La tendresse

On peut vivre sans richesses
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y en a plus beaucoup

Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

 

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’Histoire
Et s’en trouver bien

Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

 

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

 

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien, on s’y fait

Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous paraît long

 

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir

Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
Qu’on n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu

Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

 

Un enfant nous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu

Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites-donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours.

Bourvil (1917-1970)

Douceur du coeur

Bienheureux ceux qui ont le cœur doux, car ils possèderont la terre.

Douceur à laquelle chaque âme est appelée, indissociable de l’amour du prochain car elle est oubli de soi, attention à l’autre, patience bienveillante et affectueuse, comme il nous l’est demandé.

Douceur n’est point mièvrerie et naïveté, mais fille de la vertu de force, nous obligeant à sortir de nous-mêmes pour rejoindre l’autre, parfois au prix d’une lutte intérieure pour ne pas céder à la colère alors que la situation nous y porte.

Douceur qui s’apprend par les difficultés, les erreurs regrettées, les irritations, les paroles dures ou les jugements qui ont tout balayé.

Douceur innée ou travaillée pour voir l’autre avec bienveillance, en passant par-dessus les incompréhensions, les différences, les antipathies. Douceur s’exerçant parfois avec force, quand elle est requise et non spontanée, et qui peu à peu s’insinue, transforme le cœur et le regard.

Douceur d’un cœur qui s’oublie pour l’autre et auprès duquel les chagrins sont compris, apaisés par ce seul contact, douceur d’une âme qui explique, éclaire avec patience et bienveillance, sachant qu’il faut souvent du temps pour comprendre et mettre en œuvre.

Douceur des gestes et des paroles, qui montre celle toute intérieure d’une âme qui cherche à compatir, à rassurer, à comprendre.

Douceur qui ne cherche pas à se faire justice mais pardonne, ne revient pas sur ce qui a blessé et va de l’avant, reprenant son bâton de bienveillance, rendant le bien pour le mal.

Douceur qui ne veut pas voir immédiatement le mal mais garder l’âme miséricordieuse et magnanime, douceur qui, envers et contre tout, au prix de réels efforts, continue à aimer, à vouloir aimer.

Douceur qui sait attendre, pour agir ou parler, le bon moment, celui que Dieu jugera favorable en nous disposant les bonnes circonstances. Et qui sait aussi laisser à Dieu le soin d’intervenir, en se retirant et en priant.

 Douceur qui ne se met pas en avant, ne se glorifie pas, ne s’étonne pas d’être oubliée ou contredite, mais sourit calmement, sœur de l’humilité,

Douceur qui apprend tout en contemplant le Fils et la Mère.

Douceur qui possèdera la terre car elle attire les âmes pour les conduire au Père ou les conforter en Lui.

Douceur qui trouvera sa plénitude en Dieu, Bonté et Douceur infinies.

                     Jeanne de Thuringe

 

Dieu nous parle doucement

Dieu veut le salut de tous les hommes, comment se fait-il alors qu’il y en ait si peu de sauvés ?

C’est qu’il veut nous sauver librement ; c’est qu’il nous parle doucement ; c’est qu’il nous meut suavement ; c’est qu’il veut faire son ouvrage en nous, par des inspirations tranquilles, et non par des impressions violentes. Nous voudrions qu’il nous enlevât tout à coup au ciel comme Elie ; au lieu qu’il nous ordonne de marcher en sa présence comme Abraham. (Père de Lombez, Traité de la joie de l’âme)

Marcher en sa présence

L’un des grands avantages dans le mariage, est que l’on marche à deux, et que la grâce du sacrement qui nous a unis est là pour maintenir cette unité de nos cœurs, de nos esprits, de nos volontés, vers le bien supérieur de notre ménage et de notre famille.

Cependant, nous restons deux personnes individuelles, deux personnalités différentes et probablement complémentaires qui demandent à l’un comme à l’autre des efforts louables et quotidiens.

