Essai « littéraire » : idéal classique, idéal moderne

Note préliminaire, à titre d’introduction :

Sans vouloir ressusciter une querelle stérile entre Anciens et Modernes, nous voudrions nous interroger sur les grandes lignes qui caractérisent d’un point de vue littéraire, le classicisme d’une part, la modernité d’autre part. Précisons bien qu’il ne s’agit-là ni d’une étude historique – au sens événementiel du terme – ni d’une étude proprement littéraire – au sens où la littérature « épouse ›› son époque – mais d’un essai philosophique puisqu’il importe de déterminer les propriétés essentielles de ces deux tendances littéraires. En ce sens, classicisme et modernité ne seront pas analysés comme courants littéraires, inscrits dans un temps et un lieu déterminés mais comme état d’esprit, idéal artistique. A ce titre d’ailleurs, ne peut-on considérer par exemple Baudelaire ou P. Valéry – relativement à l’écriture – comme des écrivains classiques alors que La Bruyère et Fénelon – relativement aux idées – présentent bien des aspects modernes ? Clio sera donc soumise à Minerve, ut decet. Signalons enfin que Boileau (surnommé « la conscience du classicisme ») et Baudelaire (auteur du fameux « qui dit romantisme dit art moderne : Salon de l840) ››, en tant que théoriciens de l’art en général ayant su s’interroger sur les finalités de l’art littéraire en particulier, nous serviront de cicérones.

I – « Rien n’est beau que le vrai », tel est l’idéal classique formulé par Boileau1

Que faut-il entendre ici par « vrai » ? Le vrai, c’est la nature mais la nature à la fois générale et choisie : générale, c’est à dire universelle, susceptible d’intéresser les hommes capables de réfléchir et de sentir, et choisie, c’est à dire « sélectionnée » parce que les exceptions ou les singularités (au sens étymologique du terme) sont contraires au plan ordinaire de la nature. De plus, nous n’arrivons au général que par le choix : c’est parce que Phèdre est un modèle choisi de « l’amour-passion ›› qu’elle intéresse tous les hommes en proie à la passion amoureuse. Si ce naturel est surtout psychologique à l’âge classique, il importe peu qu’il soit réel (vérité de fait : Molière, Racine, La Rochefoucauld) ou idéal (vérités de raison : Corneille, Pascal, Bossuet). Concernant le genre de la tragédie par exemple, là où Corneille affirmera : « le sujet d’une belle tragédie ne doit pas être vraisemblable »2, Racine au contraire soutiendra : « il n’y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie »3, mais là où Corneille et Racine, du point de vue de la finalité classique se rejoignent, c’est qu’ils nous ont proposé des types d’hommes éternels. Polyeucte et Joad représentent le type chrétien comme Rodogune et Hermione incarnent la vengeance humaine au-delà des différences individuelles, humaines, trop humaines. De la même manière, ne parle-t-on pas désormais d’un Harpagon pour désigner un avare (figure de style appelée antonomase !) ou d’un Julien Sorel pour indiquer l’ambitieux ? La notion de type, par nature universelle, connexe à la notion de modèle – le type parce qu’il est universel, peut servir de modèle ou de référence – permettra alors « l’émergence » des notions d’imitation et d’admiration : « le vrai seul est aimable »4.

A l’inverse, que propose « l’idéal » moderne ? « L’imagination est la reine du vrai et le possible est une des provinces du vrai » nous dit Baudelaire5. (Une province privilégiée, indique-t-il au cours de son exposé, où le possible s’oppose au naturel). Or, si c’est l’imagination qui appréhende le vrai, ce « vrai » n’est plus l’universel, le nécessaire, mais correspond à l’imaginaire, au singulier. « La modernité », reconnaît l’auteur des « Paradis artificiels », « c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art ›› (sic)6. La notion de type est alors récusée au profit de la notion d’individu et à la notion d’imitation se substituera celle de création. Il est difficile par exemple de dégager des types d’un roman de M. Proust : on y trouvera une accumulation d’individus constitués d’éléments insignifiants ou singuliers (Swann, les Guermantes).

« Nous voulons

Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?

Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau »7

 

II – « Le vrai seul est aimable »

Aux yeux des esprits classiques, la vérité doit être universelle pour satisfaire à la véritable beauté artistique : « quoi que vous écriviez, évitez la bassesse »8. L’écrivain classique, quel que soit le genre littéraire utilisé, ne peut plaire et toucher que par la présentation (directe ou indirecte) du vrai et du bien. Vivre selon le vrai, c’est agir bien, c’est à dire conformément à la raison qui constitue la dignité de l’homme suivant la pensée de Pascal : « Toute la dignité de l’homme consiste en la pensée »9.

