L’honneur de servir

           Nous sommes en Août 2050, les petits-enfants sont en vacances et leur grand-père Henri raconte sa guerre de 2020…

« L’ennemi COVID-19, un virus, a attaqué la France et de nombreux pays. Nous avons été enfermés avec vos parents, qui avaient votre âge, dans notre maison pendant plusieurs semaines sans pouvoir sortir. Imaginez-vous ? L’école, le travail du papa, le fonctionnement de la maison, les distractions, et même la vie religieuse : tout à la maison, tous ensemble, tous les jours !

C’est la guerre, avait dit le président. La guerre, ça révèle les caractères, la qualité des hommes et la qualité des chefs ! Ce qui est vrai dans les conflits militaires, a été vrai dans cette guerre particulière, et dans nos familles.

Ce confinement a rendu plus visibles les défauts ou tentations de chaque famille : les échanges avec nos amis et la réflexion nous ont aidés à progresser dans les mois suivants.

La proximité permanente a montré chez certains des tensions entre époux, ils ont travaillé leur unité par la prière, l’attention mutuelle, la recherche des points à admirer chez l’autre, l’oubli ou le pardon des défauts.

Les familles où les enfants faisaient la loi et submergeaient leurs parents, où les crises de nerfs jaillissaient plusieurs fois par jour, se sont inspiré de la règle monastique de saint Benoît pour établir quelques règles de vie.

D’autres, adeptes du chacun pour soi, dans sa chambre ou sur son portable…ont redécouvert la joie des contacts personnels père/fils et père/fille, et les activités communes.

La tentation de s’accrocher aux écrans plusieurs fois par jour a été vaincue par un esprit de sacrifice et de prière, et par la joie des activités et discussions en famille. 

Tous, nous avons reçu une leçon d’humilité et de courage : aucune famille, aucun père de famille n’était parfait sur l’ensemble de ces sujets…. Avec d’autres pères de famille, nous avons donc réfléchi et travaillé à notre rôle de pères de famille : « l’honneur de servir ! »

Le père a pour but de servir le Bien Commun

Être père, c’est plus qu’un métier ! On exerce son métier pendant la journée, on est père quand le travail est fini. Être père, c’est une joie ; ou bien c’est une mission. C’est aussi une responsabilité quelquefois désagréable. C’est donc beaucoup plus et beaucoup moins qu’un métier. C’est plus noble et moins absorbant.  Comme tout chef l’est pour son groupe, le père est missionné pour le Bien Commun de la famille. Il a charge d’âmes, il est l’image de Dieu le Père, du Christ qui aime l’Église et donne sa vie pour Elle, c’est le Bon Pasteur.

Selon la noblesse du but que le père donne à sa famille, l’avenir des enfants sera influencé : en fera-t-il des saints en visant le ciel ? ou des matérialistes en visant d’abord la réussite scolaire et financière ?  

Pour viser le ciel, le père sait montrer et pratiquer l’équilibre entre les quatre dimensions obligatoires de son devoir d’état : Dieu, le travail, la famille, le service de la Cité. Si la pratique de ces quatre dimensions est obligatoire, leur proportion varie bien sûr selon les personnes et les circonstances.

L’ambition est immense et nous semble dépasser nos possibilités ?

Croire et vouloir, c’est pouvoir !

Ce principe recommandé par un grand éducateur, le père Gaston Courtois (1897-1970), fait écho aux pratiques des grands hommes : « Pour venir à bout des choses, le premier pas est de les croire possibles » disait Louis XIV. Un chef qui ne croit pas au succès est battu d’avance.

En effet, ce principe est enraciné dans la nature psychologique de l’homme, c’est aussi une vérité dans l’ordre spirituel : « Aide-toi, le Ciel t’aidera ». Pour l’appliquer, le père cultivera les vertus d’humilité pour demander conseil, de force et de persévérance pour le mettre en œuvre, de douceur pour entraîner les siens.

Proximité et bienveillance

Pour l’enfant et l’adolescent, le père est longtemps celui qui sait, qui possède la science et la sagesse ; celui qui décide, qui possède la force et la volonté. L’enfant lui fait confiance et se livre à lui si le père sait l’écouter. Le père a la charge de cette jeune intelligence et de cette liberté novice. Le métier de père est donc surtout celui d’éducateur.

