Tandis qu’au fil des siècles l’Antiquité fut considérée en Occident comme la période de référence en matière culturelle et artistique, le Moyen Âge connaît un regain d’intérêt à partir des XVIIIe-XIXe siècles avec l’émergence du « médiévalisme ». La société du XIXe siècle, tout en conservant un certain attrait pour l’antique, via le néoclassicisme, s’illustre par son goût prononcé pour l’époque médiévale. C’est ainsi que le patrimoine médiéval, pourtant tombé dans l’oubli depuis le XVIe siècle, est redécouvert à la faveur d’une politique nationale de préservation du patrimoine. Ce médiévalisme est à la fois profane mais aussi religieux.
Le Moyen Âge vu par la Renaissance
À partir du XVIe siècle, les 1000 ans séparant l’Antiquité classique de la Renaissance sont arbitrairement qualifiés de « Moyen Âge » ou « media aetas ». L’expression, qui apparaît dès le XVe siècle sous la plume de certains artistes, sert à dénigrer une période considérée à tort comme décadente, en la réduisant à un intermédiaire obscur entre deux apogées civilisationnels, l’Empire romain et l’Ere moderne. Faire référence au Moyen Âge est alors perçu majoritairement comme un retour en arrière. Hormis quelques cas exceptionnels, la référence à la période médiévale se résume donc à des idées péjoratives, celle-ci étant perçue comme un déclin entre deux âges glorieux.
Pourtant les choses changent au XIXe siècle. Le romantisme du XIXe siècle inverse cette vision des choses. Sous la plume des auteurs romantiques, le Moyen Âge n’est plus un âge sombre mais l’époque des chevaliers, de l’amour courtois et des châteaux forts. En littérature, l’auteur le plus célèbre ayant incarné ce médiévalisme est Walter Scott, auteur d’Ivanhoé, suivi de près par Victor Hugo et Notre-Dame de Paris.
En parallèle du médiévalisme romantique, le Moyen Âge bénéficie d’un renouveau religieux, notamment en France. La période médiévale, tout en conservant son nom et les clichés forgés par l’homme moderne, devient elle aussi une période de référence artistique et culturelle.
Le Gothic Revival ou Renouveau Gothique
Le renouveau de l’architecture gothique est particulièrement important. Il s’amorce dès le XVIIIe siècle en Angleterre et aura un succès considérable aux États-Unis, où la plupart des édifices de culte érigés au XIXe siècle sont néogothiques. À l’origine, il s’agit pour l’église anglicane, séparée de l’Église catholique depuis le XVIe siècle, de se proclamer par ses choix architecturaux l’héritière de l’Église catholique d’Angleterre antérieure au schisme d’Henri VIII.
Toutefois ce style architectural n’est pas l’apanage de l’Eglise anglicane. Dans un contexte d’émancipation progressive du catholicisme après des années de clandestinité, les catholiques irlandais, qui retrouvent progressivement leurs droits civiques, érigent eux aussi des églises néo-gothiques en remplacement des cathédrales historiques restées aux mains des anglicans. C’est ainsi que sortent de terre la cathédrale Saint-Pierre de Belfast, construite dans les années 1860, et la cathédrale Saint-Patrick d’Armagh dont la construction fut interrompue à plusieurs reprises notamment en raison de la Grande Famine irlandaise.
En France, l’arrivée du néogothique est plus tardive. Elle coïncide avec la mise en place d’une politique patrimoniale au niveau national, sous la Monarchie de Juillet. En parallèle des restaurations rendues nécessaires par les destructions révolutionnaires, certaines églises, détruites, sont reconstruites à la mode médiévale avec une prédilection pour le néo-gothique. Ce renouveau gothique aura un tel succès que certains disent que davantage d’édifices gothiques furent construits au XIXe siècle qu’à l’époque médiévale.
Le retour à un état originel
Dans certains cas, les restaurations entreprises par les Monuments Historiques naissants sont complétées par des initiatives émanant du clergé. Les curés de paroisse eux-mêmes s’intéressent à l’histoire de leur église nouvellement réaffectée au culte pour lui rendre son état originel qui, dans certains cas, est antérieur aux aménagements liturgiques du Concile de Trente. L’état médiéval est préféré à l’état moderne qui était pourtant celui de leur église lors de la nationalisation des biens du clergé.
Ainsi, à Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne), en parallèle des travaux de restauration supervisés par Prosper Mérimée, le curé de l’époque, l’abbé Lebrun, supervise le réaménagement du chevet. Il réhabilite l’accès à la crypte principale, condamnée au XVIIe siècle par les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur suite aux sévices des guerres de religion. Il remet également en place les tables d’autel romanes délaissées par les mauristes. La crypte secondaire, dédiée à saint Marin depuis le XIe siècle, est également réhabilitée. Les reliques restantes sont replacées dans un sarcophage et le futur cardinal Pie, alors évêque de Poitiers, inaugure lui-même la réouverture de la crypte en 1869. Le chevet de l’ancienne abbatiale maintenant devenue église paroissiale, renoue au moins en partie avec son état d’origine, en l’occurrence son état médiéval antérieur à la fois aux sévices révolutionnaires et aux destructions des guerres de religion, particulièrement violentes en Poitou.
Conclusion
Contrairement à la Renaissance qui le dénigrait, le XIXe siècle renoue avec son passé médiéval, passé plus ou moins idéalisé. Ce médiévalisme se traduit de différentes façons qui traduisent chacune le nouvel idéal projeté sur la période médiévale, perçue non seulement comme une référence en matière architecturale, mais aussi comme le point de départ originel d’édifices en péril réaffectés au culte.