En un mot, vivre selon la pensée, c’est mener une vie vertueuse. Notons d’ailleurs que plus le vrai exposé sera idéal, c’est à dire moral, plus pourra naître l’admiration du lecteur ou du spectateur : « quand une lecture vous élève l’esprit, et qu’elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez pas une autre règle pour juger de l’ouvrage ; il est bon et fait de main d’ouvrier. »10 Pour un esprit classique, contrairement au cerveau (terme baudelairien) moderne, le plaisir (trop « artistique ») vise une conversion, une purification parce que la psychologie, plus ou moins implicitement, est subordonnée à la morale. Corneille à ce sujet, a écrit ces paroles fortes dans sa Préface à Nicomède : « le succès a montré que la fermeté des grands cœurs, qui n’excite que de l’admiration dans l’âme du spectateur, est quelquefois aussi agréable que la compassion que notre art nous commande – de mendier pour leurs misères »11. Quant à Boileau, dans sa lettre à Perrault lors de la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes, il exprimait la même idée à propos du rôle des auteurs classiques : « Les grands écrivains doivent leur gloire à la constante et unanime admiration de ce qu’il y a eu dans tous les siècles d’hommes sensés et délicats, entre lesquels on compte plus d’un Alexandre et plus d’un César. Ceux que j’ai toujours vus le plus frappés de la lecture des écrits des grands personnages – Homère, Horace, Cicéron, Virgile – ce sont des esprits du premier ordre, ce sont des hommes de la plus haute élévation »12. L’art pour l’art est donc inconcevable pour une intelligence classique : quoiqu’en dise J.-J. Rousseau, « l’Avare » de Molière est certainement plus une école de grandeur d’âme qu’une « peinture de mauvaise mœurs ». (Indirectement bien sûr comme peut corriger la comédie c’est-à-dire « ridendo mores »).

En revanche, si l’imaginaire seul constitue la « vérité ›› moderne, il constitue aussi le principe de la beauté moderne. Ecoutons cet aveu de Baudelaire, exprimé à travers les propos de celui qu’il appelle « l’homme imaginatif »13 : « Je trouve inutile et fastidieux de représenter ce qui est parce que rien de ce qui est ne me satisfait. La nature est laide et je préfère les monstres de ma fantaisie à la trivialité (sic) positive ». A la notion normative d’admiration (et surtout d’imitation) va se substituer la notion équivoque d’évasion. Jamais les concepts de créativité, de spontanéité et de liberté ne seront autant sollicités puisque les modernes ne font plus figure – cf. « Le Roi se meurt ›› de Ionesco – de héros ou de prophètes mais de dandy et de bohèmes. En langage baudelairien, le bohémianisme de la condition humaine, exode sans prophète, a succédé à l’héroïsme du genre humain.           « Les hommes vont à pied

Promenant sur le ciel des yeux appesantis

Par le morne regret des chimères absentes »14

 

III – « Aimez donc la raison »15

Seule la raison entendue comme l’excellence de l’homme permet d’appréhender le vrai parce que le vrai c’est la nature épurée et affinée. L’ordre, la juste mesure, l’harmonie – d’« Antigone» à « Eugénie Grandet » – exigent lumières de l’intelligence et efforts de la volonté. A l’opposé, si l’imagination est « la reine des facultés ›› et si elle a créé le monde, « il est juste qu’elle le gouverne »16. Bien plus, toujours selon les vues perçantes de l’auteur des « Fleurs du mal ›› – et un mouvement littéraire comme le surréalisme l’a confirmé – l’imagination « crée un monde nouveau, elle produit la sensation du neuf »17. Dès lors, la nature n’est plus un livre d’où l’artiste doit abstraire un sens et à partir duquel il peut rejoindre un Auteur du Kosmos mais elle devient un « dictionnaire »18 avec lequel l’homo faber élabore de lui-même un discours19.

