Cultiver ses richesses

L’action de la femme dans la société est en complète évolution ; on ne peut comparer la vie de nos grands-mères à celle de nos jeunes filles actuelles. Mais pour autant, la mission de la femme, elle, n’a pas varié car Dieu ne change pas, et dès son premier regard sur Eve, Il a répandu sur elle ses bénédictions afin qu’elle puisse accomplir sa mission jusqu’à la fin des temps. La femme ne trouve sa voie que lorsqu’elle est comprise et honorée en tant que femme, et non pas en tant que réplique de l’homme.

Mais pour que nos jeunes filles actuelles sachent donner ce que l’on attend d’elles, il faut qu’elles soient formées ! Pour avoir beaucoup à donner, il faut être riche !

Les disciplines intellectuelles donneront le contrepoids de l’intelligence à la sensibilité, car il ne faut pas se contenter de « sentir », il faut aussi penser… Ne nous satisfaisons pas de l’intuition féminine qui est réelle mais qui ne sera pas suffisante pour rayonner dans toute sa mesure. Il n’est pas question ici d’inciter les femmes à faire de hautes études : la culture n’est pas la conquête d’un examen, elle est l’application de la pensée et aussi du cœur, à tout ce qui intéresse la vie. Se cultiver nous apprend à réfléchir, que ce soit sur un livre, une œuvre d’art, la nature ou le spectacle de la vie !

Ces richesses intérieures apportées par la culture nous défendent contre les tentations qui viennent souvent de la monotonie de la vie, de l’ennui. Quand on a une vie de l’esprit et de l’âme, on ne s’ennuie jamais ! Que reste-t-il, à l’âge du déclin, aux femmes qui ont tout mis dans leur apparence physique? Celles qui ont misé sur leur esprit et leur âme n’ont rien à craindre : elles ont là un trésor qui leur donne la possibilité d’engranger chaque jour de nouvelles récoltes pour elles-mêmes et pour les autres.

Loin de vouloir la cloîtrer dans un foyer rétréci, l’éducation doit lui donner tous les éléments pour devenir une épouse et mère épanouie, équilibrée et heureuse sans aigreur ni ressentiment mais fière de sa mission. Elle doit se préparer à ses devoirs futurs, conservant sa dignité et réalisant son œuvre de fondatrice de famille chrétienne, de reine de son foyer, de mère et d’éducatrice sans oublier son rôle apostolique et social.
Les parents auront à cœur d’aider leurs filles à découvrir en elles une richesse à développer. A chacune la sienne…
Si vous avez le désir de donner beaucoup à tous ceux que vous aimez, développez vos richesses, nourrissez-vous de ressources qui vous serviront, le temps venu, à « animer » votre foyer, à donner à chacun ce dont il aura besoin ! Il ne s’agit pas de niveau ou de capacités mais de trouver un thème qui vous inspire: Histoire, Philosophie[1], cours d’approfondissement des vérités de la Foi[2], mais aussi art, activités manuelles, nature, etc…

Comment trouver sa place dans la société actuelle ?

 L’expérience montre qu’il existe des périodes dans la vie d’une mère de famille où l’emploi du temps est moins rempli: avant la naissance des premiers enfants et après leur départ du foyer vers la pension (si on a fait ce choix), pour leurs études supérieures ou plus tard pour mener leur vie.

Sans perdre de vue sa mission principale auprès de son mari, de ses enfants et des siens, il est évident que la femme peut profiter de cette période pour nourrir et cultiver sa richesse en occupant ses temps libres.

Le but recherché n’étant pas de « gagner de l’argent » mais bien de trouver son équilibre en se donnant, en continuant à nourrir son esprit ou tout simplement en pratiquant une activité que l’on a plaisir à exercer.

Cet avenir doit être envisagé à l’avance ; et c’est dès l’adolescence que l’on doit découvrir ou encourager le talent ou les aptitudes de chacune. On pourra ainsi cultiver, entretenir ou promouvoir une activité qui pourra être reprise dans un avenir plus ou moins proche, après le mariage.

