Prudent pour agir avec succès !

Dans un couloir, Charles coince son chef débordé : « Je suis mécontent de mon salaire, je voudrais une augmentation !

J’ai besoin d’argent pour payer les écoles de mes enfants et ma maison. Sinon, je serai obligé d’aller voir ailleurs… »

Même si son objectif est légitime, l’égocentrisme et l’impulsivité de Charles vont nuire au résultat visé, et peut-être à sa réputation.

Pour réussir, il aurait mieux fait de prendre un rendez-vous au calme pour parler de son avenir. Il aurait dû le préparer en réfléchissant aux ambitions de sa société, aux objectifs de son patron et à leurs critères de valorisation des salariés. Il aurait pu exprimer son envie de contribuer davantage, de progresser au service de l’entreprise, en comptant sur une juste évolution salariale associée. Il a manqué de la vertu de prudence !

La prudence n’a pas pour seul but de nous faire éviter les dangers mais positivement de « nous indiquer les moyens sûrs et légitimes de parvenir à une fin louable1 ». Elle détermine l’usage que nous devons faire de notre esprit en chacune des démarches ou des entreprises de notre vie, pour que nous ne regrettions rien ensuite. Même en cas d’échec, nous saurons que nous avions fait tout ce qui était raisonnablement possible. Quel réconfort pour notre conscience !

La prudence va être utile pour chacune de nos décisions : les grandes – choix de vie ou de métier, écoles, déménagement, gestion d’un projet, investissement – comme les quotidiennes – réaction à la bêtise d’un enfant ou d’un subordonné, difficultés avec une autorité, réaction à un imprévu. Comment prendre les bonnes décisions au bon moment ?

Les conditions de succès peuvent se résumer en 3 mots-clés : anticipation, cohérence, focalisation. Donc, éviter improvisation, incohérence, dispersion.

Les bons managers listent les mêmes bonnes pra- tiques que celles écrites par saint Jean-Baptiste de la Salle pour une prise de décision réussie2, prêtons-y attention !

Anticipation

Faire appel à ses connaissances et son intelligence, ou effectuer des recherches pour bien comprendre le sujet et le contexte de la décision à prendre. S’ancrer dans le réel : les données factuelles de la situation comme les tempéraments des personnes concernées comptent. Préparer la décision en se rappelant les principes ou règles à suivre (morales, psychologiques ou professionnelles). Prendre le temps de formuler le but à atteindre, les moyens d’y arriver, les raisons de faire tel choix et discerner les alternatives, avec leurs avantages et inconvénients. Comment minimiser et rendre acceptables les effets secondaires ? Consulter des personnes sûres si besoin.

Savoir jouer avec le temps : faut-il laisser mûrir le sujet, procéder par étapes, tester, ou trancher sans délai ?

Ces pratiques prennent du temps. Il est donc évident que, pour savoir gérer les situations du quotidien en temps réel (colère d’un enfant, erreur professionnelle…), il faut avoir réfléchi et travaillé à l’avance sur les principes et les méthodes d’éducation ou de gestion des hommes. Cela se fait selon les phases de notre vie, en ménage et avec des personnes expérimentées et de confiance, ainsi qu’en tirant les leçons de nos propres expériences.

Cohérence

Les moyens doivent être cohérents entre eux et avec les principes. Il faut être habile dans le choix des moyens – les actes, les paroles et les attitudes qui se soutiennent renforcent la décision – et du temps de l’action : quand et comment parler à son épouse ? A un adolescent d’un sujet délicat ?

Par ailleurs, chacun sait qu’un alignement entre conjoints est essentiel dans l’éducation des enfants, de même qu’une coopération ouverte entre la famille et l’école. Bien sûr, l’unité ne fait pas tout : encore faut-il éviter les erreurs de raisonne- ment, souvent dues à un manque de formation, un manque d’anticipation ou un trop plein d’émotions. 

