Soit j’arrive à devenir gynécologue par un autre chemin (stages validant sans pratiquer l’avortement), soit je ne dois pas faire d’études pour devenir gynécologue.

Objection. À ce titre, il n’y aura jamais plus de gynécologue catholique.

À ce jour, par la filière classique, c’est très probable.

Mais le prix à payer ne peut pas être le péché mortel commis par l’étudiant. Non possumus. Souvenons-nous que certaines professions était interdites aux premiers chrétiens car incompatibles avec la foi chrétienne. Il faut être de cette trempe, être cohérent.

Objection. Mais je ne participe pas toujours directement à l’acte mauvais. Si je suis exécutant d’un ordre, suis-je responsable ?

Il s’agit là de la coopération à un acte mauvais. Le médecin pratique un acte mauvais, les autres y coopèrent : l’étudiant l’aide, l’infirmière injecte le produit, l’aide soignante fera la toilette du patient, l’agent technique fera le ménage de la chambre. Tous n’ont pas le même degré de coopération à l’acte. Pour l’étudiant ou l’infirmière, la coopération est dite prochaine. Pour les autres elle est dite lointaine. Cette distinction permettra à un bon conseiller de bannir la première et de tolérer dans certains cas la seconde. Nous approfondirons ce point dans un prochain article sur les actes qui ont deux effets, un bon et un mauvais (Principe de l’acte à double effet).

 

Objection. « Maintenant que je suis infirmière ou interne, je ne vais quand même pas revenir à zéro et gâcher toutes ces études ». 

D’où l’importance de bien connaître ce qui peut l’être avant de se lancer dans une filière: mieux vaut prévenir que guérir.

Malgré cela, on peut se rendre compte secondairement qu’on est confronté à des actes mauvais, qu’ils nous sont imposés, ou qu’on ne l’avait pas prévu. Et on ne peut pas tout prévoir. Alors, s’il n’y a pas moyen de faire autrement, oui il faut renoncer, faire autre chose, changer de voie. Car la beauté de cette voie, la grandeur de cette mission, le bien qu’on pourrait y faire, ne justifient pas la pratique d’un seul péché mortel. Jamais. Non possumus.

Souvenons-nous de la parole célèbre de sa mère à Saint-Louis : « je préfère vous voir mort à mes pieds que coupable d’un seul péché mortel ».

 Citons aussi le cas de ce gynécologue non catholique. Sa femme obtient la grâce de sa conversion. Il arrêta alors de prescrire des contraceptifs et de pratiquer les avortements. Il mit fin à son exercice de gynécologue et s’installa en médecine générale dans une autre région, sous les railleries de ses anciens collègues et de ses proches.

Être fier de sa foi et lui soumettre toute sa vie. Toute. Savoir dire non quel qu’en soit le prix et garder confiance en Dieu pour la suite.

Que les parents et les jeunes gens soient donc attentifs au contenu précis de ses formations dans le domaine de la santé. On ne peut pas dresser une liste des filières qu’on peut suivre et de celles qu’on ne peut pas suivre quand on est catholique. Il faut les étudier toutes avec précision.

Ne partons pas du principe que « c’est comme autrefois, j’ai connu ça de mon temps » : les cursus et les obligations pour obtenir le diplôme ont changé et changent.

Et il faudra du courage pour faire comprendre en douceur à nos étudiants que telle ou telle filière n’est pas faite pour eux.

On ne peut pas se lancer dans ces filières les yeux fermés. Il faudra même les déconseiller aux jeunes gens influençables, faibles, peu préparés ou mondains. Ils auront besoin d’une forte liberté intérieure pour résister aux compromissions avec l’esprit du monde. A ceux déjà évoqués, ajoutons une forme sournoise, et croissante au fil du temps, de pression professionnelle. Entraîné vers une obligation de résultats (alors qu’officiellement, le soignant n’a qu’une obligation de moyens), le soignant est poussé à se donner toujours plus, quitte à négliger ses autres devoirs.

Donc même conclusion que pour « Science Pô » : « Des jeunes gens, fermement attachés à leur foi, nourris de lectures fortes, puisant aux sources de la philosophie thomiste, proches d’un prêtre à qui ils pourront exposer leurs doutes, attachés à leur chapelet quotidien, peuvent donc encore risquer (le mot n’est pas trop fort) cette formation »1.