Il est important de garder à l’esprit que même une action bénévole et généreuse doit répondre à quelques principes essentiels pour ne pas perdre de vue la mission principale de l’épouse et de la mère :

– L’action est-elle honnête, autorisée et source de bien ? (attention aux ventes pyramidales à la mode…)

– Celle-ci m’empêche-t-elle de faire mon devoir d’état ? (une obligation de présence à des jours et heures fixes me permettra-t-elle de me libérer pour la maladie d’un enfant, pour être présente lors de vacances décalées d’un autre, pour être toujours disponible pour les besoins des miens à toutes les époques de la vie (époux, enfants, petits-enfants ?) 

– Est-elle compatible avec mon équilibre nerveux et ma fatigue physique ?

– Cette activité ne va-t-elle pas grever le budget familial de façon déraisonnable ?

Une fois toutes ces questions résolues sous le regard de Dieu, avec son époux et éventuellement le conseil d’un prêtre qui connait bien le foyer, choisissons parmi les idées suivantes qui ne sont que des exemples !

Quand on a du temps libre, plusieurs activités peuvent être envisagées :

– Le bénévolat doit être une priorité car n’est-ce pas là la vocation de la femme que de donner ?

  • Visiter les malades, les personnes âgées de la paroisse ou de notre village.
  • « Dépanner » une amie débordée en lui « empruntant » un panier de linge à repasser, aider aux devoirs les enfants d’une maman fatiguée, proposer à une autre de lui garder ses enfants une après-midi …
  • Faire le raccommodage de la sacristie, aider au ménage de la Chapelle ou à fleurir l’autel, se proposer pour la chorale, instituer un « Rosaire des mamans », monter une bibliothèque paroissiale (livres ou cd), aider le prêtre pour le catéchisme, organiser ou tenir une procure, s’investir dans l’Œuvre Saint Vincent de Paul, la Milice de Marie…
  • Rendre service à l’école, surveillances, cantines, ménage. Proposer son aide aux associations connues (secrétariat, articles).
  • Organiser une marche ou un pique-nique paroissial, une visite de musée, des conférences.
  • Maintenir les liens par la fabrication d’un calendrier familial avec les photos de tous ou d’un journal familial envoyé aux grands-parents.

Il suffit simplement bien souvent de proposer un peu de temps au prêtre qui dessert notre paroisse pour qu’il nous oriente vers une bonne action.

Ensuite, comme saint François d’Assise qui avait plaisir à jouer avec un petit oiseau, cultivons la richesse – découverte dès l’adolescence- qui pourra nous donner l’équilibre dont nous avons besoin. On ne peut tendre un arc jusqu’à ce que la corde se rompe. « Dieu est un bon père qui veut que ses enfants se récréent, jouent, pourvu que ce soit en sa présence[3].» A chacun son tempérament : les unes trouveront leur satisfaction au cœur de leur maison (cuisine, réfection d’une chambre, jardinage), d’autres au contraire auront besoin de contacts humains et de sortir un peu de leur univers privé pour mieux y rentrer ensuite.

L’activité choisie doit apporter un délassement mais sera encore plus profitable si elle nous permet d’apporter un supplément de richesses à nos enfants. Elle offrira un sujet de discussion avec les siens et en société ; elle pourra aussi augmenter l’admiration du mari pour son épouse (on sait que celle-ci est un des éléments qui entretient l’union) et donner la petite note de confiance en soi qui participe à l’épanouissement général.

Les domaines peuvent être variés :

  • Des activités intellectuelles telles que la musique, la généalogie, la lecture d’un thème privilégié : histoire, éducation, philosophie, tout ce qui augmente la culture générale…
  • Des activités manuelles : encadrement de gravures, broderie, tapisserie, réfection de fauteuils, peinture sur bois, sur porcelaine, réalisation de bouquets, gravure sur verre, dessin, peinture, … (beaucoup d’associations proposent des occupations variées).
  • Si on en a les capacités, on peut donner des cours (de soutien scolaire, de musique mais aussi d’activités manuelles aux adultes)

Ces activités pourront apporter un petit complément financier si besoin est ; pour cela l’idéal est qu’elles puissent être exécutées à domicile (encadrement de gravure, tapisserie, fabrication de chapeaux, de bijoux, couture, …) et en « anticipant  toujours les imprévus » dans le délai de commande afin que le devoir d’état puisse toujours passer en premier !