Nous ne sommes pas plus saints parce qu’on nous loue, ni plus imparfaits parce qu’on nous blâme, et tout ce qu’on pourra dire de nous ne changera pas le regard de Dieu qui voit le cœur. En quelque circonstance que ce soit, notre conduite sera de faire toujours bien, et de nous estimer peu en ayant toujours Dieu présent au-dedans de nous. Apprenons à nous détacher de nous-mêmes, à prendre du recul par rapports aux événements, aux personnes et à notre sensibilité. Je suis heurté par une parole maladroite, une réaction excessive, une incompréhension, mais j’ai toujours Dieu présent au-dedans de moi à qui j’offre, et qui me permet d’avancer en me détachant de ce qui pourrait m’attrister, portant mon fardeau et rendant doux ce qu’il y a de plus amer.

L’amour des époux est une joie bénie de Dieu par leur mariage. Celui qui aime, court, vole, il est dans la joie, il est libre et rien ne l’arrête. Qu’en est-il alors de notre amour pour Dieu, à qui nous devons tout, Dieu si bon, si parfait… ? Aimons-nous Dieu autant qu’il nous aime, au-delà de tout amour humain ? Le lui disons-nous assez souvent ? Lui en apportons-nous la preuve par nos actions de chaque jour ? Pour cela il faut d’abord nous oublier nous-mêmes jusqu’à peut-être l’anéantissement, faire passer notre époux avant nous, tout mettre en œuvre pour que l’autre soit de bonne humeur, paisible, et joyeux au prix de grands efforts parfois. C’est l’esprit de sacrifice, et toujours la croix. Sans le sacrifice mutuel et sans le renoncement à l’égoïsme diviseur et accapareur, notre amour s’étiolerait au lieu de tendre vers une plus large et plus haute vie.

La famille est d’autant plus prospère que chacun s’y oublie davantage pour concourir à l’intérêt de tous dans un climat de sérénité joyeuse. Entre époux, plus le concours est grand, l’amour fort, plus le bien commun est sauvegardé ; plus la répartition des efforts est intelligente, et par conséquent productrice. A l’égard des enfants, plus les parents se dévouent, oubliant l’intérêt immédiat pour ne songer qu’à l’œuvre éducatrice, plus celle-ci sera féconde ; plus il en sortira de progrès matériel, moral, intellectuel qui, par la suite, pourra se reverser sur eux-mêmes.

 Le doux nom de Marie

Tout cela est bien facile à dire, car bien souvent la fatigue et le découragement nous gagnent et viennent agacer notre humeur alors que nous étions si pleins de bonnes résolutions. Tournons-nous alors vers notre mère du ciel, notre dulcis Virgo Maria dont le nom si doux saura consoler notre âme. La douceur est virginale, et elle est maternelle, et sans elle aucune action sur les âmes ne peut être profonde ou efficace. (Amour et silence)

 Dans les sacrés Cantiques, le nom de Marie est comparé à l’huile : votre nom est comme l’huile répandue. L’huile, dit le bienheureux Alain, commentant ces paroles, guérit les blessures, exhale une odeur agréable, et nourrit la flamme. De même le nom de Marie guérit les pécheurs, réjouit les cœurs et les enflamme du divin amour.

Dans les périls, dans les difficultés, dans les doutes, pensons à Marie, invoquons Marie, recommande saint Bernard, que son nom soit sans cesse sur tes lèvres, et qu’il soit toujours dans ton cœur.

Le nom de Marie est donc bien doux à ses fidèles serviteurs pendant leur vie, et il leur sera plus encore à leur dernier moment, en leur procurant une douce et sainte mort.

 

Souvenons-nous que Dieu parle doucement à nos âmes ; qu’il nous a faits les uns pour les autres, et tous pour lui ; et qu’il nous a donné sa propre mère si douce. Fuyons donc tout ce qui ne ressemble pas à la Bonté de Dieu, ce qui trouble, ce qui divise, ce qui est faux… et faisons honneur à la religion par la noblesse de notre conduite ; montrons même plus par notre attitude que par nos discours, que la vertu n’a rien de farouche ni de dur, et attirons-y tout le monde par la douceur de nos manières.

