Dans le désordre politique actuel, des
citoyens se demandent parfois s’il ne conviendrait pas de revenir aux principes
fondamentaux de la science politique, en préalable à une restauration de la
poursuite du bien commun temporel.
En vue de faciliter ce travail forcément
studieux, nous proposons ci-dessous les références de cinq ouvrages de Saint
Thomas d’Aquin. Ces documents que l’on peut se procurer aisément et sans
investissement exagéré devraient permettre au débutant d’assimiler les
jugements universels et permanents que le Docteur réaliste nous propose sur le
politique, par-delà les siècles. Cette doctrine qui reste très actuelle permet
de se dégager rapidement de l’interprétation journalistique des évènements
politiques pour développer sa propre analyse politique ; dans un deuxième temps
elle autorisera une renaissance de l’authentique action politique. Sauf mention
contraire, tous ces ouvrages sont disponibles dans les librairies dont les
adresses suivent (liste non exhaustive) :
DPF, BP 1, 86190 Chiré-en-Montreuil.
Tél: 05 49 51 83 04.
Librairie Duquesne, 27 avenue Duquesne, 75007 Paris.
Librairie Notre Dame de France, 33 rue Galande, 75005 Paris.
Librairie Dobrée, 14 rue Voltaire, 44000
Nantes
Des éditions numériques de certains
textes proposés dans cet article sont disponibles par le canal de la Revue
Foyers Ardents.
- Les textes fondateurs de la science
politique traditionnelle
- De Regno, traduction, notes et annexes par le R.P. Bernard Rulleau. édition Civitas 2010.
- Les principes de la réalité naturelle, Nouvelles éditions latines, collection Docteur Commun, 1963.
- Commentaire du traité de la politique d’Aristote, traduction de Serge Pronovost, éditions Docteur Angélique, 2017.
- Commentaire de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, traduction d’Yvan Pelletier, 1999 [accessible sur le site docteurangelique.free.fr].
- Les lois[1], traduction et notes du père Jean de la Croix Kaelin, édition Téqui, 2003
Nous préconisons la lecture des ouvrages
dans l’ordre où ils se trouvent cités ci-dessus.
II
Les commentaires des ouvrages de Saint Thomas d’Aquin cités
Le professeur Jean-Marie Vernier[2]
introduisait fréquemment ses cours par le conseil suivant, qui s’est avéré
singulièrement fondé par la suite : « Méfiez-vous des commentateurs, lisez
saint Thomas dans le texte ». Néanmoins il ne peut être question de lire seul,
sans aucun guide, les traités de l’aquinate. « Méfiez-vous des commentateurs »
ne signifie pas « Débrouillez-vous tout seul ». Examinons préalablement ce qui
justifie la recommandation de J-M Vernier :
Premier motif de suspicion légitime des commentateurs
: les disciples de saint Thomas, que l’on appelle les thomistes, sont
majoritairement des thomistes démocrates : ceux-ci sont d’abord démocrates et
ensuite, thomistes. Les « thomistes démocrates qui formeront le contingent le
plus écouté des thomistes français dans les années 1930 et jusqu’à la
disparition quasi complète du thomisme de la vie intellectuelle française[3] »
sont finalement tous des disciples de Jacques Maritain. Or celui-ci est
partisan d’un « humanisme théocentrique[4] ».
Certes la Somme de saint Thomas est un traité éminemment théologique et l’ordre
théologique comprend la totalité de l’ordre naturel. Mais pour autant la Somme
n’est pas un cursus de science politique[5].
Un critère significatif qui permet de reconnaître facilement un thomiste
démocrate, c’est sa ferveur pour la question 105 de
la Somme Théologique : par des « artifices parfois divertissants, parfois
agaçants[6] »
il va s’appliquer à faire de saint Thomas un « génial précurseur de la
démocratie moderne[7]
».
Deuxième motif : les thomistes…
sont rarement d’authentiques disciples de saint Thomas. Comme l’explique
Étienne Gilson, celui qui s’efforce de retrouver la vraie pensée du Docteur
Commun se trouve appartenir à une minorité dans une minorité :
« Et je crois pouvoir assurer qu’il ne suffit pas qu’un maître se
dise thomiste, ou même qu’il pense l’être, pour qu’on soit sûr d’avoir affaire
avec un fidèle disciple de saint Thomas.[8] »
Combien de thomistes
qui ne sont que disciples de François Suarez ou de Jacques Maritain. Or, pour
se limiter à une seule illustration, Thomas d’Aquin et F. Suarez[9]
n’ont pas la même définition de la loi civile.
|
« La loi n’est rien d’autre qu’une ordination de la raison en vue
du bien commun, établie par celui qui a la charge de la communauté, et
promulguée. » (Thomas d’Aquin, Somme théologique, q. 90 a. 4)[10]
|
La loi est un précepte commun, juste et stable, suffisamment promulgué.
