Le pouvoir de l’Etat et le droit de l’Eglise en temps d’épidémie

           L’épidémie récente a conduit l’État républicain à décréter de telles restrictions (de déplacements, de rassemblements, etc.) que les français ont été empêchés de remplir leurs devoirs de chrétiens de nombreux dimanches et fêtes au cours de l’année écoulée. Avec les multiples confinements qui se sont succédés, les messes ont été interdites pendant de longs mois, tout comme les sacrements de mariage et de baptême et bien d’autres cérémonies religieuses. Ainsi le culte public rendu à Dieu a été supprimé au nom d’un impératif de santé publique. Les catholiques se sont alors trouvés face à un dilemme : soit obéir à l’État qui s’est donné pour mission de protéger par tous les moyens la santé des français, soit respecter les commandements de l’Église nécessaires pour faire son salut et désobéir par conséquent aux lois civiles en assistant par exemple à des messes clandestines. Comment résoudre ce dilemme ? L’État a-t-il le droit d’imposer aux citoyens des lois qui s’opposent directement aux commandements de l’Église ?

  Pour répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre en premier lieu pourquoi l’État poursuit cette mission de santé publique qui l’a conduit à subordonner toute vie sociale à des impératifs sanitaires et si cette mission est légitime au regard du bien commun. Depuis la proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen le 26 août 1789, l’extension illimitée des droits individuels, inspirée par la philosophie libérale, est promue par notre système politique. L’homme moderne exige ainsi que toute la société soit intégralement orientée vers la maximisation de son bien-être personnel. Des organismes supranationaux comme l’OMS ont d’ailleurs transformé la définition même de la santé présentant celle-ci comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité1 ». Une conséquence directe de cette extension des droits s’est donc fait sentir très tôt dans le domaine du soin. Un médecin écrivait récemment que « l’aléa, le hasard et la mort devinrent trois variables inadmissibles de l’existence. La santé devenue un dû et le bien-être un bien inaliénable, plus question d’en admettre le prix, une date de péremption ou qu’un imprévu puisse y mettre fin2.» Le chef de l’État n’a-t-il pas déclaré le 12 mars 2020 qu’il fallait lutter contre le virus « quoi qu’il en coûte » ? Le philosophe Olivier Rey constatait quant à lui que l’INSEE avait fait disparaître de ses statistiques annuelles sur les causes de mortalité des français la cause « mort de vieillesse », mentionnant que l’on meurt nécessairement d’une pathologie identifiable, ce qui sous-entend que celle-ci aurait pu être prise en charge et qu’il revient au système hospitalier de nous guérir de tout, y compris des maladies liées à la dégénérescence du corps qui survient inéluctablement à un certain âge. Il n’est alors pas étonnant que la politique de santé de l’État de prendre en charge tout le monde (et de confiner le pays en fonction du nombre de lits de réanimation occupés dans les hôpitaux) trouve sa justification dans ce désir ancré dans l’esprit de nos contemporains de se soustraire à la peur de la mort et de tout ce qui peut y conduire. Cette justification se trouve en plus renforcée par les conditions de vie modernes : la mondialisation provoque depuis plus d’un siècle la circulation quotidienne de millions de personnes et de biens dans le monde entier, multipliant ainsi les risques de véhiculer très rapidement avec eux toutes sortes de virus d’un bout à l’autre de la planète. 

Les nombreuses privations imposées par l’État ne sont pas nouvelles en soi. Les historiens nous rappellent par exemple que le « couvre-feu » existait déjà au Moyen-Âge (il était alors le « signal de retraite qu’on donne dans les villes de guerre pour se coucher ») et qu’il est même devenu la norme dans l’ensemble des villes occidentales du XIVème au XVIIIème siècle : « les chartes de coutumes et les ordonnances de police fourmillent d’interdictions de circuler de la tombée de la nuit au lever du jour. Elle est à la fois une mesure préventive contre les incendies qui menacent les maisons en bois, de régulation des horaires de travail et de sûreté publique3 ». Mais ce qui est radicalement différent à notre époque, c’est que le couvre-feu imposé par les pouvoirs publics est d’un genre nouveau : « ni mesure militaire, ni disposition chrétienne visant à instaurer une alternance claire entre travail et repos, il relève d’une police sanitaire déployée dans le contexte très spécifique de la pandémie de Covid-19 qui, faut-il le rappeler, reste pour l’heure la moins « faucheuse » de l’histoire de l’humanité4 ». Les politiques de santé et les mesures d’hygiène publique n’étaient certes pas inconnues au Moyen-Âge : le Roi de France Jean II le Bon avait par exemple tenté de réagir aux suites de la Peste noire en promulguant en 1352 une ordonnance établissant pour le royaume des règles sanitaires afin d’éviter une nouvelle hécatombe, comme celle interdisant aux habitants de préparer par eux -mêmes tout médicament « à cause du péril de mort et de l’empirement de la maladie, car il n’est pas vraisemblable qu’ils connaissent le remède juste ». L’existence d’une politique de l’État en matière de santé publique n’est donc pas en elle-même illégitime au regard de la poursuite du bien commun.

