Foyers Ardents n°58 – juillet 2026 43
Hasta luego, à bientôt si Dieu le veut Hasta luego, on se reverra sous peu
On a trois mois de réserves au fond des cales Allez les gars, on va hisser la grand-voile
Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
Toi qui n’as rien embarque-toi avec nous Donne-moi la main car ta place est parmi nous
Hasta luego à bientôt si Dieu le veut Hasta luego on se reverra sous peu
Toi qui as peur cache-toi derrière mon bras Car voici l’heure enfin d’être fier de toi Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
Toi qui doutes regarde-moi dans les yeux Suis ma route elle te mènera vers Dieu
Hasta luego, à bientôt si Dieu le veut Hasta luego, on se reverra sous peu
On a trois mois de réserves au fond des cales Allez les gars on va hisser la grande voile Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
Laissez passer les enfants de la nuit Ils vont chercher le grand vent de l’oubli
La la la la la la la la la la La la la la la la la la la la
Auteur/autrice : Foyers ardents
L’école des chefs
À 10 ans, Paul vivait dans une famille à l’organisation millimétrée, des affiches de consignes dans chaque pièce rappelaient les règles : tours de service à table, horaires de travail, consignes de propreté dans la salle de bain… Les parents surveillaient de près chaque activité : d’une part parce que ce qui mérite d’être fait mérite d’être bien fait, mais aussi par peur d’erreurs au bricolage ou à la cuisine.
À 30 ans, Paul est employé dans l’administration. Ne comptez pas sur lui pour aider un usager dans le besoin et perdu dans les procédures, pour débloquer une situation ou rendre service à un collègue. Pas de zèle ! Pas d’initiative ! Pas d’histoire ! Il doit rester couvert comme on lui a toujours appris !
Apprendre à être chef !
Pourtant, nous n’avons jamais autant eu besoin de bons chefs ! Les entreprises, les administrations, les mouvements scouts, les associations en réclament régulièrement. « Comment se fait-il qu’on ait à se plaindre partout d’une telle pénurie de chefs ? Cela ne viendrait-il pas de ce que, depuis plusieurs générations, l’éducation donnée a eu pour but bien plus le succès aux examens que la formation de personnalités fortes, animées du désir d’action et assoiffées de responsabilités ?
On oublie trop souvent que le rôle de chef n’est pas réservé à une super-élite, mais que tout homme normal est appelé, peu ou prou, à exercer le noble métier de chef, ne serait-ce qu’au titre de chef de famille1. » La société est une pyramide de chefs2 !
À nous, pères de famille, au-delà de notre bon exemple, de former nos garçons dès l’enfance pour qu’ils deviennent de bons chefs, du latin « caput » : la tête. Le langage courant avec son bon sens nous fera rechercher une tête haute, pensante, tête de colonne, qui entraîne vers le bien commun, et non pas une tête brûlée ou tête de mule… Rassurons-nous, être chef, cela s’apprend ! Dans L’école des chefs, le P. Courtois l’explique en 15 leçons pratiques : compétence, sens du réel, décision et ténacité, etc3. Dès 7 ans, la pédagogie scoute donne des responsabilités aux louveteaux. Leur progression continue jusqu’au clan routier. Dès l’enfance, les parents doivent responsabiliser leurs enfants et encourager leurs initiatives.
Qui ose gagne !
C’est la devise des forces spéciales anglaises. « Dans la vie, il faut savoir se battre et savoir que l’on peut échouer à chaque instant. Ceux qui vivent dans la crainte de l’échec, de la difficulté ou de la honte d’échouer ne réaliseront jamais leur potentiel4. » Le Bon Dieu nous demande de développer les talents qu’il nous a donnés. Encourager un enfant à aller au-delà de ses limites lui permet de se rendre compte qu’il n’est pas tout à fait celui qu’il croit mais davantage ! Prendre des risques, c’est réaliser qu’on a grandi, qu’on est plus autonome, qu’on a plus de courage qu’on ne l’imaginait, et tout cela permet de gagner de la confiance en soi. On se rend compte que le monde et nos capacités ne s’arrêtent pas aux murs de notre chambre ! Piste noire ? Non. Marathon ? Non. Le père mesurera le chemin restant à parcourir par l’enfant avant de lancer de tels défis et de l’y préparer. Les étapes peuvent être un bricolage, un jardinage, la cuisine, le rangement, un service à rendre, l’effort physique ou intellectuel… La réussite augmentera la motivation pour continuer à progresser. Le père saura néanmoins qu’un échec ou une imperfection de réalisation ne définissent pas la capacité de l’enfant, mais font partie du chemin vers le succès. Il devra le faire comprendre au jeune qui s’en désole.