              Dr L.

1 « Foyers ardents » numéro 20, mars avril 2020, pages 26-28

2 Pie XII et la médecine, éditions Clovis.

 

L’amitié

« La pire solitude est de ne pas avoir de véritables amitiés », disait le philosophe anglais Francis Bacon. Animal social, l’homme ne peut se passer de la compagnie de ses semblables dont il a à la fois besoin pour satisfaire ses besoins matériels, mais aussi et surtout pour accomplir le premier et le plus noble de ses désirs : aimer. Trouver l’être avec qui il partagera sa vie, ses pensées, son existence même est pour lui un besoin dont il a plus ou moins conscience et qu’il cherche à combler par tous les moyens. Mais comment découvrir cette personne choisie entre toutes alors qu’internet et les réseaux sociaux répandent partout le culte de l’apparence et de l’hypocrisie en allant jusqu’à donner le nom d’ami à des personnes qui ne se sont jamais vues et ne se connaissent qu’à travers le filtre trompeur de photos et d’autobiographies soigneusement choisies et maquillées à l’excès ? Dans ce monde où le mal est loué et la vertu méprisée, choisir celui qui sera le confident et le soutien d’une vie implique de redécouvrir le sens même de l’amitié. Pour ce faire, interrogeons-nous sur sa nature, sur sa grandeur et sur les dangers des fausses amitiés.

Les trois amitiés

 

Dans les livres VIII et IX de son Ethique à Nicomaque, Aristote parle de l’amitié comme étant ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre, « car sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens ». Ce qui définit l’amitié, au risque de faire une lapalissade, est « ce qui est aimable, c’est à dire bon, agréable et utile ». De ce goût du même bien va naître l’amitié, mais encore faut-il qu’il soit accompagné de la bienveillance (non au sens moderne de « neutralité bienveillante » ou de « tolérance », mais au sens étymologique de « vouloir le bien », qui pousse à vouloir partager ce bien avec l’autre) et surtout de la réciprocité de cette bienveillance. Il en ressort alors que la nature de l’amitié va dépendre de son objet, qu’il soit de l’ordre de l’utile, de l’agréable ou de la vertu.

– L’amitié utile

L’amitié fondée sur l’utile est la moins noble de toutes. En effet, ceux qui partagent une telle amitié ne s’aiment pas vraiment l’un pour l’autre, mais plutôt de l’avantage qu’ils retirent l’un de l’autre. Il s’ensuit que cette amitié cesse dès que l’un n’est plus utile à l’autre. Aucun des deux ne ressent de plaisir particulier à la présence de l’autre puisque chacun joue dans cette relation le rôle d’un outil pouvant être assez facilement remplacé par un autre pour obtenir le même bien. Cette amitié est typique des relations entre états : tous deux se prodiguent des marques de sympathie tant que chacun tire un avantage de leur amitié, mais dès que cet avantage disparaît les relations deviennent moins chaleureuses et les dissensions apparaissent, et les amis d’hier peuvent du jour au lendemain devenir ennemis.

– L’amitié de plaisir

Après l’amitié utile se trouve l’amitié fondée sur le plaisir que chacun tire de la présence de l’autre. Là encore, ce n’est pas la personne en elle-même que l’on aime mais plutôt le plaisir que l’on tire de sa présence, en fonction des goûts personnels. Comme pour l’amitié utile, le critère de choix est un critère subjectif. Il suffit qu’il évolue (avec l’âge, par exemple), ou que l’ami cesse d’être agréable (qu’il soit moins drôle …) pour que la relation se fade et s’éteigne. Ce type d’amitié est très présente dans la jeunesse puisque selon les mots de Aristote « les jeunes gens vivent sous l’empire de la passion, et ils poursuivent surtout ce qui leur plaît personnellement et le plaisir du moment ». Loin d’être un jugement de valeur gratuit, il s’agit là d’une simple observation du caractère changeant de la jeunesse et de sa recherche instinctive d’amour, ce qui se traduit par une certaine inconstance dans ces amitiés.

