La Grande Chartreuse, terre de silence

Non loin de Grenoble, au pied du Grand Som, principal sommet du massif de la Chartreuse, se dresse depuis neuf siècles celle qu’on appelle la Grande Chartreuse. Fondé à la fin du XIe siècle par saint Bruno, avec l’appui d’Hugues, évêque de Grenoble, le monastère est conçu pour allier érémitisme et cénobitisme (vie en communauté). Berceau de l’ordre des Chartreux, la vie quotidienne y est dès l’origine rythmée par le silence.

La quête de saint Bruno

Né à Cologne, Bruno devient assez jeune chanoine de Reims où il est écolâtre, c’est-à-dire maître de l’enseignement, pendant 20 ans. Suite au décès de Gervais, archevêque de Reims, un nouvel archevêque du nom de Manassé, peu soucieux de sa charge et simoniaque, est élu. Bruno, pourtant intellectuel réputé, décide alors de tout quitter pour mener une vie érémitique. Accompagné par six de ses compagnons, il arrive en 1084 à Grenoble, où l’évêque du lieu, Hugues, lui suggère de s’installer dans les hauteurs du massif.

Deux ans plus tard, le 9 décembre 1086, Hugues ratifie solennellement les donations des 1 700 ha de terres qui constituent le « Désert ». Dans le monastère nouvellement fondé, saint Bruno établit une règle, les coutumes cartusiennes, qui ne seront mises par écrit qu’en 1127 par Guigues, cinquième prieur de la Chartreuse. Elles stipulent la clôture stricte, le nombre limité de pères (13) et de frères (16) par monastères ainsi que le respect strict du silence y compris en travaillant.

Dans le même esprit, les offices sont chantés en chant grégorien sobre, sans instrument de musique et sans polyphonie. Les statuts précisent également : « Notre application principale et notre vocation sont de vaquer au silence et à la solitude de la cellule. Elle est la terre sainte, le lieu où Dieu et son serviteur entretiennent de fréquents colloques, comme il se fait entre amis. Là, souvent l’âme s’unit au Verbe de Dieu, l’épouse à l’Époux, la terre au ciel, l’humain au divin ». (Statuts 4.1)

L’organisation de la vie dans le Désert

Les coutumes cartusiennes développent une spiritualité du désert, distinguant trois degrés de solitude : la séparation du monde, la garde de la cellule, où « l’ermite est comme un poisson dans l’eau » chap. 31, et la solitude du coeur.

Pour répondre au premier degré, la séparation du monde, Bruno choisit un lieu très escarpé, non par misanthropie et repli sur soi mais pour faciliter la solitude intérieure. Le moine est ainsi préservé des bruits qui dissipent la vie intérieure par la triple protection du désert, de la clôture et de la cellule.

Cette idée se retrouve dans l’agencement initial de toutes les chartreuses, dont la Grande Chartreuse : les cellules individuelles des moines sont groupées autour d’un cloître ou d’une galerie menant directement à l’église. À l’origine, seule l’église était une construction en pierre, les cellules, véritables habitations individuelles semblables aux cabanes des bûcherons, étaient en bois.

En contrebas, à quatre kilomètres de distance, se trouve la maison basse ou Correrie, où vivent les frères convers. On y trouve les ateliers, appelés obédiences, lieux du travail manuel, volontairement éloignés de la maison haute, où résident les pères, pour ne pas troubler leur silence. Chaque samedi, les frères de la maison basse montaient à la maison haute pour participer à la liturgie dominicale et à la vie commune, suivant la tradition des Laures des débuts du monachisme.

Guibert de Nogent, contemporain de saint Bruno, décrit ce premier monastère, précisant que les moines ont accès à l’eau courante : « Quant à l’eau, soit pour boire, soit pour les autres besoins, ils en ont autant qu’il leur en faut, par un conduit qui tourne autour de toutes les cellules, et arrive même dans l’intérieur par de petits tuyaux. »

La reconstruction du XVIIe siècle

De ce premier monastère, construit deux kilomètres plus haut que le monastère actuel, il ne reste rien. Il fut détruit par une avalanche en 1132. Un oratoire, dédié à Notre-Dame-des-Cabanes (Notre-Dame-de-Casalibus), fait mémoire de l’emplacement du premier réfectoire.

