Heureux les doux

« J’ai mis 40 ans pour acquérir

un peu de douceur, voudriez-vous

que je la perde en un quart d’heure ? »

Saint François de Sales après être resté calme devant un contradicteur.

 

Chers grands-parents,

 

Heureux les doux… Evidement, le message du Christ est limpide sur ce sujet !

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage, nous dit Notre-Seigneur dans les Béatitudes (Mt 5, 5). Et ces Béatitudes sont un véritable discours programme décrivant le visage du Christ que nous devons imiter. Nous ne pouvons contempler les mystères de la vie cachée, la vie publique, la Passion et la résurrection de Notre-Seigneur sans d’abord comprendre que la Charité est Douceur…

Prenons juste garde de ne pas confondre douceur et mollesse ! La douceur n’est pas faiblesse, elle est une vertu exigeante qui impose de grands efforts sur soi-même ! Il ne s’agit pas d’avoir un tempérament conciliant, évitant les coups, taisant les corrections nécessaires. « Celui-là pèche qui ne se met pas en colère quand il le doit » nous dit saint Thomas d’Aquin.

La douceur est liée à la vertu de Force, nous disent les Pères de l’Eglise « Il n’y a point de douceur véritablement vertueuse par tempérament : ce n’est que mollesse, indolence et artifice, » affirme Fénelon. Au nom de la douceur, on ne doit jamais renoncer à poser un jugement de vérité ou une affirmation morale nécessaire…

Nous pensons que, pour des grands-parents, cette vertu est à la fois aisée et difficile à exercer.


– Aisée parce que, avec le recul, notre jugement a mûri et que l’expérience nous a appris à bien discerner l’essentiel de l’accessoire. Essentiel qui peut être aussi composé des multiples comportements et usages qui font la vie de famille, mais qui doit nous rendre capable de fermer les yeux sur certains comportements agaçants liés à la disparition des usages sociaux.
– Aisée parce que nous sommes beaucoup moins au contact direct ave  les difficultés quotidiennes de nos familles… Nous ne sommes pas directement « au feu ». « Ici tout est permis, sauf le péché » entendions-nous dire un grand père… C’est un peu court mais…il y a du vrai !

Difficile parce que, en tant que grands-parents, nous demeurons – espérons-nous – la référence de ce qui doit se faire. Nous restons des conseillers pour nos enfants. Et il y a parfois des décisions difficiles à prendre ! Notre-Seigneur, notre modèle de douceur, fait cesser le scandale des marchands du temple par la violence ! Il est des choses que l’on ne peut accepter ! Heureux les doux ne veut pas dire « heureux les mous » ! Lors de la grave triple trahison de Pierre, « Jésus le regarda », c’est tout, cela était suffisant pour que Pierre comprenne… et Jésus avait pris ce triple traître comme chef de l’Eglise ! Quel enseignement !

« Prêche la parole, insiste en toute occasion, favorable ou non, reprends, censure, exhorte, avec toute douceur et en instruisant1.»  La douceur ne concerne donc probablement pas le contenu du message nécessaire mais plutôt sa forme ! Pour les grands-parents, la douceur consistera peut-être à supporter les multiples petites contrariétés liées aux différences de tempéraments voire d’éducation, ou à toute autre cause pour laquelle il ne faudra pas réagir parce que ça n’est pas le moment, ça n’est pas si grave ou cela portera plus de fruits. « Parents n’exaspérez pas vos enfants2 », nous disent les Ecritures, cela reste vrai pour les enfants mariés, voire pour les petits-enfants !

Prions sainte Anne de nous donner la force de pratiquer cette douceur, à la fois force et mansuétude, que nous demande notre Père du Ciel.

Des grands-parents

1 Timothée 4:2

2 Saint Paul aux Colossiens 3:21

 

 

La douceur de l’exemple et l’exemple de la douceur

Ma chère Bertille,

 J’ai relu récemment cette histoire. Peut-être la connais-tu déjà ?

Il s’agit d’un missionnaire (devineras-tu lequel ?) envoyé avec quelques compagnons pour débattre publiquement contre des hérétiques. Il se mit en route avec ardeur, espérant, grâce à ce débat doctrinal, ramener cette contrée à la vraie foi. Mais, pour arriver au lieu du rendez-vous, il n’était pas certain du chemin à suivre. Il était donc sage de faire appel à quelqu’un de la région. Or voilà justement un homme qui avait l’air honnête et catholique, aussi lui demandèrent-ils la route.

