Transmettre ou disparaître…

Martial et Jeanne interrogent leur papa : « Qui est à côté de grand-père sur la vieille photo ? Quand on est chez lui, pourquoi ne va-t-on pas à la messe avec lui ? Comment avez-vous rencontré maman ? Comment étais-je quand j’étais petit ? Est-ce qu’il y a toujours eu des méchants comme Mélenchon ? »

Ces questions sont des occasions rêvées d’enraciner les enfants dans une histoire familiale et nationale, une communauté et « des valeurs ». Savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes.

La crise de la société ambiante

La crise de la transmission a touché l’Education Nationale comme toute la société : « individualisme, perte de la transcendance, utilitarisme, progressisme de pacotille1 » en sont les stigmates. Ne sommes-nous pas influencés nous aussi, parfois sans nous en rendre compte ?

Comment donner envie à nos enfants de s’engager vers la sainteté et pour le règne du Christ-Roi dans nos familles, nos métiers, nos villages, nos sociétés ?

Qui va préparer nos enfants à lutter contre la mondanité pour préparer un monde meilleur, c’est-à-dire plus chrétien ?

A quoi sert l’Histoire ?

Michel de Jaeghere2 explique de manière magistrale mais simple que l’Histoire, bien insérée dans notre éducation familiale et à l’école, est un remède radical et un atout formidable pour préparer l’avenir de nos enfants et de la société.

L’Histoire est un redoutable instrument de propagande entre les mains des puissants. Elle peut être l’instrument de notre asservissement. « Qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. Qui a le contrôle du passé a le contrôle de l’avenir » écrit G. Orwell3. Alors l’étude et la connaissance réelle du passé sont les plus sûres des défenses, des boucliers contre le mensonge.

L’Histoire enseigne le jeu des causes et des conséquences. Elle aiguise les esprits en leur donnant le sens de la nuance. Elle leur apprend l’importance des actions de la Providence et des circonstances, la complexité des choix et des situations. C’est une école de modération. Elle nous préserve de l’utopie.

L’Histoire nous donne l’occasion de fortifier nos âmes par la méditation de l’exemple de ses héros, de ses martyrs et de ses saints. Elle entretient en nous la vertu d’admiration. Elle nous donne à rêver sur le caractère miraculeux de l’aventure humaine et la beauté des civilisations, occasion d’exercer un sens critique sur les valeurs établies de notre propre époque.

L’Histoire a constitué les peuples (et la famille) auxquels nous appartenons, forgé le caractère des nations. Elle fonde l’amitié qui nous réunit.

L’Histoire nous montre aussi la fragilité des puissances temporelles, la brutalité des retournements de situation : c’est le lot commun de les supporter, il faut rester conscients que les succès sont temporaires.

L’Histoire nous met par là dans le coeur l’angoisse de servir nos patries et l’Église. Elle est pourtant une école d’espérance en nous montrant, dans le passé, les redressements spectaculaires qui ont pu s’opérer : la chrétienté après les invasions barbares, l’action de sainte Jeanne d’Arc et tant d’autres. Sachons lire les signes de la Providence et y coopérer !

Enfin, en nous rappelant ce que nous devons à nos pères, elle nous apprend d’abord ce que nous sommes. Ni un conglomérat de consommateurs, ni un élevage de lapins. Des héritiers d’un trésor qui nous dépasse et dont nous ne sommes que les dépositaires. Des fils à qui il n’a été donné, par grâce, d’être à leur tour des pères que pour transmettre le flambeau de la civilisation.

L’histoire concrète en famille

Insérons donc nos enfants dans la grande Histoire et dans l’histoire de notre famille pour en faire des héritiers et les bâtisseurs de demain !

Certaines familles transmettent un « livre de vie » de génération en génération. On y écrit le résumé des décisions ou étapes importantes de la famille : évènements familiaux, choix religieux ou professionnels avec leurs motivations, rencontres qui ont changé le cours de la vie.

D’autres familles vont écrire une généalogie, regrouper des photos anciennes (grâce à la numérisation) et y associer des commentaires, rédiger quelques épisodes marquants vécus par leurs aïeux, ou simplement raconter les histoires en regardant les photos. Les enfants aiment les images et ces évocations leur donnent du sens.