– L’amitié de vertu

L’ultime type d’amitié est celui qui a pour base la vertu. Etant un bien excellent en soi, diffusif et stable, la vertu est ce roc sur lequel va pouvoir s’édifier la maison de l’amitié, pour reprendre l’image de l’Evangile. Il va sans dire que les deux autres amitiés sont construites sur le sable, et ne tardent pas à s’effondrer sur elles-mêmes. La vertu rend l’ami aimable en soi, puisqu’elle est souverainement aimable et intrinsèque à la personne. Etant un habitus dans le bien, c’est-à-dire une disposition stable et permanente à faire le bien, la vertu est appelée à durer dans le temps : elle réunit en effet en elle toutes les qualités qui doivent être celles des amis (générosité, bonté, …), ces dernières se traduisant par une volonté constante de s’élever l’un l’autre dans le bien. Des trois différentes formes d’amitié, celle qui a pour objet la vertu est la plus parfaite, car selon les mots de Cicéron « Sans la vertu, il ne peut être d’amitié véritable » ; découvrir sa grandeur nécessite de s’y attarder quelques instants.

L’amitié parfaite

 

Nous disions plus haut avec Aristote que l’amitié est nécessaire pour vivre heureux, et qu’elle a pour objet l’aimable, c’est-à-dire le bon, l’agréable et l’utile. Ces éléments se trouvent tous trois dans l’amitié de vertu, et sont proportionnels au degré de vertu de l’un ou de l’autre des amis. Le bien que l’on va tirer de cette amitié va donc dépendre de la valeur de chacun des amis, mais l’on peut mettre en avant trois constantes qui sont la rareté de cette amitié, le soutien mutuel des amis et leur émulation dans la vertu.

– La rareté de l’amitié

Trouver l’être vertueux qui sera l’ami parfait n’est pas chose aisée, du fait du petit nombre des hommes vertueux d’une part, mais aussi de la nécessité qu’il y a de passer avec lui du temps et d’avoir des habitudes communes. En effet, l’amitié a besoin d’actes pour s’exprimer, pour se maintenir. Un éloignement et un silence prolongé de l’un ou de l’autre des amis ne mettront pas forcément fin à leur relation mais viendront l’affaiblir, comme le traduit si bien le proverbe « loin des yeux, loin du cœur ». Plus que d’une simple fréquentation, c’est de la vie en commun (volontaire) que va naître l’amitié, car celle-ci implique un plaisir causé par la présence de l’autre ainsi qu’une certaine similarité dans les goûts (« qui se ressemble s’assemble »). On reconnaît de ce fait la véritable amitié à ce qu’elle cherche constamment la présence de l’être aimé, ce qui se traduit de la plus belle façon dans le mariage. 

– Le soutien des amis

De cette amitié vont naître des actes réciproques dont le premier est le soutien mutuel. On attend en effet d’un ami qu’il soit toujours disponible à venir à notre secours, et même qu’il prévienne nos besoins. La Fontaine en fait ce beau portrait :

« Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

Il vous épargne la pudeur de les lui découvrir vous-même.

Un songe, un rien, tout lui fait peur,
Quand il s’agit de ce qu’il aime. »
(Les deux amis).

La sagesse populaire souligne également que « c’est dans le besoin qu’on reconnaît ses vrais amis ». Les peines que chacun rencontre sont en effet le tamis qui laisse passer la poussière des copinages pour ne retenir que la pépite de l’amitié vraie. Ce soutien de l’être aimé est une aide presque indispensable pour avancer dans la vie et surmonter les épreuves, il permet non seulement de sortir de moments difficiles mais aussi de grandir dans le bien grâce à l’exemple de vertu que se donnent les amis entre eux et à la correction aimante qu’ils s’appliquent réciproquement.

– L’intolérance de l’amitié

  « Les vrais amis sont ceux qui nous font remarquer nos fautes, et non ceux qui se taisent. » (Fénelon). La correction entre amis est la plus haute expression de l’amour qu’ils se portent, car elle vise à rendre l’autre parfait, à lui éviter les erreurs. De toutes les œuvres de Miséricorde, elle est la plus grande et la plus délicate à accomplir : son but n’est pas de « jouer au justicier » et de rabaisser ou d’humilier l’autre, mais bien plutôt de le faire grandir dans la vertu par amour pour lui. La correction fraternelle est douce car elle trouve le ton et les mots justes pour remettre dans le droit chemin. Chacun est pour l’autre le tuteur qui permet à la jeune pousse de grandir jusqu’à devenir un arbre majestueux.