 

Conséquences :

Que conclure, d’un point de vue pédagogique, de cette brève analyse ? Si l’on considère la formation et l’éducation scolaire, c’est assurément à la source de l’idéal classique qu’il faut abreuver nos élèves. N’est-ce pas là, la finalité littéraire de notre école ? En revanche, l’idéal moderne présente bien des beautés qui peuvent « détendre » ou divertir ; de plus, bien choisies, certaines œuvres modernes constituent comme le contre-point des chefs-d’œuvre classiques. En ce sens, réformer, c’est encore former ; mais le poids du classicisme nous paraît décisif car, qui opérera la critique (au sens étymologique – grec ~ de « discernement ») sinon la raison, éclairée par la foi dans une école catholique ? Il y a deux cents ans environ (!), A. Chénier écrivait :

« Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques ››, En guise d’épilogue, nous proposerions volontiers aux plus artistes de nos élèves, la formule suivante : « Sur des pensers antiques (ou classiques) faisons des vers nouveaux. »20

Nota Bene

Signalons, in fine, que Monseigneur Lefebvre, lui-même avait mis en garde dès « l’été chaud » contre « la littérature catholique moderne » qui « peut conduire un lycéen à la révolte et aux pires dégradations »21 et, ajoutait Monseigneur, : « je n’ai pas évoqué pour rien la littérature catholique moderne car le drame de ce temps, c’est que les clercs, dont la mission est de « vertébrer » les caractères et les âmes, se sont laissés dénaturer, quand ils ne sont pas allés à la rencontre de la perversion pour lui donner la main.» (ibid). Même si le mot « littérature » peut être ici entendu métaphoriquement (toute forme de « doctrine » ou de « discours »), que les professeurs se méfient donc dans le choix des lectures : docti caveant !

 Joseph LAGNEAU

 

Bibliographie sommaire :

Boileau : Art poétique, Epitres, Satires.

Baudelaire : Salon de l859 les Fleurs du Mal : pour l’esthétique baudelairienne, consulter le maître- Livre de Rémi Brague : « Images vagabondes ». Edition La transparence, mars 2008.

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1 Boileau : Epitre IX, vers 43 premier hémistiche.

2 Corneille : Préface d’« Héraclius ».

3 Racine : Préface de Bérénice.

4 Boileau : Epitre IX, vers 43, second hémistiche.

5 Baudelaire : Salon de 1859, 3 : « reine des facultés ».

6 Baudelaire : Le peintre de la vie moderne, 4 : « la modernité ».

7 Baudelaire : Les fleurs du mal : « le voyage », dernière strophe.

8 Boileau : l’Art poétique, chant l, vers 79.

9 Pascal 1 Pensées n° 365 : « pensée ».

10 La Bruyère : Les Caractères : « l’idéal classique » 3l.

11 Corneille : « Préface à Nicomède » : in fine.

12 Boileau : Lettre à M. Perrault, 1700 : extrait.

13 Baudelaire : Salon de l859, 41 : « le gouvernement de l’imagination ».

14 Baudelaire : Les fleurs du mal :« Bohémiens en voyage ».

15 Boileau : Art poétique, chant 1 vers 37.

16 Baudelaire : Salon de l859, 3.

17 Baudelaire : ibidem.

18 Formule du peintre Eugène Delacroix.

19 Cf. les remarquables analyses de M. M. de Corte sur ce thème in « L’intelligence en péril de mort. »

20 A. Chénier : l’lnvention, extrait.

21 Non, « Entretiens de Jose Hanu avec Monseigneur Lefebvre, Stock, 1977 – p. 29

 

Les fiançailles (suite et fin)  

Chers grands-parents

Comme promis dans notre dernier envoi, bien que cela soit d’abord et peut-être uniquement le rôle des parents, il nous paraît utile de parler des conseils à donner aux fiancés.

De fait, une mauvaise compréhension de ce que sont les fiançailles, la disparition de certains usages, l’affadissement de certains principes de prudence, peuvent nuire au profit que les fiancés doivent tirer de cette riche période voire transformer ce temps en un fiasco pouvant avoir des conséquences dramatiques pour les fiancés et la suite de leur mariage.

Nous avons retenu 3 points sur lesquels il nous paraît utile d’insister.

  • Les fiançailles sont un engagement
  • Les fiançailles sont une période d’enrichissement mutuel
  • Les fiançailles sont une période de risques.

