L’origine et le rythme de la douceur

 « Le saint-chrême est composé d’huile d’olive et de baume, qui nous représentent la douceur et l’humilité. L’humilité perfectionne l’homme dans ses devoirs envers Dieu, et la douceur le perfectionne dans ses devoirs envers la société. Le baume qui prend le dessous parmi toutes les autres liqueurs nous marque l’humilité ; l’huile d’olive, qui prend le dessus, nous représente la douceur qui met l’homme au-dessus de toutes les peines et qui excelle sur toutes les vertus, parce qu’elle est la fleur de la charité : celle-ci, dit Saint Bernard, n’a toute sa perfection que lorsqu’elle joint la douceur à la patience.»

Saint François de Sales

Comme chacun sent que la douceur est, parmi les vertus, d’un prix inestimable, et que celui qui la possède vraiment est incontestablement parvenu à la vraie sainteté chrétienne ! Mais comme il faut également se méfier de ses contrefaçons qui paraissent d’autant plus haïssables qu’elles parodient ce trésor et nous laissent amèrement déçus lorsque nous nous sommes aperçus que nous avions pris de la pacotille pour le précieux métal ! Ni bonasse, ni mou, ni doucereux, ni douceâtre, celui qui est réellement doux est un homme très fort et il n’est aucune force véritable chez celui qui n’est pas doux. Aussi, nous voudrions d’abord dire que le plus doux de tous est Dieu (I). Nous vanterons sa douceur à notre égard (II) et nous montrerons que la nôtre n’a qu’à se calquer sur la sienne (III).

I – La douceur de Dieu

Toute perfection que nous admirons ici-bas s’origine en Dieu qui en est l’exemplaire et la cause. La douceur en est une et c’est dans l’intime de la vie divine que nous croyons qu’elle existe dans toute sa beauté. La Foi nous enseigne que les trois Personnes de la Sainte Trinité forment une famille parfaite en laquelle la pluralité ne porte nul ombrage à l’unité. Leur vie trinitaire existe de toute éternité et il n’est jamais rien qui amène une relâche dans les liens entre les trois Personnes. Il n’est jamais rien non plus qui heurte ou puisse heurter l’ardeur infinie de l’amour qui existe entre elles. En considérant ce mystère de charité parfaite, nous ne nous trompons pas en affirmant de ces relations Trinitaires qu’elles sont empreintes d’une douceur infinie sans laquelle leur bonheur ne serait pas complet. Cette douceur, apanage divin, descend du trône de la Sainte Trinité sur tous les habitants du Ciel.

II – La douceur de Dieu vis-à-vis des habitants de la terre 

Afin de prendre conscience de la douceur divine, considérons les sentiments de la maman qui tient dans ses bras et sur son cœur son enfant qui vient de naître, et commençons par nous dire que la douceur de ses gestes à l’égard de ce bébé, si petit et fragile, ne nous donne qu’une pauvre idée de la douceur divine à notre égard. Aucune   comparaison humaine ne peut nous donner une idée de cette mansuétude dont Dieu use à notre égard. Notre vie chrétienne, si l’on excepte les quelques années où nous n’avions pas encore l’âge de raison, s’est-elle passée dans la croissance d’un amour toujours plus vif pour Dieu ? Hélas, il n’est malheureusement de jour où nous ne l’avons offensé et, parfois, gravement et à répétition. A ses bontés multipliées pour nous avec une divine profusion, nous avons opposé si souvent nos fronts butés, nos âmes repliées sur elles-mêmes. Nous n’avons à peu près rien vu de la divine patience et de l’ineffable pédagogie de Celui qui mettait tout en œuvre pour nous attirer à Lui. Quel mal Il s’est donné et se donne pour chacun d’entre nous ! Quelle délicatesse afin de trouver les moyens les plus nuancés et sans cesse renouvelés pour ouvrir nos cœurs ! L’histoire de notre âme est-elle autre chose que celle de la tendresse de Dieu cherchant à vaincre notre dureté et notre grossièreté ? Puissions-nous, avant de mourir, ouvrir les yeux sur l’infinie condescendance divine afin de ne pas nous trouver dans une extraordinaire confusion au Jugement particulier pour l’avoir tant ignorée et pour la découvrir seulement à cet instant …

