Moïse au Buisson ardent

Le peuple hébreu, avant d’atteindre la Terre Promise, fut d’abord guidé par les patriarches : Abraham, Isaac, Jacob. Puis, après être demeuré en Égypte pendant plusieurs siècles, Dieu envoya Moïse pour le libérer de la servitude et lui donner la loi mosaïque, comprenant le Décalogue ainsi que l’ensemble des préceptes auxquels se soumettent les Juifs (circoncision, interdits alimentaires). Mais avant d’y parvenir et de les libérer d’Égypte, il fallut du temps. Dieu mit ce temps à profit pour travailler Moïse et le préparer à sa mission.

La vocation de Moïse
Après avoir tué un homme sous le coup de la colère, Moïse, qui occupait pourtant les plus hautes fonctions, doit fuir l’Égypte. Il trouve refuge dans le désert où il rencontre les Madianites, peuple de bergers nomades parmi lesquels Jethro, dont il épouse la fille, Séphora. Il entre alors au service de son beau-père. Mais, un jour qu’il fait paître ses brebis sur le Mont Horeb, Dieu se manifeste à lui sous la forme d’un buisson ardent.

Intrigué par le buisson qui brûle sans se consumer, Moïse cherche à s’en approcher quand Dieu lui dit alors : « N’approche pas d’ici, ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. » C’est dans cette attitude que Moïse apparaît le plus souvent : debout, nus pieds, à côté de ses sandales comme à Doura Europos, ou bien en train de se déchausser comme sur les mosaïques de Saint-Vital de Ravenne, ou plus tardivement sur un tableau de Domenico Fetti au XVIe siècle.

Dieu se manifeste à Moïse par l’intermédiaire du buisson ardent pour confier à celui qui fuyait précisément l’Égypte, la lourde tâche d’y retourner pour libérer ses frères captifs.

La vision du Buisson
Moïse est d’abord réticent à l’idée de retourner en Égypte. Pour le conforter dans sa mission, Dieu lui révèle alors son nom, le nom par lequel les Hébreux le reconnaîtront comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob : Je suis celui qui suis. Paroles que l’on retrouve retranscrites sous sa forme grecque Ο Ω Ν sur les branches de la Croix du nimbe du Christ Pantocrator.

Si la plupart des théologiens s’accordent pour dire que le Buisson ardent est l’une des principales théophanies de l’Ancien Testament, des difficultés furent rencontrées dans sa représentation. Ces difficultés s’expliquent par la tradition aniconique juive et par l’interdiction judaïque, en usage dans l’Ancien Testament, de représenter Dieu. C’est pourquoi, avant qu’à l’époque moderne, l’habitude ne soit prise de figurer Dieu le Père au milieu des flammes, le buisson fut simplement représenté en flammes comme à Doura Europos, ou bien abritant la personne du Christ, préfigurant l’Incarnation. Parfois, comme sur le Ms Grec 510 de la Bnf, le Christ est remplacé par un ange, étant donné que Dieu ne se manifeste dans l’Ancien Testament que par l’intermédiaire de ses anges.

À partir du XIVe siècle, se développe également une iconographie particulièrement populaire en Orient : la Mère de Dieu du Buisson ardent. Aux yeux de nombreux théologiens, le buisson ardent est l’image de la Vierge qui enfante le Christ, feu divin, tout en gardant intacte sa virginité. La Vierge Théotokos, inscrite dans deux losanges (l’un vert évoquant la végétalité du buisson, l’autre rouge évoquant le feu), est entourée d’anges et d’archanges tandis qu’aux quatre coins sont figurés quatre préfigurations vétérotestamentaires de la virginité mariale : Moïse et le Buisson ardent ; l’échelle de Jacob ; la purification des lèvres d’Isaïe par un séraphin et la vision de la porte fermée du temple par le prophète Ézéchiel.

Bien que particulièrement populaire en Orient, l’habitude d’associer la Vierge au buisson se rencontre également en Occident, notamment sur le triptyque de Nicolas Forment (XVe siècle).