Focalisation

Une fois la décision prise, il faut être fort et persévérer. Observer les effets pour traiter les éventuels effets de bord, ajuster ou introduire des étapes, sans toutefois perdre de vue l’objectif et la stratégie choisie ! Il faut parfois du temps, surtout dans l’éducation, la conduite des hommes ou de la nature. Si notre décision a été prise de la bonne manière, nous pouvons compter sur la Providence et devons lui faire confiance sans nous inquiéter chaque jour.

Émotions et tempéraments

Deux écueils opposés sont fréquents. Écoutez votre entourage pour savoir celui qui vous guette ! Cela peut d’ailleurs dépendre des sujets ou des moments.

Impulsif, vous réagissez trop vite. A peine le sujet est-il identifié qu’il faut lancer des actions ou des répliques  catégoriques  !

Forcez-vous à vous poser et analyser ce qui vous pousse : l’activisme ? la peur  ?  de  quoi  ?  de  voir  quelqu’un  souffrir (empathie) ? du jugement des autres ? de rater  quelque chose ? de l’incertitude ? d’être mal à l’aise tant que le sujet n’est pas clos ? Est-ce si grave ? Forcez-vous à formuler voire écrire votre analyse et les alternatives, les plus et les moins, puis à consulter une personne de confiance.

Timoré ou retardataire, vous traînez pour décider, vous retardez votre implication. Ne pas décider, c’est décider de ne rien faire… Est-ce votre vrai choix ? Forcez-vous donc à anticiper les sujets que vous devrez traiter tôt ou tard et à vous fixer une date « au plus tard » pour les traiter donc pour commencer à y travailler ; et planifiez du temps. Envisagez des étapes dans la mise en œuvre de la décision pour pouvoir ajuster ou contrôler. Si vous avez peur, faites comme indiqué plus haut et posez-vous la question « et pourquoi pas ? »

Dans les deux cas, prenez l’habitude de vous corriger sur des petites décisions : respirez, réfléchissez, décidez avec les règles de la prudence, agissez et faites confiance !

Hervé Lepère

 

1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.

2 Idem

Bienheureux les doux, pas les mous !

Quentin, 3 ans, joue aux voitures dans le salon de son arrière-grand-père avec des bruitages si sonores et fatigants que l’aïeul demande aux parents de l’emmener jouer ailleurs.

« Je ne sais pas si Quentin va l’accepter… Quentin, voudrais-tu bien aller dans la chambre ? » Les bruitages continuent de plus belle. « Ah, je suis désolé, il ne m’écoute pas, il va se braquer et crier si j’insiste… » Cela continue jusqu’à ce qu’un oncle prenne Quentin par la main, lui explique que le salon n’est pas une salle de jeu, le motive et fasse diversion en allant jouer avec lui quelques instants dans la chambre. Qui a exercé la vraie vertu de douceur ?

Douceur et fermeté

Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), grand éducateur, donne à la douceur la plus grande place parmi les 12 vertus qu’il exige d’un bon maître1.

Pour autant, la douceur n’est ni la mollesse ni la tolérance. La douceur doit être ferme, en vue du bien qu’on cherche à obtenir : la pratique des vertus, la sanctification, le bien particulier d’une personne ou le bien commun. Dans l’éducation, elle devra être associée à la force de s’opposer au désordre, au courage d’établir et de conserver des règles de vie équilibrées, à la persévérance face aux obstacles et aux échecs.

Les défauts opposés à la fermeté sont facilement détectés par nos interlocuteurs :

  • Une tolérance excessive, la faiblesse de ne pas sanctionner.
  • Une inconstance dans l’action : commander ou menacer sans agir.
  • Une familiarité excessive ou un excès de paroles, qui génèrent mépris et indocilité.
  • Une timidité excessive, un air troublé ou emprunté.