Être éducateur, c’est faire surgir de chaque être humain, toutes les vertus cachées dont il est capable afin de l’amener à se surpasser lui-même pour réaliser tout ce que sa mission attend de lui.

Le père devra voir, au-delà des défauts de son enfant, qui forment écran, les qualités profondes dont il faut lui faire prendre conscience pour qu’il s’applique à les mettre en valeur.

Pour cela, il devra prendre le temps d’écouter, de s’intéresser à ses activités, de parler, même s’il n’a pas de message particulier à passer et même s’il ne se sent pas très doué pour cet exercice. L’enfant sentira qu’on s’intéresse à lui, à son bien, et lorsqu’il en aura besoin, il saura se dévoiler. 

Ne soyons pas de ces chefs tout prêts à faire des reproches ou punir mais qui ne trouvent jamais une parole d’encouragement ou de félicitation sous prétexte que les enfants n’ont fait que leur devoir ! Faire son devoir n’est pas toujours facile, et l’enfant a besoin de se sentir soutenu par ceux qui ont pour mission de le guider.

Avec les enfants, comme avec notre épouse, un mot maladroit, un manque d’égards, une expression dure ou méprisante peuvent semer aujourd’hui une rancune qui ressortira en colère plus tard.

La fermeté pour faire respecter les règles de vie commune, établies avec notre épouse, et connues de manière explicite par tous, n’empêche pas la douceur dans la mise en œuvre.

Honneur et joie de la mission de père

L’autorité du père ne doit être ni étouffante ni laxiste. Ne soyons pas comme les pharisiens à l’exigence formelle tout extérieure, mais soyons des hommes de Dieu, de vrais chefs spirituels dans notre famille.

Le meilleur des pères, avec humilité, se fait aider par d’autres : son épouse, l’école catholique, les chefs scouts, les prêtres.

Être père, c’est aussi être voué au sacrifice. Le père renonce pour ses enfants à bien des petites satisfactions, il accepte de petites entraves à sa liberté, à son temps, à ses loisirs ; et la somme de ces humbles offrandes finit par être grande. Mais surtout, le père ne peut pas ne pas souffrir par ses enfants et pour eux. Peut-il prévoir les plans de Dieu ? Même si les grandes épreuves lui sont épargnées, il ne peut achever son œuvre sans dépouillement et sans souffrance. Il faut souvent qu’il renonce à ses rêves, qu’il accepte que ses enfants soient autres que ce qu’il avait désiré : c’est une purification de l’amour. S’il constate chez son enfant, l’apparition d’un défaut, il l’aidera par le conseil, mais l’aide la plus efficace sera le sacrifice personnel et la prière.

La vie du père est une vie de don, et d’un don sans mesure. Elle doit être lumineuse et transparente. À travers le père, Dieu resplendit.

Qui a bien compris l’honneur d’être père ne s’arrêtera plus sur la voie montante. Le père élève vers Dieu le chant de la bénédiction et de la reconnaissance, et sur sa famille humaine, par la main du père descend à son tour la bénédiction de Dieu.

Hervé Lepère

 

 

Règles d’or

           Un samedi, Bernard prend le temps de discuter avec ses deux grands adolescents :

– Carole, tu devrais faire attention à tes tenues de moins en moins correctes ! Ta mère et moi ne vous avons jamais donné ce genre d’habitudes vestimentaires…

– M’enfin, papa, vous n’avez pas fini de me surveiller. Vous êtes excessif ! Il ne faut pas être coincé.  Je ne suis plus à l’école chez les mères !

– Je ne vois pas le rapport….

– Oh, maman et vous, vous nous avez toujours dit que tout cela était exagéré et qu’on ferait ce qu’on voudrait plus tard…

En effet, quelques années plus tôt, Bernard ou son épouse donnaient systématiquement raison à Carole qui se plaignait souvent du règlement de l’école des religieuses concernant les tenues vestimentaires.

– Quant à toi, Marc, tu arrives à un âge où ce serait bien que tu parles régulièrement avec un prêtre qui t’aidera à progresser et répondra à tes questions. Tu as passé ton bac et n’as plus le soutien d’une bonne école catholique.

– Vous me faites bien rire… lequel ?

– Bien, celui avec lequel tu penses pouvoir discuter le mieux, en confiance.