Conclusion
Lorsque Moïse fuit l’Égypte, il a près de 40 ans, mais ce n’est encore qu’au bout de 40 ans de vie dans la solitude du désert que Dieu se manifeste à lui, il a près de 80 ans. Moïse n’a pris la tête de son peuple qu’après une longue retraite dans la solitude du désert, à l’occasion de laquelle il eut la grande grâce de contempler Dieu par l’intermédiaire du Buisson ardent. C’est à cet emplacement, sur la montagne de l’Horeb, que sainte Hélène fit construire une chapelle dédiée à la Vierge, qui deviendra plus tard un monastère : le monastère Sainte-Catherine du Mont-Sinaï.

Une médiéviste

L’Evangile : LE guide pratique de la communication réelle (suite 4)

5e geste : interroger, reformuler !
A la suite des précédents articles publiés sur ce sujet depuis le FA 54 et après avoir étudié ces quatre gestes : Faire le premier pas, Demander service, Donner de son temps, et Ecouter sans juger, penchons-nous sur le 5eme geste de Notre-Seigneur observé dans son Evangile.

Dans l’Evangile, on note que Notre-Seigneur sait poser les questions pertinentes au bon moment ayant pour effet, soit de réveiller les intelligences et les consciences, soit de faire taire définitivement les objecteurs pervers. « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ?¹ » Interrogation perfide à laquelle Jésus rétorque par une mise à l’épreuve : « Quel est celui de vous qui, si son âne tombe dans un puits, ne l’en retire même le jour du sabbat ?² »

Interroger à bon escient, détecter les interventions pertinentes qui font progresser le dialogue, oser poser des questions plutôt qu’affirmer trop vite pour inciter les esprits à trouver par eux-mêmes les bonnes réponses, voici un « art » de la rhétorique quelque peu oublié de nos temps. Ce fut, rappelons-nous, un moyen très habituel de communication aux temps antiques, promu par Socrate qui répondait aux questions par des interrogations en cascade afin de « faire accoucher les esprits ». Jésus, pour sa part, saura mettre l’interrogation dans son apostolat !

L’exemple de Notre-Seigneur
Observons maintenant quelques scènes de l’Evangile. Après avoir été vilipendé par les pharisiens d’un côté, et adulé par ses amis de l’autre, Jésus se tourne vers les apôtres et les interroge : « Qui dit-on qu’est le Fils de l’homme ?³ » Question surprenante ! Les apôtres se regardent les uns les autres. Après un bref silence, ils sont intarissables, chacun y va de son témoignage. Et Jésus les relance encore : « Et vous ? Qui dites-vous que je suis ?⁴ » Mais où le « maître » veut-il donc en venir ? Cette question amène les apôtres à s’engager, à réfléchir. Pierre se révèle alors le futur chef de l’Eglise naissante. Avec énergie et ferveur, il proclame : « Vous êtes le Christ, le fils du Dieu Vivant ! » L’Eglise naissante apparaît dans cette réponse. Pierre déclare sa foi et sa confiance en son maître qui le pressent déjà comme le futur pontife.

A un autre moment de sa vie publique, aux docteurs de la loi qui cherchent à le piéger sur les miracles accomplis un jour du Sabbat, Jésus riposte ainsi : « Qu’y a-t-il écrit dans la loi ?⁵ » Il regarde le paralytique miraculé et demande : « Lequel est le plus aisé à dire : tes péchés te sont remis, ou de dire lève-toi et marche ? ⁶ » Est-il besoin d’insister ? Le Christ en appelle aux âmes loyales, capables de trouver par elles-mêmes la réponse juste. Ou bien encore un autre jour : « Qui de vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou si on lui demande un poisson, lui donnera un serpent ?⁷ » Avec de telles questions, l’intelligence s’éveille et la conscience s’ouvre.

Notons que ces questions à caractère pédagogique, ces interrogations « boomerang » se retournent souvent contre la mauvaise foi des esprits perfides autant qu’elles éclairent les indécis.

Dans une autre page de l’Evangile, juste après sa résurrection, Jésus interroge Marie-Madeleine qui cherche avec douleur « son maître » dont le corps n’est plus dans son tombeau : « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?⁸ », insiste Jésus, comme s’il prenait plaisir à entendre Marie-Madeleine révéler la profondeur de sa foi, et sa grande fidélité. Heureuse question qui aura le double effet de confirmer la vive affection de Marie-Madeleine et de combler le coeur de Jésus !