Pour votre histoire personnelle comme pour la grande Histoire, il sera bon d’expliquer. « Rappeler un évènement ne sert à rien, même pas à éviter qu’il ne se reproduise, si on ne l’explique pas. Il faut faire comprendre comment et pourquoi les choses arrivent. On découvre alors des complexités incompatibles avec le manichéisme purificateur de la commémoration. On entre surtout dans l’ordre du raisonnement qui est autre que celui des sentiments, et plus encore des bons sentiments4. » Ainsi, vos grandes décisions, celles de vos aïeux, bonnes ou mauvaises, peuvent servir à faire grandir vos enfants : métier, mariage, déménagement, conversion, rencontres frappantes, prêtres et amis qui vous ont marqués, épreuves ou succès… Tout est occasion de réflexion, selon les âges des enfants bien sûr.

Sans attendre de disposer d’un tel recueil personnel, équipez votre bibliothèque de nombreux albums historiques illustrés, de vies de héros et de saints, de romans historiques. Tous seront ainsi nourris dans leur imagination et leur envie de faire de grandes choses ! Prenez le temps de raconter une vie de saint ou un album aux enfants pendant le week-end ou le soir.

Cet été, profitons aussi de la chance d’avoir près de chez nous en France, quel que soit notre lieu de vacances, de multiples occasions de rendre nos enfants familiers de la grande Histoire : monuments, musées, églises, parcs et sites à visiter, spectacles historiques, même modestes. Tous les âges apprécieront ces sorties en famille, qui resteront de bons moments, au-delà de leur caractère formateur.

Hervé Lepère

1 « Transmettre ou disparaître. Manifeste d’un prof artisan » Ambroise Tournyol du Clos
2 « A quoi sert l’Histoire ? » aux éditions Contretemps – largement cité dans ce paragraphe.
3 G. Orwell a publié le 8 juin 1949 un roman d’anticipation sous le titre : 1984.
4 A. Prost cité par A. Tournyol du Clos

Prudent pour agir avec succès !

Dans un couloir, Charles coince son chef débordé : « Je suis mécontent de mon salaire, je voudrais une augmentation !

J’ai besoin d’argent pour payer les écoles de mes enfants et ma maison. Sinon, je serai obligé d’aller voir ailleurs… »

Même si son objectif est légitime, l’égocentrisme et l’impulsivité de Charles vont nuire au résultat visé, et peut-être à sa réputation.

Pour réussir, il aurait mieux fait de prendre un rendez-vous au calme pour parler de son avenir. Il aurait dû le préparer en réfléchissant aux ambitions de sa société, aux objectifs de son patron et à leurs critères de valorisation des salariés. Il aurait pu exprimer son envie de contribuer davantage, de progresser au service de l’entreprise, en comptant sur une juste évolution salariale associée. Il a manqué de la vertu de prudence !

La prudence n’a pas pour seul but de nous faire éviter les dangers mais positivement de « nous indiquer les moyens sûrs et légitimes de parvenir à une fin louable1 ». Elle détermine l’usage que nous devons faire de notre esprit en chacune des démarches ou des entreprises de notre vie, pour que nous ne regrettions rien ensuite. Même en cas d’échec, nous saurons que nous avions fait tout ce qui était raisonnablement possible. Quel réconfort pour notre conscience !

La prudence va être utile pour chacune de nos décisions : les grandes – choix de vie ou de métier, écoles, déménagement, gestion d’un projet, investissement – comme les quotidiennes – réaction à la bêtise d’un enfant ou d’un subordonné, difficultés avec une autorité, réaction à un imprévu. Comment prendre les bonnes décisions au bon moment ?

Les conditions de succès peuvent se résumer en 3 mots-clés : anticipation, cohérence, focalisation. Donc, éviter improvisation, incohérence, dispersion.

Les bons managers listent les mêmes bonnes pra- tiques que celles écrites par saint Jean-Baptiste de la Salle pour une prise de décision réussie2, prêtons-y attention !

Anticipation

Faire appel à ses connaissances et son intelligence, ou effectuer des recherches pour bien comprendre le sujet et le contexte de la décision à prendre. S’ancrer dans le réel : les données factuelles de la situation comme les tempéraments des personnes concernées comptent. Préparer la décision en se rappelant les principes ou règles à suivre (morales, psychologiques ou professionnelles). Prendre le temps de formuler le but à atteindre, les moyens d’y arriver, les raisons de faire tel choix et discerner les alternatives, avec leurs avantages et inconvénients. Comment minimiser et rendre acceptables les effets secondaires ? Consulter des personnes sûres si besoin.