Fort aimable, ce dernier se proposa même de les guider pour les quelques kilomètres qui les séparaient du lieu de rendez-vous.

Mais ce jeune homme était un hérétique. Il profita de l’ignorance de ces quelques catholiques pour les mener dans des chemins rocailleux, étroits, exposés ausoleil. Il emprunta un petit bois empli d’épines et de ronces, si bien que les voyageurs eurent bien vite les jambes en sang. Mais notre missionnaire supportait tout avec calme. Loin de s’impatienter, il se réjouissait et son visage rayonnait. Bien sûr, il n’était pas dupe et avait bien compris que le jeune homme les avait trompés. Cependant, il encourageait ses compagnons :

« Mes amis, quelle grâce que la rudesse de ce chemin ! Dieu nous donnera la victoire sur les hérétiques puisque nous sommes en train d’expier nos péchés par le sang ! »

Le guide, qui ne s’attendait pas à une telle réaction, fut touché par la douceur de ces hommes. Au bout de quelques kilomètres, il n’y tint plus et s’exclama :

« Je vous ai injustement trompés et fait souffrir ! Pardonnez-moi ! Je sais maintenant que vous êtes les adorateurs du vrai Dieu… » et il adjura l’hérésie.

Arrivés au lieu du débat, les catholiques remportèrent une complète victoire et bien des hérétiques retrouvèrent la vraie foi1. »

Sont-ce les arguments doctrinaux qui ont permis à saint Dominique (car c’est bien lui !) de convertir cet albigeois ? Point du tout. Son seul exemple de patience et de douceur a suffi… L’exemple est le moyen le plus efficace de gagner les âmes et la douceur ouvre les cœurs à Dieu. Notre Seigneur l’a dit dans cette béatitude que tu connais bien : bienheureux les doux car ils possèderont la terre. Oui, ils possèderont la terre des âmes ! A nous de suivre les traces de ce grand saint !

Facile à dire, me répondras-tu ! Par où commencer ? Je te propose quelque chose de simple : tu as déjà entendu parler de l’oraison, cette prière silencieuse de quelques instants, ce cœur à cœur avec le Bon Dieu ? Cette fois-ci, je te suggère de te servir, non pas d’un texte, mais d’une image pour parler à Dieu et lui demander d’imiter sa douceur. Prends le temps en silence de contempler son doux visage crucifié. Il me semble que Fra Angelico a peint l’exemple même de la douceur, de la bonté, de la miséricorde dans cette image que je joins à ma lettre.

On y voit Notre-Seigneur qui souffre cruellement et injustement comme saint Dominique dans l’histoire que je t’ai racontée. Or, dans les deux cas, c’est la même réponse qui est faite à la cruauté et au mal : la douceur. Loin de s’irriter, saint Dominique supporte et encourage ses compagnons à tirer profit de cette situation pour faire pénitence. Aucune parole amère ne franchit ses lèvres, aucun reproche n’est fait au guide. Saint Dominique se montre doux face à son ennemi et encourageant envers ses compagnons. Prends le temps de regarder maintenant le visage du Christ peint par Fra Angelico. L’expression du visage est magnifique : un mélange de douceur et de fatigue, de bonté, de paix, alors que la couronne d’épines et les gouttes de sang manifestent bien les souffrances atroces qu’Il endurait. Le Christ ne parle pas, mais son visage est éloquent. Il triomphe du mal par le bien. Quelle est la conséquence de cette attitude ? Le salut des âmes, de toutes les âmes par la Passion, et de celles des hérétiques dans cet épisode de la vie de saint Dominique.

Des injustices, des contrariétés, des souffrances, tu en rencontres tous les jours, n’est-ce pas, ma chère Bertille ? Puisse cet exemple de saint Dominique et la contemplation de cette image dans la prière nous donner la force d’être doux face au mal. Triomphant ainsi du mal par le bien, nul doute que « nous possèderons la terre » des âmes, à commencer par la nôtre !

Toutes mes prières et mon affection t’accompagnent,

 

Anne

 

Les décorations de Noël, bien rangées jusqu’à décembre prochain

 

Les beaux jours de Noël sont achevés, et les décorations retrouvent leur place dans leur carton au grenier… Comment protéger des chocs vos jolies décorations fragiles jusqu’à décembre prochain ?

Gardez vos boîtes d’œufs même si certaines boules sont trop grosses pour s’y caser. Utilisez des papiers de soie pour les autres décorations afin de les protéger de la poussière.