Le monastère fut donc reconstruit en contrebas. Toutefois, en raison des matériaux employés pour la construction des bâtiments, en l’occurrence le bois, la Grande Chartreuse connut un à deux sinistres majeurs par siècle, sans pertes humaines.

C’est suite à l’incendie de 1676, qui détruisit en grande partie la maison haute, que le prieur de l’époque, Dom Innocent Le Masson, entreprit de reconstruire le monastère selon un nouveau parti architectural, plus adapté aux besoins de l’ordre.

Forte d’une communauté de 120 religieux (pères et frères), le nombre de cellules a explosé. La Grande Chartreuse connaît son apogée démographique en même temps qu’elle devient une véritable puissance temporelle, en raison de l’exploitation industrielle du bois et du fer, assurant tout au long du XVIIe siècle des revenus conséquents. Par ailleurs, son territoire dépasse largement les limites du Désert initial, puisqu’il inclut tout le sud du massif montagneux.

Les bâtiments sont reconstruits intégralement en pierre de taille, dans le style classique du XVIIe siècle. L’architecture demeure toutefois très sobre, Dom Le Masson refusant tout ornement superflu. À ses yeux, la beauté des bâtiments réside uniquement dans leur symétrie et leurs proportions harmonieuses.

Outre la reconstruction en pierre, les travaux incluent des agrandissements et la prévention des incendies : les tuiles de bois sont remplacées par des tuiles d’ardoise, matériau importé à grand frais des Ardennes. Les bâtiments ainsi reconstruits, tout en rappelant l’idéal de simplicité de l’ordre, affirment le rang de la Grande Chartreuse aux yeux de tous. Ces bâtiments modernes sont classés monuments historiques depuis 1912.

Conclusion

En dépit de sa suppression à la Révolution et de l’expulsion manu militari des moines par la très anticléricale IIIe République en 1903, les chartreux poursuivent encore aujourd’hui la quête de silence de saint Bruno.

La Grande Chartreuse, « mémoire et lumière de l’ordre », selon une expression du chapitre général de l’ordre en 1371, témoigne encore aujourd’hui d’un mode de vie tout voué à la solitude et au silence. Chaque parole prononcée par un chartreux est une prière, tout comme ses silences.

Une médiéviste

« En toi mon Dieu, notre âme se confie » César Franck (1822-1890) 

Notre citation pour septembre et octobre : « Orchestre du Très-Haut, bardes de ses louanges, Ils chantent à l’été des notes de bonheur… » Alphonse de Lamartine « Les oiseaux »

Chaque rentrée peut effrayer… Une nouvelle année scolaire s’annonce, avec ses éventuelles fatigues et difficultés… Quoi de plus réconfortant que cet oratorio, où l’âme se confie pleine d’espérance paisible en Dieu ?

César Franck, compositeur franco-belge, fut aussi célèbre comme organiste titulaire de l’orgue de l’église Sainte Clotilde à Paris jusqu’à sa mort. Parmi ses nombreuses œuvres, « Rébecca », oratorio écrit pour solistes, chœur et piano, fut très applaudi lors de sa création le 15 mars 1881. La pièce est inspirée de la Genèse : Abraham envoie son serviteur pour choisir une épouse à son fils Isaac. Le serviteur, Elièzer, rencontre Rébecca, s’assure de son ascendance et demande la main de la jeune fille pour le fils de son maître. L’oratorio se termine par l’adieu à Rébecca, en un chœur général alternant avec le piano.

« En toi, mon Dieu, notre âme se confie

Et notre voix te glorifie.

Conserve-nous l’appui de ton secours,

Comme aujourd’hui, Seigneur, et demain et toujours.

Maître éternel, O Roi du monde,

Ta main, en bienfaits, est féconde ;

C’est en ta bonté que se fonde

Notre unique espoir.

En toi, mon Dieu, notre âme se confie

Conserve-nous l’appui de ton secours,

Comme aujourd’hui, Seigneur, et demain et toujours.