Savoir jouer avec le temps : faut-il laisser mûrir le sujet, procéder par étapes, tester, ou trancher sans délai ?

Ces pratiques prennent du temps. Il est donc évident que, pour savoir gérer les situations du quotidien en temps réel (colère d’un enfant, erreur professionnelle…), il faut avoir réfléchi et travaillé à l’avance sur les principes et les méthodes d’éducation ou de gestion des hommes. Cela se fait selon les phases de notre vie, en ménage et avec des personnes expérimentées et de confiance, ainsi qu’en tirant les leçons de nos propres expériences.

Cohérence

Les moyens doivent être cohérents entre eux et avec les principes. Il faut être habile dans le choix des moyens – les actes, les paroles et les attitudes qui se soutiennent renforcent la décision – et du temps de l’action : quand et comment parler à son épouse ? A un adolescent d’un sujet délicat ?

Par ailleurs, chacun sait qu’un alignement entre conjoints est essentiel dans l’éducation des enfants, de même qu’une coopération ouverte entre la famille et l’école. Bien sûr, l’unité ne fait pas tout : encore faut-il éviter les erreurs de raisonne- ment, souvent dues à un manque de formation, un manque d’anticipation ou un trop plein d’émotions. 

Focalisation

Une fois la décision prise, il faut être fort et persévérer. Observer les effets pour traiter les éventuels effets de bord, ajuster ou introduire des étapes, sans toutefois perdre de vue l’objectif et la stratégie choisie ! Il faut parfois du temps, surtout dans l’éducation, la conduite des hommes ou de la nature. Si notre décision a été prise de la bonne manière, nous pouvons compter sur la Providence et devons lui faire confiance sans nous inquiéter chaque jour.

Émotions et tempéraments

Deux écueils opposés sont fréquents. Écoutez votre entourage pour savoir celui qui vous guette ! Cela peut d’ailleurs dépendre des sujets ou des moments.

Impulsif, vous réagissez trop vite. A peine le sujet est-il identifié qu’il faut lancer des actions ou des répliques  catégoriques  !

Forcez-vous à vous poser et analyser ce qui vous pousse : l’activisme ? la peur  ?  de  quoi  ?  de  voir  quelqu’un  souffrir (empathie) ? du jugement des autres ? de rater  quelque chose ? de l’incertitude ? d’être mal à l’aise tant que le sujet n’est pas clos ? Est-ce si grave ? Forcez-vous à formuler voire écrire votre analyse et les alternatives, les plus et les moins, puis à consulter une personne de confiance.

Timoré ou retardataire, vous traînez pour décider, vous retardez votre implication. Ne pas décider, c’est décider de ne rien faire… Est-ce votre vrai choix ? Forcez-vous donc à anticiper les sujets que vous devrez traiter tôt ou tard et à vous fixer une date « au plus tard » pour les traiter donc pour commencer à y travailler ; et planifiez du temps. Envisagez des étapes dans la mise en œuvre de la décision pour pouvoir ajuster ou contrôler. Si vous avez peur, faites comme indiqué plus haut et posez-vous la question « et pourquoi pas ? »

Dans les deux cas, prenez l’habitude de vous corriger sur des petites décisions : respirez, réfléchissez, décidez avec les règles de la prudence, agissez et faites confiance !

Hervé Lepère

 

1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.

2 Idem

Bienheureux les doux, pas les mous !

Quentin, 3 ans, joue aux voitures dans le salon de son arrière-grand-père avec des bruitages si sonores et fatigants que l’aïeul demande aux parents de l’emmener jouer ailleurs.

« Je ne sais pas si Quentin va l’accepter… Quentin, voudrais-tu bien aller dans la chambre ? » Les bruitages continuent de plus belle. « Ah, je suis désolé, il ne m’écoute pas, il va se braquer et crier si j’insiste… » Cela continue jusqu’à ce qu’un oncle prenne Quentin par la main, lui explique que le salon n’est pas une salle de jeu, le motive et fasse diversion en allant jouer avec lui quelques instants dans la chambre. Qui a exercé la vraie vertu de douceur ?

