Un silence coupable

Dans une école hors-contrat, Raoul est surpris avec des images immorales en compagnie de 2 autres élèves ! Ni les parents ni les éducateurs ne s’y attendaient, mais cela arrive… Les éducateurs prennent alors des mesures appropriées pour le bien commun et adaptées à chaque personne. Ils cherchent aussi à comprendre l’origine de l’action de Raoul et de la curiosité des 2 autres élèves, dont les familles ont pourtant bonne réputation.

Plusieurs facteurs sont notés, mais l’un d’eux revient comme dans 90% des cas : les jeunes adolescents n’ont pas été informés par leurs parents sur les mystères de la vie, les évolutions de l’adolescence, les tentations contre la pureté, les précautions et les remèdes nécessaires. Leur curiosité ou leur inquiétude naturelle devant les transformations qu’ils observent chez eux ou chez leurs camarades n’ont pas été satisfaites par des explications saines au bon moment.

Le silence sur certains sujets est coupable

Le silence des parents sur ces mystères de la vie est doublement coupable : d’une part parce que l’enfant est initié ailleurs de manière matérialiste ou immorale à ces choses saintes mais mystérieuses, ce qui abîme sa pureté et déforme sa manière de les considérer, d’autre part parce que tous les papes même récents ont rappelé que cette formation des enfants est un devoir grave des parents qui ne peut être délégué à d’autres. Son absence est donc une faute.

« Alors, il appartiendra à vous, aux mères pour vos filles, aux pères pour vos fils, autant que cela apparaît nécessaire, de soulever avec précaution et délicatesse le voile de la vérité, de donner une réponse prudente, juste et chrétienne à ces questions et à ces inquiétudes1. »

Un jeune qui cherche des réponses va, tôt ou tard, aboutir sur internet et sera marqué et déformé pour longtemps par les images pornographiques inévitables. Si ce n’est pas trop tôt, c’est trop tard !

Même dans un milieu « protégé », la faiblesse humaine liée au péché originel subsiste. Un camp de louveteaux dès 7 ans peut donner lieu aux premières conversations sur l’origine de la vie. Vers 10-12 ans, au plus tard en arrivant en pension, les occasions se multiplient. L’adolescence élargit les sujets de questionnement. Mieux vaut donner le bonne information un peu trop tôt, que trop tard.

Sachons que le programme EVARS- éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle- applicable même dans les écoles sous-contrat, violera la responsabilité des parents dans ce domaine intime et initiera les enfants dès la maternelle, à toutes les formes de perversion sexuelle et de contraception2. Ce programme correspond à l’éducation comportementaliste qui dessine une vision de la sexualité comme une consommation consentante mutuelle3  . Sans parler de l’apprentissage du genre dès la maternelle.

Il est normal que certains sujets soient difficiles

« Beaucoup d’entre nous se sentent gênés d’aborder ces sujets. Les parents ont à frayer un chemin entre deux écueils :

  • Le matérialisme qui se traduit (au mieux) par une froideur médicale nocive. Il rabaisse au niveau de la vie animale l’amour des parents et le don d’une vie douée d’une âme spirituelle pour l’éternité, créée à l’image de Dieu.
  • Un néo-catharisme qui assimile tout ce qui touche au corps à quelque chose de sale ou mauvais et dont nous sommes imprégnés à notre insu.

Comment ce qui participe au commencement de la vie pourrait être sale ? C’est fragile et cela compte parmi les choses les plus étonnantes et les plus respectables. Nous avons deux guides pour trouver le ton juste : émerveillement et chasteté4. »

Des étapes et l’appui sur la grâce de Dieu

Ainsi, il est souhaitable de s’émerveiller devant le don de la vie avant de remonter vers le rôle respectif des parents qu’on abordera de manière délicate, respectueuse, valorisante en lien avec l’enseignement moral de l’Église.

Il faudra profiter des occasions de la vie pour aborder le sujet, plusieurs fois, de manière progressive : une nouvelle naissance dans la famille ou l’entourage, la préadolescence puis les étapes jusqu’à l’âge adulte.

