Saint Jean Népomucène

Saint Jean Népomucène (1330–1383), prêtre et martyr, est célèbre pour avoir préféré la mort plutôt que de trahir le secret de la confession sacramentelle. Il est considéré comme le « saint national » des Tchèques, comparable à sainte Jeanne d’Arc en France.

Sa naissance est le fruit des prières de ses parents devant une image miraculeuse de la Vierge, puis, guéri devant cette même image, Jean est consacré à Dieu et reçoit une solide éducation. Ordonné prêtre, il devient aumônier de la cour, se distingue par sa charité envers les pauvres et par son souci de la paix dans la ville et à la cour. La reine, Jeanne de Bavière, le choisit comme directeur de conscience. Mais sa vertu irrite son époux Wenceslas qui, jaloux et manipulé par ses favoris, finit par la suspecter à tort d’infidélité. L’un d’eux, Andronic, pour se venger de Jean et de la reine, monte une dénonciation calomnieuse contre cette dernière. Le roi exige de Jean qu’il révèle le contenu de cette confession ; le prêtre se tait et répète : « Je n’ai rien à dire », ce qui lui vaut la prison. Il reste ferme, écrit une lettre respectueuse mais courageuse au souverain. Par prudence, Wenceslas ordonne sa libération, mais ce n’est que provisoire.

Après une libération trompeuse et un dîner à la cour, le roi le somme à nouveau de parler ; Jean refuse, rappelant qu’il faut « obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Wenceslas ordonne alors un supplice atroce : Jean est étendu sur un chevalet, torturé au fer rouge, les os disloqués, la chair brûlée, mais il continue d’invoquer Jésus et Marie. La reine obtient finalement sa délivrance.

Jean reprend son ministère avec plus de zèle, sachant que la haine du roi persiste. Se sentant proche de la mort, il annonce en chaire qu’il mourra pour les lois du Christ et de l’Eglise et prédit de graves malheurs pour la Bohême : profanation des autels, destruction des monastères, persécution des religieux et diffusion de l’hérésie.

Un soir, Wenceslas le fait appeler et lui déclare : « Tu parleras ou tu mourras… » Jean se tait, acceptant intérieurement la couronne du martyre. Le roi ordonne qu’on le jette, pieds et poings liés, dans la Moldau, la nuit, pour que l’exécution reste secrète. Du haut du pont Charles, Jean est précipité dans le fleuve le 29 avril 1383, veille de l’Ascension.

En 1719, lors de l’ouverture du tombeau pour les enquêtes de canonisation, on constate un miracle frappant : si le corps est décharné, les os sont intacts et bien articulés ; surtout, la langue est parfaitement conservée et fraîche, comme si le martyr venait de mourir. Ce fait est interprété comme un témoignage de sa fidélité au secret de la confession. Il est béatifié en 1721 par Innocent XIII, puis canonisé en 1729 par Benoît XIII. Sa fête, célébrée le 16 mai, perpétue la mémoire du prêtre resté silencieux par fidélité à son devoir, jusqu’au martyre.

Résumé de sa biographie lue dans : Un saint pour chaque jour du mois, La Bonne Presse.

« Les chiens aboient, la caravane passe »

Cher Jacques,

Avant de partir pour ma retraite de saint Ignace, il y a plusieurs mois, j’étais dans l’appréhension totale. S’isoler de tout pour faire le bilan de ma vie me donnait des frissons. Plusieurs fois, j’ai essayé de trouver des prétextes pour annuler ma venue. Mon imagination en devenait folle. Avant même d’arriver sur le lieu de la retraite, j’ai été tenté, plus d’une fois, de faire demi-tour. Une petite voix intérieure me chuchotait malicieusement de tourner à droite au lieu de tourner à gauche, pour fuir, jusqu’au dernier moment, ces cinq jours de silence et de solitude. Arrivé sur place : plus de téléphone ! Plus aucune sollicitation. Le silence est de rigueur. Non seulement le silence extérieur, celui de la parole notamment, mais également le silence intérieur, celui de l’imagination ! Car, comme nous expliquent les prédicateurs, Dieu ne parle que dans le silence…

Alors je réalisais le contraste avec nos modes de vie et je comprenais avec plus d’acuité cette phrase célèbre de Bernanos : « On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

Et pourtant, ce constat de Bernanos remonte à 1946. À cette époque, l’ère du numérique n’existait pas : pas de télévision, pas d’ordinateurs, pas de smartphones, pas de blogs, pas de forums, pas de réseaux sociaux, pas de contenus vidéo (ou très peu). Que dire alors de notre époque ?