(Francisco Suarez, Des lois, De legibus).[11]
|
On imagine les conséquences
politiques d’un tel désaccord principiel. Une fois supprimé le bien commun dans
la définition de la loi, on aboutit inéluctablement à la conception moderne de
la loi. D’où le volontarisme politique et l’impossibilité de fonder la
légitimité d’exercice[12].
Considérons à présent les commentaires susceptibles de faciliter la
compréhension des ouvrages de saint Thomas cités supra. Le plus simple étant de
reprendre un à un les cinq titres d’ouvrages :
- : Du gouvernement royal (De regno)
La traduction
conseillée du De Regno par le R.P.
Bernard Rulleau comporte un commentaire détaillé de chaque chapitre avec une
application proposée pour des questions actuelles de politique (dans la France
d’aujourd’hui).
- Les principes de la réalité naturelle
L’application des
principes de cet opuscule à la politique – qui reste notre préoccupation dans
cet article – est opérée dans la brochure de Midelt Bernard, Nature de la
société politique, diffusion AFS ou DPF, 2003.
- Commentaire de la Politique d’Aristote:
La traduction de
Pronovost peut être accompagnée de la lecture du livre d’Hugues Kéraly, Préface
à la politique, éd. Nouvelles éditions latines 1974 (réédité en 2018) qui
propose un commentaire du proème de Saint Thomas. Mais celui-ci est insuffisant
et il doit être absolument complété par l’article de Marcel De Corte, « Réflexions sur la nature de la
Politique », revue L’Ordre
Français, n° de mai 1975.
- Commentaire de
l’Ethique à Nicomaque d’Aristote
Malgré son titre, cet ouvrage est un
traité de Politique. Le Professeur Marcel De Corte a longuement commenté cet
ouvrage de Saint Thomas d’Aquin dans le chapitre « L’Éthique à Nicomaque:
Introduction à la politique », publié dans l’ouvrage Permanence de la philosophie : mélanges offerts à Joseph Moreau,
édition La Baconnière, Neuchatel, 1977, à partir de la p.69.
Il existe un
commentaire exhaustif et technique de Laversin M-J dans le volume de la Somme
Théologique intitulé « La Justice » de La Revue des Jeunes.
Bernard de Midelt et Louis Lafargue
[1] Traité issu de la Somme
Théologique, la Ilae, questions 90 à 97.
[2] Jean-Marie Vernier est l’auteur
du texte français du Commentaire
du Traité de l’âme d’Aristote par Thomas d’Aquin, Vrin, 2000.
[3] De Thieulloy Guillaume, Antihumanisme intégral. L’augustinisme de
Jacques Maritain, édition Téqui 2006, p. 121.
[4] Maritain Jacques,
dans Humanisme intégral. Un «
Humanisme théocentrique » est un oxymore (figure de rhétorique caractérisée par
un assemblage de mots apparemment contradictoires) qui a conduit Marcel de
Corte à taxer Maritain d’angélisme.
[5] Meinvielle Julio, Critique de la conception de Maritain sur la
personne humaine, édition Iris, 2011, pp. 54, 79 et 241.
[6] Jugnet Louis, Pour connaître la pensée de saint Thomas
d’Aquin, Nouvelles Éditions Latines, 1999, chapitre « Le régime
politique ».
[7] De Thieulloy Guillaume, op cit, p 121.
[8] Gilson Etienne, Les tribulations de Sophie, éd Vrin 1967, pp 22 et 24.
[9] Ne pas s’imaginer un
malentendu. F. Suarez s’inscrit ici ouvertement dans une critique de la
conception de la loi de l’aquinate.
[10] Bastit Michel, Naissance de la loi moderne, éd. Puf, col
Léviathan 1990, p. 66
[11] Bastit Michel, Naissance de la loi moderne, éd. Puf, col
Léviathan 1990, p. 312.
[12] Ne pas s’imaginer un malentendu.
F. Suarez s’inscrit ici ouvertement dans une critique de la conception de la loi de l’aquinate.