 

Sophie de Lédinghen

 

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite).

Retrouvez la présentation de ce guide pratique et le « 1er geste » publié dans notre FA 54 :

https://foyers-ardents.org/category/discuter-en-famille/

2e geste : Oser demander service !

 « J’ai besoin de toi, Zachée ! »

Qui sollicite ainsi ? C’est le fils de Dieu créateur du ciel et de la terre !

Jésus sait ce qu’il en est, lui, fils de Dieu : il demande si souvent service à ses apôtres, à ses pairs, mais aussi à l’inconnue (la Samaritaine) et au sceptique (Zachée). Il nous interroge : « Lequel est plus grand ? L’or ou le temple qui sanctifie l’or ?  Le don ou celui qui sanctifie le don2 ?  » Voilà bien ce que réalise celui qui ose demander service : il sanctifie le don, plus par sa disponibilité et son sourire, que par le service rendu. Pour le « Fils de l’homme », il est normal de « frapper à sa porte ».

Si Jésus veut être le premier à être sollicité, c’est bien parce qu’il connaît la valeur et l’efficacité de ce geste. De fait, Jésus récompense ceux qui osent lui demander service. Il ouvre toujours sa porte.

L’exemple de Notre-Seigneur

Quand Nicodème, docteur de la loi, pharisien, le dérange en pleine nuit pour l’interroger sur ses derniers propos publics, Jésus l’accueille certainement avec ce sourire bienveillant qui vous met  à l’aise. Il répond à ses questions, le bouscule quelque peu : ne connaît-il pas les prophéties, lui, un dignitaire de la foi ?  Et pour autant, il finit par lui révéler le mystère de l’Incarnation, avant ses propres apôtres. Belle récompense pour Nicodème qui a osé demander service. Quelle audace, mais aussi quelle modestie ! Deux qualités souvent « complices » dans cet acte énergique de communication.

Quand Jésus a besoin des cinq pains et des deux poissons d’un petit garçon pour nourrir une foule éreintée qui écoutait son enseignement depuis plusieurs jours, que fait-il ? En toute humilité, il s’adresse à un enfant et lui demande de bien vouloir lui confier son panier. C’est l’incroyable miracle de la multiplication des pains qui va rassasier plus de cinq mille personnes ! En guise de remerciement, douze corbeilles bien remplies furent restituées à l’enfant, heureux d’avoir rendu un service au Fils de Dieu !  Quelle grâce d’être sollicité par Jésus !

 

Ce que cela signifie pour nous

N’hésitons plus à demander service : voilà le sens de cette injonction quelque peu provocatrice : « Si l’un d’entre vous a un ami, qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains3. »

Demander un service est le moyen efficace par excellence pour briser la glace et faire le « premier pas ».

Là aussi, la technologie numérique tend à nous éloigner de la communication naturelle avec nos congénères parce que, rendus autonomes avec nos instruments « magiques », nous avons de moins en moins besoin des autres. De fait, nous nous croyons autosuffisants, puisque d’un clic nous faisons tout : des courses par internet, un itinéraire avec le GPS, et des milliers de relations amicales avec les réseaux dits « sociaux ».

Ne perdons jamais de vue que la technique doit toujours rester au service de l’homme et non l’inverse. Un lieu commun, nous le concédons, mais de plus en plus d’actualité.

Nous nous persuadons que nous n’avons besoin de personne, qu’il vaut mieux ne pas déranger. Cette forme d’indépendance postmoderne et quelque peu égocentrique s’installe progressivement dans les mentalités.

Et si par malchance, nous sommes obligés de « demander service », malgré toutes nos tentatives pour l’éviter, nous voilà quelque peu embarrassés ! L’art de solliciter une aide est devenu une démarche rare car nous sommes envahis par la crainte tenace d’être importun. N’avons-nous vraiment besoin de personne ? Quelle erreur ! La réalité est souvent à l’opposé de cet « a priori ».