Pour les guirlandes, je recommande simplement un grand sac de plastique posé au sommet du carton qui fera « matelas » pour amortir les chocs pendant les déplacements du carton. Certaines guirlandes (les guirlandes électriques par exemple) s’emmêlent : enroulez-les autour d’une plaque de carton et protégez l’ensemble par deux cartons scotchés de part et d’autre.

En ce qui concerne la crèche, chaque santon sera emballé individuellement dans du papier bulle pour être protégé au mieux (et non dans du papier journal qui risquerait de noircir la figurine).

 

N’hésitez surtout pas à partager vos astuces en écrivant au journal !

 

EVARS

Le bulletin officiel de l’Education Nationale a publié le 6 février 2025 un arrêté imposant aux établissements d’enseignement publics et privés sous-contrat une formation obligatoire à l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). Cette matière ne figurant pas dans le « socle commun de connaissances », les écoles hors-contrat ne sont heureusement pas concernées par cette mesure qui s’applique depuis la rentrée de septembre 2025.

Cet arrêté est un texte d’application de dispositions législatives insérées depuis 2001 dans le code de l’éducation, qui posent le principe d’un tel enseignement dont le nouveau texte fixe les modalités. L’objectif de ce programme est de « protéger les enfants des violences sexuelles et sexistes et de lutter contre les stéréotypes et les discriminations ». Le contenu est clairement inspiré par l’idéologie ambiante : théorie du genre et plus largement wokisme.

Le programme consiste en une éducation à la vie affective et relationnelle à l’école maternelle et à l’école élémentaire, à laquelle s’ajoute une éducation sexuelle à partir du collège. Il comporte trois axes : « se connaître, vivre et grandir avec son corps » ; « rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir » ; « trouver sa place dans la société, être libre et responsable », qui sont déclinés dans les champs biologique, psycho-émotionnel, juridique et social. Pour chaque niveau scolaire, chacun de ces axes fait l’objet de développements spécifiques.

Il ne s’agit pas d’une initiative isolée des pouvoirs publics français. En effet, dès 2013, l’Organisation mondiale de la santé publiait un rapport intitulé Standards pour l’éducation sexuelle en Europe qui avait pour but d’endoctriner les enfants de zéro à quatre ans en leur apprenant « à explorer leur corps (…) en jouant au docteur » puis, par étape, à étudier toutes les caractéristiques de la sexualité. Tout y passe : différentes sortes de relations familiales, différentes identités sexuelles à respecter, émotions liées à l’amour, méthodes de contraception, avortement, l’ensemble reposant sur « une information objective et scientifiquement correcte ».

Cette lutte contre les stéréotypes et les discriminations de l’EVARS s’appuie sur deux idéologies pernicieuses : l’idéologie des enfants sexualisés et la théorie du genre. La première a été promue par Alfred Kinsley (1894-1956), sexologue américain, qui prétend que les enfants seraient sexualisés dès leur naissance et auraient le droit d’éprouver du plaisir sexuel quand et avec qui ils veulent. L’EVARS contribue à la lutte contre les discriminations entre les personnes sur le fondement de leur sexe, de leur identité de genre et de leur orientation sexuelle. Cette lutte contre les « stéréotypes de genre » et les « assignations de rôle » vise à supprimer auprès des jeunes enfants leur représentation mentale du féminin et du masculin car différencier les garçons et les filles constituerait à faire le lit des inégalités entre les hommes et les femmes. Il faudra faire comprendre aux enfants que les jouets, les jeux, les goûts et les métiers ne sont pas « genrés », et ne pas laisser les enfants choisir leur jeu suivant leur préférence spontanée afin d’éviter de faire des garçons des dominants et des filles des dominées. L’EVARS est ainsi infecté par la théorie du genre selon laquelle nous pouvons décider à notre guise d’être homme ou femme voire ni l’un ni l’autre. Même si cette théorie heurte le bon sens, elle peut, dans la mesure où elle est instillée aux enfants de manière répétée, provoquer des mutilations et des déséquilibres. Après la lutte des classes est venu le temps de la lutte des sexes.

L’EVARS dénie aux parents leur responsabilité de premiers éducateurs de leurs enfants en les privant du droit de retrait de leurs enfants afin de les dispenser d’assister à de tels cours.