 

I – Les fiançailles sont un engagement

« Les fiançailles sont faites pour être rompues » entend-on parfois. Non ! Elles peuvent être rompues car elles ne constituent pas un engagement sacramentel définitif comme le mariage. Elles doivent l’être si les fiancés s’aperçoivent qu’ils se sont gravement trompés. Mais elles ne sont pas d’abord faites pour cela. Elles sont un temps de préparation, d’amélioration de la connaissance mutuelle. Il importe que les jeunes qui s’engagent le fassent avec prudence, après avoir pris conseil de personnes éclairées. Dans certaines familles, les fiançailles donnent lieu à une messe au cours de laquelle les jeunes s’engagent publiquement. Cela n’est pas forcément nécessaire étant donné le caractère précaire des fiançailles mais montre bien l’importance de cet engagement.

Prudence ce qui impose aux prétendants de s’assurer que les conditions d’un mariage sont pleinement réalisables. Quelle tristesse de voir parfois des jeunes de 18 ans, n’ayant ni la maturité pour choisir, ni les conditions matérielles de s’unir, s’engager secrètement, sans prendre conscience que les sincères émois qu’ils ressentent peuvent n’être que provisoires. Ces imprudences font parfois de gros dégâts, notamment chez les jeunes filles promptes à s’émouvoir1. Dieu donne les grâces pour prendre ce genre de décision quand les conditions sont réunies, notamment l’âge et la capacité à subvenir aux besoins de la future famille !

Sincérité ! C’est-à-dire honnêteté ! Les fiancés qui s’engagent le font dans un réel désir de don mutuel, ils ne jouent pas un rôle, ils doivent savoir que cette période est propice à l’idéalisation, aux illusions – surtout sur soi-même – la vie future apparaissant comme idéale avec une telle compagne ou un tel compagnon. Que penser d’un jeune qui s’engagerait sans faire les efforts nécessaires pour réussir ses études et trouver un travail.

Les fiançailles ne sont donc surtout pas une « période d’essai » pendant laquelle on fait mieux connaissance pour savoir si on va s’engager mais un engagement pendant lequel  on perfectionne sa connaissance mutuelle et on prépare sa vie future.                               

 II – Les fiançailles sont une période d’enrichissement mutuel

Plutôt qu’une suite de fêtes et de divertissements, les fiançailles sont d’abord la période où l’on complète sa connaissance de l’autre. Cela s’accompagne certainement de rencontres amicales, de sorties en commun permettant de partager sa manière de voir mais ces activités doivent être envisagées avec le sérieux de personnes qui ont décidé d’unir leurs vies.

Les fiançailles doivent être le temps des conversations, de la prière en commun, de la prise de conseils. Les jeunes doivent peu à peu se faire une idée de ce que sera la vie avec l’autre, connaître ses idées et être bien sûr de partager la même conception du mariage de la vie chrétienne et de l’éducation des enfants, le connaître avec ses qualités et ses défauts, connaître sa famille pour comprendre dans quel contexte la future famille se réalisera…

Tout cela se mettra bien entendu en place dans le mariage mais les fiançailles sont l’occasion de discussions – peut-être interminables – pendant lesquelles les jeunes peuvent réfléchir et mettre au point ce que sera leur futur ménage… Tout cela nécessite du temps. Pour que cela soit fructueux, il est nécessaire aussi de prendre du recul, les rencontres doivent être plus riches que fréquentes et nous recommandons fermement de limiter autant que faire se peut le téléphone et les textos2.

 

III – Les fiançailles sont une période de risques

Tout le monde connaît les risques que l’attirance naturelle peut faire courir à de futurs époux. Ce que l’on sait moins, ce sont les mesures et règles à adopter pour y faire face… Il est souvent d’usage de faire preuve d’angélisme « Ils savent ce qu’ils font ! » et de laisser les fiancés libres dans toutes leurs rencontres !

Pourtant, la chair est faible ! Et dans notre monde pollué par toutes sortes de spectacles et avachi par le confort, les choses ne se sont pas améliorées ! Il nous paraît utile de rappeler quelques règles minimales pour que la prudence soient respectée.

  • Rappeler la tenue. Les fiançailles n’ouvrent aucune dérogation quant à l’attitude des jeunes l’un envers l’autre. Ni étreintes, ni embrassades ! Ils peuvent se tenir par la main, rien de plus.
  • Leurs rencontres doivent se passer dans le cadre familial ou public. Ils ne doivent jamais se rencontrer dans la chambre de l’un ou l’autre ni dans des lieux totalement isolés…
  • Bien entendu, ils ne doivent jamais passer une nuit seuls dans une maison ni aller à l’hôtel ensemble !