Douceur et fermeté

Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), grand éducateur, donne à la douceur la plus grande place parmi les 12 vertus qu’il exige d’un bon maître1.

Pour autant, la douceur n’est ni la mollesse ni la tolérance. La douceur doit être ferme, en vue du bien qu’on cherche à obtenir : la pratique des vertus, la sanctification, le bien particulier d’une personne ou le bien commun. Dans l’éducation, elle devra être associée à la force de s’opposer au désordre, au courage d’établir et de conserver des règles de vie équilibrées, à la persévérance face aux obstacles et aux échecs.

Les défauts opposés à la fermeté sont facilement détectés par nos interlocuteurs :

  • Une tolérance excessive, la faiblesse de ne pas sanctionner.
  • Une inconstance dans l’action : commander ou menacer sans agir.
  • Une familiarité excessive ou un excès de paroles, qui génèrent mépris et indocilité.
  • Une timidité excessive, un air troublé ou emprunté.

Quelle est la vraie douceur ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle cite quatre sortes de douceurs. Celle de l’esprit qui juge sans aigreur, sans passion ni préoccupation de soi. Celle du cœur qui veut obtenir les choses sans entêtement et de manière juste. Celle des mœurs : il s’agit de se conduire par de bons principes, sans vouloir réformer les personnes sur qui on n’a aucun droit, ou  les choses qui ne nous concernent pas. Enfin, la douceur de la conduite : c’est agir avec simplicité, droiture, sans contredire les autres, et avec une modération raisonnable.

Voilà un vaste programme ! Pour nous aider sur cette voie d’imitation de Jésus-Christ, le saint nous met en garde contre les défauts suivants :

  • La susceptibilité : comment réagissons-nous aux paroles maladroites qui nous concernent ?
  • La vivacité et les réactions impétueuses. Attention les sanguins !
  • L’humeur noire, bizarre, bourrue et un air sombre. Attention les mélancoliques !
  • Les manières dures ou méprisantes, le visage trop fier.
  • Les paroles aigres, insultantes ou simplement chagrines.
  • L’agitation violente, les sanctions précipitées ou redoublées.            

Ces défauts opposés à la douceur menacent évidemment l’équilibre de notre vie de ménage, l’éducation des enfants et même notre réussite professionnelle.

A contrario, la vraie douceur va montrer des manières engageantes ou persuasives, une bienveillance, une sensibilité et une attention parfois affectueuse aux autres. Elle va ôter au commandement sa part de dureté et d’austérité. L’insinuation, la persuasion et la douceur obtiendront des résultats plus durables que la contrainte sèche ou la violence car elles toucheront plus profondément le destinataire dans son intelligence, sa volonté et son cœur.

 Comment pratiquer la douceur ?

Saint Jean-Baptiste de la Salle recommande quelques actions pour l’éducation des enfants :

  • Se corriger soi-même de ses manières rudes ou grossières, opposées à la douceur.
  • Définir des règles et des ordres équilibrés, tenant compte des capacités, des circonstances, des caractères et tempéraments, du moment adéquat, sans perdre de vue le but recherché.
  • Être simple, exact et patient : la règle doit être comprise et suivie avec assiduité quoique sans excès de zèle. Éviter un excès de paroles et les sermons prolongés.
  • Garder une attention douce et vigilante, avec une égale bonté entre tous.
  • Lorsqu’on doit reprendre un enfant, ne pas le faire sous le coup de la colère ! N’être ni amer ni insultant et ne pas l’humilier. L’objectif doit être que l’enfant, une fois calmé, comprenne sa faute et accepte la sanction.
  • Donner la liberté à l’enfant d’exprimer ses difficultés, par exemple pour le travail, en l’écoutant vraiment, car cela peut donner des clés pour l’action.
  • Savoir féliciter et récompenser, ce qui encourage à bien faire.
  • Chaque jour, avoir un mot édifiant, parler d’une vertu… Le temps fera son effet.
  • Apprendre la politesse ! Elle est nécessaire pour bien vivre en société.

Nous voyons bien que la douceur n’est pas innée. Elle s’apprend par une triple formation. Formation du cœur pour incliner aux vertus, prendre de bonnes habitudes, éloigner les passions et les vices. Formation de l’esprit : aimer notre religion et ses dogmes, parler juste et avec bon sens, agir en sachant discerner le but louable à atteindre et en sachant expliquer ses choix. Formation du jugement : juger du rapport des choses entre elles, distinguer le bien et le mal dans notre conduite.

