A l’origine de la France chrétienne

L’histoire de la France est intimement liée à la religion chrétienne. Si la doxa actuelle préfère le terme de « judéo-christianisme » pour en modérer l’apport en l’attribuant autant au judaïsme qu’au catholicisme, c’est pour nous tromper. Dans son ouvrage Naissance de la chrétienté, Rubén Calderón Bouchet met en lumière l’extraordinaire dette que la civilisation occidentale, et en particulier la civilisation française, a contractée envers l’Église, ses ministres et ses fidèles, agents du miracle historique qu’a été la conversion de nos ancêtres au christianisme. L’histoire de notre France chrétienne est celle des apôtres, des religieux et des rois qui ont mis leur vie au service de Dieu et de son règne sur terre.

Les apôtres de la France

Le christianisme entre en Gaule dès le Ier siècle. La Tradition nous rapporte l’arrivée en Provence de Sainte Marie-Magdeleine, accompagnée de Saint Lazare, de Sainte Marthe et d’autres compagnons. Le christianisme se répand rapidement, mais partiellement, les religions païennes gardant une très forte présence. Un coup dur est porté avec les invasions barbares de la fin de l’Empire, auxquelles s’ajoutent les premières hérésies, dont l’arianisme.

Il revient donc à d’autres fidèles la tâche d’évangéliser plus complètement cette terre, comme Saint Hilaire de Poitiers et Saint Martin de Tours.

Doué dans les sciences et d’une extraordinaire éloquence, Hilaire de Poitiers acquiert en peu de temps une grande connaissance de la théologie nécessaire pour défendre la foi contre l’hérésie arienne. Marié et père d’une fille réputée sainte, sa piété et sa science suscitent une telle admiration de la part de ses coreligionnaires qu’ils le choisissent comme évêque de Poitiers. Son épouse et lui se séparent d’un commun accord afin de se conformer à la volonté de la Providence exprimée par ses concitoyens. Très vite, il est confronté à l’arianisme, qui corrompt la foi et entraîne une grande partie de l’Église dans l’hérésie1. Sa science théologique et son éloquence lui permettent de contrer efficacement les évêques ariens et de ramener de nombreux fidèles à la vraie foi. Il s’oppose publiquement à eux lors des conciles de Rimini et de Séleucie, en 359, convoqués par l’empereur Constance II, favorable à l’hérésie. Il y défend si bien la foi que l’empereur, inquiet de voir l’arianisme ainsi mis à mal, le renvoie à Poitiers où la nouvelle de ses exploits lui vaut les acclamations des habitants. Sa sainteté et sa sagesse lui attirent de nombreux disciples. Saint Martin de Tours sera l’un d’eux.

Martin naît en 316 dans la province romaine de Pannonie, l’actuelle Hongrie. Il entre au catéchuménat à dix ans. A dix-sept ans, son père, opposé à sa conversion, l’envoie servir dans les légions romaines. L’épisode le plus célèbre de sa vie est sans doute sa rencontre avec le Christ, un hiver près d’Amiens, quand il donne la moitié de son manteau à un mendiant qu’il croise en chemin. La nuit suivante, ce mendiant lui apparaît en songe et lui révèle être Jésus, venu éprouver sa charité. Après avoir reçu le baptême2 et passé quelque temps auprès de saint Hilaire de Poitiers, il part combattre l’arianisme en Hongrie, son pays natal, et en Italie, mais doit s’exiler après avoir reçu coups et injures et avoir été flagellé. De retour à Poitiers auprès de saint Hilaire, il se fait remarquer par sa grande piété et par les miracles qu’il accomplit. Résurrections et guérisons en tout genre accroissent sa renommée, au point que les habitants de Tours le contraignent par un stratagème à devenir leur évêque. Le soin de ses ouailles ne l’empêche pas de lutter avec vigueur contre l’hérésie arienne et le paganisme. On le voit parcourir son diocèse, abattre les autels des faux dieux et prêcher partout la vraie foi. Selon la tradition, il s’entretenait avec des anges, mais aussi avec la sainte Vierge, saint Pierre et saint Paul. Sulpice Sévère, son disciple et biographe, raconte qu’il dut un jour attendre deux heures à sa porte, le temps qu’il achève un entretien avec l’un de ces envoyés célestes. On lui doit la fondation de nombreux monastères, foyers de sainteté et prémices de la christianisation du pays.