Source de force et de lumière,

Daigne écouter l’humble prière

Qui vers ton ciel, de notre terre,

Monte chaque soir ! »

 

Rebecca: Choeur général : En toi mon Dieu mon âme se confie • César Franck, Ensemble Vocal Jean Sourisse, Jean Sourisse. https://open.spotify.com/intl-fr/track/1u3oX2iL8lSHfDo2GF5awj 

L’article ci-dessous s’appuie sur une conférence prononcée par M. Jean du Pelem le 4 juillet 2026 au congrès du Mouvement Catholique des Familles avec l’aimable autorisation de son auteur.

L’Action catholique est un mouvement destiné aux laïcs catholiques désireux de rayonner en tant que tels dans le monde. Il est né à la fin du XIXe siècle et a connu son apogée entre les années 1930 et les années 1960. C’est un mouvement qui a irrigué le catholicisme au cours de cette période. Les papes, de saint Pie X à Pie XII, en passant par Pie XI, qui a été appelé le pape de l’Action catholique, lui ont consacré des encycliques. À une époque où les relations entre le pouvoir civil et le Saint-Siège se distendent, où les chrétiens sont condamnés à être des marginaux dans des Etats qui refusent d’appliquer les principes dont ils se réclament, l’Action catholique est vue comme un moyen nouveau pour reconquérir les âmes et les coeurs au règne du Christ-Roi.

L’Action catholique et les mouvements qui s’y rattachent prennent leurs racines dans l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) fondée en 1886, premier rassemblement de laïcs fondé par des laïcs en vue d’une action catholique globale au sein de la société. Son objectif est de « coopérer au rétablissement de l’ordre social chrétien ». L’ACJF commence par recruter dans la classe dirigeante et intellectuelle puis se démocratise et s’ouvre aux milieux non dirigeants, avec une orientation sociale affirmée (« sociaux parce que catholiques »). Elle permet aux catholiques français, divisés sur la question du régime, d’agir en tant que tels dans la cité.

Dès la fin du XIXe siècle, l’Action catholique atteint tous les secteurs : jeunes, sportifs, femmes, cercles d’études, équipes sociales, conférences saint Vincent de Paul, etc. Le mouvement compte 140 000 membres en 1914.

Après la première guerre mondiale, l’Action catholique se développe sous le pontificat de Pie XI qui veut restaurer un ordre social chrétien tandis que des clercs y voient le moyen de moraliser les classes populaires déchristianisées : en 1927, naît la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) créée par l’abbé Cardijn en Belgique, puis la même année en France par l’abbé Guérin, vicaire à Clichy. C’est la première fois que de jeunes ouvriers croyants s’organisent en dehors du patronage des « notables » ; ils veulent « voir-juger-agir » par eux-mêmes et refaire chrétiens leurs frères grâce à l’apostolat du semblable par le semblable.

A la suite de la JOC sont créés d’autres mouvements : la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) en 1929, la JEC (jeunesse étudiante chrétienne) la même année puis la Jeunesse indépendante chrétienne (JIC) en 1935. Le mouvement va se spécialiser par milieux socio-économiques (Chrétiens dans le monde rural, Action catholique ouvrière, Action catholique des milieux indépendants pour la bourgeoisie), puis par milieux socio-professionnels, avec le Mouvement des cadres chrétiens, l’Action catholique des membres de l’enseignement chrétien ; enfin par sexe ou par âge (Action catholique générale féminine), l’Action catholique des enfants. Cette liste n’est pas exhaustive.

Une démarche commune sous-tend l’ensemble de ces mouvements : tenter de rejoindre tous les hommes et femmes, qu’ils soient chrétiens ou non, en s’appuyant sur une même appartenance sociale, professionnelle et culturelle (apostolat du milieu sur le milieu).

Rome voit d’un oeil favorable cet engagement des laïcs dans la cité. Saint Pie X, dans l’encyclique Il fermo proposito du 11 juin 1905 salue « ces multiples oeuvres de zèle, entreprises pour le bien de l’Eglise, de la société et des individus, communément désignées sous le nom d’Action catholique, qui, par la grâce de Dieu, fleurissent en tout lieu ».