Examinons-nous
« Communiquer » dans notre société hyper-médiatique est trop souvent synonyme de propagande déguisée, de débats stériles, d’influences néfastes, de pensée à sens unique, dans un mépris total des personnes considérées comme des « cibles » commerciales…

  • Se faire comprendre à la manière du Christ n’a rien à voir avec de telles méthodes d’influence. Il ne plaide pas une cause pour son compte, il n’use jamais de faux semblant, il s’adresse à l’intelligence souvent assoupie des coeurs. Il veut se mettre au niveau des âmes pour qu’elles se convertissent : « Pourquoi êtes-vous effrayés ? » demande-t-il aux apôtres, « n’avez-vous pas encore la foi ?⁹ » Stimuler les caractères, entendre les angoisses, comprendre les peurs, préparer ses amis à vivre dans la vérité. En un mot, allumer les flammèches intérieures qui vacillent dans les âmes. Voilà en quoi ses interrogations s’avèrent si efficaces.

Nous devrions prendre exemple sur Notre-Seigneur dans nos démarches d’apostolat. Ne répondons pas trop vite aux questions, forçons-nous à passer par les étapes progressives du questionnement afin de favoriser davantage l’implication de nos interlocuteurs. L’interrogation est à l’esprit ce que la bougie est aux moteurs thermiques ; elle allume la petite flamme vacillante de nos intelligences.

  • Toute question n’appelle pas de réponse ! Il faut savoir détecter et détourner la fausse question qui cherche à piéger. Dans ce cas, la parole est d’argent, le silence est d’or ! Nous sommes, à des degrés divers, souvent trop passifs devant les personnes de mauvaise foi qui simulent par de fausses interrogations un intérêt soudain. Elles cherchent à mettre mal à l’aise celui qui veut se faire apôtre, souvent en présence de tierces personnes dont elles cherchent la complicité. Souvenons-nous alors des réponses de Jésus quand il fut interrogé devant le Grand-Prêtre : « Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? ¹⁰ » Aidons alors ces personnes, autant que faire se peut, à éveiller leur conscience et à les ramener à de meilleures intentions, mais sachons aussi détecter la ruse et s’il le faut, répondons par le silence !

En pratique, que faire ?
La reformulation permet dans un dialogue, de préciser, de clarifier, de confirmer une opinion. Dire : « Si je vous ai bien compris vous voulez dire que… » met l’interlocuteur dans les meilleures dispositions d’écoute possibles, tant il est sensible à l’attention qui lui est portée.

Un apôtre doit s’exercer à cette véritable discipline de la parole propre à l’interrogation et à la reformulation. Ses paroles doivent être « placées » au bon moment et imposent une certaine mortification pour ne pas livrer trop vite ses connaissances et imposer son point de vue. A l’image de Jésus qui, ne répondant pas à la seconde près aux dénonciateurs de la femme adultère, dessine sur le sable en silence et posant une question préalable, laisse les consciences se réveiller. Son silence est aussi éloquent qu’assourdissant. La répartie orgueilleuse n’est d’aucune utilité pour toucher les âmes. Susciter le « chambardement » intérieur demande plus de finesse : « Appelez votre mari et venez ici¹¹ » dit-il à la Samaritaine. Cette réplique de Jésus à la limite de la provocation, pousse l’âme assoupie jusqu’à ses derniers retranchements. Elle avoue qu’elle n’a pas de mari. Jésus confirme : « Vous avez eu cinq maris, et celui que vous avez maintenant n’est pas à vous. » Subtile relance qui va tout changer, tout ouvrir, tout bouleverser. Délivrée ainsi du mensonge et de l’hypocrisie, la Samaritaine oscille entre soulagement et paix. Ses yeux s’écarquillent, elle comprend qui est cet homme dont la soif est si ardente. Jésus ne lui fait pas la morale, il nous donne alors un exemple que nous pourrons suivre si nous nous mettons à l’école du « Fils de l’homme ».

Pour aller plus loin et progresser
Questionner encore et encore, cela aura deux effets méritoires :

  • D’une part, on saura mieux adapter notre explication en fonction de la personne interrogée.
  • D’autre part, on encouragera le « récepteur » à trouver par lui-même les bonnes réponses.