Les monastères, lumières dans les ténèbres

Si des saints comme Hilaire de Poitiers et Martin de Tours ont dû défendre la foi et affermir l’Église de Gaule, encore fragile, les communautés monastiques ont, de leur côté, étendu l’œuvre civilisatrice de l’Église dans les campagnes. Chaque région de France compte des dizaines de monastères ; la plupart sont aujourd’hui malheureusement en ruine ou désertés. Chacune de ces maisons religieuses a transformé le paysage environnant. Initialement entièrement consacrées à la prière, ces communautés adoptèrent pour la plupart la règle3 de saint Benoît de Nursie (480-547). Sous la devise ora et labora, les moines associent à la prière le travail manuel. Ils irriguent les terres arides, assèchent les marais insalubres, aménagent les forêts, ensemencent les champs, plantent des vignes et transforment les étangs en viviers. Autour d’eux se regroupent des laïcs, artisans ou commerçants, venus profiter des opportunités spirituelles et matérielles offertes par ces nouveaux bâtisseurs. Avec la chute de l’Empire romain d’Occident et l’absence de réel pouvoir temporel, les pères abbés4 ajoutent souvent au rôle de pasteur des âmes celui d’administrateur civil. Beaucoup délèguent la gestion des terres à des baillis, tout en conservant un pouvoir de juridiction.

Depuis leurs monastères5, lieux de prière mais aussi de progrès, d’art et de science, les moines répandent la foi et la civilisation, convertissant peu à peu les populations. Un schéma général se dessine, sans concertation : une fois qu’une maison religieuse a grandi, elle essaime, à la manière d’une ruche, envoyant certains de ses membres fonder une « maison-fille » plus loin. Devenue autonome, celle-ci peut à son tour essaimer. Ainsi, l’ensemble du territoire se trouve progressivement placé sous l’influence d’un monastère, permettant l’évangélisation du pays. Mais ce lent processus n’aurait pu se dérouler sereinement ni s’accomplir pleinement sans l’appui des rois.

Des rois chrétiens, défenseurs de l’Église

La conversion de Clovis, chef des Francs, en 496, est traditionnellement tenue pour l’acte fondateur faisant entrer notre pays dans la communauté des royaumes chrétiens. Sa conversion, après la victoire de Tolbiac et sous l’influence de son épouse Clotilde et de l’évêque Rémi de Reims, donne à l’Église un protecteur dévoué, même si le roi conserve des mœurs encore barbares. Le catholicisme permet d’unir Francs et Gallo-Romains et devient un puissant facteur de résistance face aux envahisseurs non chrétiens (Goths, Vandales, musulmans).

Cette protection royale se poursuit avec les successeurs de Clovis, malgré des périodes difficiles liées aux conflits internes, jusqu’à l’unification du royaume en 987 sous Hugues Capet. Certains rois mérovingiens semblent davantage soucieux de légitimer leur pouvoir que de servir réellement Notre-Seigneur, mais l’Église put néanmoins prospérer sous leurs règnes et étendre son œuvre civilisatrice dans le royaume. Le sacre de Charlemagne, couronné empereur par le pape Léon III à « la Noël de l’an 800 », constitue un moment majeur. Sous sa protection, l’Église consolide la christianisation du royaume et entreprend la conversion des peuples germaniques, jetant les bases d’une Europe chrétienne. Lorsque Hugues Capet6 accède au trône, il hérite d’une terre que l’action conjuguée de ses prédécesseurs, des monastères et des premiers évangélisateurs a profondément transformée.

L’histoire du christianisme en France présente un caractère exceptionnel : née dans un pays en proie au paganisme, puis éprouvée par l’arianisme, secouée plus tard par la Réforme, l’hérésie protestante et les erreurs du gallicanisme et du jansénisme, enfin soumise aux désordres sans nom issus de la Révolution. Pourtant, contre toute attente, cette terre devient l’un des principaux soutien de l’Église et contribue largement à la diffusion de la foi dans le monde.