  Ce qui change depuis la Révolution, c’est que cette politique ne recherche plus le bien de la société mais celui de chaque individu (quitte à enfermer ceux qui sont bien portants), qu’elle est disproportionnée par rapport à la gravité de l’épidémie actuelle mais que, de plus, elle n’est pas menée en coordination avec l’Église comme par le passé mais contre elle. Au temps de Jean II le Bon, le Pape Clément VI avait lui aussi décidé d’un ensemble de mesures d’urgence : il avait fait ouvrir de nouveaux cimetières, construire des logements individuels isolés pour les pestiférés et établir un rapport quotidien sur le nombre des morts. Le Professeur d’histoire du droit Cyrille Dounot explique qu’il a toujours existé un « droit canonique de l’urgence, adaptant les règles liturgiques aux nécessités, [qui] n’est pas sans rappeler l’existence d’un droit propre aux temps d’épidémie, lors de pestes en particulier, dont s’approchent certaines dispositions étatiques actuelles5 ». La différence entre l’action de l’État et celle de l’Église est que cette dernière va pouvoir utiliser les sacrements et les prières comme remèdes aux désolations dont sont affligés les chrétiens car les prêtres et les évêques « ne sont pas moins chargés de la santé et du salut du peuple » que l’État. Et l’Église a toujours affirmé qu’en aucun cas le peuple ne pouvait être privé des sacrements, y compris si les clercs doivent les administrer au péril de leur vie. C’est malheureusement tout l’inverse aujourd’hui : la hiérarchie de l’Église n’a plus recours à son droit canonique de l’urgence et s’en remet à l’État qui, de son côté, n’a de toute façon pas l’intention de coordonner son action avec elle et préfère ramener le culte catholique à des restrictions identiques à celle d’un vulgaire commerce.

  Dans ces circonstances, les chrétiens n’ont d’autres choix que de réitérer le geste courageux d’Antigone qui défia le pouvoir de Créon pour enterrer son frère Polynice. Face aux lois illégitimes d’un État qui prétend que « la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu6 », les catholiques doivent rappeler à nouveau que « Dieu est Roi des nations » et que « les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n’existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile7. »

Louis Lafargue

 

1 Préambule à la Constitution de l’Organisation mondiale de la Santé du 22 juillet 1946.

2 Stéphane Velut, L’hôpital, une nouvelle industrie, Collection « Tracts », Gallimard, 2020.

3 Arnaud Exbalin, Le couvre-feu permanent : une histoire longue du confinement nocturne, The Conversation.

4 Une étude récente de l’IRSAN a montré que la surmortalité liée au coronavirus en France pour l’année 2020 n’est que de 3,72% pour l’ensemble de la population.

5 Cyrille Dounot, Le droit canonique en temps d’épidémie, L’Homme Nouveau, 13 avril 2020

6 Déclaration du Ministre de l’Intérieur du 1er février 2021.

7 Léon XIII, encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885.

 

L’éloge de la force

           « Tu crois avoir à peu près tout connu de cette France à l’agonie, et ce n’est encore rien, rien face au désastre qui vient. La crise finale approche. Tu le sens. Tu le sais. Il faut quand même qu’on en parle. Tu vas rester assis chez toi sans rien faire, et laisser la fin venir te trouver, c’est ça ton projet ? »

           C’est par ces mots que commence le dernier ouvrage de Monsieur Laurent Obertone. Cet auteur se propose, page après page, à la manière d’un traité ascétique naturel ou d’un programme de musculation éthique, de reconstruire l’homme en lui injectant, « une ampoule de réel à très haute dose ». Le titre de ce livre, c’est « Eloge de la force ». La vertu de force a fait l’objet du n°23 de Foyers Ardents et elle est tellement importante à l’heure actuelle que nous voudrions vous proposer une réflexion supplémentaire à ce sujet.

 

  Ce monde ne vous convient pas, cher lecteur ? Changez le vous-même. Il y en a assez de se lamenter dans son coin ou de passer son temps à pleurnicher sur les réseaux sociaux ou en sortie de messe. Mais attention au « sursaut en forme de rage de dents1 ». Sinon nos ennemis vous briseront net. Comme on l’a souvent répété dans cette chronique, il vous faut réfléchir avant d’agir. Et pour réfléchir correctement, il vous faut commencer par vous mettre à l’école de maîtres et d’auteurs de qualité. Vous serez alors armés (intellectuellement) pour commencer à changer les choses.

 

  Marcel de Corte a rédigé quatre livres sur chacune des vertus : la prudence, la justice, la tempérance et la force. Une librairie paroissiale s’étant procurée lesdits ouvrages en plusieurs exemplaires, quel ne fut pas mon étonnement que de voir tous ces volumes trouver preneurs les uns après les autres, sauf celui consacré à la vertu de force. C’est une anecdote, certes, mais révélatrice. Passons.