III – La douceur entre nous 

Point de douceur véridique sans une vie intérieure. La douceur chrétienne n’est pas de la terre : elle est surnaturelle, elle est divine. Elle est un don de Dieu répandu dans les cœurs à travers le Christ Notre-Seigneur et la Très Sainte Vierge Marie. Elle demande d’abord une grande victoire sur les passions et sur l’irascible. L’homme doux est un homme fort. Il est celui qui conserve, en toute circonstance, cet empire sur lui-même pour ne jamais se laisser submerger par la peur, la colère ou l’une ou l’autre des passions. Il ne s’agit pas seulement d’un contrôle extérieur bien fragile mais d’une domination intérieure qui ne peut se faire parfaitement sans la grâce divine. Que de luttes et de combats intérieurs pour que la grâce triomphe de cette nature ombrageuse ! Mais comme Dieu se trouve glorifié lorsque l’âme parvient à cette maîtrise !

Cependant, la douceur est-elle purement et simplement cette victoire de la raison, illuminée par la grâce, sur la sensibilité ? Oui. Mais nous voudrions exprimer également son effet si précieux dans les relations avec le prochain.

Il nous semble que la douceur démontre sa présence lorsque quelqu’un ajoute à cette parfaite maîtrise de lui-même, la plus fine compréhension de ceux qui l’entourent pour savoir s’adresser à chacun exactement comme il convient. Si l’on se place sur le plan naturel, on parlera peut-être d’une sorte d’intuition des personnalités auxquelles on sait merveilleusement s’adapter. Mais si l’on passe au niveau surnaturel, affirmons alors que, sous la bienfaisante influence des dons du Saint-Esprit, on trouve le chemin des cœurs en vue de leur procurer le bien véritable. Faut-il le dire ? Il n’y aura jamais de chrétien véritablement doux à l’égard de son prochain s’il ne met son grand effort à devenir lui-même doux à l’égard de Dieu, c’est-à-dire accueillant à sa grâce. 

Il y a loin de ce tableau avec cette fausse douceur qui ne sait pas dire la vérité à celui qui aurait tant besoin de l’entendre par faiblesse ou, pire encore, qui falsifie les règles de l’Evangile et les maximes des saints pour proposer des opinions dégradées qui bénissent des mœurs corrompues.

 

Nous pensons que les hommes d’aujourd’hui vivent trop vite pour comprendre et atteindre la douceur. Par définition, la précipitation nous fait vivre à un rythme qui n’est pas celui qui est fait pour nous. Nous subissons alors la violence de vivre à une cadence qui ne nous permet pas de donner à chacun et à chaque chose le temps, l’attention et l’amour qui conviendraient. Il se passe alors que la brutalité – ou au moins la fébrilité – sort de nous-même et maltraite ou ne se montre pas très délicate envers les personnes à qui nous nous adressons ou vis-à-vis des choses qui nous avons à faire. On ne saurait donc trop attacher d’importance à retrouver le rythme qui nous permet d’agir paisiblement pour nous mouvoir dans la douceur.

Dans le Cœur Douloureux et Immaculé de Marie,

 

R.P. Joseph

 

Bienheureux les doux

Chers amis,

Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre1.

C’est lors du sermon sur la montagne que Jésus parlant avec autorité nous offrit ce texte évangélique majeur, véritable itinéraire spirituel.

« On a dit de la douceur qu’elle était la couronne des vertus chrétiennes et un peu plus qu’une vertu2

Cette béatitude n’est pas l’apanage des faibles. Elle exige de nous force et amour afin de ne pas nous laisser durcir par l’ingratitude, l’orgueil, l’amertume ou le dépit. Elle réclame patience et magnanimité. Les vrais doux ne sont pas troublés par le mal, ils cherchent à imiter Notre-Seigneur qui s’est dit « doux et humble de cœur3 ». Ils veulent s’inspirer aussi de sa Mère que la liturgie appelle « douce entre toutes4 » car on ne conquiert pas le ciel par des cris et des injonctions mais plutôt par l’exemple et le sourire, la compassion et la vraie charité.

Vous trouverez dans ce numéro de quoi nourrir votre méditation et vous conserverez ainsi un peu de la paix de Noël qui a empli les cœurs de sa douceur. Vous découvrirez aussi une actualité juridique préoccupante que nul ne doit ignorer.

Dans les heures difficiles, prions saint François de Sales, lui qui sut modérer son tempérament impétueux pour mettre douceur et suavité dans toutes ses paroles. « Ce n’est pas par la grandeur de nos actions que nous plaisons à Dieu mais par l’amour avec lequel nous les faisons. C’est l’amour qui donne la perfection et le prix à nos œuvres. »

Implorons sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui se laissa imprégner par la tendresse maternelle de Notre-Dame, elle qui avait aperçu l’espace d’un instant toute sa douceur dans son sourire.