Il est important que cet apport financier soit ajouté au budget familial afin de participer réellement aux besoins familiaux. Et pour bien garder à l’esprit notre vocation de « semeuse de joie », n’hésitons pas à, régulièrement et généreusement, offrir nos services sans demander de rémunération à ceux qui en ont besoin…

On aura compris que ces occupations ne pourront sans doute pas être entretenues pendant les années où la maison est comme une ruche bourdonnante et où les « temps libres » seront rares et souvent consacrés au repos ou à la détente. Mais en revanche quand la maison n’est pas encore pleine ou qu’elle se sera vidée, il est important que la mère au foyer, aidée et encouragée par son époux, recherche son équilibre.

Alors en effet elle sera heureuse de trouver la bonne formule –qui peut varier selon les époques de la vie – en utilisant les dons que son créateur lui a confiés pour conserver et répandre la plénitude de sa générosité et de ses facultés.

Elle trouvera alors la sérénité de l’âme et pourra continuer à répandre autour d’elle sa joie de vivre.

Que Notre-Dame des Foyers Ardents vous guide sur ce chemin, grâce aux vertus de prudence et de joie.

 Marguerite-Marie

[1] Cours en CD Session Saint Thomas http://stthomasdaquin.free.fr/cours_saint_thomas_par_correspondance.html

[2] Cours de Catéchisme de M. l’abbé Billecocq

[3] Traité de la Joie de l’âme chrétienne.

Père Ambroise de Lombez. O.F.M.

Gâteau au citron et Daurade en croûte de sel

 Gâteau au citron

Voici une recette facile et rapide pour les petits goûters entre amis. Les enfants se feront une joie de le cuisiner eux-mêmes pour épater les grands….

Ingrédients :

1 yaourt nature

2 pots de yaourt de sucre 

1 pot d’huile

3 pots de farine 

2 œufs 

1 sachet de levure 

1 citron 

Mélanger 1 pot de yaourt avec l’huile. Bien battre puis rajouter les œufs  . Battre à nouveau puis ajouter le sucre, la farine et la levure. Bien mélanger pour obtenir une pâte lisse. Enfin mettre le zeste de citron et son jus. Bien malaxer avant de remplir un moule à cake. 

Cuisson 3/4 d’heure sur four 150 degrés 

C’est délicieux et léger…. (On peut remplacer le citron par toutes sortes de fruit : pommes, poires, raisins secs, ananas…) Bon appétit !

(Merci à notre lectrice de nous avoir fait partager cette bonne recette !)

Daurade en croûte de sel

Pour un petit dîner à deux, une recette très simple et délicieuse !

Profitez des promotions régulières sur ce poisson et congelez-le sans souci !

Ingrédients :

1 dorade pour deux personnes (vidée et écaillée)

2 blancs d’œufs

1 Kg. de sel (de préférence gris)

Une branche de persil ou de thym

 

Battez légèrement les blancs d’œufs, puis mélangez-les avec le sel.

Tapissez le plat à gratin de sel. Posez la daurade. Déposez dessus la branche de persil.

Couvrez-là avec le reste de sel et entourez là avec soin de sel (L’enveloppe doit être complète).

Enfournez ½ heure à 180° C. Sortez-la du four et laissez la reposer 10 minutes.

C’est prêt !

Il ne vous reste plus qu’à casser la croute de sel devant votre convive et à déguster.

Chanter, c’est prier deux fois.

Comment réserver davantage de place au chant dans notre maison ?

Tout d’abord, en n’hésitant pas à couper le son… de tout ce qui émet du bruit en permanence à nos oreilles blasées qui en deviennent quasi sourdes, et à notre cerveau encombré qui s’enfonce progressivement dans « l’autisme ».

Couper le son et se mettre à fredonner un petit air entraînant connu de tous : pendant la vaisselle, en préparant les repas, et surtout en voiture. C’est le lieu privilégié pour améliorer le répertoire familial, en feuilletant et refeuilletant les carnets de chants qui y traînent à cette intention. On peut également s’inspirer de la rubrique « Chanter en famille » de Foyers Ardents.

Si l’on va à la messe en voiture, pourquoi ne pas répéter certains chants de l’ordinaire pendant le trajet de l’aller, ce qui permettra à toute la famille de progresser et aidera à la « mise en voix » des petits et des grands.

Chanter en famille, c’est le sourire assuré, mais chanter pour le Bon Dieu, c’est prier deux fois, et entretenir nos âmes dans la vraie joie.