L’intérêt pédagogique d’une telle démarche interrogative est évident, mais elle exige du temps, une attention très vive et de la patience. Des paramètres et des qualités qui se font rares sous la tyrannie de l’urgence. Désormais dans les relations dites « humaines », la répartie immédiate et cinglante est survalorisée au détriment de la réflexion. Qu’importent les arguments exposés, puisque le jeu consiste à imposer rapidement ses idées, de gré ou de force !

RESOLUTION PRATIQUE : Ayons la patience d’écouter, de nous interdire tout jugement téméraire, en aidant notre interlocuteur à trouver les réponses par lui-même et en évitant les affirmations péremptoires.
ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’Ave – 3ème mystère glorieux : la Descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres. Demandons au Saint-Esprit de nous inspirer. Avant d’afficher sa foi et d’affirmer des vérités, il faut aider les âmes à assimiler et à accepter les points exigeants de la doctrine catholique. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’être patient et pédagogue en s’efforçant de poser les bonnes questions afin de préparer le terrain.

Frère Charles de Foucaud (cordigère)
« L’âme n’est pas faite pour le bruit, mais pour le recueillement et la vie doit être une préparation au ciel non seulement par les oeuvres méritoires mais aussi par la paix et le recueillement en Dieu. » Ch. de Foucauld

1 Lc XIV, 3
2 Lc XIV, 5
3 Mt XVI, 13
4 Mt XVI, 15 et 16
5 Lc X, 26
6 Mt IX, 5
7 Mt VII, 9-10
8 Jean XX, 15
9 Mc IV, 40
10 Jean XVIII, 23
11 Jean IV, 16-18

Tous chef?

La société ne devrait être qu’une pyramide de chefs », disait le Maréchal Lyautey. Cette idée est partagée par l’abbé Gaston Courtois, dans son ouvrage L’Ecole des Chefs, où il expose les différentes qualités et missions que l’on attend d’eux. Il semble cependant que, dans notre monde actuel, la place de chef ne revient qu’à une élite triée sur le volet, issue de grandes écoles de management, de commerce, de communication. Le chef d’aujourd’hui est un technicien, sachant user des multiples outils à sa disposition pour régler un problème, déterminer des objectifs, gérer des conflits. Il en résulte que l’énorme masse de ceux qui n’ont pas suivi ces parcours académiques prestigieux, sont voués à suivre et à obéir, sans trop se poser de questions : après tout, n’est-il pas normal que la personne la plus instruite dans un domaine occupe le plus haut poste ? L’abbé Courtois semble avoir une opinion quelque peu différente, comme nous allons tâcher de l’exposer¹.