 

  La vertu, il nous faut l’acquérir : peut-on laisser la force de côté ? « Le mot vertu désigne une perfection dans une puissance. Or la perfection de chaque chose tient principalement dans le rapport qu’elle soutient avec sa fin2. » Et saint Thomas d’Aquin d’ajouter que « les puissances rationnelles propres à l’homme, ne sont pas déterminées par elles-mêmes à une seule action, elles restent indéterminées à l’égard de plusieurs tant que l’habitus ne vient pas la déterminer à des actes précis. Voilà pourquoi les vertus humaines sont des habitus. » Ainsi chaque vertu imprime une façon d’être et donc d’agir dans nos vies : ce que l’Aquinate nomme précisément l’habitus. La vertu est ensuite ce qui permet à l’homme d’acquérir sa finalité. (Nous n’aborderons pas la question de l’articulation entre les vertus naturelles acquises et les vertus surnaturelles infuses : pour une vue précise se reporter à l’ouvrage du Père Froget3.)

 

  La force est la vertu qui correspond à la puissance irascible de l’homme. Cette puissance est ce qui nous permet d’éprouver cinq passions : l’espoir ou son opposé, le désespoir, l’audace ou au contraire, la crainte et enfin, cette passion ni bonne ni mauvaise sans la notion de justice : la colère. L’irascible est en nous ce qui joue le rôle de source d’énergie qui permet d’entreprendre ou non une action. Allons plus loin. Dans l’homme, comme dans l’univers, tout est ordre. On ne doit pas concevoir une chose sans l’ordre dans lequel elle est enchâssée. Ainsi chaque puissance de l’âme et chaque vertu sont connectées les unes aux autres dans une sorte d’enchaînement d’activité. « La force est une vertu générale, ou plutôt la condition générale de toute vertu4». Donc s’il y a une vertu à cultiver en premier, et à posséder dans une intensité maximale, c’est bien la vertu de force.

 

  Marcel de Corte l’explique : « [La vertu de force] ne consiste pas seulement aujourd’hui à tenir ferme dans les périls corporels, mais à maintenir l’essence de l’homme, et avant tout sa nature d’animal politique tant au plan naturel qu’au plan surnaturel, contre les dangers de plus en plus nombreux qui la menacent de mort, et à contre-attaquer les ennemis qui pullulent autour d’elle et tentent de l’asservir ». « La vertu de force supporte et repousse les assauts et les périls extrêmes dans lesquels il est le plus difficile de rester ferme. La force inclut la résistance à un monde extérieur ennemi ou à un autrui antagoniste qui attaque l’être humain en sa réalité propre ». « Du fait que l’acte principal de la force soit de résister, il ne faudrait pas conclure qu’il consiste uniquement dans la défensive […]. La vertu de force implique secondairement, mais nécessairement, l’attaque5. » On pointe directement du doigt la portée de cette vertu : elle maintient l’homme dans son être même et précisément dans sa nature, donc dans l’ordre dans lequel l’homme est inclus, qui est social et politique.

 

  Quand on a dit tout cela, qu’est-ce qu’on a dit ? Rien du tout. Parce qu’aussi vrai que puisse être cet exposé succinct et incomplet, il n’en reste pas moins un article qui sera lu à la hâte et vite oublié. Que le lecteur nous pardonne alors d’oser un coup de force. La vertu n’est pas une chose abstraite, elle concerne l’homme qui vit ici et maintenant, dans le monde réel, ce monde-là dehors, qui est, notamment pour vous, cher lecteur, à la fois la condition de votre confort spirituel actuel (chapelles, écoles libres, etc…) et la cause de votre survie physique (allocations familiales, justice, santé, organisation de la cité, etc…). Ainsi cette vertu de force dont parlent saint Thomas et Marcel de Corte, vous concerne directement. Parce qu’il faut absolument se souvenir de cette terrible sentence de Bossuet : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer6 ».

 

Raphaël Laserna

 

 

Suis-je fais pour m’engager en politique?