L’encyclique distingue les oeuvres « qui viennent directement en aide au ministère spirituel et pastoral de l’Eglise et qui se proposent une fin religieuse visant directement le bien des âmes » qui « doivent dans tous leurs détails être subordonnées à l’autorité de l’Eglise et des évêques » de celles fondées pour défendre la civilisation chrétienne dans l’ordre social et politique, qui doivent se conformer aux principes de la doctrine et de la morale chrétiennes, mais se mouvoir avec la liberté qui leur convient raisonnablement, puisque c’est sur elles-mêmes que retombe la responsabilité de leur action, surtout dans les affaires temporelles et économiques.

Plus tard, dans l’encyclique Ubi arcano du 23 décembre 1923, Pie XI n’inclut dans les oeuvres d’Action catholique que celles qu’il place sous l’autorité du clergé. Il parle de « mandat » confié aux laïcs par les autorités religieuses. L’Action catholique est alors la collaboration des laïcs à l’apostolat des clercs. C’est un mouvement spirituel qui poursuit des buts religieux et non politiques. Même s’il n’interdit pas à ses membres de participer à la vie publique, Pie XI entend que l’Action catholique se tienne au-dessus de la politique, comme l’Eglise, car elle est établie pour le salut des âmes.

L’apogée du mouvement aura lieu après 1945 lorsqu’elle devient une organisation de masse, avec trois millions d’adhérents en 1949 en Italie.

En France, l’Action catholique est elle aussi une force incontournable mais va évoluer dans le sillage de l’ouvrage des abbés Daniel et Godin, France pays de mission. Les mouvements qui s’affichent chrétiens veulent « construire l’Eglise en classe ouvrière », voire « chercher Dieu dans l’action du monde ouvrier ». Rechristianiser la classe ouvrière est devenu incompatible avec l’état d’esprit du moment. Les mouvements catholiques ouvriers se déconfessionnalisent.

Lors de la messe célébrée par le pape Jean Paul II à Saint-Denis en 1980 et consacrée aux ouvriers, on fit prier l’assistance pour demander pardon pour « le péché par manque d’unité dans l’action ouvrière ».

Ce mouvement a continué à dériver : sur le plan politique, l’Action catholique a été le vivier d’une gauche qui s’est voulu d’inspiration chrétienne. Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de François Hollande puis d’Emmanuel Macron, a été président de la JEC pour le Morbihan. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre de François Hollande au moment du vote de la loi Taubira, est issu du MRJC (mouvement rural de la jeunesse chrétienne) qui succède à la JAC. Aujourd’hui, Mathilde Hignet, députée LFI d’Ille-et-Vilaine, née en 1993, est une ancienne du MRJC.

Sur le plan religieux, l’Action catholique a vu naître les prêtres ouvriers, les premières expérimentations liturgiques, l’abandon du latin, les messes des jeunes, la contestation de l’encyclique Humanae vitae sur la contraception, les appels vers les frères communistes, les réunions oecuméniques, etc.

Comment expliquer la dérive d’une oeuvre qui semblait florissante ? Il est possible de mentionner trois causes principales : la tentation de la nouveauté, le dédain du politique, la tentation de la conciliation avec le monde.

L’entrée des laïcs dans des mouvements d’Action catholique va entraîner leur émancipation à l’égard des cadres traditionnels de la société que sont la paroisse, modèle jugé inadapté au temps présent, et la famille. La tutelle exercée par la hiérarchie catholique sur ces mouvements ne va pas empêcher leurs membres de promouvoir une société déchristianisée.

Le mépris pour la politique : si, comme le rappelle Monseigneur Lefebvre le 4 mars 1962, « les papes ont dit explicitement que l’Action catholique n’était pas la seule activité à laquelle sont conviés les catholiques », beaucoup de militants de l’Action catholique vont mal comprendre les instructions romaines et en tirer deux conclusions erronées : celle que l’époque exige un apostolat propre des laïcs, puis que le politique ne saurait être guidé par les exigences de la morale et ne serait qu’une science pratique irréductible aux exigences du bien et du mal, pouvant faire fi du respect de la loi naturelle ou du règne du Christ-Roi.