Tout devra être dit clairement, y compris les tentations ou faiblesses respectives des garçons ou des filles et les moyens de garder ou retrouver la pureté : prière, sacrements fréquents, volonté. L’appel à la pureté est aussi un appel à l’effort, voire l’héroïsme, pour se préparer à faire ses choix de vie future dans les meilleures conditions : un mariage chrétien chaste, ou la virginité consacrée dans la vocation religieuse.

Des conditions pour être vrai et efficace

  • « Les parents doivent eux-mêmes mener une vie irréprochable de chasteté conjugale et veiller à ce qu’aucune atteinte à la vertu de pureté n’entache le sanctuaire familial (même les grivoiseries et grossièretés).
  • Ils doivent savoir ce qu’il faut dire à leurs enfants, comment le dire et à quel âge.
  • Ils doivent se faire une juste idée de leurs enfants, c’est-à-dire les savoir victimes des inclinations déréglées qui demeurent même après le baptême, mais les savoir aussi en mesure de les dominer avec le secours indispensable de la grâce5. »

Ne restons donc pas silencieux sur ce sujet essentiel ! Éduquer à la vérité et à l’amour vrai, c’est donner la possibilité d’un vrai équilibre, de la chasteté dans tous les états de vie et du bonheur à nos enfants.

Hervé Lepère

1 Pie XII, Allocution aux mères de famille, 26/10/1941
2 J-P. Maugendre
3 AFC- Association Familiale Catholique
4 Les mystères joyeux de la vie – C.& B. Scherrer.
5 Petit catéchisme d’éducation à la pureté – Père J. d’Avallon

L’école des chefs

 

À 10 ans, Paul vivait dans une famille à l’organisation millimétrée, des affiches de consignes dans chaque pièce rappelaient les règles : tours de service à table, horaires de travail, consignes de propreté dans la salle de bain… Les parents surveillaient de près chaque activité : d’une part parce que ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait, mais aussi par peur d’erreurs au bricolage ou à la cuisine.

À 30 ans, Paul est employé dans l’administration. Ne comptez pas sur lui pour aider un usager dans le besoin et perdu dans les procédures, pour débloquer une situation ou rendre service à un collègue. Pas de zèle ! Pas d’initiative ! Pas d’histoire ! Il doit rester couvert comme on lui a toujours appris !

Apprendre à être chef !

Pourtant, nous n’avons jamais autant eu besoin de bons chefs ! Les entreprises, les administrations, les mouvements scouts, les associations en réclament régulièrement. « Comment se fait-il qu’on ait à se plaindre partout d’une telle pénurie de chefs ? Cela ne viendrait-il pas de ce que, depuis plusieurs générations, l’éducation donnée a eu pour but bien plus le succès aux examens que la formation de personnalités fortes, animées du désir d’action et assoiffées de responsabilités ?

On oublie trop souvent que le rôle de chef n’est pas réservé à une super-élite, mais que tout homme normal est appelé, peu ou prou, à exercer le noble métier de chef, ne serait-ce qu’au titre de chef de famille1. » La société est une pyramide de chefs2 !

À nous, pères de famille, au-delà de notre bon exemple, de former nos garçons dès l’enfance pour qu’ils deviennent de bons chefs, du latin « caput » : la tête. Le langage courant avec son bon sens nous fera rechercher une tête haute, pensante, tête de colonne, qui entraîne vers le bien commun, et non pas une tête brûlée ou tête de mule… Rassurons-nous, être chef, cela s’apprend ! Dans L’école des chefs, le P. Courtois l’explique en 15 leçons pratiques : compétence, sens du réel, décision et ténacité, etc3. Dès 7 ans, la pédagogie scoute donne des responsabilités aux louveteaux. Leur progression continue jusqu’au clan routier. Dès l’enfance, les parents doivent responsabiliser leurs enfants et encourager leurs initiatives.

Qui ose gagne !

