Les pieds sur la terre, les yeux dans le ciel

           Qui n’est jamais resté à contempler un arbre immense, au tronc fort et puissant, les racines enfoncées dans le sol, affleurant sous l’humus, et les branches hautes, déployant un riche manteau de feuilles abreuvées de lumière ? Qui n’a jamais contemplé ces arbres immenses sous le vent, chahutés par les bourrasques qui parfois arrachent les feuilles, font ployer les branches, mais l’arbre tient ! Il tient car il a ses racines enchevêtrées dans la terre. Pourquoi l’arbre monte-t-il ? Parce que la lumière le nourrit. Le sol lui donne l’eau et les minéraux. Mais c’est la lumière qui le nourrit. C’est elle qui lui permet de fabriquer sa substance. L’arbre, le seul être qui se nourrit de lumière… Si d’autres arbres plus grands l’empêchent d’accéder à la lumière, l’arbre meurt. Il meurt de faim. Toute sa force, ses racines, son bois dur, sa résistance au vent, tout cela concourt à une fin : boire la lumière.

  Qui n’a jamais laissé ses yeux courir le long d’un pilier de cathédrale, depuis sa base jusqu’au chapiteau, et au-delà, les nervures de pierre qui courent le long de la voûte et s’embrassent à son sommet ? Quelle force émane de ces pierres, empilées les unes sur les autres, droit vers le ciel ! Pour lancer la clef de voûte dans les hauteurs, pour la faire voler au-dessus de la nef, pour la faire naviguer sur le ciel, il faut un pilier fort, un pilier puissant. Il a les pieds dans la terre, ses fondations ancrées dans le roc, pour s’élever vers le ciel et porter des murs fins, ouverts par de large baies qui boivent la lumière. Cathédrale de lumière, portée par des piliers qui permettent aux vitraux d’inonder la maison de Dieu de sa clarté, comme le tronc permet aux feuilles de boire la lumière.

  Il y a dans ces deux images une image de la force ! Le pilier de cathédrale, comme le tronc de l’arbre, est fort et puissant. A les regarder, ils portent la terre elle-même. Ils s’ancrent dans le sol, dans notre monde terrestre pour s’élever vers le ciel. Ils font de la terre leur support, leurs racines, mais c’est la lumière qui les nourrit, c’est la lumière qu’ils cherchent, c’est après elle qu’ils soupirent. Et pour la rejoindre, ils se plient aux lois éternelles : le pilier est droit, le tronc est droit, sans cela, ils chuteraient. Le pilier est plein, faits de pierres taillées et jointes entre elle, sans cela il s’effrite sous le poids de la voûte et ne traverse pas les siècles. Les lois des poids et des masses, les lois des matériaux, les lois de l’eau et de la vie, les lois éternelles, voulues par Dieu, sont le chemin, la route, la direction au bout de laquelle brille la lumière.

La force est humble. Elle part de la terre, de l’humus, de là où nous sommes, de là où Dieu nous a placé. Elle est enracinée. Point de rêves, point de mythes, une simple réalité pure et belle. La force ne peut s’acquérir en dehors du plan du Dieu. La force est tournée vers Dieu. La force trouve sa source en Dieu.

La force est patiente. La force s’acquiert peu à peu, avec persévérance : pierre après pierre, le pilier monte. Année après année, le tronc s’épaissit, ajoutant une ligne de vie aux cernes accumulées. Effort après effort, petit renoncement après petit sacrifice, nous montons vers la lumière.

La force est obéissante. Elle suit les lois éternelles, elle suit le plan de Dieu. Si elle veut s’astreindre des lois, elle faillira. La force n’est pas vanité, n’est pas indépendance. Elle s’inscrit dans un tout : le père de famille, la mère, l’enfant, le prêtre, comme l’arbre dans la forêt ou le pilier dans la cathédrale, à sa place, construisent un tout à la gloire de Dieu.

Soyons des piliers de pierre, soyons des troncs d’arbres immenses, pour trouver la lumière et honorer Dieu.