– Y’en a pas un pour racheter l’autre ! D’ailleurs c’est vous qui le dîtes, chaque dimanche après la messe : leurs sermons sont rasoirs, hors sol… leurs conseils inapplicables, ils ne sont pas dans la vraie vie comme nous…. Pas vrai ?

– …. (Silence éloquent)

 

Bernard et son épouse vont maintenant regretter amèrement leurs comportements et paroles des années passées, incohérents avec les objectifs de leur éducation qu’ils voulaient catholique.

Règles d’or:

 La cohérence dans l’éducation donc entre la famille, l’école, l’église.

Les parents doivent soutenir toute autorité à laquelle les enfants ont affaire, sinon c’est leur propre autorité qui sera mise en cause. Plus tard, l’enfant devenu adulte risque de graves déconvenues par son incapacité à accepter les directives de son patron au travail, ou celles de l’Eglise Catholique….

 Ne jamais critiquer les abbés, professeurs, grand-parents, parrains ou marraines…devant les enfants ! Si un problème existe, ce qui arrive, en parler en ménage puis en privé avec l’autorité concernée. Il s’agira d’aborder le sujet avec bienveillance, dans le but de se comprendre et de s’ajuster à la psychologie de l’enfant, pour son progrès.

 Mais maman, papa m’a permis…

Papa bricole au sous-sol, maman est dans la cuisine…les jeunes enfants cherchant un privilège exceptionnel trouvent la faille- le manque de cohérence- entre les deux parents pour l’obtenir : des gâteaux en plus, l’autorisation de sortir un jeu, de regarder un film, de partir chez un ami voisin….une autorité désunie ou un manque de coordination vont aboutir à une éducation laxiste qui va créer des enfants-rois, capricieux ou faibles, une perte de repère des enfants, et parfois des querelles entre époux. Il faut s’entendre en ménage avant la demande d’un enfant, sur des règles communes, et prendre le temps de vérifier en cas de doute. Maman appelle papa qui monte cinq minutes dans la cuisine, ou maman descend au sous-sol si elle sait son mari occupé à un travail qu’il ne peut interrompre…

Une fois les règles établies ou les réponses données, la persévérance dans la durée est vitale : ne pas contredire un ordre précédent, ne pas dire oui un jour et non le lendemain même lorsqu’on est fatigué.

« L’inconstance dans l’autorité fait sa faiblesse » (Fr. Charmot)

« Si l’enfant s’aperçoit que l’éducateur ne fait que substituer ses propres caprices aux siens, il n’aura nulle confiance en cette autorité » (Ph. Ponsard)

Une stratégie d’éducation

 

           Dès les fiançailles, au début du mariage et régulièrement ensuite, les parents partageront leurs observations pour mettre en œuvre de manière cohérente l’éducation catholique de leurs enfants, et le progrès de leur propre union matrimoniale.

Travaillons la cohérence des moyens utilisés : école, paroisse, groupe scout, réseau d’amis, règles familiales… avec l’objectif de faire de nos enfants des personnes équilibrées, aimables, droites, donnant le meilleur d’elles-mêmes et visant à la sainteté par une vie chrétienne profonde.

Il sera nécessaire de se resynchroniser, par des temps de discussion au calme le week-end, le soir, en balade ou au restaurant sans les enfants, et régulièrement par une retraite.

Les tentations du libéralisme, le confort du matérialisme, les mirages de l’idéalisme théorique nous guettent tous. A deux, avec le conseil de bons amis et de bons prêtres, nous saurons détecter les inévitables imperfections de notre éducation et nous ajuster.

La cohérence, reflet de l’unité de Dieu

 Dieu Trinité est l’Unité même, sans aucune imperfection ni inconstance. Il nous appelle à Lui ressembler, et Le rejoindre au Ciel dans une union parfaite avec Lui. Cette union commence sur la terre et se développe par notre vie spirituelle et les sacrements.

L’exemplarité des parents dans leur vie spirituelle personnelle et en ménage sera donc une source de la cohérence dans leur éducation et dans toute leur vie. Elle sera aussi pour leurs enfants, une preuve de l’importance de la vie spirituelle. Pratiquez vous-mêmes ce que vous prêchez, si vous voulez être écoutés et imités ! Quel impact lorsque l’enfant voit son père à genoux chaque jour pour prier avant de partir travailler !