La conciliation avec le monde : cette action va se déployer dans un monde qui va devenir sa propre finalité, ignorant la mise en garde que formulait déjà saint Pie X aux clercs trop soucieux de « donner un excessive importance aux intérêts matériels du peuple en négligeant les intérêts bien plus graves de son ministère sacré ». Les mouvements d’Action catholique vont mettre l’accent sur l’humanisation des milieux, une sympathie fondamentale à l’égard de l’évolution du monde, voire une théologie où tous les hommes de bonne volonté sont considérés comme vivant implicitement de l’esprit du christianisme.

L’échec de l’Action catholique n’a fait que précéder celui du concile Vatican II.

Thierry de la Rollandière

Le jupon pour doubler facilement les jupes légères

Chères couturières,

Partagez-vous avec moi ce souci de devoir ajouter des doublures à chaque nouvelle jupe ? Les tendances actuelles sont longues et fleuries, mettant en valeur le charme féminin, mais ces tissus sont aussi légers que transparents… Le plus simple est de vous équiper d’un ou plusieurs jupons que vous pourrez adapter à votre tenue du jour selon sa couleur ! Nous vous proposons un patron ajusté de la jupe élastiquée pour un équipement aussi essentiel que discret ! Bonne couture !

Atelier couture

https://foyers-ardents.org/wp-content/uploads/2026/09/59_jupon_fiche-site.pdf

Le silence des époux, arme ou bienfait ?

Il y a les bons jours. Ceux qui voient les époux converser agréablement, guidés par une bonne humeur qui facilite l’échange d’idées à tout propos, et que rien ne semblerait pouvoir ternir… Et les moins bons jours, où une fatigue, une contrariété prend le dessus dans une humeur maussade pétrie de mauvaise volonté, faisant tourner au vinaigre toute tentative de discussion. Eh oui, dans les foyers comme dans le ciel il peut faire beau comme mauvais d’un jour à l’autre, si ce n’est même plusieurs fois par jour ! Il est bien connu que la femme est versatile, et que le mari… Non, non, je ne dirai rien de désobligeant, saint Benoît recommandant de « garder sa bouche de tout propos », de retenir sa langue afin de ne pas pécher par elle. Faut-il alors nous réduire au silence ? Au silence, non ; quoique dans certaines circonstances il soit recommandable. Mais de façon générale, nous devons veiller à régler notre manière de parler en retranchant ce qui est défendu, parlant avec modération, et gardant toujours une retenue.

Ce que l’on ne doit pas dire

Toute parole mauvaise est à bannir, celle qui est stérile, qui ne travaille ni pour la gloire de Dieu, ni pour l’édification du prochain, ce qui va contre la charité. Garder le silence pour ne rien répondre est une clé de l’âme qui peut nécessiter parfois beaucoup de volonté. Surveiller ses paroles, ne pas parler pour ne rien dire, ne pas porter de jugement téméraire, ni médire. Les injures, murmures, détractions, plaisanteries déplacées, réflexions amères. Toute parole qui sent l’orgueil, le dépit, l’insuffisance. Tout ce qui peut froisser ou scandaliser, décourager, porter au relâchement, ou au contraire irriter, mettre en colère, violence, révolte, mépris des autres. Dans ces circonstances, il vaut mieux se taire, pour nous-même comme pour nos interlocuteurs. Se taire, et rechercher le silence apporte aussitôt la paix de l’âme et de l’esprit en nous unissant à Dieu, et entretient ainsi la paix entre les hommes. Entre époux, si nous avons un petit reproche ou au contraire un encouragement à manifester, il faudra trouver le moment favorable pour que l’autre entende avec son coeur. Ce peut être une petite habitude qui nous agace et que l’on souhaiterait faire changer, ou une contrariété dans une phrase maladroite. Ne profitons jamais d’une dispute ou d’un mouvement de fatigue pour lancer en l’air un reproche qui n’a rien à voir avec le reste, et que l’on aura lâché pour se soulager ou « marquer un point » ! Si l’on veut obtenir gain de cause, faisons en sorte que les conditions d’écoute soient bonnes et saines, pour devenir fructueuses.

Cela sera dit avec le sourire, en choisissant des mots délicats pour ne pas vexer, ni même blesser.