« La pire solitude est de ne pas avoir de véritables amitiés », disait le philosophe anglais Francis Bacon. Animal social, l’homme ne peut se passer de la compagnie de ses semblables dont il a à la fois besoin pour satisfaire ses besoins matériels, mais aussi et surtout pour accomplir le premier et le plus noble de ses désirs : aimer. Trouver l’être avec qui il partagera sa vie, ses pensées, son existence même est pour lui un besoin dont il a plus ou moins conscience et qu’il cherche à combler par tous les moyens. Mais comment découvrir cette personne choisie entre toutes alors qu’internet et les réseaux sociaux répandent partout le culte de l’apparence et de l’hypocrisie en allant jusqu’à donner le nom d’ami à des personnes qui ne se sont jamais vues et ne se connaissent qu’à travers le filtre trompeur de photos et d’autobiographies soigneusement choisies et maquillées à l’excès ? Dans ce monde où le mal est loué et la vertu méprisée, choisir celui qui sera le confident et le soutien d’une vie implique de redécouvrir le sens même de l’amitié. Pour ce faire, interrogeons-nous sur sa nature, sur sa grandeur et sur les dangers des fausses amitiés.

Les trois amitiés

 

Dans les livres VIII et IX de son Ethique à Nicomaque, Aristote parle de l’amitié comme étant ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre, « car sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens ». Ce qui définit l’amitié, au risque de faire une lapalissade, est « ce qui est aimable, c’est à dire bon, agréable et utile ». De ce goût du même bien va naître l’amitié, mais encore faut-il qu’il soit accompagné de la bienveillance (non au sens moderne de « neutralité bienveillante » ou de « tolérance », mais au sens étymologique de « vouloir le bien », qui pousse à vouloir partager ce bien avec l’autre) et surtout de la réciprocité de cette bienveillance. Il en ressort alors que la nature de l’amitié va dépendre de son objet, qu’il soit de l’ordre de l’utile, de l’agréable ou de la vertu.

 

– L’amitié utile

L’amitié fondée sur l’utile est la moins noble de toutes. En effet, ceux qui partagent une telle amitié ne s’aiment pas vraiment l’un pour l’autre, mais plutôt de l’avantage qu’ils retirent l’un de l’autre. Il s’ensuit que cette amitié cesse dès que l’un n’est plus utile à l’autre. Aucun des deux ne ressent de plaisir particulier à la présence de l’autre puisque chacun joue dans cette relation le rôle d’un outil pouvant être assez facilement remplacé par un autre pour obtenir le même bien. Cette amitié est typique des relations entre états : tous deux se prodiguent des marques de sympathie tant que chacun tire un avantage de leur amitié, mais dès que cet avantage disparaît les relations deviennent moins chaleureuses et les dissensions apparaissent, et les amis d’hier peuvent du jour au lendemain devenir ennemis.

– L’amitié de plaisir

Après l’amitié utile se trouve l’amitié fondée sur le plaisir que chacun tire de la présence de l’autre. Là encore, ce n’est pas la personne en elle-même que l’on aime mais plutôt le plaisir que l’on tire de sa présence, en fonction des goûts personnels. Comme pour l’amitié utile, le critère de choix est un critère subjectif. Il suffit qu’il évolue (avec l’âge, par exemple), ou que l’ami cesse d’être agréable (qu’il soit moins drôle …) pour que la relation se fade et s’éteigne. Ce type d’amitié est très présente dans la jeunesse puisque selon les mots de Aristote « les jeunes gens vivent sous l’empire de la passion, et ils poursuivent surtout ce qui leur plaît personnellement et le plaisir du moment ». Loin d’être un jugement de valeur gratuit, il s’agit là d’une simple observation du caractère changeant de la jeunesse et de sa recherche instinctive d’amour, ce qui se traduit par une certaine inconstance dans ces amitiés.