L’affection mutuelle entre époux, par des attentions réciproques et la paix du ménage seront également un exemple puissant de la vérité de l’amour terrestre reflet de l’Amour éternel de Dieu.

« Ce ne sont pas nos conseils que les enfants emporteront dans la vie, mais nos exemples » (J. Cappe).

Hervé Lepère

 

 

 

 

Epargner pour le Bien commun familial

          Béatrice et Gérard ont la chance de pouvoir épargner une partie de leurs revenus (FA 18). Si nous sommes dans la même situation, que faire ? Bien gérer notre argent est en effet un devoir : les enfants de lumière doivent être habiles pour le Bien Commun de leur famille. Ils doivent imiter le bon serviteur de l’Evangile dans le domaine temporel, comme dans le domaine spirituel : le serviteur qui a gardé son argent dormant a été blâmé. Celui qui a doublé sa mise, de 5 à 10 talents, est félicité. Il a nécessairement investi son argent dans des affaires légitimes pour obtenir ce résultat. Ne laissons donc pas toutes nos économies dormir, l’inflation les grignoterait peu à peu.

Première priorité : la résidence principale

Après le mariage, où lorsque notre vie est stabilisée, acheter sa résidence principale est une priorité : nous ne savons ni le jour ni l’heure de notre mort… Une épouse qui se retrouve brutalement veuve avec 3 ou 4 jeunes enfants, avec la perte des revenus du mari, sera plus en sécurité si elle n’a pas à payer son logement. Lorsque nous empruntons pour acheter, nous souscrivons obligatoirement une assurance décès. En cas de décès, l’assurance rembourse la totalité de l’emprunt restant et la veuve devient donc pleinement propriétaire sans frais ! Empruntons donc au maximum raisonnable.

D’ailleurs, il vaut mieux se constituer un capital physique en remboursant son emprunt, que de payer un loyer. Nous aurons la jouissance de ce capital et pourrons le transmettre plus tard à nos enfants.

La finalité première est ici la sécurité de la famille. Ne nous inquiétons donc pas des fluctuations de l’immobilier -il ne monte pas toujours- mais lorsque nous vendons pour racheter un autre bien, tout le monde est dans le même cycle de prix et personne n’est ainsi désavantagé. L’essentiel est de choisir un bien de qualité dans un environnement de qualité.

Motivations et objections à l’emprunt ?

Lorsqu’on achète un logement et que les taux d’intérêts sont assez bas, l’emprunt est nécessaire pour pouvoir acheter et bon car il contribue à la sécurité de la famille en cas de décès. Pour un bien durable coûteux, comme une voiture, l’emprunt est également légitime si les taux sont modérés. Dans tous les cas, il faut que le remboursement soit raisonnable vis-à-vis des capacités et de la psychologie de la famille, qu’il ne soit pas cause de disputes parce que la charge est trop pénible !

En revanche, le crédit à la consommation est à proscrire. Le taux d’intérêt est souvent usuraire (10% ou plus). Ainsi, le taux des crédits renouvelables des banques, ou des cartes de paiement des grands magasins est facilement de 18% et masqué derrière des avantages de fidélité… Anticipons nos besoins pour ne pas collaborer à ces abus ! Le crédit à la consommation est souvent cause de problèmes en ménage : il est un signe qu’on se cache les difficultés ou les tentations.

Seconde priorité : valoriser son épargne

Comme le bon serviteur, nous devons investir notre argent dans l’économie réelle pour le faire fructifier.

Lorsqu’on n’est pas soi-même entrepreneur, le mieux est d’investir dans des actions. L’action est une part de propriété d’une société.

L’argent ainsi confié à l’entreprise sert à la développer et à faire vivre des familles qui y travaillent, en apportant des produits de valeur à leurs clients, contribuant ainsi au bien commun naturel.

L’actionnaire participe à la création de valeur de l’entreprise et aux risques associés. Il est légitime qu’il soit rémunéré par des dividendes, qui sont une part des bénéfices. En outre la valeur de l’action peut augmenter lorsque la performance et les perspectives de l’entreprise sont bonnes. Dans un portefeuille d’actions équilibré, en moyenne sur une période de 10 ans, le cumul des dividendes et des plus-values font doubler la somme investie. 

Motivations et objections à l’actionnariat ?

Ces gains seront bien utiles pour constituer l’apport personnel nécessaire à l’achat immobilier, ou pour les besoins futurs de la famille (scolarités, mariage des enfants, aider les vieux parents ou donner aux œuvres, transmettre à ses enfants et petits-enfants).