Comprendre pour prendre l’initiative
Le Maréchal Foch a travaillé sur les principes d’action pour les chefs. Ses réflexions sont encore d’actualité5, elles méritent plusieurs lectures tant elles sont concentrées. Foch fait appel à l’observation du réel, l’intelligence et le travail, l’esprit de décision, la capacité de conviction puis d’initiative, la gestion du temps, autant de qualités à travailler et qui s’appliquent bien au-delà du domaine militaire.
« Comprendre la situation et ses enjeux, évaluer les causes potentielles, les conséquences des actions ou absences d’action, identifier les opportunités et les risques à courir pour décider du temps d’avance nécessaire pour décider juste, élaborer une stratégie fondée sur la conviction et la définition des objectifs à atteindre en vue d’obtenir un résultat final recherché pertinent6. »
Le chef doit prendre le dessus par :
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Le temps, le bon moment pour agir ou attendre,
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Les dimensions et le champ de l’action, concentrer ses forces,
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Le mental, la conviction pour contrer l’indécision et le doute.
« Pas de victoire possible sans le commandement vigoureux, avide de responsabilités et d’entreprises audacieuses, possédant et inspirant à tous la résolution et l’énergie d’aller jusqu’au bout, sans action personnelle faite de volonté, de jugement, de liberté d’esprit (même au milieu du danger), dons naturels chez l’homme doué, avantages acquis par le travail et la réflexion chez l’homme moyen. »
Responsabiliser les jeunes par étapes, les aider à réussir et à apprécier la joie de leur action, c’est les préparer à un avenir plus heureux. C’est aussi préparer le redressement de la société et de l’Église. C’est parce qu’ils auront été formés en capacité de chefs que nos fils et filles pourront prendre des initiatives et des responsabilités au niveau qui se présentera. Quelle belle perspective pour nous encourager dans nos actions éducatives de chaque jour ! L’avenir dépend aussi de nous !
Hervé Lepère
1 Abbé Gaston Courtois, L’école des chefs
2 Maréchal Lyautey
3 Lire également Être chef du même auteur.
4 Amiral Mc Raven, 37 ans dans les forces spéciales US.
5 Un colloque de prospective interarmées y a été consacré en 2017.
6 Maréchal Foch
FOYERS ARDENTS 58 : Etre chef
Pour une littérature catholique
L’esprit de l’homme est comparable à un moulin qui tourne sans arrêt : jetez sous la meule de l’orge, vous aurez de la farine d’orge ; jetez du blé, vous aurez de la farine de blé. Si l’on nourrit l’esprit de livres mauvais, il produira nécessairement de mauvaises pensées, qui engendreront de mauvaises actions ; si on lui donne des livres frivoles, il enfantera des pensées frivoles ; mais si on lui donne de bons livres, il se tournera vers le bien. L’âme qui veut vraiment se remplir de Dieu doit fuir avec le plus grand soin non seulement les lectures mauvaises, mais même les lectures inutiles¹. »
Le Christ est ressuscité. Il est donc pleinement présent parmi nous. Mais nos aïeux défunts, eux, sont en attente de résurrection. Nous sommes leurs héritiers, aussi ce qu’ils ont pu écrire et faire nous concerne au plus haut chef. La vie chrétienne est en effet une constante tension entre cette culture léguée par des siècles de christianisme, et le moment présent durant lequel Jésus-Christ agit en chacun d’entre nous, qui sommes ses membres.