C’est la devise des forces spéciales anglaises. « Dans la vie, il faut savoir se battre et savoir que l’on peut échouer à chaque instant. Ceux qui vivent dans la crainte de l’échec, de la difficulté ou de la honte d’échouer ne réaliseront jamais leur potentiel4. » Le Bon Dieu nous demande de développer les talents qu’il nous a donnés. Encourager un enfant à aller au-delà de ses limites lui permet de se rendre compte qu’il n’est pas tout à fait celui qu’il croit mais davantage ! Prendre des risques, c’est réaliser qu’on a grandi, qu’on est plus autonome, qu’on a plus de courage qu’on ne l’imaginait, et tout cela permet de gagner de la confiance en soi. On se rend compte que le monde et nos capacités ne s’arrêtent pas aux murs de notre chambre ! Piste noire ? Non. Marathon ? Non. Le père mesurera le chemin restant à parcourir par l’enfant avant de lancer de tels défis et de l’y préparer. Les étapes peuvent être un bricolage, un jardinage, la cuisine, le rangement, un service à rendre, l’effort physique ou intellectuel… La réussite augmentera la motivation pour continuer à progresser. Le père saura néanmoins qu’un échec ou une imperfection de réalisation ne définissent pas la capacité de l’enfant, mais font partie du chemin vers le succès. Il devra le faire comprendre au jeune qui s’en désole.

Comprendre pour prendre l’initiative

Le Maréchal Foch a travaillé sur les principes d’action pour les chefs. Ses réflexions sont encore d’actualité5, elles méritent plusieurs lectures tant elles sont concentrées. Foch fait appel à l’observation du réel, l’intelligence et le travail, l’esprit de décision, la capacité de conviction puis d’initiative, la gestion du temps, autant de qualités à travailler et qui s’appliquent bien au-delà du domaine militaire.

« Comprendre la situation et ses enjeux, évaluer les causes potentielles, les conséquences des actions ou absences d’action, identifier les opportunités et les risques à courir pour décider du temps d’avance nécessaire pour décider juste, élaborer une stratégie fondée sur la conviction et la définition des objectifs à atteindre en vue d’obtenir un résultat final recherché pertinent6. »

Le chef doit prendre le dessus par :

  • Le temps, le bon moment pour agir ou attendre,

  • Les dimensions et le champ de l’action, concentrer ses forces,

  • Le mental, la conviction pour contrer l’indécision et le doute.

« Pas de victoire possible sans le commandement vigoureux, avide de responsabilités et d’entreprises audacieuses, possédant et inspirant à tous la résolution et l’énergie d’aller jusqu’au bout, sans action personnelle faite de volonté, de jugement, de liberté d’esprit (même au milieu du danger), dons naturels chez l’homme doué, avantages acquis par le travail et la réflexion chez l’homme moyen. »

Responsabiliser les jeunes par étapes, les aider à réussir et à apprécier la joie de leur action, c’est les préparer à un avenir plus heureux. C’est aussi préparer le redressement de la société et de l’Église. C’est parce qu’ils auront été formés en capacité de chefs que nos fils et filles pourront prendre des initiatives et des responsabilités au niveau qui se présentera. Quelle belle perspective pour nous encourager dans nos actions éducatives de chaque jour ! L’avenir dépend aussi de nous !

Hervé Lepère

1 Abbé Gaston Courtois, L’école des chefs
2 Maréchal Lyautey
3 Lire également Être chef du même auteur.
4 Amiral Mc Raven, 37 ans dans les forces spéciales US.
5 Un colloque de prospective interarmées y a été consacré en 2017.
6 Maréchal Foch

 

Transmettre ou disparaître…

Martial et Jeanne interrogent leur papa : « Qui est à côté de grand-père sur la vieille photo ? Quand on est chez lui, pourquoi ne va-t-on pas à la messe avec lui ? Comment avez-vous rencontré maman ? Comment étais-je quand j’étais petit ? Est-ce qu’il y a toujours eu des méchants comme Mélenchon ? »

Ces questions sont des occasions rêvées d’enraciner les enfants dans une histoire familiale et nationale, une communauté et « des valeurs ». Savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes.

La crise de la société ambiante

La crise de la transmission a touché l’Education Nationale comme toute la société : « individualisme, perte de la transcendance, utilitarisme, progressisme de pacotille1 » en sont les stigmates. Ne sommes-nous pas influencés nous aussi, parfois sans nous en rendre compte ?

Comment donner envie à nos enfants de s’engager vers la sainteté et pour le règne du Christ-Roi dans nos familles, nos métiers, nos villages, nos sociétés ?