Si l’Eglise interdit la spéculation et l’abus de puissance (l’usure au sens de taux d’intérêts abusifs ou injustifiés), compte tenu de l’organisation pratique de la société civile avec ses entreprises qui ont en partie remplacé l’artisanat individuel, l’Eglise permet l’investissement dans l’économie réelle, dans le respect des règles morales traditionnelles.

Le Code de Droit Canon régit les affaires de l’Eglise latine.  Le code de 1917 dit au N°1543 : Si une chose fongible est donnée à quelqu’un en propriété et ne doit être restituée ensuite qu’en même genre, aucun gain à raison du même contrat ne peut être perçu ; mais dans la prestation d’une chose fongible, il n’est pas illicite en soi de convenir d’un profit légal, à moins qu’il n’apparaisse comme immodéré, ou même d’un profit plus élevé, si un titre juste et proportionné peut être invoqué.

Et Pie IX dans Quadragesimo Anno- 1931 : Il n’est pas interdit à ceux qui produisent d’accroître honnêtement leurs biens ; il est équitable, au contraire que quiconque rend service à la société et l’enrichit profite, lui aussi, selon sa condition, de l’accroissement des biens communs, pourvu que, dans l’acquisition de la fortune, il respecte la loi de Dieu et les droits du prochain, et que, dans l’usage qu’il en fait, il obéisse aux règles de la foi et de la raison.

Conditions de réussite de l’actionnariat

La condition de réussite d’une entreprise, donc du gain pour l’actionnaire est d’abord d’avoir de bons dirigeants, puis une bonne stratégie et une vision à long terme, enfin de bons produits bien positionnés pour satisfaire de bons clients sur ses marchés. Une autre condition de gain est de placer à long terme – 5 ans au moins – et de ne pas paniquer en cas de fluctuation. Attention, le fameux CAC 40 ne représente que les fluctuations des cours de bourse, sans tenir compte des dividendes versés par les entreprises qui représentent pourtant 50% des gains ! Nous devons éviter des mouvements trop fréquents d’achat ou de vente sinon nous ratons les vraies opportunités de croissance réelle et nous misons sur des gains de spéculation, ce qui serait de la mauvaise gestion, incohérente avec notre morale.

En pratique

Si nous travaillons dans une bonne entreprise, utilisons au maximum les dispositifs d’épargne salariale investis en actions de l’entreprise. La somme que nous investissons est abondée (complétée gratuitement) par l’entreprise ce qui augmente le gain. La somme est bloquée pendant 5 ans, mais le déblocage anticipé est permis en cas de mariage, naissance ou achat immobilier. Le dispositif est donc très souple.

Nous allons garder une épargne de précaution sur un livret A ou autre, qui peut se débloquer en cas d’urgence. Au-delà de cette précaution, celui qui dispose de 1000 € d’économies et qui est capable d’économiser 1000€ par an ou 100€ par mois, peut contacter une société de gestion indépendante ou un conseil en gestion de patrimoine (CGP). Mieux vaut se faire aider par des professionnels car c’est un métier compliqué de sélectionner les bonnes entreprises ! Choisissons un intermédiaire qui fait faire à ses clients ce qu’il fait pour lui-même ! Pour le choisir, prenons conseil par le bouche à oreille et jugeons l’arbre à ses fruits sur une période de 5 ou 10 ans. Préférons ces acteurs indépendants aux banques ou assurances qui vont nous proposer des placements grand public en fonction de leur politique commerciale du moment, et non pas d’une connaissance personnalisée de notre situation.

Se méfier des rêves et rester dans le réel

Restons concrets, dans l’économie réelle, et méfions-nous des promesses trop brillantes telles que :

¨ Des rendements garantis ou des taux de gain trop élevés : ces sont les signes de « produits structurés », spéculatifs, souvent avec des frais cachés.

¨ Des gains fiscaux (spécialement sur l’immobilier) : ils couvrent souvent des mauvais produits, difficiles à revendre ou à louer, dans des quartiers peu favorables.

¨ Des SCPI -société civile de placement immobilier. Les parts de SCPI sont trop liées aux fluctuations de l’immobilier et des taux d’intérêts. Le placement n’est pas liquide donc difficile à ajuster au besoin, et les frais sont souvent élevés.             A l’opposé, les actions qui sont hébergées dans un compte PEA -plan d’épargne en actions- peuvent être échangées pour s’adapter aux évolutions des cours.