LE CHEF ET SA MISSION
Pour définir les qualités du chef, l’abbé Courtois analyse d’abord l’oeuvre à accomplir. Afin d’atteindre le but fixé, le chef doit évidemment être compétent, mais également avoir le sens du réel et être imprégné de la grandeur de sa mission.
La compétence est la première des qualités nécessaires au chef. Etant le conducteur de l’ensemble dont il a la charge (équipe, famille, entreprise, etc…), il doit pouvoir articuler correctement les différentes parties sous ses ordres afin de faire mouvoir le tout, et pour ce faire il doit avoir une bonne connaissance des domaines qui touchent son action. Cette connaissance n’a pas besoin d’être parfaite, car il a des subordonnés dont c’est le rôle de maîtriser chacun de ces domaines. Pour lui, il lui faut une connaissance générale suffisante pour « prévoir, organiser, commander, contrôler, apprécier les valeurs relatives, peser les opportunités, coordonner les efforts de chacun en vue de l’oeuvre commune ». Bien sûr, plus sa connaissance particulière de chaque chose sera aiguë, plus il pourra diriger avec clairvoyance, mais il prend le risque d’être submergé d’informations, obscurcissant son jugement, ou bien de s’aliéner ses subordonnés, qui ont la charge des choses particulières.
Mais être compétent ne suffit pas si l’on n’a pas le sens du réel, c’est-à-dire si l’on ne saisit pas le cadre dans lequel notre action va s’effectuer. Gaston Courtois reprend cette phrase d’un Général de la Première Guerre Mondiale : « En artillerie, ce qui importe, ce n’est pas le coup qui part, c’est le coup qui porte. » Cela ne sert à rien de sortir toute la théorie que l’on a apprise, si la pratique en est rendue impossible par les conditions particulières du milieu. Le sens du réel implique de se débarrasser des « formules magiques », des préjugés, et bien plus de l’idéologie. Ces choses sont du domaine de l’incantatoire, et non du tangible. Le chef doit embrasser de son regard l’ensemble de son champ d’action, en saisir les limites et les potentialités, et seulement alors exercer sa compétence pour transformer ce réel. Le chef n’est pas un magicien, mais un artisan.
La dernière des qualités du chef, concernant le but à atteindre, est le sens de la mission qu’il incarne, ou « la foi en la grandeur et en la beauté de sa tâche ». Si le chef agit à contre-coeur, s’il n’est pas animé par son oeuvre, alors il est semblable au berger mercenaire que Notre-Seigneur décrit dans son Evangile : il fuira au premier danger. « Pour venir à bout des choses, disait Louis XIV, le premier pas est de les croire possibles. » On peut ne pas choisir sa mission, et cela est presque exclusivement le cas. Elle peut donc ne pas plaire, et même rebuter, mais le chef l’accepte² parce qu’elle participe au bien commun, et parce qu’elle lui vient de l’autorité supérieure sous laquelle il s’est volontairement rangé. Il doit s’imprégner de sa tâche et, ce qui est peut-être encore plus difficile, il doit enthousiasmer ses subordonnés. Il n’ira pas loin s’il doit barrer un bateau naviguant à contre-courant. La mission est d’ailleurs la seule raison du chef : sans elle, à quoi sert-il ? Il existe une foule de chefs qui ne voient dans leur charge que le prestige, les privilèges, le pouvoir. Ce sont de petits tyrans, qui n’amasseront sous eux que haines et rancoeurs. On les remplacera bien vite, et pour le mieux. Tandis qu’un chef soucieux de sa mission avant tout, se mettra au service d’elle et des subordonnés avec lesquels il va l’accomplir. Un tel chef est digne de l’autorité qu’il représente, car avec lui grandiront³ ceux dont il a la charge, et la communauté qu’il incarne.