Cet héritage chrétien, qu’il soit liturgique, architectural, philosophique, artistique, ne constitue pas un patrimoine figé que nous devrions respecter au nom d’une simple morale humaniste ou d’un respect superstitieux des traditions, mais plutôt d’un geste qui concerne l’universalité du Bien commun et de l’Eglise mystique du Christ. Lorsqu’il traite du contact avec les grands hommes du passé dans son ouvrage La Vie Intellectuelle, le père Sertillanges évoque même la communion des saints : « On ne pense jamais isolément. On pense en société, en collaboration immense. On travaille avec les travailleurs du passé et du présent². »
Citer des auteurs du passé n’est donc pas seulement, comme on l’enseigne dans les écoles de rhétorique, un simple recours à l’argument d’autorité. C’est aussi un moyen de rendre sensible cette communion vivante avec eux. La préservation de l’héritage chrétien à travers l’histoire dépend de cette forme de solidarité entre les générations. Dom Guéranger constate à ce sujet que cette solidarité se maintient par « la docilité des peuples à la foi » et se perd par « le mauvais usage de la liberté humaine³ ». Terrible sentence !
L’effroyable déclin de la littérature française en est un bel exemple. On peut dater du 7 février 1857 le début de cet effondrement, date à laquelle Gustave Flaubert, accusé d’outrage à la morale publique et à la religion pour avoir écrit Madame Bovary, gagna son procès au nom de la liberté de l’Art. Le « génie créateur de l’artiste » fut constamment depuis placé par le droit moderne au-dessus de la morale et de la décence communes : au nom de ce dogme, on mesura même le génie de l’artiste à sa capacité d’enfreindre les lois esthétiques et morales les plus dûment reconnues jusqu’alors : bientôt, qu’il fût romancier, peintre, musicien ou poète, l’artiste censé servir le Bien commun comme tout un chacun, n’adora plus que la ravageuse flamme de son orgueil et la toute-puissance de sa transgression.
Un romancier, pourtant, René Bazin (à ne pas confondre avec son neveu Hervé), sut alors contrer le sophisme avec habileté : certes, le réalisme commandait de ne pas occulter le mal, car le rôle du romancier n’est pas de mentir sur la nature humaine. Mais l’aspiration au salut faisant aussi partie de la nature humaine, le romancier ne devait non plus ignorer ces fenêtres-là « par où la prière monte et l’espérance descend », au nom précisément de ce même réalisme. « Je crois, déclara-t-il dans une conférence⁴, que l’art est soumis à la loi morale, à laquelle n’échappe aucune manifestation de l’activité humaine, et qu’il y est d’autant mieux soumis que l’œuvre d’art est une œuvre d’enseignement, une leçon, un acte d’influence et de direction sur autrui. Je crois que le livre est une puissance extrêmement féconde, soit pour le bien, soit pour le mal. » Vérité que soutient également Dom Jean de Monléon, dans la citation placée en exergue de cet article.
Force est de constater que, pour s’être délibérément affranchie de toute règle morale, la littérature française postmoderne, tiraillée entre l’autofiction narcissique, l’expérimentation narrative formelle et la tyrannie du best-seller, est moribonde. La nécessité d’un renouveau catholique en ce domaine s’impose d’autant plus, pour rendre témoignage des « racines inaliénables de notre culture », dont il est question dans ce numéro.
G. GUINDON
Notes de bas de page
¹ Dom Jean de Monléon, Les Instruments de la perfection, éd. Saint Rémi.
² R.P. Sertillanges, La Vie Intellectuelle, éd. Meystre, ch. VII, « La lecture »
³ Dom Prosper Guéranger, Jésus-Christ roi de l’histoire
⁴ Les lecteurs de romans, conférence faite à Paris, salle de la Société de Géographie, le 20 mars 1900
L’harmonie domestique
Il y a jusqu’au message d’harmonie domestique de tant de vieux meubles de famille inlassablement encaustiqués et patinés : armoires normandes ou provençales. Sans oublier la vertu de l’enseignement d’un coffre bien rangé, d’un linge bien tenu, d’une pile de torchons convenablement repassés. Car l’Evangile même ne précise-t-il pas que dans le tombeau du ressuscité les disciples observèrent que le linceul avait été plié ? Oui piété, même envers les choses !
Jean Ousset, A la découverte du beau