Quelle est la vraie douceur ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle cite quatre sortes de douceurs. Celle de l’esprit qui juge sans aigreur, sans passion ni préoccupation de soi. Celle du cœur qui veut obtenir les choses sans entêtement et de manière juste. Celle des mœurs : il s’agit de se conduire par de bons principes, sans vouloir réformer les personnes sur qui on n’a aucun droit, ou  les choses qui ne nous concernent pas. Enfin, la douceur de la conduite : c’est agir avec simplicité, droiture, sans contredire les autres, et avec une modération raisonnable.

Voilà un vaste programme ! Pour nous aider sur cette voie d’imitation de Jésus-Christ, le saint nous met en garde contre les défauts suivants :

  • La susceptibilité : comment réagissons-nous aux paroles maladroites qui nous concernent ?
  • La vivacité et les réactions impétueuses. Attention les sanguins !
  • L’humeur noire, bizarre, bourrue et un air sombre. Attention les mélancoliques !
  • Les manières dures ou méprisantes, le visage trop fier.
  • Les paroles aigres, insultantes ou simplement chagrines.
  • L’agitation violente, les sanctions précipitées ou redoublées.            

Ces défauts opposés à la douceur menacent évidemment l’équilibre de notre vie de ménage, l’éducation des enfants et même notre réussite professionnelle.

A contrario, la vraie douceur va montrer des manières engageantes ou persuasives, une bienveillance, une sensibilité et une attention parfois affectueuse aux autres. Elle va ôter au commandement sa part de dureté et d’austérité. L’insinuation, la persuasion et la douceur obtiendront des résultats plus durables que la contrainte sèche ou la violence car elles toucheront plus profondément le destinataire dans son intelligence, sa volonté et son cœur.

 Comment pratiquer la douceur ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle recommande quelques actions pour l’éducation des enfants :

  • Se corriger soi-même de ses manières rudes ou grossières, opposées à la douceur.
  • Définir des règles et des ordres équilibrés, tenant compte des capacités, des circonstances, des caractères et tempéraments, du moment adéquat, sans perdre de vue le but recherché.
  • Être simple, exact et patient : la règle doit être comprise et suivie avec assiduité quoique sans excès de zèle. Éviter un excès de paroles et les sermons prolongés.
  • Garder une attention douce et vigilante, avec une égale bonté entre tous.
  • Lorsqu’on doit reprendre un enfant, ne pas le faire sous le coup de la colère ! N’être ni amer ni insultant et ne pas l’humilier. L’objectif doit être que l’enfant, une fois calmé, comprenne sa faute et accepte la sanction.
  • Donner la liberté à l’enfant d’exprimer ses difficultés, par exemple pour le travail, en l’écoutant vraiment, car cela peut donner des clés pour l’action.
  • Savoir féliciter et récompenser, ce qui encourage à bien faire.
  • Chaque jour, avoir un mot édifiant, parler d’une vertu… Le temps fera son effet.
  • Apprendre la politesse ! Elle est nécessaire pour bien vivre en société.

Nous voyons bien que la douceur n’est pas innée. Elle s’apprend par une triple formation. Formation du cœur pour incliner aux vertus, prendre de bonnes habitudes, éloigner les passions et les vices. Formation de l’esprit : aimer notre religion et ses dogmes, parler juste et avec bon sens, agir en sachant discerner le but louable à atteindre et en sachant expliquer ses choix. Formation du jugement : juger du rapport des choses entre elles, distinguer le bien et le mal dans notre conduite.

Finalement, la douceur, c’est la vertu des forts, de ceux qui s’engagent sur la voie du Royaume de Dieu et qui savent que sur le métier, il faut remettre cent fois son ouvrage !

 

Hervé Lepère

 

1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.

 

 

Quel idéal pour nos enfants ?

C’est le mois où l’on commence à parler orientation ou Parcoursup.

– Je voudrais être chirurgien, parce que c’est le métier qui paye le mieux !

– Je préfère être fonctionnaire dans un bureau tranquille pour avoir du temps libre.