           Il y a des questions du type « suis-je fait pour… ? » que l’on recommande de se poser au moins une fois dans sa vie pour vérifier que l’on ne passe pas à côté d’une grâce spéciale de Dieu. Selon l’ordre établi par sa divine Providence, Dieu nous destine à des états de vie, dans lesquels il nous prépare des moyens de salut plus abondants et des secours de grâce plus efficaces, dont il nous privera si, par l’opiniâtreté de notre volonté, nous nous choisissons nous-mêmes un état auquel nous ne sommes point appelés, surtout l’état clérical et l’état religieux. À la question « suis-je fait pour la prêtrise ? », on répond normalement après une réflexion approfondie pendant laquelle on pose un discernement qui sera spécialement inspiré par Dieu. Vouloir répondre avec ses seules forces humaines à une telle question peut entraîner bien des désillusions, des erreurs d’orientation et des mauvais choix aux conséquences parfois irréversibles. C’est faire une élection sans profiter du secours de la grâce alors même que la grâce seule peut inspirer la volonté, réfléchie et constante, de servir Dieu plus parfaitement. Peut-on parler par analogie d’un appel de Dieu à s’engager en politique ? L’engagement politique, comme tout choix réfléchi, se discerne mais il n’est pas de la même nature que l’engagement à répondre à l’appel à devenir ouvrier à la vigne de Notre Seigneur. Dit autrement : on n’entre pas en religion comme on choisit la vie maritale et a fortiori un engagement politique spécifique. La politique, entendue comme la participation aux activités de la Cité qui contribuent à la vie bonne1, est l’une des activités humaines fondamentales dans laquelle tout homme peut et même doit s’engager en tenant compte de son état de vie et surtout sans avoir besoin d’attendre indéfiniment des signes clairs de la Providence divine qui montreraient dans « quel sens » il faut s’engager. On ne doit pas non plus être induit en erreur par les assertions trompeuses de représentants du personnel politicien qui tentent de faire croire au peuple qu’ils n’ont fait que suivre une route déjà tracée pour eux. Ainsi peut-on lire ce type d’assertion dans les mémoires de l’ancien président Jacques Chirac publiées en 2009 : « On n’accède pas à la magistrature suprême sans l’intime conviction, chevillée au corps, du destin qui nous y conduit. ». Ces propos ne font que renforcer un providentialisme sécularisé très ancré à droite de l’échiquier politique et qui pousse les gens à espérer le « chevalier blanc », l’homme providentiel qui doit venir pour redresser le pays.

  Considérant cela, il nous faut éviter de répondre à la question de l’engagement politique en se disant pour soi-même : « mais non, j’ai déjà tel métier très prenant », ou bien « j’ai une famille à laquelle je dois me consacrer », ou encore « je poursuis telles études qui n’ont rien à voir avec la politique, je « sens » bien que je suis heureux dans mon cursus, dans les activités sociales que j’ai choisies, cela montre a posteriori que je n’étais pas fait pour la politique, donc ma conscience est en paix ».

Ces réponses conduisent à négliger le devoir d’engagement politique que tout catholique doit respecter lorsqu’il peut participer à la vie de la Cité. Il ne s’agit pas ici de militantisme qui est une déviation qui consiste à se reporter abusivement, c’est-à-dire d’une manière illégitime sur une personne ou sur une institution (tel ou tel parti républicain par exemple). On ne contribue en rien à une saine politique lorsque l’on se borne à être membre d’un parti en pensant que le vote est aujourd’hui la seule action possible. Il ne s’agit pas non plus de considérer que le témoignage public du bon combat (par des groupes de pression, des manifestations, des pétitions, des affichages, des abonnements, etc.) est suffisant, même si ce dernier peut être courageux. Survivre sous l’État moderne et témoigner est une bonne chose qui est même indispensable mais nous nous proposons ici un autre objectif que Jean Ousset a décrit dans son livre L’action. Le fondateur de la Cité Catholique propose dans cet ouvrage de former une authentique élite catholique qui sera capable de refaire la Cité depuis les fondations. Il imagine ainsi « mille » hommes, suffisamment répartis dans le corps social et qui pourront revitaliser les institutions. Ces mille doivent être rigoureusement préparés sur le plan intellectuel et moral en vue du gouvernement. Prendre tous les moyens nécessaires pour faire partie de cette élite apparaît donc comme le premier but à poursuivre au plan individuel. Cela suppose d’acquérir la connaissance de la science et de l’art politique pour ce qu’ils sont (et non pas pour ce que l’on souhaiterait qu’ils soient), en se mettant à l’école d’Aristote et de Saint Thomas. Il faut également lever tous les obstacles à cet engagement, c’est-à-dire nous-mêmes, dans nos comportements qui peuvent être inadaptés à la crise politique. Selon le conseil d’un ancien animateur issus des rangs de la Cité Catholique, il nous faut :

  • observer la chasteté relative à votre état,
  • s’offrir un véritable programme de lecture, sans dilettantisme,
  • opérer une analyse sociologique de notre manière de vivre pour cesser de suivre les mots d’ordre des médias, de la publicité et de tout ce que veut pour nous la société globale,
  • entamer une réflexion sur le binôme travail et loisirs pour ne pas s’adonner à corps perdu dans un travail qui nous empêcherait de pratiquer la véritable action politique,
  • enfin faire une bonne retraite fermée (idéalement les exercices ignatiens).