¨ Des placements à l’étranger

L’investissement en immobilier locatif est à réserver à des biens proches de la résidence principale, et à ceux qui ont épuisé les autres priorités. Il est souvent source d’ennuis : temps pour gérer et entretenir, risque sur les locataires, taxes très élevées sur les revenus et les successions.

Soyons volontaires mais raisonnables !

Le caractère raisonnable des placements, comme des emprunts, dépend de leur nature, de leur objectif mais aussi de notre psychologie. Restons dans des limites qui nous conviennent pour ne pas devenir désagréables en ménage ou avec nos amis, ne plus penser qu’à l’argent et au succès, ou devenir inquiet. Une fois la décision prise, apprenons à nous détacher des évolutions instantanées et à accepter un certain risque. Sachons aussi consommer nos économies lorsqu’un achat immobilier ou une bonne cause le demande, quitte à revenir épargner plus tard.

La sagesse consiste à se rappeler en permanence les principes de St Ignace dans ses Exercices Spirituels : l’homme doit en faire usage (des choses de la terre), autant qu’elles le conduisent vers sa fin (l’Amour de Dieu, et le Ciel), et il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent.

Notre but doit être de favoriser le Bien Commun de la famille en améliorant sa sécurité, qui facilite la paix de l’esprit, et en préparant son avenir de notre mieux  – Aide toi, le Ciel t’aidera -, dans la confiance en la Providence de Dieu.

Hervé Lepère

Mon argent ? Notre argent !

            Lorsque Béatrice et Gérard se fréquentaient, il n’était jamais venu à l’idée de Gérard de réfléchir avec elle à la manière dont ils gèreraient leur budget une fois mariés. De toute façon, ils n’avaient pas d’argent… Après leur mariage, ils ne gagnaient pas beaucoup mais cela suffisait pour payer le loyer, les factures, l’essence et la nourriture. Pendant les premières années, ils n’avaient pas de problème d’argent, puisqu’ils n’avaient pas d’argent !

Aussi longtemps que vous acceptez ensemble de faire des sacrifices financiers pour atteindre un objectif donné (par exemple payer des études, acheter une maison), et aussi longtemps qu’il y a suffisamment d’argent pour payer les produits de première nécessité, vous ne risquez pas vraiment de vous disputer au sujet des finances.

Lorsque les ressources augmentent ou que le temps des efforts se prolonge, il n’est pas rare que ce sujet des finances devienne une source de tension dans le ménage. Chacun finit par avoir des idées différentes sur les achats à faire et le moment qui convient pour les faire.

Notre argent : construire l’unité

La première étape consiste à vous mettre d’accord sur le fait que vous ne parlerez plus de « mon argent » et de « ton argent », même si l’un des deux est le seul à avoir un revenu régulier. Le désir d’unité est au cœur du mariage, « pour le meilleur et pour le pire ». Cela implique de partager vos revenus et de réfléchir à ce que vous voudrez faire de votre argent.

Economiser, donner, dépenser

Pour parvenir à une vision commune sur la question des finances, déterminez ensemble quel pourcentage de vos revenus vous voudrez allouer à l’épargne, aux dons ou cadeaux, et à vos dépenses courantes.

L’épargne

Il est sage d’abord, d’économiser 10% de son revenu total. Cela permet de disposer d’une réserve en cas d’urgence, comme un accident de voiture, une grosse réparation ou un licenciement. L’épargne permet de mettre de l’argent de côté pour les achats importants comme une maison ou une voiture. Le moment venu, elle permet de préparer sa retraite.

Les dons

Ensuite, si les charges scolaires ne sont pas trop lourdes, on peut allouer 10% aux dons, surtout lorsqu’on paye des impôts et que l’on peut défiscaliser jusqu’à 66% du don. Donner, c’est exprimer notre reconnaissance pour ce que nous avons nous-mêmes reçu. Les gens les plus heureux au monde ne sont pas les plus fortunés, mais ceux qui ont appris à donner avec joie pour aider les autres. Le soutien des prêtres et de l’Eglise est un devoir en remerciement des dons de la Foi et de la Grâce, et pour aider à la propagation de la Foi (denier du culte et quêtes, œuvres). Mettez-vous d’accord sur le pourcentage que vous souhaitez consacrer à ce sujet.