Hubert, le père de famille, renchérit : pourquoi pas banquier ou trader ? Il ne lui vient pas l’idée de considérer le « métier » de prêtre ou de religieux comme une possibilité d’avenir heureux pour ses enfants. Ni même d’autres métiers présumés moins brillants mais animés par des motivations plus nobles. Quel idéal veut-il leur donner pour la vie ?

Ton moteur sera là où est ton cœur

Le travail ne suffit pas à rendre l’homme heureux. « Tous nous possédons, au plus profond de notre être, une incomparable réserve d’énergie. Mais il nous faut une étoile polaire, vers laquelle nous puissions, même aux heures les plus sombres, diriger nos efforts. Sans cela, nous travaillons, nous peinons, nous endurons peut-être le plus torturant des martyres, celui qui consiste à patiner sur place ou à reculer aussitôt qu’on avance, pour n’aboutir à rien1

Notre but, celui que nous enseignons à nos enfants, sera bien sûr d’aller au ciel. Notre idéal premier sera de ressembler à Jésus-Christ, la voie, la vérité et la vie, et à Notre-Dame, sa sainte mère et notre mère. Un idéal humain n’a de valeur qu’autant qu’il nous rapproche de ce modèle divin.

L’éducation à l’idéal

Les saints et les héros de l’Histoire ou de notre famille ne sont pas des modèles parfaits du Christ, mais leurs exemples illustreront telle vertu ou tel comportement, ce qui rendra l’idéal plus concret.

« La fin de l’éducation est que l’enfant en vienne à préférer librement, et pour toujours, le Vrai au Faux, le Bien au Mal, le Juste à l’Injuste, le Beau au Laid, et Dieu à tout. (…) Dans cette éducation totale, faite de contrainte, de persuasion et surtout d’amour véritable, il y a la plus grande preuve de respect que nous puissions donner à nos enfants2.» C’est à la famille qu’il revient, avec l’aide de l’Église et de l’école, d’élever les enfants dans un esprit de courage et d’énergie ainsi orienté. Donnons-leur de l’enthousiasme pour leur idéal, il leur donnera des ailes.

L’éducation doit bien sûr s’adapter à chaque enfant, à son âge et son tempérament, mais il convient toujours de former le caractère et d’exercer aux vertus, c’est-à-dire à la prise d’autonomie qu’il faut donner progressivement.

Y a-t-il une hiérarchie des valeurs à transmettre3 ?

Pour Mgr Freppel4, il est certain que le respect de la vérité et les principes vrais sont à transmettre en priorité. Cette transmission comporte d’abord le contenu de la Foi qu’il faut connaître pour l’aimer. Elle se complète avec le souci de la vérité par l’étude et la saine curiosité, et la lutte attentive contre tout mensonge spécialement en famille.

Vient ensuite l’usage de la liberté qui doit s’apprendre avant les années critiques de l’adolescence et de l’âge étudiant. La liberté dépend >>> >>> de ce que nous aimons : il s’agit de choisir le Bien donc de l’aimer, de se détacher de l’esclavage des mauvaises habitudes, de l’oisiveté et de l’orgueil. La formation au jugement et à la volonté sont essentielles pour y réussir, et se réalisent au cours de l’entraînement à la liberté. Il faut trouver la ligne de crête, le juste équilibre entre deux tentations extrêmes. Soit mettre l’accent sur le règlement, la contrainte, les punitions et récompenses, ce qui fait rester au niveau du « dressage ». Il faut pourtant arriver à une adhésion intérieure progressive par rapport au règlement. C’est cette adhésion intérieure qui est source d’héroïsme et de sainteté chez les moines ou les soldats, pas l’obéissance forcée à la contrainte.