 

L’analyse politique nous conduit à reconnaître que nous vivons aujourd’hui dans une société en ruine, déchristianisée, et qu’il n’est plus possible de poursuivre le projet de réformer les institutions existantes. Dans son maître ouvrage L’Humanisme politique de saint Thomas d’Aquin, le père dominicain Louis Lachance mentionne à ce sujet que « si le régime est mauvais, il faut le réformer, et s’il est irréformable, il faut voir à le remplacer par un meilleur. Si cela est immédiatement impossible, c’est une raison de plus de s’empresser de créer les conditions qui puissent rendre le changement possible ». C’est pourquoi l’on peut déduire de cette proposition et de l’histoire politique des actions contre-révolutionnaires qui ont réussi (comme l’IRA en Irlande à partir de 1916) qu’il appartiendra au petit nombre (les « mille » de Jean Ousset) d’étudier en particulier la forme que doit revêtir une institution-relais destinée à prendre le pouvoir, car sans cause efficiente il n’est pas possible de poursuivre le bien commun politique.

 

Louis Lafargue

1 La « vie bonne » chez Aristote et Saint Thomas signifie « la vie vertueuse en commun ».

 

A l’école de la Contre-Révolution avec la Cité Catholique

           Si le premier pas à faire pour devenir contre-révolutionnaire est de retrouver le sens du réel et la philosophie qui soutient ce bon sens, telle qu’elle nous a été enseignée par Aristote et saint Thomas d’Aquin, la question de l’engagement politique est souvent rapidement posée par la jeunesse catholique en quête d’action et d’idéal. Comment interrompre le cycle historique de la Révolution ? Que faire en politique et comment reprendre le pouvoir ? Quelle politique mener une fois au pouvoir ? C’est à ces questions que s’est attaché à répondre au siècle dernier un petit groupe de catholiques animés par le désir de faire l’unité de tous les français qui ont l’amour de la patrie chevillé au corps et qui veulent restaurer la France éternelle. L’un d’entre eux, Jean Ousset (1914-1994), avait fait le constat dès les années 30 que les moyens employés par les militants du milieu national (royalistes, catholiques, antirépublicains, etc.) n’étaient pas les bons. À cette époque, ces militants se regroupaient au sein de ligues (Action française, Croix de Feu, Jeunesses Patriotes, …) et  certains se précipitaient parfois sans trop réfléchir dans la rue pour manifester ou se battre à mains nues chaque fois que l’adversaire au pouvoir attaquait la patrie et blessait l’honneur de la France. Convaincu que ces méthodes pour combattre la Révolution manquaient d’efficacité parce qu’elles n’étaient pas soutenues par une véritable doctrine d’action, Ousset, âgé de 25 ans seulement et étudiant en droit à Bordeaux après ses 3 années de service militaire, exposa directement à Charles Maurras ce problème du manque de doctrine et de formation des cadres de l’Action française. La réponse que lui fit le Maître de Martigues sera capitale pour la vocation du jeune homme : « Je n’ai pas fait de doctrine, je n’ai pas voulu ni pu en faire. Je n’ai voulu qu’une action… vous comprenez, une action… une action française. Toutefois, si vous cherchez une doctrine, soyez certain qu’il n’y a de doctrine vraie que catholique. Si donc vous êtes catholique, ne le soyez pas à moitié ! ». Fort de cette recommandation, Jean Ousset et ses amis firent le vœu le 15 août 1939 devant la Sainte Vierge de s’engager « à servir la France et l’Église par une œuvre de formation doctrinale et d’éducation à l’action de cadres politiques et sociaux efficaces1 ». Cette œuvre prendra le nom de Cité Catholique en 1949 et fut consacrée au Cœur Sacré de Jésus en la basilique de Montmartre, à Saint Joseph et au Cœur Immaculé de Marie en la chapelle de la Médaille Miraculeuse, rue du Bac à Paris2.

           Ousset ne doit pas seulement à Maurras l’inspiration de fonder une œuvre de formation doctrinale : sa biographie mentionne qu’il reçut une révélation décisive au cours d’une retraite des Exercices Spirituels de Saint Ignace prêchée par les Coopérateurs Paroissiaux du Christ-Roi à Chabeuil3. Cette retraite lui permit de résoudre le dilemme suivant : pour rendre vie à une société, faut-il s’attacher prioritairement aux hommes ou aux institutions ? La fausse théorie personnaliste en politique cherche d’abord à convertir les hommes à la foi catholique avant d’entreprendre l’instauration d’un ordre social chrétien. Tout autre doit être la réponse politique réaliste à ce dilemme : comme le soulignait Pie XII, c’est d’abord de la forme donnée à la société, donc aux institutions, que découle le bien ou le mal des âmes. En effet, les hommes naissent tous au sein d’une famille et d’une société qui les précède, les éduque et les conduit ou non vers le bien commun. Le grand thomiste Louis Lachance donne à cet égard un conseil utile : « Il faut guérir le mal là où il se trouve. Si le régime est mauvais, il faut le réformer, et s’il est irréformable, il faut voir à le remplacer par un meilleur. Si cela est immédiatement impossible, c’est une raison de plus de s’empresser de créer des conditions qui puissent rendre le changement possible4. »