LE CHEF ET LUI-MEME
Si la mission est le premier élément de définition du chef, selon Gaston Courtois, alors sa manière d’être en est le deuxième. Le chef se reconnaît ici par son impassibilité, son sens du sacrifice et son esprit de décision. Il est souvent dit que l’homme qui ne sait se commander, ne peut commander aux autres. Celui qui est en effet incapable de résister à ses pulsions, n’aura aucune crédibilité ni respect de la part de ses subordonnés lorsqu’il devra leur commander. Il sera également dans l’impossibilité de surmonter les inévitables obstacles qu’il rencontrera dans l’exercice de sa fonction. Le chef se doit d’être impassible, c’est-à-dire de ne pas se laisser aller à ses passions, fussent-elles apparemment bonnes : les passions obscurcissent le jugement si elles ne sont pas réglées, et le chef se doit de garder le cap dans toutes les circonstances. C’est un devoir qu’il a non seulement par rapport à sa mission, mais également par rapport à ses subordonnés, car c’est lui qui leur servira de repère dans les difficultés et les incertitudes. « Il faut au chef un moral particulièrement élevé et une maîtrise absolue de lui-même qui lui permettent, au milieu des difficultés, de s’imposer par son calme à ses subordonnés
Autre qualité personnelle : le désintéressement. Nous l’avons vu, le chef ne commande pas pour lui, mais pour un bien commun. Ce n’est pas pour rien que l’on parle souvent de la « charge » qui lui incombe. Celui qui commanderait en vue de son bien propre n’est pas un chef, mais un tyran, un despote. Il met son pouvoir au service de son bien propre, et trahit par-là la mission qui lui est confiée par l’autorité (humaine ou divine), ainsi que ses subordonnés. Peu importe s’il partage avec eux les fruits de ses succès et la gloire qui leur est liée, s’il les entraîne avec lui dans sa trahison. Il est nécessaire que des honneurs, des pouvoirs, des avantages particuliers soient liés à la fonction du chef : sa mission le met au-dessus des membres qu’il dit guider, il ne peut donc être soumis au même régime qu’eux. Cependant, l’Histoire passée et actuelle regorge d’exemples pour nous le prouver, le risque est grand pour le chef de préférer ces avantages à la fin pour lesquels ils sont conditionnés. Le chef doit savoir utiliser ces choses comme des soutiens de son action, et non comme des fins. Après tout, on n’emportera pas ses galons ou sa voiture de fonction devant le Bon Dieu, mais plutôt le résultat de sa gestion.
Enfin, Gaston Courtois présente la décision et la ténacité, en citant ces vers de Boileau :
« Qui ne sut décider, ne sut jamais conduire.
Qui ne sut tenir bon, ne sut rien obtenir.»
Le chef est un homme d’initiative. Il détermine les possibilités qui s’offrent à lui pour atteindre son but, et il choisit celle qui lui semble la plus adaptée selon le contexte. En décidant, il accepte les conséquences que porte son acte. S’il échoue, il ne peut se défausser sur un autre que lui-même, et la grandeur d’un chef est souvent mesurée à la manière dont il assume ses responsabilités. Tant que l’action n’est pas complète, ou que le but n’est pas atteint, le chef se doit de persévérer, sans pour autant s’obstiner : changer de route pour atteindre le but n’est pas un échec en soi, mais refuser de reconnaître qu’on se trompe est blâmable. Le chef ne peut se permettre de velléités, qui sont des demi-pas en avant suivis bien vite d’une course en arrière. Et pour décider, il faut au chef des principes solides, des valeurs profondes.
L’abbé Gaston Courtois parle encore des qualités du chef par rapport à ses égaux, et à ses subordonnés, mais il serait trop long d’en parler ici. Retenons de cela que le chef n’est pas un être né, mais construit. Si beaucoup ne seront jamais appelés à de hautes responsabilités, en raison de circonstances diverses, tous nous sommes d’une manière ou d’une autre voués à diriger, qui une famille, qui un groupe, une entreprise, une association, une initiative diverse. Être chef n’est pas réservé à une élite particulière, car tout homme se trouve immanquablement, à un moment ou un autre de son existence, confronté à la possibilité de servir le Bien Commun autrement qu’en exécutant simplement des ordres. Les initiatives ne manquent pas, même aujourd’hui. Mais avons-nous la volonté de les prendre, et le désir de les bien mener ? Diriger un grand groupe n’est en soi pas si différent que d’avoir la responsabilité d’une tâche dans notre paroisse : l’ordre de grandeur change, les ingrédients restent les mêmes.
R.J.

1 Toutes les citations qui suivent, sauf mention contraire, sont tirées de L’Ecole des Chefs du P. Gaston Courtois.
2 S’il en a bien sûr les compétences : accepter une mission à laquelle on n’est pas apte s’apparente plus à de l’aveuglement qu’à de l’abnégation.
3 Autorité vient du latin Augere : élever, augmenter
4 Maréchal Joffre

La confiance en soi,la responsabilité

Il est parfois surprenant de voir des enfants déjà grands, hésitants, regarder leurs parents avant d’agir. Des enfants peu sûrs d’eux-mêmes, et inquiets de ne pas savoir faire, ou de se faire reprendre. Bien souvent, observer et écouter les explications ne suffisent pas pour l’enfant peu sûr de lui, il lui faut « faire » plusieurs fois pour tout retenir et arriver à agir sereinement et à propos.

C’est tout jeune que l’enfant doit être rassuré, mis en confiance, puis responsabilisé. Cela sera plus facile s’il y a une sérénité, un climat de confiance à la maison, si, pour l’aider, on ne fait pas à sa place, et si on adapte à son âge la difficulté d’apprentissage pour lui faire découvrir ainsi la joie du progrès ou de la réussite.

Donner de bonnes habitudes

Nous le savons, l’éducation commence à la maison. C’est là, dans un climat de joie paisible, que se prennent les bonnes habitudes sous l’oeil attentif et relativement exigeant des parents. Si le cadre est ordonné, structuré dans des « rites » familiaux réguliers et incontournables comme la prière en famille, faire son lit le matin, se brosser les dents, rendre service, etc., l’enfant s’appuiera sur ce socle qui, avec l’âge, le poussera à aller plus loin dans l’effort et l’esprit de générosité.