Qui va préparer nos enfants à lutter contre la mondanité pour préparer un monde meilleur, c’est-à-dire plus chrétien ?

A quoi sert l’Histoire ?

Michel de Jaeghere2 explique de manière magistrale mais simple que l’Histoire, bien insérée dans notre éducation familiale et à l’école, est un remède radical et un atout formidable pour préparer l’avenir de nos enfants et de la société.

L’Histoire est un redoutable instrument de propagande entre les mains des puissants. Elle peut être l’instrument de notre asservissement. « Qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. Qui a le contrôle du passé a le contrôle de l’avenir » écrit G. Orwell3. Alors l’étude et la connaissance réelle du passé sont les plus sûres des défenses, des boucliers contre le mensonge.

L’Histoire enseigne le jeu des causes et des conséquences. Elle aiguise les esprits en leur donnant le sens de la nuance. Elle leur apprend l’importance des actions de la Providence et des circonstances, la complexité des choix et des situations. C’est une école de modération. Elle nous préserve de l’utopie.

L’Histoire nous donne l’occasion de fortifier nos âmes par la méditation de l’exemple de ses héros, de ses martyrs et de ses saints. Elle entretient en nous la vertu d’admiration. Elle nous donne à rêver sur le caractère miraculeux de l’aventure humaine et la beauté des civilisations, occasion d’exercer un sens critique sur les valeurs établies de notre propre époque.

L’Histoire a constitué les peuples (et la famille) auxquels nous appartenons, forgé le caractère des nations. Elle fonde l’amitié qui nous réunit.

L’Histoire nous montre aussi la fragilité des puissances temporelles, la brutalité des retournements de situation : c’est le lot commun de les supporter, il faut rester conscients que les succès sont temporaires.

L’Histoire nous met par là dans le coeur l’angoisse de servir nos patries et l’Église. Elle est pourtant une école d’espérance en nous montrant, dans le passé, les redressements spectaculaires qui ont pu s’opérer : la chrétienté après les invasions barbares, l’action de sainte Jeanne d’Arc et tant d’autres. Sachons lire les signes de la Providence et y coopérer !

Enfin, en nous rappelant ce que nous devons à nos pères, elle nous apprend d’abord ce que nous sommes. Ni un conglomérat de consommateurs, ni un élevage de lapins. Des héritiers d’un trésor qui nous dépasse et dont nous ne sommes que les dépositaires. Des fils à qui il n’a été donné, par grâce, d’être à leur tour des pères que pour transmettre le flambeau de la civilisation.

L’histoire concrète en famille

Insérons donc nos enfants dans la grande Histoire et dans l’histoire de notre famille pour en faire des héritiers et les bâtisseurs de demain !

Certaines familles transmettent un « livre de vie » de génération en génération. On y écrit le résumé des décisions ou étapes importantes de la famille : évènements familiaux, choix religieux ou professionnels avec leurs motivations, rencontres qui ont changé le cours de la vie.

D’autres familles vont écrire une généalogie, regrouper des photos anciennes (grâce à la numérisation) et y associer des commentaires, rédiger quelques épisodes marquants vécus par leurs aïeux, ou simplement raconter les histoires en regardant les photos. Les enfants aiment les images et ces évocations leur donnent du sens.

Pour votre histoire personnelle comme pour la grande Histoire, il sera bon d’expliquer. « Rappeler un évènement ne sert à rien, même pas à éviter qu’il ne se reproduise, si on ne l’explique pas. Il faut faire comprendre comment et pourquoi les choses arrivent. On découvre alors des complexités incompatibles avec le manichéisme purificateur de la commémoration. On entre surtout dans l’ordre du raisonnement qui est autre que celui des sentiments, et plus encore des bons sentiments4. » Ainsi, vos grandes décisions, celles de vos aïeux, bonnes ou mauvaises, peuvent servir à faire grandir vos enfants : métier, mariage, déménagement, conversion, rencontres frappantes, prêtres et amis qui vous ont marqués, épreuves ou succès… Tout est occasion de réflexion, selon les âges des enfants bien sûr.