 

Globalement, sans en revenir à la règle ancienne où ils ne devaient se voir que sous l’œil de leur mère, les fiancés doivent toujours pouvoir être vus là où ils se rencontrent. Cela les encouragera naturellement à une prudence salutaire.

Ces règles peuvent paraître sévères mais nous savons que les chutes sont nombreuses ! Un de nos amis, participant à la préparation des mariages dans le diocèse d’Evry, nous a déclaré qu’en 11 ans, il n’avait jamais rencontré de fiancés vivant dans la chasteté ! Comment s’étonner des taux de divorces !

 

Prions sainte Anne pour nos petits fiancés, qu’ils fassent de bons mariages chrétiens et nous donnent beaucoup de petits-enfants !

  Des grands-parents

 

 

1 Il y a heureusement parfois d’heureuses issues à ce genre d’engagement mais elles sont rares ! Que de casse à côté !

2 Certains fiancés se transmettent des dizaines de textos par jour ! Il est pourtant bien nécessaire, entre les rencontres de poursuivre son devoir d’état, de prendre du recul et de prier !

 

 

Calmer mon bébé « survolté »

Minuit, ou une heure du matin, ou pire encore…

Bébé s’est mis à pleurer pour… pour « quoi » au fait ? Les dents, un mal de ventre, un cauchemar ?

Vous avez vérifié qu’il n’y avait rien de grave…  Qui pourrait comprendre ses larmes ? Ni Papa, ni Maman, ni la baby-sitter éventuellement. Il est impossible de le rendormir …

 

Posez Bébé deux minutes dans son lit, et vite remplissez un lavabo d’eau tiède. Mettez une chaise devant le lavabo. Reprenez votre petit crieur dans vos bras, remontez les manches de son pyjama, asseyez-vous sur la chaise avec votre petit sur les genoux, et doucement faites-lui sentir l’eau du bout des doigts.

Effet de surprise garanti ! Votre bébé va se calmer et « patouiller » cinq à dix minutes. Calmé, il se rendormira sans difficulté. Et vous certainement aussi sans avoir à essayer pour bébé, le bain de la toute dernière chance, épuisant pour ses parents.

De la part d’une de nos lectrices, avec tous nos remerciements.

 

Etudiant!

L’été s’achève, le Bac en poche, les grandes vacances sont passées à toute vitesse dans un mélange d’euphorie et d’inquiétude face à l’inconnu de la vie étudiante qui vient. Après les résultats parfois surprenants de « parcours sup », il a fallu trouver un logement, signe de l’indépendance nouvelle.

Etudiant ! le jour de la rentrée est arrivé. Plein de promesses et synonyme de relative indépendance vis-à-vis des parents et de vie d’adulte. Vous voilà plongé dans le grand bain du monde avec ses attraits, ses richesses et ses mirages. Si vous sortez d’une école catholique, c’est une des premières occasions de côtoyer des camarades qui ne le sont pas, qui ne pensent pas comme vous, souvent par ignorance, parfois par conviction. Quoi qu’il arrive, vous passerez souvent pour un extra-terrestre, un « visiteur » revenant du passé. Parfois hostiles, souvent surpris voire curieux, tout dans votre apparence sera soumis à leur regard interrogateur. Ferez-vous tout pour passer inaperçu, pour paraître comme eux ou resterez-vous vous-même ? La question se posera plusieurs fois et il vous faudra à chaque fois trouver la bonne réponse, seul ! La plupart du temps, vous n’aurez pas de questions directes et quels que soient vos efforts pour passer inaperçu, vous serez considéré comme différent. Mais cette différence, si elle est assumée, les attirera à vous et voyant en vous quelqu’un d’honnête et d’heureux, ils chercheront à vous connaître mieux. De nouvelles amitiés d’un nouveau genre naîtront, l’occasion pour vous d’approfondir votre foi pour être en mesure de répondre à leurs questions, et de faire de l’apostolat si l’occasion se présente, au moins par votre exemple.

Les tentations ne seront pas négligeables, alcool à volonté et autres amusements lors des soirées d’intégration. Mais cela sera facilement surmonté si vous vous appuyez sur les grâces et les armes qui sont à votre disposition.

Profitez-en pour fréquenter les groupes d’étudiants catholiques de votre paroisse. L’occasion d’établir ou de renforcer des amitiés. Confrontés aux mêmes difficultés, aux mêmes questions, aux mêmes épreuves, ce sont dans ces moments que se forment les belles et profondes amitiés qui pourront durer toute la vie. C’est aussi le temps de découvrir les joies des week-end entre amis, des dîners passés à deviser et à refaire le monde.