Les dépenses

Il faut distinguer les dépenses programmées, les dépenses de fonctionnement courant, et les investissements.

  • Dépenses programmées :

le remboursement de l’emprunt pour la maison ou le loyer, les assurances, les charges (eau, électricité, chauffage…), les véhicules, les scolarités, les éventuels impôts, les abonnements….

  • Fonctionnement courant :

alimentation, habillement, déplacements, santé, loisirs…

  • Investissements :

ameublement, décoration, matériel et ustensiles pour les travaux ménagers, le bricolage….

C’est à vous de décider des montants à allouer à chacun de ces postes budgétaires. Plusieurs erreurs sont à éviter : des charges de logement trop élevées, des abonnements téléphoniques, internet, TV, magazines ou loisir qui se cumulent (faites le total annuel !), des achats à crédit (sauf ceux qui sont indispensables et que l’on saura rembourser), des achats impulsifs lorsque l’on est un peu juste sur son budget.

Si vous n’avez pas l’habitude, demandez conseil à un ménage de 3 à 5 ans plus expérimenté que vous. 

Je sais qu’il y a certaines choses « indispensables » dans notre société, mais pourquoi de jeunes mariés devraient-ils avoir, dès leurs premières années de vie commune, ce que leurs parents ont mis 10 ou 20 ans à se procurer (Lave-vaisselle, deux voitures, canapé…) ? Pourquoi devriez-vous avoir le plus beau et le meilleur maintenant ? Avec une telle conception des choses, vous vous privez de la joie qu’il y a à obtenir un objet désiré après avoir attendu. Réjouissez-vous de ce que vous avez aujourd’hui !

Faire les courses avec sagesse, en échangeant les bonnes adresses, permet de faire de bonnes économies. Pour éviter bien des problèmes, convenez entre vous que vous ne ferez jamais un achat important sans en parler d’abord à l’autre. Il faut pour cela préciser la somme à partir de laquelle vous estimez qu’un achat est important. 50 € ? 100 € ?… Bien des appareils high tech resteraient au magasin si les ménages suivaient ce conseil ! Et bien des ménages seraient plus heureux.

Qui tient les comptes ?

Décidez entre vous qui tiendra les comptes. Ce peut être différent selon les grandes catégories exposées ci-dessus et les compétences de chacun.  Souvent, l’épouse est en charge, au moins, du fonctionnement courant, et dispose d’un budget mensuel régulier qu’elle gère avec autonomie et responsabilité. Elle peut avoir un compte bancaire spécifique pour ce but.

Cependant, assurez-vous que celui qui ne tient pas les comptes est au courant de la situation financière de la famille et associé aux décisions. Vous formez une équipe, ne l’oubliez pas !

Hervé Lepère

 (inspiré de Gary Chapman, pasteur baptiste américain, dont certains ouvrages sont à prendre avec une grande réserve).

Où sera ton cœur ?

Mercato : les 10 joueurs de football les plus chers du monde !

 Bertrand regarde les titres des journaux : Politique : « Forum de Davos : le PDG de JP Morgan loue Emmanuel Macron » ; Economie : « l’homme le plus riche du monde finalise son divorce » ; « Bernard Arnault garde la tête du classement des plus grandes fortunes » ; Sport : « Top 10 des plus gros transferts de l’histoire » ; « Kylian Mbappé est toujours le joueur le plus cher au monde !» …

La société actuelle nous pousse en permanence à considérer l’argent comme un but essentiel de la vie, ou tout au moins, le critère essentiel de sa réussite, à égalité avec les plaisirs du monde. Sommes-nous atteints par une nouvelle forme de la décadence romaine : « du pain et des jeux » ? Ne faut-il pas gagner plus et « se faire plaisir ? »  

Sommes-nous indifférents au regard que la société moderne porte sur nous : « il gagne bien sa vie, il a de la chance » ou au contraire « on se demande comment il fait avec son petit boulot ».

Qui dira de nous : « c’est une personne de valeur, profonde, tournée vers les autres, qui donne envie de lui ressembler » ?

Savoir de quel côté nous penchons

Alexandre Dumas fils rappelle que « l’argent est un bon serviteur et un mauvais maître ». (La Dame aux Camélias)

Considérons-nous l’argent comme une source de puissance ou une sécurité raisonnable ?