Je dirais que notre époque a certes détruit toute forme de vie intérieure, mais, plus encore, qu’elle l’a remplacée par le règne de l’inquiétude. Le silence demande un véritable effort, mais il apaise, car il nous ramène à l’essentiel. Toutes les futilités, toutes ces réalités sur lesquelles nous n’avons aucune prise cessent alors de nous tourmenter en remplissant notre esprit de projections et de rêveries stériles.

L’expérience de la médiatisation de l’épidémie de Covid est, à cet égard, particulièrement révélatrice. D’un côté, les plus naïfs se sont laissé traumatiser par le flot incessant des discours diffusés en boucle sur les chaînes de télévision. De l’autre, les plus méfiants se sont laissé gagner par l’angoisse devant les conséquences possibles d’une politique de restrictions et de vaccination perçue comme particulièrement coercitive.

Au lieu de prendre le recul nécessaire pour juger la situation avec prudence, les premiers, déjà inquiets, cherchaient sans cesse à en savoir davantage, comme s’ils pouvaient maîtriser ce qui, précisément, échappait à leur maîtrise. Les seconds, tout aussi inquiets, s’efforçaient de décrypter tous les ressorts cachés, d’identifier tous les intérêts en jeu et d’anticiper tous les scénarios possibles.

Chez les uns comme chez les autres, cette volonté de tout comprendre et de tout maîtriser n’a fait qu’alimenter une inquiétude toujours plus profonde, nourrie par le vacarme incessant des informations, des commentaires, des interprétations et des contre-vérités propagées de toutes parts par des personnes plus ou moins dignes, pour ne pas dire indignes, de confiance. Les « anti-complotistes » comme les « complotistes » ignoraient sans le savoir que le premier complot dont ils étaient victimes était leur inquiétude fomentée par la peur.

Un peu plus de silence n’aurait-il pas procuré davantage de paix et de liberté intérieure ? Cette agitation anxieuse n’est-elle pas en définitive le symptôme de ceux qui craignent trop de se confronter aux obstacles et aux difficultés ? Assurément oui !

Face aux turpitudes de ce monde, face aux blâmes de ceux qui, abusant de leur autorité, condamnent injustement, parfois avec une virulence inouïe, face encore à ceux qui manipulent la peur pour semer l’inquiétude, le Christ répond par le silence. Ces oiseaux de malheur ne méritent pas qu’on leur accorde notre attention ! Telle est l’attitude que le Christ adopte devant le grand prêtre et les membres du Sanhédrin qui l’accusent de blasphème et cherchent un motif pour le condamner : Iesus autem tacebat — « Jésus, cependant, gardait le silence. » (Mt 26, 63)

Ceux qui bâtissent savent se taire et poursuivre leur œuvre. A l’inverse, ceux qui n’ont rien à bâtir s’épuisent, souvent sous apparence de bien, en polémiques stériles : « Les chiens aboient, la caravane passe. »

Amicalement,

Laurent

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 5)

6e geste : oser VRAIMENT affirmer SA FOI

A la suite des précédents articles publiés sur ce sujet depuis le FA 54 et après avoir étudié ces cinq gestes : Faire le premier pas, Demander service, Donner de son temps, Ecouter sans juger, et Interroger, reformuler, penchons-nous sur le 6eme geste de Notre-Seigneur observé dans son Evangile : oser VRAIMENT affirmer SA FOI.

Arrive enfin le moment où il convient d’affirmer sans ambages, avec conviction, pédagogie, force et courage. Alors que la connaissance de la doctrine chrétienne est ignorée et parfois déformée, il faut s’instruire, pratiquer et partager ses connaissances avec énergie et courage. « Si vous aviez la foi, rien ne vous serait impossible… Vous déplaceriez des montagnes. » Ce reproche de Jésus adressé aux siens résonne dans nos âmes catholiques. Sommes-nous vraiment apôtres ? Avons-nous ce désir ardent de communiquer nos connaissances et notre expérience de la foi ? Acceptons-nous de bon gré d’être souvent en contradiction avec les chimères du monde ? Résistons-nous à l’indifférence spirituelle ? Croyons-nous vraiment en la royauté du Christ ? Foi et pratique vont de pair, elles ne peuvent pas survivre l’une sans l’autre. L’affichage catholique comme étiquette mondaine a vécu. L’authentique chrétien est de nos jours un combattant, un témoin inconditionnel de la doctrine catholique.