Finalement, la douceur, c’est la vertu des forts, de ceux qui s’engagent sur la voie du Royaume de Dieu et qui savent que sur le métier, il faut remettre cent fois son ouvrage !

 

Hervé Lepère

 

1 Les douze vertus d’un bon maître – Saint J.-B. de la Salle et frère Agathon. Manuel pratique de 90 pages.

 

 

Quel idéal pour nos enfants ?

C’est le mois où l’on commence à parler orientation ou Parcoursup.

– Je voudrais être chirurgien, parce que c’est le métier qui paye le mieux !

– Je préfère être fonctionnaire dans un bureau tranquille pour avoir du temps libre.

Hubert, le père de famille, renchérit : pourquoi pas banquier ou trader ? Il ne lui vient pas l’idée de considérer le « métier » de prêtre ou de religieux comme une possibilité d’avenir heureux pour ses enfants. Ni même d’autres métiers présumés moins brillants mais animés par des motivations plus nobles. Quel idéal veut-il leur donner pour la vie ?

Ton moteur sera là où est ton cœur

Le travail ne suffit pas à rendre l’homme heureux. « Tous nous possédons, au plus profond de notre être, une incomparable réserve d’énergie. Mais il nous faut une étoile polaire, vers laquelle nous puissions, même aux heures les plus sombres, diriger nos efforts. Sans cela, nous travaillons, nous peinons, nous endurons peut-être le plus torturant des martyres, celui qui consiste à patiner sur place ou à reculer aussitôt qu’on avance, pour n’aboutir à rien1

Notre but, celui que nous enseignons à nos enfants, sera bien sûr d’aller au ciel. Notre idéal premier sera de ressembler à Jésus-Christ, la voie, la vérité et la vie, et à Notre-Dame, sa sainte mère et notre mère. Un idéal humain n’a de valeur qu’autant qu’il nous rapproche de ce modèle divin.

L’éducation à l’idéal

Les saints et les héros de l’Histoire ou de notre famille ne sont pas des modèles parfaits du Christ, mais leurs exemples illustreront telle vertu ou tel comportement, ce qui rendra l’idéal plus concret.

« La fin de l’éducation est que l’enfant en vienne à préférer librement, et pour toujours, le Vrai au Faux, le Bien au Mal, le Juste à l’Injuste, le Beau au Laid, et Dieu à tout. (…) Dans cette éducation totale, faite de contrainte, de persuasion et surtout d’amour véritable, il y a la plus grande preuve de respect que nous puissions donner à nos enfants2.» C’est à la famille qu’il revient, avec l’aide de l’Église et de l’école, d’élever les enfants dans un esprit de courage et d’énergie ainsi orienté. Donnons-leur de l’enthousiasme pour leur idéal, il leur donnera des ailes.

L’éducation doit bien sûr s’adapter à chaque enfant, à son âge et son tempérament, mais il convient toujours de former le caractère et d’exercer aux vertus, c’est-à-dire à la prise d’autonomie qu’il faut donner progressivement.

Y a-t-il une hiérarchie des valeurs à transmettre3 ?

Pour Mgr Freppel4, il est certain que le respect de la vérité et les principes vrais sont à transmettre en priorité. Cette transmission comporte d’abord le contenu de la Foi qu’il faut connaître pour l’aimer. Elle se complète avec le souci de la vérité par l’étude et la saine curiosité, et la lutte attentive contre tout mensonge spécialement en famille.

Vient ensuite l’usage de la liberté qui doit s’apprendre avant les années critiques de l’adolescence et de l’âge étudiant. La liberté dépend >>> >>> de ce que nous aimons : il s’agit de choisir le Bien donc de l’aimer, de se détacher de l’esclavage des mauvaises habitudes, de l’oisiveté et de l’orgueil. La formation au jugement et à la volonté sont essentielles pour y réussir, et se réalisent au cours de l’entraînement à la liberté. Il faut trouver la ligne de crête, le juste équilibre entre deux tentations extrêmes. Soit mettre l’accent sur le règlement, la contrainte, les punitions et récompenses, ce qui fait rester au niveau du « dressage ». Il faut pourtant arriver à une adhésion intérieure progressive par rapport au règlement. C’est cette adhésion intérieure qui est source d’héroïsme et de sainteté chez les moines ou les soldats, pas l’obéissance forcée à la contrainte.