– L’amitié de vertu

L’ultime type d’amitié est celui qui a pour base la vertu. Etant un bien excellent en soi, diffusif et stable, la vertu est ce roc sur lequel va pouvoir s’édifier la maison de l’amitié, pour reprendre l’image de l’Evangile. Il va sans dire que les deux autres amitiés sont construites sur le sable, et ne tardent pas à s’effondrer sur elles-mêmes. La vertu rend l’ami aimable en soi, puisqu’elle est souverainement aimable et intrinsèque à la personne. Etant un habitus dans le bien, c’est-à-dire une disposition stable et permanente à faire le bien, la vertu est appelée à durer dans le temps : elle réunit en effet en elle toutes les qualités qui doivent être celles des amis (générosité, bonté, …), ces dernières se traduisant par une volonté constante de s’élever l’un l’autre dans le bien. Des trois différentes formes d’amitié, celle qui a pour objet la vertu est la plus parfaite, car selon les mots de Cicéron « Sans la vertu, il ne peut être d’amitié véritable » ; découvrir sa grandeur nécessite de s’y attarder quelques instants.

L’amitié parfaite

 

Nous disions plus haut avec Aristote que l’amitié est nécessaire pour vivre heureux, et qu’elle a pour objet l’aimable, c’est-à-dire le bon, l’agréable et l’utile. Ces éléments se trouvent tous trois dans l’amitié de vertu, et sont proportionnels au degré de vertu de l’un ou de l’autre des amis. Le bien que l’on va tirer de cette amitié va donc dépendre de la valeur de chacun des amis, mais l’on peut mettre en avant trois constantes qui sont la rareté de cette amitié, le soutien mutuel des amis et leur émulation dans la vertu.

– La rareté de l’amitié

Trouver l’être vertueux qui sera l’ami parfait n’est pas chose aisée, du fait du petit nombre des hommes vertueux d’une part, mais aussi de la nécessité qu’il y a de passer avec lui du temps et d’avoir des habitudes communes. En effet, l’amitié a besoin d’actes pour s’exprimer, pour se maintenir. Un éloignement et un silence prolongé de l’un ou de l’autre des amis ne mettront pas forcément fin à leur relation mais viendront l’affaiblir, comme le traduit si bien le proverbe « loin des yeux, loin du cœur ». Plus que d’une simple fréquentation, c’est de la vie en commun (volontaire) que va naître l’amitié, car celle-ci implique un plaisir causé par la présence de l’autre ainsi qu’une certaine similarité dans les goûts (« qui se ressemble s’assemble »). On reconnaît de ce fait la véritable amitié à ce qu’elle cherche constamment la présence de l’être aimé, ce qui se traduit de la plus belle façon dans le mariage. 

– Le soutien des amis

De cette amitié vont naître des actes réciproques dont le premier est le soutien mutuel. On attend en effet d’un ami qu’il soit toujours disponible à venir à notre secours, et même qu’il prévienne nos besoins. La Fontaine en fait ce beau portrait :

« Qu’un ami véritable est une douce chose !
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

Il vous épargne la pudeur de les lui découvrir vous-même.

Un songe, un rien, tout lui fait peur,
Quand il s’agit de ce qu’il aime. »
(Les deux amis).

La sagesse populaire souligne également que « c’est dans le besoin qu’on reconnaît ses vrais amis ». Les peines que chacun rencontre sont en effet le tamis qui laisse passer la poussière des copinages pour ne retenir que la pépite de l’amitié vraie. Ce soutien de l’être aimé est une aide presque indispensable pour avancer dans la vie et surmonter les épreuves, il permet non seulement de sortir de moments difficiles mais aussi de grandir dans le bien grâce à l’exemple de vertu que se donnent les amis entre eux et à la correction aimante qu’ils s’appliquent réciproquement.

– L’intolérance de l’amitié

  « Les vrais amis sont ceux qui nous font remarquer nos fautes, et non ceux qui se taisent. » (Fénelon). La correction entre amis est la plus haute expression de l’amour qu’ils se portent, car elle vise à rendre l’autre parfait, à lui éviter les erreurs. De toutes les œuvres de Miséricorde, elle est la plus grande et la plus délicate à accomplir : son but n’est pas de « jouer au justicier » et de rabaisser ou d’humilier l’autre, mais bien plutôt de le faire grandir dans la vertu par amour pour lui. La correction fraternelle est douce car elle trouve le ton et les mots justes pour remettre dans le droit chemin. Chacun est pour l’autre le tuteur qui permet à la jeune pousse de grandir jusqu’à devenir un arbre majestueux.