Sans attendre de disposer d’un tel recueil personnel, équipez votre bibliothèque de nombreux albums historiques illustrés, de vies de héros et de saints, de romans historiques. Tous seront ainsi nourris dans leur imagination et leur envie de faire de grandes choses ! Prenez le temps de raconter une vie de saint ou un album aux enfants pendant le week-end ou le soir.

Cet été, profitons aussi de la chance d’avoir près de chez nous en France, quel que soit notre lieu de vacances, de multiples occasions de rendre nos enfants familiers de la grande Histoire : monuments, musées, églises, parcs et sites à visiter, spectacles historiques, même modestes. Tous les âges apprécieront ces sorties en famille, qui resteront de bons moments, au-delà de leur caractère formateur.

Hervé Lepère

1 « Transmettre ou disparaître. Manifeste d’un prof artisan » Ambroise Tournyol du Clos
2 « A quoi sert l’Histoire ? » aux éditions Contretemps – largement cité dans ce paragraphe.
3 G. Orwell a publié le 8 juin 1949 un roman d’anticipation sous le titre : 1984.
4 A. Prost cité par A. Tournyol du Clos

Prudent pour agir avec succès !

Dans un couloir, Charles coince son chef débordé : « Je suis mécontent de mon salaire, je voudrais une augmentation !

J’ai besoin d’argent pour payer les écoles de mes enfants et ma maison. Sinon, je serai obligé d’aller voir ailleurs… »

Même si son objectif est légitime, l’égocentrisme et l’impulsivité de Charles vont nuire au résultat visé, et peut-être à sa réputation.

Pour réussir, il aurait mieux fait de prendre un rendez-vous au calme pour parler de son avenir. Il aurait dû le préparer en réfléchissant aux ambitions de sa société, aux objectifs de son patron et à leurs critères de valorisation des salariés. Il aurait pu exprimer son envie de contribuer davantage, de progresser au service de l’entreprise, en comptant sur une juste évolution salariale associée. Il a manqué de la vertu de prudence !

La prudence n’a pas pour seul but de nous faire éviter les dangers mais positivement de « nous indiquer les moyens sûrs et légitimes de parvenir à une fin louable1 ». Elle détermine l’usage que nous devons faire de notre esprit en chacune des démarches ou des entreprises de notre vie, pour que nous ne regrettions rien ensuite. Même en cas d’échec, nous saurons que nous avions fait tout ce qui était raisonnablement possible. Quel réconfort pour notre conscience !

La prudence va être utile pour chacune de nos décisions : les grandes – choix de vie ou de métier, écoles, déménagement, gestion d’un projet, investissement – comme les quotidiennes – réaction à la bêtise d’un enfant ou d’un subordonné, difficultés avec une autorité, réaction à un imprévu. Comment prendre les bonnes décisions au bon moment ?

Les conditions de succès peuvent se résumer en 3 mots-clés : anticipation, cohérence, focalisation. Donc, éviter improvisation, incohérence, dispersion.

Les bons managers listent les mêmes bonnes pra- tiques que celles écrites par saint Jean-Baptiste de la Salle pour une prise de décision réussie2, prêtons-y attention !

Anticipation

Faire appel à ses connaissances et son intelligence, ou effectuer des recherches pour bien comprendre le sujet et le contexte de la décision à prendre. S’ancrer dans le réel : les données factuelles de la situation comme les tempéraments des personnes concernées comptent. Préparer la décision en se rappelant les principes ou règles à suivre (morales, psychologiques ou professionnelles). Prendre le temps de formuler le but à atteindre, les moyens d’y arriver, les raisons de faire tel choix et discerner les alternatives, avec leurs avantages et inconvénients. Comment minimiser et rendre acceptables les effets secondaires ? Consulter des personnes sûres si besoin.

Savoir jouer avec le temps : faut-il laisser mûrir le sujet, procéder par étapes, tester, ou trancher sans délai ?

Ces pratiques prennent du temps. Il est donc évident que, pour savoir gérer les situations du quotidien en temps réel (colère d’un enfant, erreur professionnelle…), il faut avoir réfléchi et travaillé à l’avance sur les principes et les méthodes d’éducation ou de gestion des hommes. Cela se fait selon les phases de notre vie, en ménage et avec des personnes expérimentées et de confiance, ainsi qu’en tirant les leçons de nos propres expériences.