Soit, au contraire, imaginer que le vent de liberté un peu anarchique des jeunes passera tout seul et que les expériences de la vie suffiront à leur apprendre la vertu… C’est oublier la faiblesse humaine et l’attrait du mal, conséquences du péché originel. C’est oublier aussi les leçons de la psychologie concernant la nécessité d’un cadre et du rôle du père comme incarnation de l’autorité. L’enfant a besoin de bases solides, de guides et de rappels. Bref, ni rigorisme, ni laxisme ! Le rôle de nos foyers et des écoles est donc d’aider à former des caractères heureux et bien équilibrés, par l’apprentissage des vertus.

La famille, modèle d’idéal et de sainteté

L’exemple des parents, d’autant plus méritoire voire héroïque qu’il dure au cours des années, et l’éducation donnée par la famille sont des clés à la portée de chacun. Dans la famille, on peut enseigner facilement, avec le respect des personnes humaines, la pratique des vertus, l’apprentissage de la liberté, la formation du jugement et de la volonté, la solidarité familiale, le service de la société, et l’amour de la patrie et de l’Église. Le choix d’une école qui vit des mêmes principes et idéaux – la famille coopérant ouvertement avec l’école – sera un atout essentiel de la réussite de l’éducation. Si on ne peut trouver une telle école, alors la famille devra donner beaucoup plus de temps et d’attention pour former son enfant.

Il faut donc prendre et garder le bon cap. C’est le devoir, c’est le salut, c’est la volonté de Dieu. Aussi pouvons-nous prendre la route avec confiance, nous appuyant spécialement sur la grâce du mariage, et la pratique régulière des sacrements de pénitence et d’Eucharistie. Avec Dieu en nous, et tenant la main de Notre-Dame, nous marcherons sur les voies de la sainteté.

Hervé Lepère

1 Soyez des Hommes, F.A Vuillermet.

2 Abbé Berto, célèbre éducateur, en Mai 1968.

3 D’après l’AFS-Action Familiale et Scolaire, brochure « Former des hommes de caractère ».

4 Mgr Freppel (1827-1891), évêque d’Angers, député du Finistère, fondateur de l’Université Catholique de l’Ouest, soutien des Catholiques sociaux. 

 

Honneur et fidélité

La famille passe à table chez les grands-parents. La conversation s’alimente avec des taquineries de plus en plus acides sur les occupations des uns ou les tics des autres, les tempéraments des convives, l’influence de la belle famille ou des amis… Paul aime bien prendre des positions provocatrices – c’est, soi-disant, pour montrer son indépendance d’esprit – à moins que Marine, son épouse, n’arrive à faire diversion en parlant de la pluie et du beau temps…

Ressortirez-vous heureux d’un tel repas manquant non seulement à l’harmonie et à la paix familiale, mais aussi au respect dû aux parents présents ?

Il est vrai que les dissensions ne sont souvent que le fruit de l’inadvertance, mais à force d’en répéter les actes, on en prend la mauvaise habitude, qui conduit au vice et on perd celle de la vertu.

Honorer son père et sa mère, vaste programme !

Le dictionnaire donne plusieurs sens au verbe « honorer ». Tous sont applicables pour nos parents.

Marquer son respect et célébrer : c’est parler en bien des parents, les respecter visiblement et vivre en paix avec eux autant qu’il est en notre pouvoir. Nous préférons mettre en valeur les qualités des parents plutôt que leurs inévitables défauts.

Tenir en estime : il s’agit de les écouter, les faire parler sur leur histoire et celle de la famille, s’adapter à leurs centres d’intérêts, tant que la Foi et la morale sont respectées.

Accorder de l’attention : donnons des égards de politesse, soignons notre vocabulaire et rendons service. 

S’acquitter d’une dette : nous devons aux parents le don de la vie et la satisfaction des besoins matériels dans notre jeunesse, sans oublier souvent une bonne éducation spirituelle et morale. Que donnerons-nous en échange de ces bienfaits ? Prenons donc soin de nos parents.

Saint Paul nous avertit1 : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens, surtout de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle. » Le sujet est donc grave !