Montalembert écrivait à son ami Cornudet : « J’espère de toi que tu sois inexorable sur tout ce que tu trouveras de répréhensible en moi et que tu m’en avertisses sur le champ : c’est la meilleure preuve d’une amitié véritable et chrétienne ».

Ce soutien mutuel implique une connaissance mutuelle intime, un « mouvement de cœur qui se verse dans un autre pour y déposer son secret », comme le décrit Bossuet. L’ami devient alors un alter ego, un autre soi que l’on chérit plus que tout et pour lequel on est prêt à tout. Le trouver peut prendre beaucoup de temps et de peines, mais chaque être humain a en lui le désir instinctif de faire la découverte de cette « âme sœur ». Cet élan si puissant et si beau, s’il n’est pas réglé et guidé, peut cependant provoquer de véritables désastres dans la vie d’une personne s’il est pris au piège des fausses amitiés.

Le danger des fausses amitiés

 

Nous parlions précédemment des amitiés basées sur l’utile et l’agréable. Leur infériorité à l’amitié de vertu est évidente, mais elles ne présentent pas de vrai danger tant que chacun des « amis » ne se méprend pas sur la nature de leur relation. Nous avons tous des amis de ces différentes sortes, en fonction des différentes étapes de notre vie. Par contre, les conséquences peuvent devenir catastrophiques si l’un des amis est persuadé de vivre une véritable amitié alors qu’il n’est pour l’autre qu’un outil, un moyen d’atteindre le plaisir ou un bien personnel ; aussi est-il capital de ne pas se laisser submerger par ses sentiments et de laisser à la raison sa part d’action dans la recherche et la création de l’amitié.

– L’amitié entre raison et sentiments

Plus vulnérable aux sentiments à cause de son manque d’expérience, de sa croissance dans la raison et de son besoin particulièrement fort d’affection, la jeunesse (nous ne parlons pas ici que des adolescents, mais aussi des « jeunes adultes ») est, plus que tous les autres âges de la vie, susceptible de se leurrer sur les amitiés qu’elle entretient. Elle confond souvent le plaisir qu’elle retire de la présence de l’autre avec une relation privilégiée, unique, éternelle. Cette erreur de jugement ne provoque généralement pas de conséquences graves, car la personne à blâmer n’est autre que nous-même. En revanche, quand c’est l’autre qui s’est présenté à nous sous des dehors bons, aimables, désintéressés, tout en ne recherchant qu’à tirer profit de nous, alors les effets peuvent être dévastateurs le jour où sa duplicité est mise à jour. Quand celui qui a été le confident intime des secrets de notre âme trahit la confiance absolue qui a été mise en lui, quand l’être que nous avons aimé se révèle n’avoir été pendant toutes ces années qu’un manipulateur et un profiteur, les blessures causées peuvent s’avérer aussi douloureuses que l’affection qu’on lui portait. Il est très difficile pour la jeunesse d’identifier les faux amis, surtout à cause de sa naïveté naturelle mais aussi à cause de ce besoin d’affection dont nous avons déjà parlé. Il est donc du devoir des proches (parents et vrais amis) d’aider par leurs conseils ceux qui sont sur le point de succomber aux charmes trompeurs des fausses amitiés, et d’apporter un certain soin aux relations qu’ils entretiennent. Ceci ne se fait bien sûr pas sans bienveillance et douceur, nous en avons déjà parlé plus haut.

– L’amitié : la chasse au trésor

« Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis » (Le Petit Prince, Antoine de Saint Exupéry). Forger une amitié est un processus long et exigeant. Certains y arrivent sans grande difficulté et assez rapidement, tandis que d’autres peuvent mettre des années à trouver l’ami parfait. L’amitié s’apprend et se construit chaque jour. Elle nous aide à devenir meilleur et à atteindre le bonheur, sa forme la plus parfaite étant l’amitié de l’homme avec Dieu, c’est-à-dire la Charité. Elle arrache l’homme à l’esprit d’individualisme qui plane tout autour de lui, dans un monde où l’on fait le commerce des amitiés jetables. Elle lui assure un soutien dans les épreuves de la vie, elle prête une oreille attentive aux douleurs cachées qu’elle est toujours prompte à soigner. Trouver l’amitié vraie est une quête de chaque jour, mais ne porte pas tant sur autrui que sur soi-même, car au bout du compte nous n’avons que les amis que nous méritons.

Un animateur du MJCF