Les groupes d’étudiants proposant soit des prières, soit souvent des conférences seront l’occasion de continuer votre formation. Appuyée sur des lectures, des discussions et conférences, cette formation intellectuelle que vous allez pouvoir poursuivre tout au long de votre vie d’étudiant aura pour objectif principal de vous faire découvrir le monde tel qu’il est réellement, les différentes forces qui s’y affrontent et d’échapper à l’image trompeuse qu’il veut bien donner de lui, de distinguer le vrai bien qu’il offre et dont on peut bénéficier honnêtement, des vrais maux qu’il présente sous apparence de bien.

La prière et la fréquentation des sacrements seront les armes les plus puissantes qui vous permettront de tenir dans la durée, pour rester vous-même, catholique convaincu et heureux de l’être dans un monde apostat.

Enfin, si vous vous fixez dès le début un rythme de vie bien précis avec une heure de lever, une heure de coucher, temps réservé à la prière et un temps pour la lecture, vous prendrez rapidement de bonnes habitudes qui seront votre meilleur garde-fou contre l’oisiveté et le temps perdu sur internet qui est l’autre grand danger de la vie seul. C’est la tentation facile qui guette chacun d’entre nous quand nous rentrons le soir dans notre chambre d’étudiant. Allumer l’ordinateur et vagabonder sur Youtube ou Facebook ou autres futilités. Le démon vous y attend au carrefour et se frotte les mains. En plus de ces habitudes de rythme de vie, collez une image ou une médaille de la sainte Vierge sur votre ordinateur. Sous le regard de votre mère, vous serez plus fort contre les tentations et elle vous protégera.

Tout ce beau programme a un seul objectif qui sera certainement celui de votre vie de jeune homme étudiant : devenir un homme catholique accompli qui, grâce à Dieu, grâce à son caractère et à sa volonté bien trempée, à sa connaissance du monde dans lequel il évolue et à la science qu’il a acquise durant ses études peut prétendre à avoir un métier et fonder une famille.

 

Telle est la vraie vie d’étudiant, la vraie liberté des enfants de Dieu qui vous procurera le bonheur durant ces années charnières où vous vous prendrez en main et où vous deviendrez un homme ! Vous savourerez la joie d’avancer à grands coups de rame dans la vie souple comme l’eau sous le regard de Dieu ! Alors en avant et que l’aventure commence !

 

Antoine

 

Petites réflexions sur l’école  

Les grandes vacances d’été sont un temps long, propice à préparer la rentrée. Les repas en famille, les emplois du temps allégés, les longues discussions le soir quand la chaleur se fait plus douce, les retrouvailles avec les cousins et les grands-parents, tous ces moments sont des temps précieux où nous pouvons regarder notre vie, sortir la tête de l’eau et apercevoir l’horizon au loin. Ce sont aussi des temps où nous pouvons contempler ce qui nous entoure, nous nourrir des multiples enseignements que la Providence glisse dans notre vie quotidienne et que souvent nous ne voyons pas quand nous courrons après les obligations de l’année scolaire qui rythment nos journées sans répit.

Aujourd’hui c’est la rentrée. Le quotidien revient avec ses nouveaux impératifs, comme chaque année en septembre. Alors, avant de replonger et affronter les courants, prenons quelques minutes pour replacer la fin au dessus de nos actions. Que faisons-nous ? Mais surtout pourquoi ? 

L’école est un lieu où nos enfants vont recevoir un enseignement. Le but est de former la nature humaine blessée par le péché originel. Nos premiers parents avaient la science infuse et l’amitié avec Dieu en naissant. Mais, depuis le premier péché, nous devons acquérir le peu de science que les siècles ont accumulé et nous devons apprendre à connaître Dieu par le catéchisme et l’éveil spirituel. Là est le premier but de l’école, qui vient en complément de l’éducation que nous recevons de nos parents. L’école apporte ce que la famille ne peut apporter. Mais le but est le même. L’enfant est comme un verre vide, sec et creux, seule l’eau de la connaissance peut le remplir. Connaissance de Dieu, de la Création et de ses lois, de la culture de nos pères. Cela doit nous conduire à être docile face au maître, accepter notre ignorance afin de recevoir l’enseignement. L’élève qui croit tout savoir est un enfant arrogant, demain, il sera un adulte sot. Aussi, que les enfants se rappellent leur ignorance, de là viendra l’envie d’apprendre. Que les parents veillent à ce que leurs enfants soient dociles à la maison, afin de l’être aussi à l’école. Ceci est la première réflexion.