Y pensons-nous trop souvent soit parce que nous avons peur qu’il manque, soit parce que nous avons peur de ne pas le placer au bon rendement ?

Ne pensons-nous pas trop souvent au regard des autres sur notre voiture, notre métier, notre maison ou notre garde-robe ? 

Sommes-nous un éternel insatisfait de notre salaire, envieux des voisins, ne voyant que le nombre d’euros mensuels et le titre du poste ? N’oublions-nous pas que l’employeur peut valoriser aussi des qualités relationnelles et humaines, un esprit d’initiative au-delà du strict titre du poste, une bonne humeur préférable à notre pessimisme visible… Bien sûr, si nous souhaitons légitimement négocier notre salaire, il faut parfois faire des comparaisons. Appliquons alors les règles du discernement des esprits de Saint Ignace : si nous sommes troublés au lieu d’être sereins et positifs, c’est que nous sommes tentés de perdre l’esprit de pauvreté.

Au-delà de l’argent ! 

Ces questions nous montrent bien que l’esprit de pauvreté ne va pas de soi !

Cet esprit est une attitude de l’âme et de la volonté qui doit s’appliquer à tout ce que nous possédons au-delà de l’argent, même si ces possessions sont légitimes : biens matériels, notre temps, nos goûts et même notre réputation !  Oui, cet esprit peut et doit s’exercer chaque jour quelle que soit notre aisance financière. En voici cinq exemples :

  1. Savoir donner

« Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (St Mat. VI-3). Un don, un cadeau, un service rendu doivent être vite oubliés. Acceptons les remerciements avec simplicité, sans coquetterie et passons à autre chose. C’est la meilleure manière de ne pas se dire plus tard… « quel ingrat, c’est toujours à sens unique » ou de se troubler parce qu’on n’aurait peut-être pas du donner. Donnons et oublions !

  1. Savoir demander :

Demander est plus difficile que donner ! Si l’inscription de nos enfants dans de bonnes écoles, fait peser trop de contraintes sur le budget de la famille, l’humilité et l’esprit de pauvreté nous commandent de demander des bourses, et de l’aide autour de nous, individuellement et par les divers réseaux d’entraide.

  1. Savoir rendre :

Anciens élèves qui avez tant reçus par des écoles qui sont restées bonnes, des mouvements de jeunes, des prêtres, de votre famille sachez rendre avec générosité par des dons, un soutien et de la reconnaissance visible !

Ce que nous avons reçu ne nous appartient pas, n’enterrons pas ce trésor comme un riche avare : transmettons-le !

  1. Se détacher du confort bourgeois :

La vie intérieure et le calme de la vie de famille sont indispensables. Pourtant, qui ne finit pas par s’attacher à ses petites habitudes, son train-train comme un riche à son trésor ?

Pantouflards pour certains, hyperactifs pour d’autres… Ne disons-nous pas trop souvent à nos enfants : « je n’ai pas le temps de t’écouter » au moment où eux en ont le plus besoin : lorsqu’ils rentrent de l’école et en week-end ?

Sachons accepter une idée du conjoint, ou un service à rendre à la paroisse, à l’école ou à quelqu’un qui en a besoin, sans dire « j’avais prévu autre chose ». Détachons-nous de notre temps et de notre confort parfois insensiblement égocentrique !

  1. Pauvreté spirituelle

L’esprit de pauvreté s’applique aussi dans ce domaine : il suffit de lire Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Tout est simple avec cet esprit !

Prenons conseil ! Un directeur spirituel saura nous aider à choisir les bons outils pour cultiver notre jardin spirituel, et nous éviter l’attachement à notre volonté propre.

Esprit de charité :

Soyons honnêtes, nous pouvons tous progresser sur l’un de ses cinq points… Avec cet esprit de pauvreté, qui est aussi un esprit de charité à pratiquer par chacun quel que soit son état, nous éviterons le reproche sévère de Léon Bloy : « je me suis demandé souvent quelle pouvait être la différence entre la charité de tant de chrétiens et la méchanceté des démons » (le sang du pauvre)

Au contraire, nous mériterons la promesse de Jésus-Christ pour tout ce que nous aurons fait: « ton Père qui voit dans le secret te le rendra ». 

Hervé Lepère