L’EVARS veut enseigner « comment trouver sa place dans la société, y être libre et responsable ». La liberté qui sous-tend l’EVARS n’est pas celle de la philosophie d’Aristote ou de saint Thomas d’Aquin selon laquelle l’enfant est le siège d’une lutte intérieure pour conquérir sa liberté. Avant l’âge de raison, la sensibilité domine en lui. Il veut tout voir, toucher, goûter. Il est dominé par ses passions sensibles qu’il a du mal à réfréner : colère, gourmandise, égoïsme. Ce n’est que progressivement que ses facultés rationnelles, intelligence et volonté, mûrissent vers l’âge de raison grâce à l’éducation reçue.  Les passions sensibles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Toutefois, si elles sont mal maîtrisées dans l’enfance, si on les alimente et si on leur laisse libre cours, elles deviennent tyranniques et détruisent la liberté : l’ivrogne devient esclave de l’alcool et il en est de même pour la drogue et le sexe. La liberté requiert la vérité sur le bonheur humain et il est clair que le bonheur de l’homme n’est pas dans l’esclavage de l’alcool, de la drogue ou du sexe. L’idéal humain n’est pas davantage dans le consommateur, voire le jouisseur, présenté par l’EVARS qui décrit complaisamment la sexualité comme instrument de plaisir et de bien-être d’où le sens spirituel et le don de soi pour l’autre sont évidemment absents.

Le leitmotiv de l’EVARS est le consentement, considéré comme un élément essentiel de la relation. La réduction de la morale au consentement est une erreur : le consentement à l’abus d’alcool et à la drogue, même chez l’adulte, ne rend pas bon ce qui est mauvais. Chez l’enfant, le consentement a encore moins de valeur car il est vulnérable et influençable, et le rôle de ses parents est souvent de lui interdire ce à quoi il pourrait consentir.

Le Conseil d’Etat a été saisi de recours contre l’arrêté ministériel du 6 février 2025. Par une décision du 4 juillet 2025, il a jugé que ce texte était conforme à la loi et respectait le principe de neutralité du service public de l’enseignement, la liberté de conscience des élèves et de leurs parents, le droit des parents à éduquer leurs enfants selon leurs convictions et plus généralement, leur autorité parentale. De quoi nous plaignons-nous ?

Il est regrettable que les réactions à cette réforme aient été si timorées : les associations familiales catholiques (AFC) ont critiqué l’affaiblissement du rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants en raison de la suppression du « droit de retrait » sans remettre en cause le contenu de cet « enseignement ». Le secrétariat général de l’enseignement catholique a commencé par affirmer que, bien sûr, les écoles sous-contrat appliqueraient la réforme puis, à la faveur d’un changement de titulaire, a évoqué une adaptation de ce programme que pourraient mettre en place les écoles, avant d’être sèchement recadré par le ministre de l’Education Nationale qui a rappelé que les établissements sous-contrat devraient appliquer intégralement l’EVARS et que ses services y veilleraient. 

Encore un mauvais texte qui vient s’ajouter à beaucoup d’autres. Après avoir autorisé, voire encouragé, les comportements immoraux pour les adultes, l’Etat poursuit son action en modifiant les programmes scolaires comme si, pour pervertir une société, il fallait commencer par les enfants. 

 

Thierry de la Rollandière

 

 

 

Un petit goût de ciel sur la terre

Nous voici, avec la foule galiléenne, au pied de la montagne. Celui qui parle en est à déclarer la loi de son royaume spirituel. Jésus a passé sa nuit en prière, comme il fait souvent. La volonté du Père ainsi consultée, il donne mission à ceux qui seront les piliers de son œuvre, ses Apôtres, qu’il choisit dans le groupe de ses adhérents, ceux que lui-même voulut, dit saint Marc (III, 13). Il leur communique ses pouvoirs, puis les place au premier rang. Les voici qui s’assoient en cercle, Jésus assis au milieu d’eux comme le font les docteurs juifs. La foule s’étage sur les pentes et au pied de la petite colline.

C’est le printemps, des malades sont venus que Jésus a guéris. La vérité de sa parole se prouve par l’efficacité de son action. Derrière la foule, le lac, calme sous les teintes virginales du matin, et dans lequel se reflètent les lauriers roses.

C’est dans ce cadre magnifique, dans ce décor de lumière qui manifeste si bien l’éclatante vérité qui se prépare, que le Fils de l’homme parle. Ainsi Jésus est lumière du monde au moment où il ouvre la bouche, et Dieu lui-même, qui avait sculpté la loi de rigueur sur des tables de pierre, écrit la loi de grâce dans le cœur de ses disciples.