L’exemple de Notre-Seigneur

Admirons ce dialogue avec les pharisiens qui le réfutent comme créateur du monde : « Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham1 ? » D’un ton calme, Jésus surprend ses contradicteurs et affirme : « Avant qu’Abraham eût été fait, JE suis2 ! » Deux mots et un verbe au présent suffisent. Economie des termes, densité de la pensée, force de la formule, voilà un bel exemple d’affirmation pour dire sa foi et favoriser la réflexion.

Depuis plus de deux mille ans, beaucoup s’étonnent et même se scandalisent de ses propos « Prenez et mangez ; ceci est mon corps. Ceci est mon sang, buvez-en tous3. » De telles paroles ne peuvent laisser indifférent…

La loi d’amour du « fils de l’homme » est précise, il s’agit avant tout d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Au sommet de ces affirmations frappantes, nous trouvons les sublimes béatitudes : « Bienheureux ceux qui pleurent…, Bienheureux ceux qui ont le cœur pur4… »

Examinons-nous

L’on remarquera que c’est trop souvent par une affirmation parfois pesante et incisive pour l’interlocuteur, que l’on commence à communiquer. Affirmez, affirmez, affirmez, il en restera toujours quelque chose, même et surtout si c’est un peu trop répétitif et négatif. Voilà ce à quoi nous sommes trop souvent habitués entre la communication politique et la publicité omniprésente. Mais c’est souvent une grande preuve de faiblesse et de maladresse que de vouloir imposer son point de vue en haussant le ton. Pure perte de temps et d’énergie que de ne pas préparer le terrain avant de l’ensemencer.

Affirmer, c’est dévoiler ce que l’on est réellement sans chercher à convoquer de connaissances livresques pour impressionner. Point de vantardise, point d’étalage de science. (Ne négligeons pas cependant de nous poser quelques questions pertinentes qui nous permettront de garder confiance en nos connaissances de base : ai-je écouté des conférences ? Ai-je ouvert un catéchisme régulièrement pour continuer à me former ? Ai-je conscience que ma foi a besoin d’être nourrie pour ne pas rester superficielle ?)

Chassons le respect humain : il est inutile de savoir « bien parler », car dévoiler sa pensée, c’est dire ce que l’on est et non faire preuve de culture. Celui qui invoquera le Saint-Esprit pour trouver les bonnes réponses ne sera jamais pris au dépourvu.

En pratique, que faire ?

Constatons qu’il n’y a rien d’intellectuel dans les affirmations de Jésus. Il ne dit pas en premier ce qu’il sait, il n’affiche pas ses connaissances, il dit ce qu’il est ! Toujours concis, il se définit en trois mots simples « JE suis la voie, la vérité et la vie5 ! »

Les nombreuses affirmations de Jésus suivent une progression pédagogique intéressante à remarquer. On décèle en effet dans ses exposés plusieurs niveaux qui, comme les marches d’une échelle, aident l’âme attentive à s’élever :

  • informer,
  • expliquer et préciser,
  • confirmer, et enfin prouver par les actes.

INFORMER : En école de journalisme, on apprend qu’une information, c’est « ce qui se différencie par rapport à la norme ; or Jésus ne cesse de s’afficher comme un signe de contradiction et montre un certain goût pour l’affirmation hors norme…

Voici un florilège de ses assertions les plus marquantes :

« Les premiers seront les derniers6. »

« Les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu7. »

« Car qui voudra sauver son âme, la perdra ; et qui perdra son âme à cause de moi et de l’Evangile la sauvera8. »

« A quiconque vous frappe sur une joue, présentez encore l’autre9. »

« Le Fils de l’homme même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir10. »

« Car mon joug est doux et mon fardeau léger11. »

Comment ne pas s’interroger sur le sens profond de tels propos ? Autant d’affirmations fondatrices de la doctrine chrétienne, qui se suffisent à elles seules, et révèlent la complexité de la pratique de la foi catholique, tant dans son principe que dans son action au quotidien. Au demeurant, Jésus ne s’est-il pas présenté lui-même, comme un « signe de contradiction ». Les béatitudes ne sont-elles pas diamétralement opposées à celles de notre monde marchand et hédoniste qui rêve de richesses et de bonheurs artificiels. Elles correspondent d’ailleurs à une attente profonde de nos contemporains en recherche de sens et d’un monde moins assujetti au culte de la performance.