Deux vertus communicatives de grande valeur sont liées au fait de « demander service ». La première est la mise en commun des moyens >>>  >>> propres à chacun, ce qui correspond littéralement à l’étymologie du mot « communiquer » dont le propre est justement la mise en commun des biens matériels ou immatériels. Le deuxième bénéfice consiste à donner de la reconnaissance à la personne sollicitée. Or, précisément, cette « reconnaissance » manque à nos contemporains, obligés d’obéir à des robots, des voix préenregistrées, des codes ésotériques. C’est une véritable révolution qui s’impose à l’équilibre psychique des humains.

En pratique, que faire ?

Communiquer, répétons-le, est toujours un effort, cela doit prendre la forme d’une « virtus », un acte vertueux habituel, tel que préconisé par saint Thomas d’Aquin : un effort auquel on veut s’astreindre pour s’exercer à communiquer avec et comme Jésus.

– Résistons à notre timidité, créons et multiplions à notre échelle les occasions de demander service ! Laissons par exemple de côté notre GPS et interrogeons les passants. Voici un excellent exercice pour vaincre son petit orgueil et s’exercer à la communication au jour le jour. Un sourire, un remerciement chaleureux qui accompagnent ce petit geste peuvent aider à améliorer nos capacités relationnelles.

– Ne nous laissons pas fasciner par les progrès constants et magiques de la communication connectée et digitale. Efforçons-nous d’en tirer le meilleur parti, pour propager la bonne parole, et l’enseignement de Jésus. Une vigilance et un sens critique aigus accrus sont impératifs pour rester maître et non esclave de la communication numérique. C’est le grand défi des temps actuels : vivre de vraies relations humaines en dépit de l’invasion virtuelle. Nous devons nous imposer en toute lucidité des règles personnelles de vie. Un contact réel vaut mieux qu’un contact virtuel, en s’efforçant, par exemple, de sortir de notre bureau afin de saluer nos collègues, de leur « demander un service ». Veillons d’abord à équilibrer nos vies intérieures, surveillons le temps et l’attention qui nous sont imposés par la communication digitale.

– Conservons cette règle d’or même et surtout si cela coûte : pour un catholique fervent, « Dieu premier servi », l’humain ensuite, la vie numérique après !

Vie intérieure parce qu’on ne peut être en bonne compagnie avec autrui que si l’on est d’abord en bonne compagnie avec Dieu. Relation humaine parce que c’est la condition d’une vie accomplie et riche de sens.

L’homme doué « d’intelligence du cœur » selon l’expression favorite de Jésus, l’homme vigilant, le chrétien fervent s’efforce de trouver les bonnes mesures pour préserver son hygiène de vie, la santé de son esprit et de son âme. Il doit s’efforcer d’être le maître chez lui. L’homme vraiment « augmenté », c’est celui dont la force de caractère et l’intelligence restent en éveil pour préserver sa foi. L’homme de communication aime évaluer et réévaluer les bons et mauvais côtés de la modernité à l’imitation de Jésus qui aimait se présenter comme un « signe de contradiction ». Faisons de même avec notre époque dite « postmoderne ». Aimons cette mansuétude préconisée par saint Thomas d’Aquin, qui n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui dans les relations humaines. Nos contemporains en ont vraiment besoin.

Pour aller plus loin et progresser

Réalisons quotidiennement un examen de conscience et de prévoyance. Combien de fois faudra-t-il s’amender ? Combien de fois, devrons- nous reconsidérer nos comportements par rapport à la fascination et à l’utilisation abusive de nos outils connectés ? Qu’importe ! C’est LE combat à mener de nos temps, combat d’abord avec soi-même, sa tempérance et sa loyauté vis-à-vis de nos résolutions. Le combat de la vie intérieure contre le bruit et « tout ce qui brille », le combat de la réflexion personnelle contre le remplissage de vide, le combat du bon usage de son « temps de cerveau4 » en faveur de la prière, de l’imagination créatrice, de la contemplation et, bien sûr, de la communication attentive à son prochain. L’affrontement de l’intelligence réelle contre l’intelligence artificielle. Une lutte de plus en plus virile, qui exige beaucoup de détermination.

« Mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde5.» Ces mots de Jésus, doivent stimuler les hommes de bonne volonté libres, vraiment libres, aidés de leur pratique catholique et en particulier des sacrements de la confession et de la communion.

Frère Charles de Foucauld (cordigère capucin)

RESOLUTION PRATIQUE : Recenser les personnes proches ou lointaines à qui on va demander service avec simplicité en ayant le désir de leur manifester notre reconnaissance. Demander service, c’est dire à la personne proche ou lointaine « tu m’es utile ».

Choisissons les visages le plus tristes et les moins engageants… et le sourire apparaîtra comme par miracle… Il n’y a pas de petits moyens pour lutter contre la solitude, ce mal du siècle.

Et si ce geste de communication se traduit par un refus ? Hypothèse plausible… Alors, marchons dans les pas de Marie et de Joseph qui se sont vu refuser l’hospitalité, prenons ce revers comme une blessure qui nous rapproche de Jésus.

   ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’AVE – 2ème mystère joyeux : La Visitation  

« Demander service.» Marie se rend chez sa tante âgée enceinte de Jean-Baptiste. Elisabeth aurait-elle sollicité l’aide de sa nièce ? Peut-être, en tout cas la rencontre de ces deux femmes se célèbre par le Magnificat !

« Que celui qui vous donne l’hospitalité comprenne qu’il reçoit de vous une grâce. »

 

 

Actualités culturelles

  • Paris (France)

En 1642, âgé de seulement dix-neuf ans, Blaise Pascal met au point la toute première machine à calculer de l’histoire scientifique. Conçue pour effectuer aussi bien des additions que des soustractions, la « Pascaline » était même utilisée par le père de l’inventeur pour le calcul des recettes fiscales (il était président à la cour des aides de Normandie). Décidé à produire et vendre cet engin en masse, Blaise Pascal ne verra malheureusement pas son rêve se réaliser : on compte aujourd’hui huit exemplaires de la Pascaline dans le monde, dont cinq dans des collections publiques françaises et deux en Allemagne. Ceci explique pourquoi l’annonce de la société Christie’s, informant la vente prochaine d’une Pascaline aux enchères, a créé un tel remous. Conservée depuis 1942 dans une collection particulière française, cette machine est estimée entre 2 et 3 millions d’euros et devait être vendue par la maison Christie’s le 19 novembre dernier. Mais c’était sans compter sur la réaction des personnalités scientifiques et d’associations qui publièrent une tribune réclamant une révision de l’autorisation de sortie du territoire ainsi que la reconnaissance de l’œuvre comme trésor national. Le 18 novembre 2025, le Tribunal administratif de Paris décida donc de suspendre l’autorisation de sortie du territoire de l’engin, ce qui conduisit la société Christie’s à annuler la vente de l’objet quelques heures avant le lancement des enchères. Ceci constitue seulement une première étape avant l’éventuelle reconnaissance comme patrimoine national de « l’instrument scientifique le plus important jamais proposé aux enchères » (Christie’s).