Afin d’opérer cette transformation politique et promouvoir une « renaissance authentiquement française – donc catholique – dans l’ordre temporel5 », Ousset proposa une méthode décomposée en plusieurs temps successifs :

 

  1. « Travailler d’abord à l’intense formation, à la rigoureuse préparation d’un certain nombre d’hommes rayonnants suffisamment répandus dans l’ensemble du corps social. 
  2. C’est ce petit nombre, cette minorité agissante qui se servant des institutions comme d’un levier, peut travailler à l’instauration du système social convenable (compte tenu des circonstances de temps et de lieu). 
  3. Système social qui permet alors cette influence générale, cette action durable sur l’ensemble des hommes que, seule la Société (avec un grand S) est capable d’exercer6. »

  Jean Ousset et ses amis ont donc fondé une institution spéciale pour ce temps de guerre : « la première école pratique de l’art politique chrétien qui ait existé depuis qu’a commencé le cycle historique de la Révolution7 ». Cette école d’application de la doctrine contre-révolutionnaire qu’a été la Cité Catholique8 a ainsi apporté une réponse au 1er temps de la méthode par un cursus complet d’étude politique qui cherche à s’opposer intégralement à la Révolution en s’appuyant principalement sur la doctrine catholique traditionnelle de l’Église et notamment sur l’enseignement des papes et des évêques qui ont défendu la royauté politique et sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ et ont combattu les erreurs modernes.

Ousset avait compris que la formation est plus efficace lorsqu’elle a lieu par petits groupes de travail, au sein de « cellules9 ». Il recommanda à cet effet de former celles-ci par « action capillaire », c’est-à-dire en favorisant les contacts personnels suivant le principe de « l’amitié au service du vrai ». Pour donner un corpus consistant à étudier, il édita une revue doctrinale, Verbe, et publia une série d’ouvrages dont le plus connu et le plus fondamental est le premier d’entre eux : Pour qu’Il règne10, préfacé par Monseigneur Marcel Lefebvre et jugé comme étant « l’ouvrage le plus significatif produit en France par l’école catholique contre-révolutionnaire au XXème siècle11 ». Des congrès annuels ont été organisés de 1949 à 1977 en France puis en Suisse, à Lausanne, afin de rassembler une fois l’an tous les participants aux cellules et faire intervenir les meilleurs intellectuels catholiques engagés dans le combat contre-révolutionnaire.

La Cité Catholique aura contribué à former des milliers de cadres dans le domaine politique et social en leur donnant une grande autonomie d’action qui respectait bien la nécessité d’agir en fonction de son état de vie et selon les devoirs relatifs à cet état (des cellules existaient dans tous les métiers et filières, de l’armée aux agriculteurs en passant par les ingénieurs, les fonctionnaires, etc.). Cette école a ainsi été bien plus efficace dans le combat pour le Christ-Roi que bien d’autres initiatives politiques (groupes de pression, manifestations, militantisme politique, etc.). Ce combat a aussi sauvé nombre d’âmes dans la déroute religieuse qui a suivi la Révolution dans l’Église causée par Vatican II. Un ancien participant aux cellules formées par Ousset a pu nous apporter le témoignage suivant : « la Cité Catholique a eu l’immense mérite de vacciner préventivement ses animateurs contre les erreurs sur la liberté religieuse enseignées au concile Vatican II, erreurs qui ruinent tout ordre politique. En fait, Ils L’ont découronné de Mgr Lefebvre n’est en quelque sorte que le tome II de Pour qu’Il règne de Jean Ousset ».

 

Louis Lafargue

 

1 Voir la biographie de Raphaëlle de Neuville, Jean Ousset et la Cité Catholique, éditions Dominique Martin Morin, 1998, page 42.

2 Voir les magnifiques textes de consécration du Centre d’Études Critiques et de Synthèse qui deviendra la Cité Catholique sur le site de Foyers Ardents dans la rubrique « Dossier ».

3 L’œuvre des retraites de Saint Ignace demeurée traditionnelle et restée fidèle à l’esprit du Père Vallet a été transmise par le R.P. Barrielle à la Fraternité Saint Pie X.. Des retraites sont prêchées régulièrement aujourd’hui par l’œuvre des Coopérateurs du Christ-Roi (CCR) fondés par le Père Marziac à Caussade et par la FSSPX.

4 Louis Lachance op, L’humanisme politique de saint Thomas d’Aquin, édition Quentin Moreau, 2015.

5 Supplément au n°70 de Verbe, avril 1955.

6 Jean Ousset, Fondement de la Cité, édition Dominique Martin Morin, 2008, p.139.

7 Formule de Jacques Trémolet de Villers citée par Raphaëlle de Neuville, op. cité.

8 La Cité Catholique est devenue L’Office international des œuvres de formation civique et d’action doctrinale en 1963, institut qui s’est progressivement éloigné de l’idéal fondateur en raison de la crise ouverte par la perte de l’Algérie française au plan national et la crise entrainée par le Concile Vatican II au plan religieux.