Soit, au contraire, imaginer que le vent de liberté un peu anarchique des jeunes passera tout seul et que les expériences de la vie suffiront à leur apprendre la vertu… C’est oublier la faiblesse humaine et l’attrait du mal, conséquences du péché originel. C’est oublier aussi les leçons de la psychologie concernant la nécessité d’un cadre et du rôle du père comme incarnation de l’autorité. L’enfant a besoin de bases solides, de guides et de rappels. Bref, ni rigorisme, ni laxisme ! Le rôle de nos foyers et des écoles est donc d’aider à former des caractères heureux et bien équilibrés, par l’apprentissage des vertus.

La famille, modèle d’idéal et de sainteté

L’exemple des parents, d’autant plus méritoire voire héroïque qu’il dure au cours des années, et l’éducation donnée par la famille sont des clés à la portée de chacun. Dans la famille, on peut enseigner facilement, avec le respect des personnes humaines, la pratique des vertus, l’apprentissage de la liberté, la formation du jugement et de la volonté, la solidarité familiale, le service de la société, et l’amour de la patrie et de l’Église. Le choix d’une école qui vit des mêmes principes et idéaux – la famille coopérant ouvertement avec l’école – sera un atout essentiel de la réussite de l’éducation. Si on ne peut trouver une telle école, alors la famille devra donner beaucoup plus de temps et d’attention pour former son enfant.

Il faut donc prendre et garder le bon cap. C’est le devoir, c’est le salut, c’est la volonté de Dieu. Aussi pouvons-nous prendre la route avec confiance, nous appuyant spécialement sur la grâce du mariage, et la pratique régulière des sacrements de pénitence et d’Eucharistie. Avec Dieu en nous, et tenant la main de Notre-Dame, nous marcherons sur les voies de la sainteté.

Hervé Lepère

1 Soyez des Hommes, F.A Vuillermet.

2 Abbé Berto, célèbre éducateur, en Mai 1968.

3 D’après l’AFS-Action Familiale et Scolaire, brochure « Former des hommes de caractère ».

4 Mgr Freppel (1827-1891), évêque d’Angers, député du Finistère, fondateur de l’Université Catholique de l’Ouest, soutien des Catholiques sociaux. 

 

Honneur et fidélité

La famille passe à table chez les grands-parents. La conversation s’alimente avec des taquineries de plus en plus acides sur les occupations des uns ou les tics des autres, les tempéraments des convives, l’influence de la belle famille ou des amis… Paul aime bien prendre des positions provocatrices – c’est, soi-disant, pour montrer son indépendance d’esprit – à moins que Marine, son épouse, n’arrive à faire diversion en parlant de la pluie et du beau temps…

Ressortirez-vous heureux d’un tel repas manquant non seulement à l’harmonie et à la paix familiale, mais aussi au respect dû aux parents présents ?

Il est vrai que les dissensions ne sont souvent que le fruit de l’inadvertance, mais à force d’en répéter les actes, on en prend la mauvaise habitude, qui conduit au vice et on perd celle de la vertu.

Honorer son père et sa mère, vaste programme !

Le dictionnaire donne plusieurs sens au verbe « honorer ». Tous sont applicables pour nos parents.

Marquer son respect et célébrer : c’est parler en bien des parents, les respecter visiblement et vivre en paix avec eux autant qu’il est en notre pouvoir. Nous préférons mettre en valeur les qualités des parents plutôt que leurs inévitables défauts.

Tenir en estime : il s’agit de les écouter, les faire parler sur leur histoire et celle de la famille, s’adapter à leurs centres d’intérêts, tant que la Foi et la morale sont respectées.

Accorder de l’attention : donnons des égards de politesse, soignons notre vocabulaire et rendons service. 

S’acquitter d’une dette : nous devons aux parents le don de la vie et la satisfaction des besoins matériels dans notre jeunesse, sans oublier souvent une bonne éducation spirituelle et morale. Que donnerons-nous en échange de ces bienfaits ? Prenons donc soin de nos parents.

Saint Paul nous avertit1 : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens, surtout de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. » Le sujet est donc grave !