Si les parents veulent que leurs enfants résistent aux tentations et soient engagés, armés pour les combats de la vie, ils doivent leur donner le sens de l’effort, et celui de la générosité dans le sacrifice. La perspective d’avoir à demander à nos enfants des choses qui leur coûtent ne doit pas nous donner mauvaise conscience. Les adolescents, et plus encore les enfants, comprennent souvent mieux que les adultes la nécessité de se maîtriser, de se surpasser, de se donner, surtout si on les y encourage.

Le privilège de l’habitude est de rendre facile et naturel ce qui paraît étrange à celui qui n’a pas cette habitude. Le geste habituel garde une éternelle jeunesse ! Un enfant prend assez facilement de bonnes habitudes à la maison, pourvu qu’on le raisonne et que l’on manifeste une certaine persévérance dans ses exigences. On peut lui demander assez jeune de ne rien laisser traîner dans sa chambre, de prendre soin de ses affaires, de ses vêtements, de nettoyer ses chaussures, d’être propre, de participer à l’ordre dans la maison en rangeant ce qu’il a dérangé. On habituera l’enfant à être poli, à dire bonjour et merci. Ces petites bases d’exigence personnelle et de délicatesse vis-à-vis des autres sont impératives.

Ne pas faire à sa place

On observe aujourd’hui des enfants passifs, qui se reposent sur les autres sans aucun esprit d’initiative, par manque de motivation ou de confiance en eux parce qu’ils n’ont jamais fait par eux-mêmes. On a l’impression qu’ils subissent tout à contrecoeur. Cela peut venir d’un manque de maturité, mais deux écueils sont à fuir en famille : le manque de motivation, et faire à la place de son enfant.

La motivation est faite de désir ou de besoin, de curiosité, d’intérêt. On pourrait dire qu’elle est le moteur qui pousse à agir. Ainsi l’enfant agit par devoir, ou parce que maman l’a demandé, ou encore parce que ça lui fait plaisir de le faire. Il faut motiver cet enfant, le stimuler, l’encourager, être son moteur s’il n’a aucun courage ! On peut commencer avec lui pour le lancer dans l’effort, mais ne surtout pas faire à sa place. Attention à l’enfant qui entend ses parents se plaindre ou râler souvent pour peu de chose, il en fera autant. Mais s’il les voit joyeux et entreprenants dans leurs devoirs familiaux, nul doute qu’il imitera leur courage.

L’autre moyen de vraiment soutenir nos petits dans leur autonomie progressive est de prendre du temps avec eux. Oh, je vois bien vos regards désespérés : « Où trouverions-nous du temps ? Nous qui courons toute la journée, enchaînant nos tâches sans relâche et redoutant cette horloge qui, malicieusement, accélère son rythme les jours où nous avons le plus à faire !

« Venez-donc voir un peu sur le terrain, ma p’tite dame ! « 

Oui, je le redis, prenez du temps avec chacun de vos enfants et cela est faisable avec un peu de sérénité (plus efficace au labeur que la fébrilité) et un peu d’organisation matérielle. Faites des repas simples, groupez vos courses, ayez un jour de ménage, un autre de repassage, etc. pour la semaine ; le vendredi anticipez la préparation des repas du week-end. Le matin, préparez votre dîner en même temps que votre déjeuner (pendant l’épluchage des légumes, mettez à cuire la quiche du soir). Et lorsque vos enfants rentreront de l’école, vous serez toute à eux pour soutenir les grands dans leurs devoirs, et écouter les petits raconter leurs aventures de la journée.

Les jours de congé ou dès que vous avez un peu plus de temps, prenez l’un de vos enfants pour un peu d’aide à la cuisine (le papa pourra organiser de son côté un petit bricolage utile ou du jardinage avec un autre enfant). Prenez le temps d’apprendre à vos enfants les choses toutes simples, les plus grands seront ravis de vous aider à la cuisine, une vinaigrette, une omelette, battre des blancs d’oeufs en neige, ou bien l’on choisit ensemble un dessert apprécié que l’on prépare à « quatre mains » ! La théorie est simple : on explique, on montre, et on laisse faire en supervisant. Il est facile de passer ainsi, au gré des occasions, d’apprentissage en apprentissage jusqu’à ce que l’enfant puisse faire tout seul, fort de la confiance que lui aura donné son père ou sa mère.