L’eau vive de la connaissance que les maîtres enseignent, ce sont nos parents, nos aïeux, les générations passées qui l’ont puisée. Aristote, saint Thomas d’Aquin, saint Augustin, Mendel, Newton, Pythagore, derrière chacun de ces noms qui parsèment les manuels scolaires se trouve un homme qui est venu ajouter sa pierre à l’édifice de la connaissance humaine, l’un ne pouvant avancer sans son prédécesseur. Et nous au milieu ? Souvent, nous peinons à acquérir ce que nos anciens ont inventé. Car finalement la nature humaine reste la même. Nous ne sommes pas plus intelligents que nos anciens avec nos téléphones et nos ordinateurs. Peut-être même sommes-nous plus bêtes, ayant des encyclopédies en deux clics dans nos poches mais pas grand chose dans nos caboches. Cela doit nous conduire à plus d’humilité. De cette humilité découle la confiance en nos maîtres et l’obéissance à nos éducateurs. Que les parents travaillent cette humilité, malgré les grands débats en famille ou sur internet, les avis tranchés et la multitude d’inepties que nous ingérons, nous sommes des nains juchés sur les épaules de ceux qui nous précédent. Voire des sots abrutis par l’instantanéité et la sentimentalité de notre époque. Que les enfants apprennent à se mettre à l’écoute de leurs aînés, afin de continuer jusqu’à la mort à s’émerveiller. Voilà la deuxième réflexion.

 

Enfin, notre époque moderne a inversé les valeurs. Nous savons cela et en constatons les dégâts partout autour de nous : sous-culture bon marché et vulgaire, débats politiques et sorties littéraires souvent médiocres quand ce n’est pas sordide ou scandaleux (causant de nombreux péchés), collègues de travail ne sachant plus ni écrire, ni exprimer une idée, et de plus en plus anti-culture, wokisme et culture de mort. Mais sommes-nous si certains de ne pas être nous aussi infectés par l’air ambiant ? Après tout, nous respirons, nous aussi, ce même air vicié. Notamment, ne sommes-nous pas parfois influencés par les idées modernes : individualisme et négation du péché ? Nos enfants, malgré leur jolies petites bouilles, sont blessés par le péché. Comme nous, ils seront paresseux, orgueilleux, menteurs ou insolents, ou tout cela à la fois. Comme nous, ils feront la foire en classe, rechigneront à l’effort, mépriseront leur professeur ou répondront à l’abbé, ou tout cela à la fois. Depuis quelques années, les enfants hyper-actifs, surdoués, incompris ou inadaptés au système pullulent. Mais, il n’y aurait plus de cancres ? De paresseux ? D’orgueilleux et de menteurs ? Ne tombons pas dans le panneau. Si certain cas sont avérés et si les parents font bien de veiller à cela, n’oublions pas que nos enfants sont de jeunes pousses qui ont besoin de tuteur droit et contraignant pour pousser vers le Ciel, sans quoi ils ramperont sur le sol ou casseront au premier coup de vent. Voilà la troisième réflexion.

En cette période de rentrée, gardons ces petites réflexions à l’esprit. Le bon élève est celui qui, docile et humble, se met à l’écoute de ses maîtres pour grandir vers le Ciel, celui qui travaille à corriger ses défauts avec l’aide de ses éducateurs, celui qui travaille au mieux de ce qu’il a comme talent pour accomplir la volonté de Dieu et un jour parfaire la Création par son métier. Le mauvais élève est celui qui méprise l’enseignement donné, refuse de se corriger et ménage son petit confort. Et nous-mêmes, parents ou adultes ? Sommes-nous de bons élèves ? L’école ne cesse jamais. Dieu place sans cesse des maîtres sur notre route : nos abbés, nos anciens dont les écrits doivent s’aligner dans nos bibliothèques, la Création qui nous entoure et que Dieu nous donne pour nous émerveiller et nous initier à la contemplation et à la connaissance de ses perfections. Sommes-nous humbles et dociles envers ces maîtres ? Sommes-nous de bons élèves ? Méditons cela tandis que les dernières journées d’été meurent avec septembre.

 

Louis d’Henriques