Le père de famille donne le ton

Le père de famille commencera par honorer son épouse, la mère de ses enfants, devant ses enfants et en public. Lorsqu’un père et une mère se critiquent ou se disputent devant les enfants, comment peuvent-ils ensuite prêcher l’honneur de celui dont ils viennent de montrer des défauts, réels ou supposés ? Comment seront-ils eux-mêmes respectés ?

L’autorité de la mère, s’usant naturellement lorsqu’elle est fatiguée ou lorsque les enfants arrivent à l’adolescence, a besoin du soutien du père pour être respectée. Concrètement, le père de famille devra surveiller et si besoin reprendre la manière dont les enfants parlent à leur mère, s’assurer de leur obéissance et même, dès l’âge de raison, leur apprendre à rendre service spontanément : lorsque maman est à la cuisine, on ne la laisse pas seule !

L’exemple du père de famille devra aller au-delà de ces deux points élémentaires. Le père favorisera la paix dans la famille et autour d’elle, montrera des vertus de force, de prudence et de piété de manière à être lui-même respectable.

Le père exercera en outre une influence très bénéfique s’il s’intéresse à transmettre l’histoire de la famille, les racines du pays et de sa région, les traditions familiales ou locales, et bien sûr la foi et la culture chrétienne : honorer ses père et mère, c’est aussi honorer ses ancêtres et tous ceux dont nous sommes les héritiers par le sang, par la foi ou par adoption.

Que faire si les relations avec les parents sont compliquées ?

En cas de désaccord visible et important sur la Foi ou la morale, la priorité sera la protection des enfants et de leur éducation, et celle de notre propre ménage. Il faudra expliquer calmement aux grands-parents que ces sujets de Foi ou de morale sont essentiels pour nous et que nous souhaitons la cohérence dans l’éducation de nos enfants. Si les grands-parents jouent le jeu, la situation sera plus facile que dans le cas contraire où il faudra prendre quelques distances.

S’il s’agit de désaccords de tempérament ou d’habitudes de vie, des gâteries excessives envers les enfants par exemple, une communication paisible et positive sera importante. En reconnaissant l’intention positive des parents mais en rappelant nos souhaits d’éducation, nous chercherons à trouver un compromis acceptable pour les moments où nous côtoierons les grands-parents. 

Dans tous les cas, la règle d’or est que chacun des conjoints règle ces sujets en direct et en privé avec sa propre famille. Se mêler de sujets sensibles avec sa belle-famille est le meilleur moyen de compliquer les situations !

Quelles que soient nos relations et même dans les situations compliquées, il est toujours possible d’honorer ses parents de multiples manières :

1 : Pardonner leurs erreurs du fond du cœur. Même si les parents sont morts, pardonner réduira la peine de Purgatoire qu’ils auront à souffrir.

2 : Remarquer et apprécier ce qu’ils ont fait de bien.

3 : Garder le contact : donner des nouvelles de notre famille, envoyer quelques photos même si nous n’avons pas de retour, écrire ou téléphoner, les écouter ou poser des questions, nous manifester pour un anniversaire ou une fête…

4 : Accomplir des actes de bonté, sans chercher de retour : ménage, bricolage ou petites courses, assistance dans leurs besoins. Si la santé physique ou psychologique des parents décline, s’ils sont en grande difficulté financière, nous ne pourrons pas toujours assurer le soutien nous-mêmes, mais au moins, nous pouvons trouver des aides, solliciter l’assistante sociale ou la commune, la conférence Saint-Vincent de Paul…

5 : Prier pour eux, vivants ou morts. Ce n’est jamais du temps perdu !

6 : Se soucier de leur santé spirituelle avec délicatesse : parler de la Foi, de la prière à la Sainte Vierge, de la vie éternelle, des sacrements lorsque l’occasion se présente. A l’approche de la mort, la dévotion au scapulaire vert peut aider dans les cas difficiles.

7 : Apprendre aux enfants à honorer leurs grands-parents : leur faire envoyer des dessins ou des lettres, témoigner leur affection et leur politesse lorsqu’ils les voient….

Saint Thomas d’Aquin nous enseigne que « la prudence veut que nous ayons pour règle ordinaire de diriger nos bienfaits non vers les hommes qui sont plus vertueux, mais vers nos proches ». Nos amis tiennent la première place, mais après nos parents !

Hervé Lepère

1 Timothée 5,8