Ce que vous ne mesurez peut-être pas encore, petite maman, c’est la richesse de ces moments de complicité à deux, car « faire ensemble » signifie aussi parler ensemble, rire ensemble, et réussir ensemble. Donner sa confiance à son enfant, c’est lui donner de l’assurance, l’aider à oser se lancer dans l’inconnu… dans des choses de grands ! Et puis, l’air de rien, on peut aussi en profiter pour laisser passer une petite consigne ou recommandation qui sera acceptée de bon coeur, parce qu’elle aura été dite dans un moment propice à une écoute profonde.

Il y a des tas de petites choses que l’on peut faire avec nos enfants, selon leur âge bien sûr. Je sais bien qu’une mère de famille est pressée, que tout irait plus vite si elle faisait elle-même, que ce serait mieux fait que par des mains plus jeunes, et que vous n’auriez pas besoin de rectifier ou nettoyer par derrière… Dites-vous bien que ce temps que vous avez l’impression de perdre aujourd’hui, vous le gagnerez dans peu de temps quand, devenus assurés, vos enfants seront tout aussi efficaces et rapides que vous à vous seconder.

Si votre enfant pose une question pour être rassuré, ne lui apportez pas d’emblée la réponse, aidez-le plutôt à réfléchir par lui-même : « Et toi, qu’en penses-tu ? », « A ton avis, quel est le mieux ? » L’enfant toujours porté par ses parents ne saura rien faire ; mieux vaut l’aider à décider, l’encourager à vouloir faire, à demander la permission de faire si besoin, à prendre des initiatives, à aimer faire des surprises, et même à faire tout simplement par obéissance… Le parent sera patient, encourageant, ne s’énervera pas.

L’enfant timide, réservé, a souvent peur des autres, de prendre la parole. Il a besoin de prendre conscience de ses capacités de réussite, de développer une autonomie. On ne lui mettra pas la barre trop haut, ce qui le découragerait, et le ferait douter davantage de lui au lieu de lui donner la joie d’avoir réussi. Les parents montreront aussi leur joie et leur fierté sans trop flatter l’orgueil.

Un enfant que l’on aura aidé à s’affirmer, à entreprendre, aura moins de crainte à affronter l’adversité, à oser la concrétisation d’un projet, à se lancer dans des engagements, à prendre des responsabilités. Il saura que l’on ne réussit pas du premier coup, qu’il faut y mettre un peu d’ardeur, de volonté si l’on veut être payé de sa peine.

Dans l’éducation de nos enfants, intelligence, affectivité, volonté doivent entrer en lice et l’emporter de haute lutte, pour que chacun mérite l’estime de soi-même, et en réalité afin de répondre à la vocation du chrétien en devenant un adulte capable, responsable, solide, vertueux et fier de sa foi… Le Bon Dieu appelle à lui une jeunesse équilibrée, généreuse, épanouie dans les foyers comme dans les séminaires !

Et nous aussi, parents, devons être responsables. Responsables de ce que nous voulons et faisons pour l’avenir de nos enfants.

Sophie de Lédinghen

Fondue au chocolat


Ingrédients pour 6 personnes :

  • 300 g de chocolat
  • 15 cl de crème fraîche
  • Fruits (bananes, fraises, kiwis, quartiers de pommes…)
  • Autre (pain, brioche, guimauve, noix, biscuits secs…)
    Préparation :
    Faire fondre le chocolat avec la crème fraîche au bain-marie ou au micro-ondes. Mélanger bien le tout. Eplucher les fruits. Couper les fruits en petits morceaux. Les présenter dans des petits ramequins avec la fondue. Tremper les fruits ou autres dans la fondue avec une brochette. Déguster !
    Conseils et astuces :
  • Si vous n’avez pas de caquelon : il vous faut une casserole, un support, des bougies chauffe-plat.
  • Un goûter qui plaît beaucoup aux enfants et permet de ne pas perdre les fruits qui s’abîment.