Le père de famille donne le ton

Le père de famille commencera par honorer son épouse, la mère de ses enfants, devant ses enfants et en public. Lorsqu’un père et une mère se critiquent ou se disputent devant les enfants, comment peuvent-ils ensuite prêcher l’honneur de celui dont ils viennent de montrer des défauts, réels ou supposés ? Comment seront-ils eux-mêmes respectés ?

L’autorité de la mère, s’usant naturellement lorsqu’elle est fatiguée ou lorsque les enfants arrivent à l’adolescence, a besoin du soutien du père pour être respectée. Concrètement, le père de famille devra surveiller et si besoin reprendre la manière dont les enfants parlent à leur mère, s’assurer de leur obéissance et même, dès l’âge de raison, leur apprendre à rendre service spontanément : lorsque maman est à la cuisine, on ne la laisse pas seule !

L’exemple du père de famille devra aller au-delà de ces deux points élémentaires. Le père favorisera la paix dans la famille et autour d’elle, montrera des vertus de force, de prudence et de piété de manière à être lui-même respectable.

Le père exercera en outre une influence très bénéfique s’il s’intéresse à transmettre l’histoire de la famille, les racines du pays et de sa région, les traditions familiales ou locales, et bien sûr la foi et la culture chrétienne : honorer ses père et mère, c’est aussi honorer ses ancêtres et tous ceux dont nous sommes les héritiers par le sang, par la foi ou par adoption.

Que faire si les relations avec les parents sont compliquées ?

En cas de désaccord visible et important sur la Foi ou la morale, la priorité sera la protection des enfants et de leur éducation, et celle de notre propre ménage. Il faudra expliquer calmement aux grands-parents que ces sujets de Foi ou de morale sont essentiels pour nous et que nous souhaitons la cohérence dans l’éducation de nos enfants. Si les grands-parents jouent le jeu, la situation sera plus facile que dans le cas contraire où il faudra prendre quelques distances.

S’il s’agit de désaccords de tempérament ou d’habitudes de vie, des gâteries excessives envers les enfants par exemple, une communication paisible et positive sera importante. En reconnaissant l’intention positive des parents mais en rappelant nos souhaits d’éducation, nous chercherons à trouver un compromis acceptable pour les moments où nous côtoierons les grands-parents. 

Dans tous les cas, la règle d’or est que chacun des conjoints règle ces sujets en direct et en privé avec sa propre famille. Se mêler de sujets sensibles avec sa belle-famille est le meilleur moyen de compliquer les situations !

Quelles que soient nos relations et même dans les situations compliquées, il est toujours possible d’honorer ses parents de multiples manières :

1 : Pardonner leurs erreurs du fond du cœur. Même si les parents sont morts, pardonner réduira la peine de Purgatoire qu’ils auront à souffrir.

2 : Remarquer et apprécier ce qu’ils ont fait de bien.

3 : Garder le contact : donner des nouvelles de notre famille, envoyer quelques photos même si nous n’avons pas de retour, écrire ou téléphoner, les écouter ou poser des questions, nous manifester pour un anniversaire ou une fête…

4 : Accomplir des actes de bonté, sans chercher de retour : ménage, bricolage ou petites courses, assistance dans leurs besoins. Si la santé physique ou psychologique des parents décline, s’ils sont en grande difficulté financière, nous ne pourrons pas toujours assurer le soutien nous-mêmes, mais au moins, nous pouvons trouver des aides, solliciter l’assistante sociale ou la commune, la conférence Saint-Vincent de Paul…

5 : Prier pour eux, vivants ou morts. Ce n’est jamais du temps perdu !

6 : Se soucier de leur santé spirituelle avec délicatesse : parler de la Foi, de la prière à la Sainte Vierge, de la vie éternelle, des sacrements lorsque l’occasion se présente. A l’approche de la mort, la dévotion au scapulaire vert peut aider dans les cas difficiles.