Une médiéviste
Tandis qu’au fil des siècles l’Antiquité fut considérée en Occident comme la période de référence en matière culturelle et artistique, le Moyen Âge connaît un regain d’intérêt à partir des XVIIIe-XIXe siècles avec l’émergence du « médiévalisme ». La société du XIXe siècle, tout en conservant un certain attrait pour l’antique, via le néoclassicisme, s’illustre par son goût prononcé pour l’époque médiévale. C’est ainsi que le patrimoine médiéval, pourtant tombé dans l’oubli depuis le XVIe siècle, est redécouvert à la faveur d’une politique nationale de préservation du patrimoine. Ce médiévalisme est à la fois profane mais aussi religieux.
Le Moyen Âge vu par la Renaissance
À partir du XVIe siècle, les 1000 ans séparant l’Antiquité classique de la Renaissance sont arbitrairement qualifiés de « Moyen Âge » ou « media aetas ». L’expression, qui apparaît dès le XVe siècle sous la plume de certains artistes, sert à dénigrer une période considérée à tort comme décadente, en la réduisant à un intermédiaire obscur entre deux apogées civilisationnels, l’Empire romain et l’Ere moderne. Faire référence au Moyen Âge est alors perçu majoritairement comme un retour en arrière. Hormis quelques cas exceptionnels, la référence à la période médiévale se résume donc à des idées péjoratives, celle-ci étant perçue comme un déclin entre deux âges glorieux.
Pourtant les choses changent au XIXe siècle. Le romantisme du XIXe siècle inverse cette vision des choses. Sous la plume des auteurs romantiques, le Moyen Âge n’est plus un âge sombre mais l’époque des chevaliers, de l’amour courtois et des châteaux forts. En littérature, l’auteur le plus célèbre ayant incarné ce médiévalisme est Walter Scott, auteur d’Ivanhoé, suivi de près par Victor Hugo et Notre-Dame de Paris.
En parallèle du médiévalisme romantique, le Moyen Âge bénéficie d’un renouveau religieux, notamment en France. La période médiévale, tout en conservant son nom et les clichés forgés par l’homme moderne, devient elle aussi une période de référence artistique et culturelle.
Le Gothic Revival ou Renouveau Gothique
Le renouveau de l’architecture gothique est particulièrement important. Il s’amorce dès le XVIIIe siècle en Angleterre et aura un succès considérable aux États-Unis, où la plupart des édifices de culte érigés au XIXe siècle sont néogothiques. À l’origine, il s’agit pour l’église anglicane, séparée de l’Église catholique depuis le XVIe siècle, de se proclamer par ses choix architecturaux l’héritière de l’Église catholique d’Angleterre antérieure au schisme d’Henri VIII.
Toutefois ce style architectural n’est pas l’apanage de l’Eglise anglicane. Dans un contexte d’émancipation progressive du catholicisme après des années de clandestinité, les catholiques irlandais, qui retrouvent progressivement leurs droits civiques, érigent eux aussi des églises néo-gothiques en remplacement des cathédrales historiques restées aux mains des anglicans. C’est ainsi que sortent de terre la cathédrale Saint-Pierre de Belfast, construite dans les années 1860, et la cathédrale Saint-Patrick d’Armagh dont la construction fut interrompue à plusieurs reprises notamment en raison de la Grande Famine irlandaise.
En France, l’arrivée du néogothique est plus tardive. Elle coïncide avec la mise en place d’une politique patrimoniale au niveau national, sous la Monarchie de Juillet. En parallèle des restaurations rendues nécessaires par les destructions révolutionnaires, certaines églises, détruites, sont reconstruites à la mode médiévale avec une prédilection pour le néo-gothique. Ce renouveau gothique aura un tel succès que certains disent que davantage d’édifices gothiques furent construits au XIXe siècle qu’à l’époque médiévale.
Le retour à un état originel
Dans certains cas, les restaurations entreprises par les Monuments Historiques naissants sont complétées par des initiatives émanant du clergé. Les curés de paroisse eux-mêmes s’intéressent à l’histoire de leur église nouvellement réaffectée au culte pour lui rendre son état originel qui, dans certains cas, est antérieur aux aménagements liturgiques du Concile de Trente. L’état médiéval est préféré à l’état moderne qui était pourtant celui de leur église lors de la nationalisation des biens du clergé.
Ainsi, à Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne), en parallèle des travaux de restauration supervisés par Prosper Mérimée, le curé de l’époque, l’abbé Lebrun, supervise le réaménagement du chevet. Il réhabilite l’accès à la crypte principale, condamnée au XVIIe siècle par les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur suite aux sévices des guerres de religion. Il remet également en place les tables d’autel romanes délaissées par les mauristes. La crypte secondaire, dédiée à saint Marin depuis le XIe siècle, est également réhabilitée. Les reliques restantes sont replacées dans un sarcophage et le futur cardinal Pie, alors évêque de Poitiers, inaugure lui-même la réouverture de la crypte en 1869. Le chevet de l’ancienne abbatiale maintenant devenue église paroissiale, renoue au moins en partie avec son état d’origine, en l’occurrence son état médiéval antérieur à la fois aux sévices révolutionnaires et aux destructions des guerres de religion, particulièrement violentes en Poitou.
Conclusion
Contrairement à la Renaissance qui le dénigrait, le XIXe siècle renoue avec son passé médiéval, passé plus ou moins idéalisé. Ce médiévalisme se traduit de différentes façons qui traduisent chacune le nouvel idéal projeté sur la période médiévale, perçue non seulement comme une référence en matière architecturale, mais aussi comme le point de départ originel d’édifices en péril réaffectés au culte.
Une médiéviste