Témoignage

J’avais repris le travail neuf mois après la naissance de notre fille parce que nous souhaitions acheter une maison pour quitter notre petit appartement. Un deuxième enfant, un congé parental: me voila plongée dans le quotidien d’une mère au foyer! Au fil des semaines, toutes mes appréhensions se sont envolées: c’est bien là ma place!

                J’aimais mon travail pour lequel j’avais fait des études, l’ambiance y était bonne, mais après la naissance de notre aînée, une partie de moi-même n’était plus à mon bureau. De plus, le rythme était devenu trop rapide: quitter le travail à 18h30, passer chez l’assistante maternelle récupérer notre minette, rentrer vers 19h à la maison où mon mari, à peine arrivé était déjà en train de préparer le dîner et le déjeuner du lendemain, puis commencer le rituel « bain, dîner, coucher » avant de nous retrouver tous les deux à table à notre tour. Comme l’impression d’avoir deux journées en une chacun. C’était faisable mais tout était chronométré pour que notre fille ne se couche pas trop tard! Oui, c’était faisable, mais maintenant, quand mon mari rentre, le dîner est prêt, les filles sont prêtes à aller au lit. Le rituel du coucher n’est plus une corvée mais plutôt un bon moment de retrouvailles avec papa. Papa qui, en rentrant avec ses soucis professionnels, n’a plus à ajouter les soucis logistiques de la maison. Pour lui, la maison redevient un havre de paix. Les questions administratives et l’intendance sont gérées, les repas sont prêts (et j’ai parfois eu le temps de faire un repas qui sort de l’ordinaire). Je suis plus disponible pour l’écouter me raconter sa journée de travail et il est content de savoir comment s’est passée la mienne. Finalement, j’ai des choses à lui raconter et suis bien loin de m’ennuyer!

                J’appréhendais le manque de stimulation intellectuelle. Finalement, en m’organisant bien, je peux trouver le temps de lire pendant la sieste des petits ou d’écouter une conférence pendant le repassage ou la cuisine. Participer à un cercle MCF me permet aussi de continuer à me former intellectuellement et spirituellement et d’entretenir des amitiés solides! Les amitiés sont importantes: je redoutais un peu la perte de « vie sociale ». Finalement, celle-ci est apportée entre autre par l’école et, quand on est mère au foyer, on peut discuter en déposant ses enfants ou s’organiser pour un café, une promenade au parc avec les plus petits, un atelier couture ou autre. On peut aussi participer à la vie de l’école ou de la paroisse…

                 Evidemment, cela fait un salaire en moins, il faut que nous fassions plus attention, mais merci mon Dieu de nous avoir permis d’avoir la possibilité de vivre sur un seul salaire! C’est vraiment une chance à l’heure actuelle! Un salaire en moins, mais plus d’équilibre au sein du foyer, plus de temps pour se retrouver à deux le soir et le week-end, plus de temps pour les enfants, pour les voir grandir et les faire grandir. J’aurai été désolée de m’apercevoir un jour que le temps était passé trop vite et qu’ils avaient grandi sans moi !

                Naturellement, il y a des journées plus difficiles, mais c’est le cas dans toutes les situations, quel que soit le travail!

Avoir travaillé après la naissance de notre aînée m’a fait réaliser beaucoup de choses et me permet de n’avoir aucun regret aujourd’hui en étant convaincue  que je fais le bon choix de me mettre à temps complet au service de ma famille.