          Louis d’Henriques

 

La cohérence

           Ou plutôt, la mise en conformité de notre vie avec nos principes catholiques, la dilution de notre volonté dans celle de Dieu. Se vider de soi pour se remplir de Dieu. « Heureux qui n’a de coeur que pour Dieu et que Dieu dans le coeur« , dit le proverbe.

           Derrière ce voeux pieux, derrière les jolis mots, prenons le temps de nous examiner sérieusement. N’avons-nous de coeur que pour Dieu ? Non, évidemment, nous sommes faibles et n’avons pas assez de toute une vie pour se remplir de Dieu. Mais alors, si une vie ne suffit pas à se remplir de Dieu, nous sommes-nous attelés à la tâche ? Le joug est doux, la moisson abondante.

Nos enfants sont avant tout des âmes que Dieu nous confie pour les sanctifier et les guider vers lui. Voilà la noble tâche du père de famille qui, dans cette dimension, s’apparente à un sacerdoce. Le père est le pasteur de son petit troupeau. Dans le regard de nos enfants, il faut  lire le regard de Dieu, sa volonté de peupler le ciel d’élus, et parmi ces élus, ces enfants-là en particulier. Oublions les mots, les belles idées qui restent trop souvent sur nos tables de nuit enfermées entre les pages de notre dernière lecture spirituelle : nos enfants sont l’incarnation du commandement divin, alors au travail ! Le temps file, les grâces passent, il faut se mettre à l’oeuvre.

Nous savons que sans la pénitence, le ciel est inacessible. Mortifions-nous notre corps et notre esprit ? Savons-nous expier nos fautes par de vraies privations, de vrais sacrifices ? Prenons-nous des résolutions qui vont s’attaquer à nos vrais défauts, ceux qui font mal ? Apprenons-nous à nos enfants à se grandir par la pénitence ?

Nous savons que le bruit étouffe la voix de Dieu. Avons-nous dans notre vie des moments de silence ? Savons-nous éteindre notre téléphone ? Savons-nous ouvrir un livre plutôt qu’allumer la télévision ? Aurons-nous même le courage de l’éteindre pour toujours ? Apprenons-nous à nos enfants à contempler ? D’abord la nature, la création, puis les oeuvres d’art, pour ensuite mieux les émerveiller de la beauté de Dieu à travers la méditation ?

Nous savons que Dieu aime les petits, les pauvres et les miséreux. Allons-nous frapper à la porte de nos voisins ? Donnons-nous l’aumône ? Parlons-nous de Dieu autour de nous à tous ceux que Dieu met sur notre route ? Apprenons-nous à nos enfants à faire charité, à prier pour les pauvres pécheurs ?

Nous savons que l’autorité est la forme la plus pure de la charité du père de famille envers les siens. Savons-nous reprendre nos enfants quand il le faut ? Savons-nous dire les choses qui doivent être dites, punir ce qui doit être puni dans faiblir ? Ou fermons-nous les yeux sur des choses par manque de force ?

Nous savons que Jésus rougira devant son père de ceux qui ont rougi de lui devant les hommes. Rougissons-nous de Jésus ? Ou savons-nous garder un discours cohérent avec notre conscience et nos principes en toutes circonstances ? Ou faisons-nous partie de ceux qui se disent « ouverts », « gentils », « sensibles » ? Combien d’hommes font des compromis car lassés de passer pour méchant, intégriste, fermé ?

Si nous nous examinons, nous voyons que bien souvent, nous en restons aux mots, aux belles idées, et que dès le premier obstacle, notre volonté s’effrite. Cela car dans le fond, nous manquons de courage. Oui, c’est la vertu qui a disparu de notre siècle. Le courage est mort. La mièvrerie l’a affaibli, le confort l’a amoindri, et le narcissisme, le respect humain, la folie individualiste de notre société décomposée l’a tué. Il n’y a presque plus d’hommes en France, car il n’y a plus de courage.

Il fallait du courage pour suivre Jehanne d’Arc, il fallait du courage pour sortir des tranchées en 1914, il fallait du courage pour suivre Monseigneur Lefebvre, il faut du courage pour suivre le Christ. Alors messieurs, soyons courageux !

Louis d’Henriques