9 Une cellule est un noyau informel d’amis dirigé par un animateur.

10 Jean Ousset, Pour qu’Il règne, édition Dominique Martin Morin, 1986 (1ère édition en 1959).

11 Massimo Introvigne, « Jean Ousset et la Cité catholique. Cinquante ans après Pour qu’Il règne », Cristianità, anno XXXVIII, n. 355, gennaio-marzo 2010, pp. 9-61, traduction française de Philippe Baillet.

 

 

 

Comment devient-on contre révolutionnaire?

Les jeunes et les moins jeunes qui ont eu la chance de faire un jour une retraite suivant les Exercices Spirituels de saint Ignace ont découvert grâce à ce grand soldat de la foi un aspect très concret de la doctrine du Christ-Roi. La célèbre « méditation des deux étendards » nous enseigne que durant toute notre vie ici-bas nous aurons à choisir entre l’étendard du Christ et celui du prince de ce monde. Ce combat ne peut en effet laisser absolument personne indifférent : « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi disperse1 » nous a dit Notre Seigneur. Si ce principe demeurera toujours le même jusqu’au jour du Jugement dernier, en attendant, tous les hommes, toutes les familles et toutes les sociétés qui passent en ce monde sont appelés au cours de leur vie à choisir leur camp (leur « étendard ») et à combattre une bataille qui leur est propre. Chaque bataille va donc s’inscrire dans une époque particulière : les hommes d’armes savent que pour engager le combat avec quelque chance de succès, il faut d’abord connaître le terrain et l’ennemi que l’on s’apprête à affronter : « Nous nous battons sur un terrain donné, que nous ne choisissons pas, c’est ainsi. Quand les marins combattent à terre, ils deviennent des fusiliers marins et ce sont des soldats. Quand les soldats embarquent sur un bateau, ils deviennent des fantassins de marine. C’est le terrain qui définit la mission et le comportement. Si l’on ne comprend pas cela, on ne comprend rien à la politique2. » Quelle est la configuration du terrain sur lequel nous avons à combattre aujourd’hui ?

Depuis la Révolution dite française, la République qui asservit notre pays est un régime politique athée et totalitaire qui combat par tous les moyens le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ. L’élément le plus grave que nous pouvons identifier avec la Révolution est que le fil de la Tradition au niveau politique s’est rompu comme le relève Hannah Arendt dans La crise de la culture. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de tradition, ni que tous les hommes se sont arrêtés de transmettre. Cela signifie que notre société et toute la civilisation occidentale ont inversé leurs rapports au futur et à la Tradition3. L’homme moderne ne construit plus sur l’héritage du passé, c’est un spéculateur qui vit sur un emprunt au futur. Ce faisant il écrase et détruit son passé, ne considérant plus le testament accompagnant cet héritage, testament effacé depuis longtemps par les révolutionnaires. C’est l’essence de la révolution que de remplacer l’ordre de Dieu par un ordre entièrement créé par l’homme. De plus, par les technologies modernes qui prolifèrent dans notre monde comme le pire des cancers, les possibilités de continuer à transmettre et à recevoir l’héritage vivant de la Tradition chrétienne sont chaque jour plus réduites ou difficiles à mettre en œuvre. La nature est détruite à un rythme toujours plus élevé par la technique et le nombre de paysans ne cesse de s’amenuiser dans le pays, les machines arrachant impitoyablement à la terre ses dernières ressources. La véritable culture française est en état de décomposition avancée. La jeunesse est tout entière engloutie par la fiction communicationnelle : les écrans, les réseaux, l’électronique, envahissent à un rythme effroyable chaque foyer et tout l’environnement des familles.

Les téléphones portables, l’accès à Internet, la vidéo, tout concourt à détruire les facultés les plus hautes de l’intelligence humaine. Cette intelligence qui ne cherche plus à être reliée à la nature et donc au réel, tant l’artificiel est devenu le nouveau milieu de l’homme moderne.

Face à ce constat, la question la plus urgente à laquelle il appartient à chacun de répondre en son for intérieur puis par des actes concrets pendant toute son existence est la suivante : comment puis-je devenir contre-révolutionnaire ?