EXPLIQUER ET PRECISER : saint Jean écrit sans aucune ambiguïté dans le fameux prologue de son évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu… En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes12. » Belle leçon de clarté et de précision dont nous devons nous inspirer. L’enseignement de Jésus se distingue par sa limpidité et son caractère incisif. Avec lui, la formule de Boileau se vérifie amplement : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément13. »

La loi d’amour du « Fils de l’homme » est précise et exigeante, il s’agit avant tout d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même, jusqu’au sacrifice s’il le faut… Voilà l’impérieux devoir du catholique : aimer jusqu’au sacrifice de soi. Ne craignons pas ce mot même s’il est passé de mode. Ne sommes-nous pas, à l’imitation de Jésus, des signes de contradiction ?

Précisons comment faire pour gagner la paix de l’âme : « Personne ne vient à mon Père que par moi14. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent15. » Rappelons les deux commandements précisés avec fermeté : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même16 » afin d’aimer, non pas seulement en paroles, mais surtout en actes.

CONFIRMER SA FOI, s’il le faut, et si ce n’est au péril de sa vie, ce sera souvent en tout cas au péril de sa tranquillité.

Combien de catholiques fidèles à la Tradition ne sont-ils pas en peine de confirmer leur foi en dehors de leurs amis proches ? Ils n’osent pas afficher leur attachement à la Tradition catholique sous prétexte qu’ils ne sont « pas assez savants ». On reste poliment sur la réserve dans le monde et on pratique l’entre-soi… Il suffit d’observer les sorties de messe où personne ne se préoccupe des nouveaux arrivants, des inconnus. Ne prenons pas une attitude mondaine et superficielle ! Posons-nous les vraies questions : sommes-nous vraiment apôtres ? Avons-nous ce désir ardent de communiquer nos connaissances et notre foi sans compromissions ? Résistons-nous avec force et énergie à l’indifférence spirituelle ? Osons-nous préciser que Notre-Seigneur est « découronné » par l’Eglise conciliaire ? Soyons authentiques : affirmons, précisons, confirmons notre foi et surtout prouvons !

PROUVER : « Personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis17. » « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs18. »

Aimer, non pas seulement en paroles, mais surtout en actes. C’est la figure de nos crucifix, où le fils de Dieu CONFIRME et PROUVE son amour de l’humanité par le don de sa personne. Ses dernières paroles sur le gibet en attestent : « Tout est accompli. »

Pour aller plus loin et progresser

Affirmer, c’est donc : informer avec précision sans crainte d’être en contradiction avec un monde sans autre boussole que la modernité pour la modernité, le progrès pour le progrès. Pour aller où ? Avec quelle finalité ? Nul ne le sait !

Tout réside dans le fait d’oser préciser les tenants et aboutissants de sa foi catholique : le salut de son âme. Mais aussi oser confirmer. « Etes-vous donc roi ? » interroge Pilate après l’avoir fait flageller : « Jésus répondit : Vous le dites, je suis roi, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité19. » Ce faisant, Pilate rend, sans le savoir, un grand service à l’humanité, nul désormais ne peut ignorer qu’il est le roi de l’univers. Aucune objection possible. Jésus de Nazareth « roi des Juifs », voilà ce que Pilate a entendu, ce qu’il a compris. Voilà ce qu’il fait inscrire sur l’écriteau de la croix, au grand dam des pharisiens.

Affirmer, préciser, confirmer, prouver, voici les quatre barreaux de l’échelle de l’affirmation qui peuvent aider à convertir les âmes en recherche en prenant garde de ne pas aller trop vite pour communiquer les trésors de notre foi, certes sans respect humain, mais avec intelligence et pédagogie.