7 : Apprendre aux enfants à honorer leurs grands-parents : leur faire envoyer des dessins ou des lettres, témoigner leur affection et leur politesse lorsqu’ils les voient….

Saint Thomas d’Aquin nous enseigne que « la prudence veut que nous ayons pour règle ordinaire de diriger nos bienfaits non vers les hommes qui sont plus vertueux, mais vers nos proches ». Nos amis tiennent la première place, mais après nos parents !

Hervé Lepère

1 Timothée 5,8

 

Incarner le devoir filial envers l’Eglise

Ma première visite à Rome m’a laissé un souvenir marquant : au milieu du brouhaha du trafic désordonné des scooters et des voitures, de leurs dérapages sur les pavés, des touristes dégustant des gelati, on ne peut faire dix mètres sans croiser plusieurs soutanes et tenues religieuses, des églises souvent attirantes, des basiliques où des éléments du IVe au XVIIIe siècle se mélangent harmonieusement. Je n’ai jamais rencontré dans mes nombreux voyages aucun endroit où le catholicisme est aussi présent avec ses 2000 ans de tradition visibles de tous.

Je me suis senti « chez moi », fils de l’Église une, sainte, catholique, apostolique et romaine.

 Nous sommes catholiques Romains !

Nous devons cultiver et transmettre à nos enfants cette filiation et cet attachement essentiel. L’oublier, c’est risquer de tomber dans le gallicanisme ou l’esprit protestant. L’amour de l’Église est inséparable de l’amour de Rome, ce qui explique ce mot de Monseigneur Lefebvre : « Une de mes premières préoccupations (après la fondation de la Fraternité saint Pie X en 1970) était d’avoir une maison à Rome, ce qui a été concrétisé par l’achat de la propriété d’Albano » dès 1974. Sa déclaration célèbre du 21 novembre 1974 rappelle l’importance de Rome : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.» Il illustrera plus tard une des manières de vivre cet attachement à la Rome éternelle : « La Rome éternelle est présente à Rome par les tombeaux des papes qui nous rattachent aux Apôtres, et notamment à Pierre qui est vraiment la pierre fondamentale de l’Église. La Rome éternelle est encore présente par tous les autres martyrs qui y ont versé leur sang pour prouver leur foi en Notre-Seigneur Jésus-Christ. (…) Tous ces magnifiques exemples sont encourageants pour nous et nous attachent à cette Rome qui est vraiment le cœur de l’Église. Voilà pourquoi nous aimons prier sur les tombeaux de saint Pierre, de saint Paul, des autres Apôtres et des martyrs qui sont enterrés là1. »  

Aller à Rome, pour former nos enfants

Spirituel et temporel sont indissolublement liés, les actes temporels que nous posons avec nos enfants influencent leur vie intérieure et leur conception de la religion. Si nous en avons l’occasion, n’hésitons donc pas à les emmener à Rome dès l’âge de raison, et avant qu’ils n’entament leur vie de jeunes adultes, ou à leur donner l’occasion d’y aller avec leur école et de bons prêtres. Aller à Rome, c’est à coup sûr développer trois qualités :

Le sens de l’Église. A Rome, nous le sentons, le voyons, le savons : nous sommes fils de l’Église, héritiers d’une Tradition de 2000 ans. « A Rome, j’ai senti palpiter le cœur de l’Église ; ce que je savais de l’Église, je l’ai pour ainsi dire touché ; j’ai confiance que je vivrai encore plus de l’Église et pour elle », disait le père Calmel en 1953.

La gratitude pour la grâce de la foi : « Tout nous parle de siècles de fidélité. Le parfum de Rome, c’est surtout le parfum de la foi que chaque pierre polie par des siècles de christianisme nous fait respirer2. » Nous ne pouvons que nous émerveiller et nous recueillir.