 

  • Paris (France)

Jusqu’au 26 avril 2026, ne manquez pas de profiter de l’exceptionnelle exposition « 1925-2025 : cent ans d’Art déco » au Musée des Arts décoratifs de Paris. Au-delà des quelque mille pièces d’art déco que l’on peut y admirer (mobilier sculptural, bijoux, objets d’art, dessins, affiches, pièces de mode), la rétrospective propose la visite de trois wagons du fameux Orient-Express. La célèbre ligne reliant l’Europe occidentale à l’Europe orientale (sans changer de train !) constituait une extraordinaire association entre l’esthétique et le fonctionnel : les plus grands artistes tels que René Lalique intervinrent dans le décor des wagons. En activité à partir de 1883, le légendaire train de luxe, aux décors splendides, roulera jusqu’en 1977. Aujourd’hui racheté par les groupes Accor et LVMH, la ligne devrait être remise en service fin 2027 : c’est dans ce but qu’ont actuellement lieu la restauration et la reconstitution de certains wagons, parmi lesquels une cabine de l’Etoile du Nord, une voiture-bar et une voiture-restaurant que l’on peut admirer au musée des Arts décoratifs. Une occasion unique de découvrir de près ce « palace sur rails » !

 

  • Québec (Canada)

Novembre 1918 : la Première Guerre mondiale touche à sa fin et l’avenir de l’Empire d’Autriche-Hongrie se fait de plus en plus incertain ; prudent, l’empereur Charles Ier de Habsbourg charge le comte Berchtold de récupérer à la Hofburg les bijoux appartenant personnellement au souverain et à la dynastie. Plus splendides les uns que les autres, les joyaux comptent des pièces uniques (parures, broches, colliers, bracelets, diadème) parmi lesquelles le Florentin de Toscane, diamant couleur jaune citron de 137,27 carats. Contraint de s’exiler en Suisse avec sa famille en mars 1919, l’empereur emporte avec lui ce trésor qu’il met en lieu sûr. C’est à partir de ce moment-là que disparaît la trace des joyaux ; une partie sera vendue pour subvenir aux besoins de la famille, une autre partie volée par un homme en qui Charles Ier avait mis sa confiance… Bref, la thèse la plus plausible était qu’il n’en restait rien et que les plus belles pierres avaient été retaillées.                    >>> >>> Quelle ne fut donc pas la surprise des historiens lorsque, le 6 novembre dernier, les descendants de Charles et Zita annoncèrent que le Florentin de Toscane et 14 autres joyaux étaient en lieu sûr dans une banque du Québec ! Quittant la Belgique et le nazisme en 1940, Zita s’était en effet réfugiée à Québec avec ses huit enfants, emportant avec elle les derniers bijoux sans que personne n’en sache rien. Ayant révélé bien plus tard ce secret à deux de ses fils, elle leur avait fait promettre de n’en parler que 100 ans après la mort de leur père (décédé en 1921 à Madère). Ce trésor inestimable devrait demeurer au Canada où il sera probablement exposé au public.

 

  • Warwickshire (Angleterre)

C’est en 2019 que le propriétaire d’un café de Birmingham, armé de son détecteur de métaux, a fait une découverte fascinante dans un champ à proximité de chez lui : une chaîne en or de 75 maillons ainsi qu’un splendide pendentif en forme de cœur orné de motifs émaillés. Tandis que l’une des faces présente une rose (symbole des Tudor) entrelacée d’un buisson de grenades (symbole de Catherine d’Aragon), le second côté est orné d’un H et d’un K ; des deux côtés, on peut lire « TOUS – IORS », probable jeu de mots entre le français et l’anglais (« tout yours » = tout à toi, et « toujours »). Tous ces indices sont sans équivoque : il s’agit là d’un rare symbole de l’amour unissant Henri VIII d’Angleterre et la première de ses six épouses, Catherine d’Aragon. Si l’on en croit les historiens, cet objet unique aurait pu être offert par le roi d’Angleterre à son épouse lors du tournoi célébrant, en 1518, les fiançailles de leur fille Marie (2 ans) avec le dauphin de France François de Valois (8 mois). Aucune découverte de cette importance n’ayant été faite en Grande-Bretagne pour la période Renaissance depuis 25 ans, le British Museum a décidé de se positionner pour récupérer l’œuvre : c’est pourquoi le musée a lancé une campagne de financement jusqu’au 14 février 2026 pour racheter l’objet et éviter ainsi sa vente aux enchères ; l’objectif est de réunir 3,5 millions de livres sterling !