Cette grâce vaut pour tous ; elle saura s’adapter à tous. Et c’est bien là, sur cette montagne, qu’en face de grands horizons, dans de la beauté, dans de la vibration lumineuse et cordiale, dans de la rêverie profonde et lucide que le Christ et nous, et, par le Christ, Dieu et l’homme s’associent, que le ciel et la terre voisinent, pour que le premier verse à l’autre, avec sa lumière, la sève intime qui fait croître et qui fait verdir (Père A-D Sertillanges, Le Sermon sur la Montagne) :

« Bienheureux les pauvres en esprit…, bienheureux les doux…, bienheureux ceux qui pleurent…, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice…, bienheureux les miséricordieux…, bienheureux les cœurs purs…, Bienheureux les pacifiques…, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice… » Jésus énumère lentement les huit Béatitudes.

On appelle Béatitude le bonheur le plus grand, le plus parfait, qui est celui de posséder Dieu, c’est le bonheur des saints au Ciel.

Voulons-nous goûter un jour ce bonheur parfait ? Et pour l’éternité ? Pour cela nous devons écouter ces conseils que Jésus nous a donnés dans son Sermon sur la montagne. Et, si nous les suivons, en attendant la joie débordante du ciel, nous pouvons, sur la terre, profiter d’un certain bonheur que Dieu nous donne déjà si nous nous servons du moyen des Béatitudes pour faire progresser notre âme vers lui, car suivre ses enseignements nous procure la joie de plaire à Dieu.

 

Bienheureux les doux, parce qu’ils possèderont la terre

Prenons par exemple cette deuxième Béatitude sur la douceur. Nous venons d’observer la pédagogie divine : Jésus veut annoncer aux hommes des choses de la plus haute importance, il veut que l’on vienne l’écouter, que fait-il ?

Il réunit la foule au petit matin, à la naissance d’un jour nouveau, tout est calme, tout est beau. Il met son auditoire dans les meilleures dispositions pour l’écouter et retenir la leçon.

Puis il leur parle paisiblement, il veut que ses paroles aillent jusqu’au cœur de chacun, il ne précipite pas ses phrases pour que chaque information nouvelle soit assimilée doucement.

C’est tout un art de mettre en scène les choses graves, de capter son auditoire et d’aller au-delà des oreilles attraper non seulement les intelligences, mais aussi les âmes. C’est là le talent des enseignants et des prêcheurs, leur récompense étant de voir tous les yeux s’agrandir et les petites bouches s’ébahir quand il s’agit d’un jeune public. Art avec lequel les parents doivent aussi « jouer » dans l’éducation de leurs enfants. Ce n’est pas dans l’agitation, ni en parlant vite, fort, et longtemps que leurs enfants seront plus attentifs à recevoir « les leçons », surtout si elles sont sérieuses.

La vertu de douceur, comme tout en éducation, doit être plus que pratiquée par les parents, eux-mêmes. Elle doit leur être devenue naturelle. Pour cela il faut aussi souvent que possible se trouver en présence de Dieu pour le « posséder », le garder à nos côtés. Il faut expliquer cet exercice à nos petits. Nous leur disons souvent « Dieu te voit ! », disons-leur aussi « Dieu est avec toi, courage !», « Fais-le pour l’amour de Jésus » ou encore « Si tu fais de la peine à maman, tu fais aussi de la peine à Jésus… » L’enfant a besoin de ces petits rappels, dans une mesure raisonnable, bien sûr, mais il doit comprendre que Jésus « est son ami » parce qu’il l’aime, et qu’il est toujours là près de lui.

La douceur, c’est écouter les autres, leur répondre avec charité, les aider, les consoler, éviter ou apaiser les disputes, les mauvaises paroles ou gestes, prêter ses affaires, faire plaisir gratuitement, savoir faire le premier pas, chasser la colère de son cœur. Vaste programme qui ne se réalise pas en un jour ! Mais à chaque petit écart de conduite, les parents auront soin de reprendre l’enfant, exiger son pardon, et, dans les tentations, lui conseiller de se dire : « Qu’aurait fait Jésus à ma place ? »

Parfois, un regard suffit pour reprendre l’enfant, encourageons-le d’un sourire entendu qui évitera une nouvelle remarque, et entretiendra une petite complicité bienfaisante.

C’est en combattant tout jeune que les vertus chrétiennes des Béatitudes imprègneront l’enfant, et lui procureront cette joie de l’âme qui plaît à Dieu, ce petit goût de bonheur du ciel déjà sur la terre.

 

Sophie de Lédinghen