Pendant la récitation de notre chapelet et avant de réciter le « Je vous salue Marie », pensons au sourire que notre maman du ciel fait à chacun de nous, un sourire que nous ne voyons pas mais qui est beaucoup plus beau que tout ce que nous pouvons imaginer, un sourire qui devrait transfigurer nos vies dès que nous prononçons ces saintes paroles, à toute heure du jour et de la nuit.

Avec l’aide de Notre-Dame, travaillons notre caractère afin que notre douceur désarme tous nos adversaires et retire le venin de la douleur qui engendre bien souvent la révolte.

En ce premier janvier, chantons d’une seule voix le Veni Creator afin que Dieu nous aide à conserver paix et suavité dans les rencontres que nous ferons cette année, pour mener à Lui toujours davantage d’âmes au milieu de cette époque enthousiasmante.

Que Notre-Dame des Foyers Ardents veille sur chacun de nous.

Marie du Tertre

 

1 Matt. V.4

2 Amour et silence, par un chartreux

3 Matt. XI. 29

4 Hymne Ave Maris stella : Vierge sans égale, douce entre toutes, délivrés de nos fautes, rendez-nous doux et chastes.

 

 

Te Deum

Notre citation pour novembre et décembre :

« Chanter ne peut guère valoir

 Si au-dedans du cœur ne se lève le chant ;

 Ni le chant ne peut du cœur s’élever

Si n’y réside l’amour pur. » 

Bernard de Ventadour

 

« Te Deum laudámus, te Dóminum confitémur.
Te ætérnum Patrem, omnis terra venerátur.
Tibi omnes ángeli, tibi cæli et univérsæ potestátes :
Tibi chérubim et séraphim incessábili voce proclámant :
Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dóminus Deus Sábaoth.
Pleni sunt cæli et terra maiestátis glóriæ tuæ.
Te gloriósus apostolórum chorus, te prophetárum laudábilis númerus,
Te mártyrum candidátus laudat exércitus.
Te per orbem terrárum sancta confitétur Ecclésia,
Patrem imménsæ maiestátis ;
Venerándum tuum verum  et únicum Fílium ;
Sanctum quoque Paráclitum Spíritum.
Tu rex glóriæ, Christe.
Tu Patris sempitérnus es Fílius.
Tu, ad liberándum susceptúrus hóminem,
non horruísti Vírginis úterum.
Tu, devícto mortis acúleo, aperuísti credéntibus regna cælórum.
Tu ad déxteram Dei sedes, in glória Patris.
Iudex créderis esse ventúrus.
Te ergo quæsumus, tuis fámulis súbveni,
quos pretióso sánguine redemísti.
Ætérna fac cum sanctis tuis in glória numerári.
Salvum fac pópulum tuum,
Dómine, et bénedic hereditáti tuæ.
Et rege eos, et extólle illos usque in ætérnum.
Per síngulos dies benedícimus te ;
Et laudámus nomen tuum in sæculum,
Et in sæculum sæculi.
Dignáre, Dómine,
Die isto sine peccáto nos custodíre.
Miserére nostri, Dómine, miserére nostri.
Fiat misericórdia tua,
Dómine, super nos, quemádmodum sperávimus in te.
In te, Dómine, sperávi : non confúndar in æternum.»

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Mes plus belles pages… Pour les mamans

Conseil d’Elisabeth de la Trinité à sa sœur Guite, mère de famille nombreuse :

 « Et ta méditation ? Je te conseille de simplifier tous tes livres, de te remplir un peu moins, tu verras que cela est bien meilleur. Prends ton crucifix, regarde, écoute. Ne te trouble pas, quand tu es prise comme maintenant et que tu ne peux faire tous tes exercices : on peut prier le Bon Dieu en agissant, il suffit de penser à Lui. Alors tout devient doux et facile, puisque l’on n’est pas seul à agir et que Jésus est là. 

Quand on l’aime, les choses extérieures ne peuvent distraire du Maître et tu es à la fois Marthe et Marie. Rappelle-toi toujours qu’Il te cherche et qu’Il t’aime. Qu’il veut te transformer en un autre Lui-même : laisse-toi emporter sur ces monts lumineux où se consomme enfin l’Union avec Dieu ! Puisqu’Il demeure en toi, il faut que tu le donnes, que partout et toujours ton âme le rayonne. »