Cohérence

Les moyens doivent être cohérents entre eux et avec les principes. Il faut être habile dans le choix des moyens – les actes, les paroles et les attitudes qui se soutiennent renforcent la décision – et du temps de l’action : quand et comment parler à son épouse ? A un adolescent d’un sujet délicat ?

Par ailleurs, chacun sait qu’un alignement entre conjoints est essentiel dans l’éducation des enfants, de même qu’une coopération ouverte entre la famille et l’école. Bien sûr, l’unité ne fait pas tout : encore faut-il éviter les erreurs de raisonne- ment, souvent dues à un manque de formation, un manque d’anticipation ou un trop plein d’émotions. 

Focalisation

Une fois la décision prise, il faut être fort et persévérer. Observer les effets pour traiter les éventuels effets de bord, ajuster ou introduire des étapes, sans toutefois perdre de vue l’objectif et la stratégie choisie ! Il faut parfois du temps, surtout dans l’éducation, la conduite des hommes ou de la nature. Si notre décision a été prise de la bonne manière, nous pouvons compter sur la Providence et devons lui faire confiance sans nous inquiéter chaque jour.

Émotions et tempéraments

Deux écueils opposés sont fréquents. Écoutez votre entourage pour savoir celui qui vous guette ! Cela peut d’ailleurs dépendre des sujets ou des moments.

Impulsif, vous réagissez trop vite. A peine le sujet est-il identifié qu’il faut lancer des actions ou des répliques  catégoriques  !

Forcez-vous à vous poser et analyser ce qui vous pousse : l’activisme ? la peur  ?  de  quoi  ?  de  voir  quelqu’un  souffrir (empathie) ? du jugement des autres ? de rater  quelque chose ? de l’incertitude ? d’être mal à l’aise tant que le sujet n’est pas clos ? Est-ce si grave ? Forcez-vous à formuler voire écrire votre analyse et les alternatives, les plus et les moins, puis à consulter une personne de confiance.

Timoré ou retardataire, vous traînez pour décider, vous retardez votre implication. Ne pas décider, c’est décider de ne rien faire… Est-ce votre vrai choix ? Forcez-vous donc à anticiper les sujets que vous devrez traiter tôt ou tard et à vous fixer une date « au plus tard » pour les traiter donc pour commencer à y travailler ; et planifiez du temps. Envisagez des étapes dans la mise en œuvre de la décision pour pouvoir ajuster ou contrôler. Si vous avez peur, faites comme indiqué plus haut et posez-vous la question « et pourquoi pas ? »

Dans les deux cas, prenez l’habitude de vous corriger sur des petites décisions : respirez, réfléchissez, décidez avec les règles de la prudence, agissez et faites confiance !

Hervé Lepère

 

1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.

2 Idem

Bienheureux les doux, pas les mous !

Quentin, 3 ans, joue aux voitures dans le salon de son arrière-grand-père avec des bruitages si sonores et fatigants que l’aïeul demande aux parents de l’emmener jouer ailleurs.

« Je ne sais pas si Quentin va l’accepter… Quentin, voudrais-tu bien aller dans la chambre ? » Les bruitages continuent de plus belle. « Ah, je suis désolé, il ne m’écoute pas, il va se braquer et crier si j’insiste… » Cela continue jusqu’à ce qu’un oncle prenne Quentin par la main, lui explique que le salon n’est pas une salle de jeu, le motive et fasse diversion en allant jouer avec lui quelques instants dans la chambre. Qui a exercé la vraie vertu de douceur ?

Douceur et fermeté

Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), grand éducateur, donne à la douceur la plus grande place parmi les 12 vertus qu’il exige d’un bon maître1.

Pour autant, la douceur n’est ni la mollesse ni la tolérance. La douceur doit être ferme, en vue du bien qu’on cherche à obtenir : la pratique des vertus, la sanctification, le bien particulier d’une personne ou le bien commun. Dans l’éducation, elle devra être associée à la force de s’opposer au désordre, au courage d’établir et de conserver des règles de vie équilibrées, à la persévérance face aux obstacles et aux échecs.