RESOLUTION PRATIQUE :

  • Jésus affirme : « Je suis un signe de contradiction. »
  • Il précise : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour la parfaire. »
  • Il confirme : « Je suis roi. »
  • Il prouve : « Tout est accompli sur la croix. »

Application pratique personnelle :

  • J’affirme : je suis chrétien.
  • Je précise : catholique.
  • Je confirme : fidèle à la Tradition.
  • Je prouve cette affirmation : « Dieu premier servi » en faisant prière et méditation avant les écrans et toutes les préoccupations temporelles.

ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’Ave pour obtenir l’aide de Marie Co-rédemptrice – 1er mystère glorieux : la Résurrection de Jésus. « Je suis la vie, la voie et la vérité » OSER « Afficher, affirmer, préciser », et… surtout prouver en acte sa foi.

J’oserai expliquer ma foi catholique, ma réputation dût-elle en souffrir. Aussi, ne craindrai-je pas d’être un signe de contradiction comme Jésus.

« Pouvoir dire la vérité et se taire, c’est mériter la colère de Dieu. » (Saint Justin)

« Une vérité dite sans charité n’est pas une vérité charitable. » Saint François d’Assise

Frère Charles de Foucaud (cordigère)

1 Jean VIII, 57
2 Jean VIII, 58
3 Matthieu XXVI, 26-28
4 Matthieu V, 5-8
5 Jean, XIV, 6
6 Matthieu XX, 16
7 Matthieu XXI, 31
8 Marc VIII, 35
9 Luc, VI, 29
10 Marc, X, 45
11 Matthieu XI, 30
12 Jean I, 1-4
13 Nicolas Boileau – L’Art poétique (1674)
14 Jean XIV, 6
15 Matthieu VI,24
16 Matthieu XXII, 37,39
17 Jean XV, 13
18 Marc, II, 17
19 Jean XVIII, 37

Un silence coupable

Dans une école hors-contrat, Raoul est surpris avec des images immorales en compagnie de 2 autres élèves ! Ni les parents ni les éducateurs ne s’y attendaient, mais cela arrive… Les éducateurs prennent alors des mesures appropriées pour le bien commun et adaptées à chaque personne. Ils cherchent aussi à comprendre l’origine de l’action de Raoul et de la curiosité des 2 autres élèves, dont les familles ont pourtant bonne réputation.

Plusieurs facteurs sont notés, mais l’un d’eux revient comme dans 90% des cas : les jeunes adolescents n’ont pas été informés par leurs parents sur les mystères de la vie, les évolutions de l’adolescence, les tentations contre la pureté, les précautions et les remèdes nécessaires. Leur curiosité ou leur inquiétude naturelle devant les transformations qu’ils observent chez eux ou chez leurs camarades n’ont pas été satisfaites par des explications saines au bon moment.

Le silence sur certains sujets est coupable

Le silence des parents sur ces mystères de la vie est doublement coupable : d’une part parce que l’enfant est initié ailleurs de manière matérialiste ou immorale à ces choses saintes mais mystérieuses, ce qui abîme sa pureté et déforme sa manière de les considérer, d’autre part parce que tous les papes même récents ont rappelé que cette formation des enfants est un devoir grave des parents qui ne peut être délégué à d’autres. Son absence est donc une faute.

« Alors, il appartiendra à vous, aux mères pour vos filles, aux pères pour vos fils, autant que cela apparaît nécessaire, de soulever avec précaution et délicatesse le voile de la vérité, de donner une réponse prudente, juste et chrétienne à ces questions et à ces inquiétudes1. »

Un jeune qui cherche des réponses va, tôt ou tard, aboutir sur internet et sera marqué et déformé pour longtemps par les images pornographiques inévitables. Si ce n’est pas trop tôt, c’est trop tard !

Même dans un milieu « protégé », la faiblesse humaine liée au péché originel subsiste. Un camp de louveteaux dès 7 ans peut donner lieu aux premières conversations sur l’origine de la vie. Vers 10-12 ans, au plus tard en arrivant en pension, les occasions se multiplient. L’adolescence élargit les sujets de questionnement. Mieux vaut donner le bonne information un peu trop tôt, que trop tard.