Les méfaits du silence

Tout silence n’est pas bon, et les époux ne sont pas forcément à l’abri de celui qui résulte d’une vexation, susceptibilité, contrariété, indifférence, et que j’appellerai une bouderie, un « puisque c’est comme ça, je ne dis plus rien ! » Se servir du silence comme d’une arme peut blesser profondément. Il y a ce silence pesant qui fait souffrir volontairement l’autre, et l’intense silence qui prouve la souffrance de celui qui se tait ou répond par monosyllabes ; silence plus douloureux que si l’on montrait sa colère ! Ce genre de silence peut parfois avoir un effet terrible. Les mots, même douloureux, apportent au moins de la clarté. Le silence, lui, laisse place aux sous-entendus, aux suppositions, à la culpabilité et à une confusion émotionnelle déstabilisante. N’ayons pas recours à ce genre de pratique plus destructrice qu’autre chose et qui, si elle dure, pourrait laisser des traces sur la confiance mutuelle des époux. Et si l’on a vraiment quelque chose de sérieux à reprocher et que l’on a besoin de se réfugier quelque temps dans le mutisme pour s’apaiser, ou « avaler ce qui s’est mis en travers », et être à même de s’exprimer paisiblement, on peut très bien expliquer que l’on n’est actuellement pas en mesure de discuter et que l’on a juste besoin d’un peu de temps pour pouvoir le faire. Cela aura un effet immédiat sur l’atmosphère, et permettra à l’un et l’autre de réfléchir selon le contexte de la situation, éveillant soudain deux bonnes volontés

Les bienfaits du silence

Il y a les ménages qui ont toujours des choses à se raconter, et ceux qui n’en éprouvent aucun besoin, c’est selon la nature des personnes. Mais pour tous, le silence apporte la paix à l’âme, et par là même la paix au corps. Le silence n’est pas du mutisme, la voix est une des plus nobles prérogatives de l’espèce humaine, et parce que le langage est une faculté d’un grand prix, il importe de ne pas l’avilir par des besognes inutiles, de le garder au contraire dans toute sa force et toute sa pureté pour l’usage auquel il est destiné, c’est-à-dire pour louer Dieu : « Mettez une garde à ma bouche, une sentinelle à mes lèvres… faites que j’évite non seulement les paroles méchantes et honteuses, mais aussi les inutiles. » Entre époux, apprenons donc à nous taire pour ne pas blesser l’autre, ni même l’agacer ; pour ne pas envenimer la conversation, pour s’empêcher de peiner ou de mettre en colère. Tout n’est pas bon à dire, essayons de nous retenir de parler dans certaines situations. Ainsi, monsieur, si lors d’un trajet en voiture votre épouse est étonnamment muette, sachez qu’elle est tout bonnement terrorisée. Elle craint que vous ne voyiez jamais les piétons traverser, et que tout en conduisant vous régliez votre GPS, sans interrompre votre conversation téléphonique ! Et qu’elle a décidé de se taire en voiture puisqu’elle « imagine toujours des scenarios improbables » … Alors que dire juste un petit mot l’aurait, en de telles circonstances, bien soulagée ! Quant à vous, madame, reconnaissez que vous mettez les nerfs de votre époux bien à l’épreuve, lorsque vous vous apprêtez à sortir ensemble le soir, et que, l’heure de partir approchant, vous tournoyez avec fébrilité, répétant que rien, ni votre tenue, ni votre coiffure ne conviennent, et que vous hésitez encore sur le choix de vos boucles d’oreilles ! Le pauvre n’ose même pas vous rassurer, et vous dire que tout est bien, sachant trop à quoi il s’exposerait en retour ! Telle est la vertu du silence, comme un arbre d’où l’on recueille les fruits de paix. Ne pas se laisser envahir par les passions, se contrôler dans un silence constructif ou réparateur peut se rapprocher d’une forme remarquable d’héroïsme. Le modèle sur lequel nous devons régler notre manière de parler entre époux chrétiens est un esprit de douceur qui doit nous porter à garder en toutes circonstances la modération, la courtoisie, l’affabilité dont Notre-Seigneur a donné dans sa vie le parfait exemple. Efforçons-nous d’allier sans cesse, comme lui, la dignité et la douceur dans nos propos.

Sophie de Lédinghen