Les défauts opposés à la fermeté sont facilement détectés par nos interlocuteurs :

  • Une tolérance excessive, la faiblesse de ne pas sanctionner.
  • Une inconstance dans l’action : commander ou menacer sans agir.
  • Une familiarité excessive ou un excès de paroles, qui génèrent mépris et indocilité.
  • Une timidité excessive, un air troublé ou emprunté.

Quelle est la vraie douceur ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle cite quatre sortes de douceurs. Celle de l’esprit qui juge sans aigreur, sans passion ni préoccupation de soi. Celle du cœur qui veut obtenir les choses sans entêtement et de manière juste. Celle des mœurs : il s’agit de se conduire par de bons principes, sans vouloir réformer les personnes sur qui on n’a aucun droit, ou  les choses qui ne nous concernent pas. Enfin, la douceur de la conduite : c’est agir avec simplicité, droiture, sans contredire les autres, et avec une modération raisonnable.

Voilà un vaste programme ! Pour nous aider sur cette voie d’imitation de Jésus-Christ, le saint nous met en garde contre les défauts suivants :

  • La susceptibilité : comment réagissons-nous aux paroles maladroites qui nous concernent ?
  • La vivacité et les réactions impétueuses. Attention les sanguins !
  • L’humeur noire, bizarre, bourrue et un air sombre. Attention les mélancoliques !
  • Les manières dures ou méprisantes, le visage trop fier.
  • Les paroles aigres, insultantes ou simplement chagrines.
  • L’agitation violente, les sanctions précipitées ou redoublées.            

Ces défauts opposés à la douceur menacent évidemment l’équilibre de notre vie de ménage, l’éducation des enfants et même notre réussite professionnelle.

A contrario, la vraie douceur va montrer des manières engageantes ou persuasives, une bienveillance, une sensibilité et une attention parfois affectueuse aux autres. Elle va ôter au commandement sa part de dureté et d’austérité. L’insinuation, la persuasion et la douceur obtiendront des résultats plus durables que la contrainte sèche ou la violence car elles toucheront plus profondément le destinataire dans son intelligence, sa volonté et son cœur.

 Comment pratiquer la douceur ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle recommande quelques actions pour l’éducation des enfants :

  • Se corriger soi-même de ses manières rudes ou grossières, opposées à la douceur.
  • Définir des règles et des ordres équilibrés, tenant compte des capacités, des circonstances, des caractères et tempéraments, du moment adéquat, sans perdre de vue le but recherché.
  • Être simple, exact et patient : la règle doit être comprise et suivie avec assiduité quoique sans excès de zèle. Éviter un excès de paroles et les sermons prolongés.
  • Garder une attention douce et vigilante, avec une égale bonté entre tous.
  • Lorsqu’on doit reprendre un enfant, ne pas le faire sous le coup de la colère ! N’être ni amer ni insultant et ne pas l’humilier. L’objectif doit être que l’enfant, une fois calmé, comprenne sa faute et accepte la sanction.
  • Donner la liberté à l’enfant d’exprimer ses difficultés, par exemple pour le travail, en l’écoutant vraiment, car cela peut donner des clés pour l’action.
  • Savoir féliciter et récompenser, ce qui encourage à bien faire.
  • Chaque jour, avoir un mot édifiant, parler d’une vertu… Le temps fera son effet.
  • Apprendre la politesse ! Elle est nécessaire pour bien vivre en société.

Nous voyons bien que la douceur n’est pas innée. Elle s’apprend par une triple formation. Formation du cœur pour incliner aux vertus, prendre de bonnes habitudes, éloigner les passions et les vices. Formation de l’esprit : aimer notre religion et ses dogmes, parler juste et avec bon sens, agir en sachant discerner le but louable à atteindre et en sachant expliquer ses choix. Formation du jugement : juger du rapport des choses entre elles, distinguer le bien et le mal dans notre conduite.

Finalement, la douceur, c’est la vertu des forts, de ceux qui s’engagent sur la voie du Royaume de Dieu et qui savent que sur le métier, il faut remettre cent fois son ouvrage !

 

Hervé Lepère

 

1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.