L’engagement au service de l’Église : « A Rome, le pèlerin dépose le vieil homme, il rajeunit, retrempe son âme au contact des apôtres, des vierges et des martyrs. Sa foi s’affermit sur le roc de Pierre ; la Ville Sainte lui dilate le cœur à la mesure de l’universalité de l’Église, sa prière prend alors un élan de ferveur inouï3. »

Un devoir filial important

Foyers Ardents a plusieurs fois insisté sur l’importance de l’esprit de famille et de l’enracinement pour l’équilibre de nos familles et  l’épanouissement de nos enfants. Nous apprenons à nos enfants à honorer leurs parents et grands-parents (4e commandement) et à prier pour eux. Même si grand-père ne va pas à la messe, et tant qu’il respecte notre éducation, nos enfants lui témoigneront de l’affection, écouteront ses histoires ou bricoleront avec lui, ils s’enracineront ainsi dans une tradition familiale qui les dépasse et comprendront qu’ils sont un maillon d’une chaîne. Bien sûr, nous les ferons prier pour lui afin qu’il se convertisse.

Avec nos enfants, nous devons de même incarner ce devoir filial envers le pape, vicaire du Christ, successeur de Pierre. L’élection du nouveau pape Léon XIV est une occasion de concrétiser ce devoir avec davantage de motivation. S’il fait du bien, nous devons l’aider en priant pour sa persévérance dans les difficultés et face aux ennemis. S’il commet des erreurs, nous devons prier avec ferveur pour qu’il soit éclairé et progresse dans la manière de guider le troupeau que le Seigneur lui a confié. Rien n’est jamais perdu ! Souvenons-nous que le pape Pie IX, élu en 1846 à la grande joie des libéraux, sera celui qui publiera le « Syllabus » associé à l’encyclique Quanta Cura (1864) et condamnant le naturalisme, le laïcisme, l’anticléricalisme, le socialisme, le communisme et les sociétés secrètes…

Le catéchisme nous appelle par ailleurs à une juste compréhension de l’infaillibilité pontificale et à la possibilité d’erreurs sur les sujets ou les modes de communication qui n’en relèvent pas.

Pie XII lui-même insiste sur la conduite à tenir face aux faiblesses ou erreurs visibles dans les hommes d’Église : « Son divin fondateur souffre jusque dans les membres les plus élevés de son corps mystique, dans le but d’éprouver la vertu des ouailles et des pasteurs (…) ce n’est pas une raison de diminuer notre amour envers l’Église, mais plutôt d’augmenter notre piété envers ses membres4. » 

Lorsque nous allons à Rome, nous voyons cette minuscule silhouette de l’homme en blanc sur un balcon perdu au milieu de la façade de la basilique Saint-Pierre. Quelle faiblesse qui nécessite nos prières !

Rome et l’Année Sainte

Comme à chaque Année Sainte, l’Église met à notre disposition un trésor de grâces spéciales accumulées par les mérites de Notre-Seigneur et la collaboration des innombrables saints. Profitons-en avec nos enfants, nous en avons tant besoin. Parce que nous sommes catholiques romains, fils de l’Église, nous irons à Rome avec nos enfants si nous le pouvons. « Nous venons à Rome pour faire grandir notre foi que respirent toutes ces pierres, pour nous enflammer de l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ et en vivre toujours davantage5. »

« Rome est un besoin pour toute âme qui a goûté Rome. Vous reviendrez à Rome », disait Pie XI aux membres du séminaire français de Rome. 

Si nous ne pouvons faire ce pèlerinage d’ici le 6 janvier 2026, emmenons au moins notre famille dans une basilique proche de notre lieu de vacances pour y prier et gagner les indulgences spéciales de cette année sainte.

 

Hervé Lepère

1 Conférence spirituelle, Ecône, 5 décembre 1983

2 Cahiers Ad Lucem – Pâques 2025

3 Idem

4 Mystici Corporis, 29 juin 1943

5 Cahiers Ad Lucem – Pâques 2025