Nous devons admettre en premier lieu que l’on ne remportera aucune victoire seul. Un principe politique que tout catholique doit reconnaître est le principe hiérarchique : « Toute autorité vient de Dieu » signifie d’abord qu’il faut accepter que l’autorité existe, qu’elle a été voulue par Dieu et qu’elle a pour objet de nous faire faire le bien (et ce faisant de nous apprendre à le faire) à différents âges de notre vie et dans une multitude de domaines (famille, entreprise, Cité, etc.). Que l’on soit en quête de la vérité, du bien commun politique et de tout autre but, nous serons toujours dépendants d’une autorité et soumis à elle. Le propre de l’homme étant d’utiliser son intelligence pour poser des choix raisonnables et ensuite agir, le contre-révolutionnaire devra d’abord chercher à connaître et adhérer à une doctrine intellectuelle vraie qui fait autorité dans l’ordre naturel. Il ne s’agit pas de réinventer la roue en adoptant la même méthode que l’adversaire : « La contre-révolution n’est pas la révolution contraire, mais le contraire de la révolution » nous indique utilement Joseph de Maistre. C’est pourquoi celui qui veut s’opposer à la Révolution doit commencer par se faire le disciple d’une école : l’école contre-révolutionnaire. Celle-ci a compté d’illustres représentants parmi les Papes et les prélats de l’Église depuis le 19ème siècle ainsi que parmi les intellectuels, en particulier de langue française4. Notons que ces derniers ont dû eux-mêmes choisir le bon combat et se mettre en quête de la vérité en se mettant à l’école de maîtres qui les ont guidés sur ce chemin. Du point de vue intellectuel, le remède de l’esprit le plus sûr face aux erreurs modernes propagées par la Révolution se trouve dans la doctrine et l’enseignement de saint Thomas d’Aquin. Nous proposons donc le premier pas à faire pour rejoindre l’école contre-révolutionnaire en laissant Jean Madiran, un grand représentant de cette école au 20ème siècle, témoigner de sa découverte de la philosophie thomiste : « Je raconte ici comment se produisit ma rencontre avec saint Thomas d’Aquin. J’avais fait ma classe de philosophie sans entendre jamais prononcer son nom. On dira : — Bien sûr, le lycée de la République n’allait pas vous parler du thomisme… Ah, pardon, dire cela serait se tromper doublement. Il n’est pas naturel, il ne va pas de soi que le lycée républicain occulte, en classe de philosophie, une philosophie aussi importante.

Mais secondement, en dehors du lycée on ne m’en avait point parlé non plus. J’étais d’une famille catholique ; pratiquante ; avec de « bons livres ». J’étais scout, chez les « sdf », c’est-à-dire les catholiques, avec à la fin plus de dix-huit badges, parmi lesquels tous les badges de religion préparés et passés avec l’aumônier, un prêtre de grande foi bien instruit et pourtant je ne connaissais pas même de nom saint Thomas et le thomisme. […] « C’est à la bibliothèque de la faculté des Lettres que j’ai rencontré saint Thomas. Le livre d’un auteur inconnu de moi, ouvert par hasard, m’indiqua que le thomisme existait. J’avais inconsidérément accepté de faire un exposé sur la pensée de Bergson, dont je ne savais à peu près rien. Je cherchais au catalogue quelque ouvrage qui pût m’en fournir un résumé, selon la méthode détestable qui consiste à étudier non pas une œuvre mais ce que les commentateurs ont écrit sur elle. Donc, parcourant la bibliographie, je tombai sur un titre qui comblait ma recherche : La philosophie bergsonienne, et en un seul volume, une chance ! L’auteur m’importait peu et d’ailleurs m’était inconnu. Ma vraie chance pourtant fut que c’était l’édition de 1914 du livre de Jacques Maritain, celle où les exposés de la « théorie bergsonienne » étaient suivis ou entrelardés de petits catéchismes de philosophie thomiste sur les mêmes sujets : la doctrine de saint Thomas sur la perception intellectuelle ; sur la nature et les perfections de Dieu ; l’âme et le corps dans la philosophie chrétienne ; la doctrine scolastique de la liberté. Du coup je laissai tomber tout ce qui concernait Bergson (et ne fis jamais mon exposé) ; je ne vis plus que ces abrégés de thomisme ; j’avais été immédiatement conquis par le déferlement d’une évidence. Le catholique en moi et le maurrassien découvraient d’un même pas l’énoncé irréfragable de la vérité : une vérité totale, venant embrasser, compléter, organiser, couronner des vérités jusque-là inarticulées les unes aux autres5. »

Louis Lafargue

 

1 Évangile selon Saint Mathieu, ch.12 v.30.

2 Jean-Marie Le Pen, entretien paru dans le n°3183 de Rivarol le 9 avril 2015.

3 En particulier de Tradition catholique puisque celle-ci existera toujours : il est de foi de croire que les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur l’Église.

4 Pour une liste récente des membres de cette école, nous renvoyons le lecteur à l’article de Jean Madiran dans le numéro de Présent du 18 février 2011 « L’école (informelle) contre-révolutionnaire ». Cependant une réserve s’impose sur plusieurs des noms de cette liste, qui, en particulier parce qu’ils se sont religieusement séparés de Mgr Lefebvre, sont imparfaitement contre-révolutionnaires, nonobstant leurs autres mérites.

5 Jean Madiran, Maurras, Nouvelles éditions latines, Paris 1992, pp. 20-22.