Sachons que le programme EVARS- éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle- applicable même dans les écoles sous-contrat, violera la responsabilité des parents dans ce domaine intime et initiera les enfants dès la maternelle, à toutes les formes de perversion sexuelle et de contraception2. Ce programme correspond à l’éducation comportementaliste qui dessine une vision de la sexualité comme une consommation consentante mutuelle3  . Sans parler de l’apprentissage du genre dès la maternelle.

Il est normal que certains sujets soient difficiles

« Beaucoup d’entre nous se sentent gênés d’aborder ces sujets. Les parents ont à frayer un chemin entre deux écueils :

  • Le matérialisme qui se traduit (au mieux) par une froideur médicale nocive. Il rabaisse au niveau de la vie animale l’amour des parents et le don d’une vie douée d’une âme spirituelle pour l’éternité, créée à l’image de Dieu.
  • Un néo-catharisme qui assimile tout ce qui touche au corps à quelque chose de sale ou mauvais et dont nous sommes imprégnés à notre insu.

Comment ce qui participe au commencement de la vie pourrait être sale ? C’est fragile et cela compte parmi les choses les plus étonnantes et les plus respectables. Nous avons deux guides pour trouver le ton juste : émerveillement et chasteté4. »

Des étapes et l’appui sur la grâce de Dieu

Ainsi, il est souhaitable de s’émerveiller devant le don de la vie avant de remonter vers le rôle respectif des parents qu’on abordera de manière délicate, respectueuse, valorisante en lien avec l’enseignement moral de l’Église.

Il faudra profiter des occasions de la vie pour aborder le sujet, plusieurs fois, de manière progressive : une nouvelle naissance dans la famille ou l’entourage, la préadolescence puis les étapes jusqu’à l’âge adulte.

Tout devra être dit clairement, y compris les tentations ou faiblesses respectives des garçons ou des filles et les moyens de garder ou retrouver la pureté : prière, sacrements fréquents, volonté. L’appel à la pureté est aussi un appel à l’effort, voire l’héroïsme, pour se préparer à faire ses choix de vie future dans les meilleures conditions : un mariage chrétien chaste, ou la virginité consacrée dans la vocation religieuse.

Des conditions pour être vrai et efficace

  • « Les parents doivent eux-mêmes mener une vie irréprochable de chasteté conjugale et veiller à ce qu’aucune atteinte à la vertu de pureté n’entache le sanctuaire familial (même les grivoiseries et grossièretés).
  • Ils doivent savoir ce qu’il faut dire à leurs enfants, comment le dire et à quel âge.
  • Ils doivent se faire une juste idée de leurs enfants, c’est-à-dire les savoir victimes des inclinations déréglées qui demeurent même après le baptême, mais les savoir aussi en mesure de les dominer avec le secours indispensable de la grâce5. »

Ne restons donc pas silencieux sur ce sujet essentiel ! Éduquer à la vérité et à l’amour vrai, c’est donner la possibilité d’un vrai équilibre, de la chasteté dans tous les états de vie et du bonheur à nos enfants.

Hervé Lepère

1 Pie XII, Allocution aux mères de famille, 26/10/1941
2 J-P. Maugendre
3 AFC- Association Familiale Catholique
4 Les mystères joyeux de la vie – C.& B. Scherrer.
5 Petit catéchisme d’éducation à la pureté – Père J. d’Avallon

Comment peut-on vivre dans le silence ?

Il est des personnes qui ont offert au Bon Dieu leur faculté de parler, dans un sacrifice volontaire qui les a amenées à rentrer dans un ordre religieux contemplatif, par exemple. D’une autre manière, suite à un accident, une maladie ou un handicap, de nombreuses autres sont privées de l’usage de la parole ou de l’ouïe. Et pourtant, elles se font comprendre, et pourtant, elles arrivent à exprimer leur volonté, et pourtant elles méritent de vivre. Les sourds, par exemple, vivent dans le silence complet, et pourtant ils s’informent autre-ment, ils développent leurs facultés intellectuelles, ils méditent, ils ne font pas que seulement survivre, mais ils ont une vie à part entière compensant par leurs sens valides, leurs oreilles déficientes. La vie dans le silence n’est donc pas une diminution, une vie au rabais. Bien plus, elle procure une facilité nouvelle, un autre sens de la réalité, une disponibilité de l’âme qui nous rapproche intangiblement de Celui « qui nous apprend tout par son silence ».