Vie intérieure et action politique

« Vous, en Europe, vous êtes dans une éclipse de l’intelligence. Vous allez souffrir. Le gouffre est profond. Vous êtes malades. Vous avez la maladie du vide. Toutes vos élites ont perdu le sens des valeurs supérieures. Le système occidental va vers son état ultime d’épuisement spirituel : le juridisme sans âme, l’humanisme rationaliste, l’abolition de la vie intérieure. » Ces propos de Soljenitsyne confiés à Philippe de Villiers[1] situent avec exactitude le problème politique actuel que nous rencontrons. Face au nihilisme de nos contemporains et à la barbarie islamiste qui s’installe progressivement dans notre pays, nous n’avons plus le choix. Nous devons coûte que coûte maintenir notre vie intérieure pour ne jamais perdre de vue notre idéal et notre doctrine. Sinon nous n’échapperons pas à la sentence lapidaire du socialiste Jean Jaurès qui apostrophait ainsi les députés catholiques à l’Assemblée nationale peu après le vote de la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905 : « Nos adversaires nous ont-ils répondu ? Ont-ils opposé doctrine à doctrine, idéal à idéal ? Ont-ils eu le courage de dresser contre la pensée de la Révolution l’entière pensée catholique qui revendique pour Dieu, pour le Dieu de la révélation chrétienne, le droit non seulement d’inspirer et de guider la société spirituelle, mais de façonner la société civile ? Non, ils se sont dérobés ; ils ont chicané sur des détails d’organisation. Ils n’ont pas affirmé nettement le principe même qui est comme l’âme de l’Église.[2] » Nous avions rappelé dans notre article sur le Christ-Roi la nécessité pour les dirigeants politiques de protéger l’Église Catholique et de faire en sorte qu’un culte public à la vraie religion soit rendu dans la société. Nous voudrions insister ici sur l’importance de la vie intérieure, particulièrement pour celui qui veut se consacrer à la chose publique aujourd’hui. Car il est manifeste que les persécutions que les catholiques subissent dans notre société athée et matérialiste sont principalement morales et spirituelles. Or il est absolument nécessaire de se libérer en esprit du conditionnement et de l’idéologie globale de cette société pour pouvoir ensuite se consacrer au service du bien commun.

Une vie intérieure riche doit être la condition première de notre agir politique dans la Cité. On pourrait objecter : pourquoi cette primauté de la prière et de la contemplation si l’on est appelé au combat, à l’action ? Ne doit-ont pas laisser la contemplation aux hommes d’Église et à tous ceux qui consacrent leur vie au Seigneur ? C’est un lieu commun que de considérer que l’homme d’action, qu’il soit dans les affaires ou impliqué dans la vie politique de son pays, n’aurait pas le temps de méditer et d’avoir une vie intérieure. Mais ces raisonnements à courte vue passent à côté du lien fondamental entre l’accomplissement de ses devoirs de chrétien envers Dieu et l’engagement dans les œuvres temporelles[3]. L’ordre dans la charité exige que nous adorions Dieu en premier avant de nous consacrer aux travaux du jour. « Messire Dieu premier servi » disait Sainte Jeanne d’Arc. Il nous faut également d’abord marquer notre confiance en la Providence divine avant de compter sur l’usage de nos propres forces dans le combat politique. Le catholique connaît la condition première et dernière de son action : il s’agit de l’humilité. L’humilité provient du latin humus, la terre : « Souviens-toi homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière.[4] ». Raison pour laquelle tout le succès de nos actes ne revient qu’à Dieu qui le permet et le veut. Cette connaissance de notre état doit nous conduire à nous abandonner en sa toute puissance. Saint Ignace disait à ce titre qu’il nous faut prier comme si tout dépendait de Dieu et agir comme si tout dépendait de nous. De toute façon, tous nos savants calculs sur nos chances de l’emporter dans telle ou telle bataille ne sont rien au regard de ce que décide la volonté divine. Ce qui faisait dire à Chesterton : « Les plans de l’économiste distingué sont à chaque instant modifiés et remis en question par le soldat qui donne sa vie, par le laboureur qui aime sa terre, par le fidèle qui observe les règles et les défenses dictées par sa religion, – toutes gens qu’inspire non des calculs mathématiques, mais une vision intérieure. » Ainsi l’homme politique catholique ne recherche pas d’abord l’efficacité extérieure de son action, c’est-à-dire un résultat, un succès, quoiqu’il en coûte, mais à être vertueux, c’est-à-dire à entretenir une disposition intérieure stable, affermie, à rechercher et faire le bien. L’étude des vertus naturelles[5] (particulièrement les quatre vertus cardinales de justice, prudence, force et tempérance) est capitale à ce stade pour savoir de quoi il s’agit au plan politique. Voilà une proposition radicalement différente de celle à laquelle se range l’homme politique moderne, trop soucieux de « réussir dans la vie » par ses propres forces (de « faire carrière » pour le professionnel de la politique d’aujourd’hui en passant par le cursus honorum de Sciences Po, l’ENA puis la haute fonction publique), de rechercher dans les biens extérieurs la perfection pour elle-même et pour lui-même et non pour Dieu. À l’opposé, nous pouvons nous appuyer sur Dom Marmion qui écrivait que « la vie intérieure devient bien simple, du moment que l’on comprend qu’elle consiste toute entière à se perdre en Jésus Christ, ne faisant plus qu’un cœur, qu’une âme, qu’une volonté avec les siens ».

Bernanos affirmait dans La France contre les robots voilà plus de 70 ans que l’« on ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Le temps a passé et le constat s’est vérifié. Nous voyons chaque jour davantage le règne de la technique sur nos vies modernes au détriment de la vraie politique, phénomène qui s’accompagne du recul toujours plus marqué de la religion dans la société. Il suffit de prendre un métro ou un bus pour observer des foules entières d’individus la tête baissée vers un écran numérique, un casque vissé sur la tête, connectés en permanence et fascinés par le défilement continu de milliers d’informations. Nos contemporains vivent jour et nuit dans l’enfermement numérique de la tablette ou de la télévision chez eux, de l’écran d’ordinateur au travail, du téléphone partout. À l’illusion de la multitude « d’amis » ou de « contacts » avec lesquelles les relations sont généralement pauvres et bien souvent basées sur l’apparence fait en réalité place une véritable solitude qui ne masque pas le vide engendré par la perte de toute intériorité. Le silence a pratiquement disparu. Au mieux reste-t-il quelques exceptions, comme lors de l’hommage rendu aux morts : nos dirigeants sont alors bien en peine de proposer autre chose qu’une « minute de silence » en lieu et place d’une prière. Mais pour pouvoir se recueillir convenablement, encore faut-il pratiquer régulièrement le seul à seul avec Dieu, attitude contre laquelle luttent toutes les forces des médias. Dans ce tourbillon d’informations qui épuisent nos facultés de concentration et de méditation, il est plus que jamais facile d’oublier, de perdre de vue notre raison de vivre ici-bas et le sens ultime de notre destinée. Car le système en place veut que nous soyons correctement « adaptés », toujours « connectés » et prêts à répondre à toutes ses sollicitations. À l’inverse, si nous voulons faire renaître la chrétienté, il apparaît nécessaire de commencer par se libérer de l’asservissement dans lequel nous place cette société de l’information globale. Deux moyens peuvent nous être utiles pour cela :

  • La méditation sur les fins dernières
  • La pratique des exercices spirituels de Saint Ignace.

Nous pouvons nous souvenir de la sagesse des Empereurs romains qui, lors de leur triomphe, entendaient l’esclave brandissant le laurier au-dessus de leur tête leur répéter inlassablement : « cave ne cadas » et « memento mori », à savoir respectivement « prends garde de ne pas tomber » et « souviens-toi que tu vas mourir ». Penser en se levant le matin qu’il pourrait s’agir du dernier jour de notre vie est déjà un puissant moyen pour correctement évaluer si nos actions, nos engagements du jour ne sont pas vains au regard de notre fin naturelle et surnaturelle.

Quant aux Exercices spirituels de Saint Ignace, ramenés à 5 jours par le père Vallet, ils condensent l’enseignement et la pratique indispensables du soldat du Christ appelé à défendre la Cité. Ils nous apprennent à nous placer sous l’étendard du Christ-Roi pour libérer l’espace social de l’athéisme et lui faire retrouver l’amour de la loi de Dieu. Ils nous feront surtout entrer en dissidence pour devenir les Soljenitsyne de notre temps. Et la dissidence commence par la vie intérieure. – Car c’est d’abord dans les moments que nous consacrons à Dieu que nous échappons à l’emprise du système et que nous trouvons les ressources morales et spirituelles nécessaires au combat temporel.

Louis Lafargue


[1] Entretien de Philippe de Villiers au Figaro, journal du vendredi 3 août 2018.

[2] Chanoine A. Roul, L’Eglise Catholique et le Droit commun, Éditions Doctrine et Vérité, 1931, p. 521, repris dans Pour qu’Il Règne de Jean Ousset, éditions Dominique Martin Morin, 1998.

[3] On se reportera à ce sujet au n°73 de la revue Itinéraires paru en septembre 1963 et intitulé Primauté de la contemplation.

[4] Phrase prononcée lors de l’application des Cendres sur le front des fidèles le Mercredi des Cendres

[5] Nous recommandons ici les petits ouvrages de Marcel De Corte sur les vertus édités par Dominique Martin Morin et initialement parus sous la forme d’articles dans la revue Itinéraires.