Mais la France ne fut grande que tant qu’elle resta fidèle à sa vocation : son histoire le montre bien. Notre pays est aujourd’hui infidèle, et subit déjà les conséquences de son abandon, mais ce reniement n’est pas celui de ses enfants.

Avec l’aide de Dieu, une poignée de fidèles entièrement dévoués à sa volonté suffit à faire de cette terre païenne un porte-étendard de l’Eglise ; s’Il le veut, et malgré notre faiblesse, Il peut réitérer cet exploit. Quoiqu’Il décide : Non nobis, Domine, sed nomini tuo da gloriam.

R.J.

 

1 L’arianisme, du nom de son initiateur Arius, refuse la nature divine de Jésus-Christ, tout en lui reconnaissant certains pouvoirs divins. En résumé, pour eux Jésus est un surhomme, mais pas Dieu fait homme.

2 Vers ses 22 ans.

3 Rédigée en 530. Saint Benoît est le fondateur de l’ordre des Bénédictins, qui devint le principal ordre monastique dans l’Occident chrétien.

4 Le père abbé est le religieux élu par le Chapitre des moines pour diriger l’abbaye.

5 Le monastère désigne de manière générale le ou les bâtiment(s) occupés par des religieux, souvent contemplatifs (et donc reclus). Une abbaye est un monastère dirigé par un abbé et ayant un pouvoir autonome sur un ensemble de terres alentour.

6 Fondateur de la dynastie capétienne qui règnera jusqu’à la Révolution française.

 

Héritage, transmission et… embourgeoisement

S’adressant à un auditoire de jeunes dans le cadre d’une conférence paroissiale, le directeur d’un établissement scolaire prestigieux, reconnu pour son engagement dans la transmission du savoir et de la culture auprès de la jeunesse, a conclu son intervention en soulignant que, de nos jours, l’un des principaux obstacles à l’engagement des catholiques réside dans une certaine forme d’embourgeoisement.

L’embourgeoisement ainsi qualifié par le conférencier pourrait se définir comme une mentalité d’entre-soi face à un monde auquel on refuse de se confronter. Cette mentalité conduit à n’agir que pour son propre intérêt sans se préoccuper de celui des autres, ni de celui de la société. L’on pourrait résumer cette attitude par cette phrase : « J’ai ma paroisse, j’ai mes cercles d’amis, j’ai mes soirées du samedi soir, je suis tranquille. » Et pendant ce temps, notre monde s’écroule, l’Église continue de souffrir dans une crise qui ne finit pas de s’aggraver.

Pourquoi donc les catholiques sont-ils touchés par ce fléau ?

La première raison est que les catholiques sont complexés par leur image. On leur reproche une doctrine fixiste, une morale intransigeante, une conception passéiste du mariage et de la famille, des modèles dépassés. Dans un monde où l’héritage et toute idée de transmission sont méprisés, trop souvent le catholique se laisse gagner par le compromis. Il adopte une attitude de vaincu au lieu d’être fier de ses convictions.

La deuxième raison est que le confort moderne permet de créer des solutions de repli faciles. Par exemple, il est facile de se déplacer pour aller voir des amis sélectionnés plutôt que de chercher à faire connaissance avec ses voisins.

Le danger de cette attitude est qu’il finit par créer un divorce progressif entre les principes et les actes. Donnons quelques exemples. Par peur du regard des autres, ce jeune étudiant catholique, toujours correct dans ses tenues, finit par imiter les autres en devenant négligent et vulgaire. Ayant pris l’habitude de cette négligence, il ne s’endimanche plus à la messe mais y vient en jean et baskets. Autre exemple : ce jeune catholique récemment embauché se confronte aux discussions ordurières de ses collègues. Au lieu de se tenir à l’écart, au moins par son silence, et encore une fois par peur du regard des autres, il finit par y participer activement et ensuite par lancer lui-même ces mêmes discussions ordurières pour ne pas dire « salasses ». Ce cas de compromission grave de la part de catholiques est malheureusement fréquent dans le monde du travail…

Devrions-nous alors nous résigner à déplorer le mal qui s’étale devant nous ou même en être complice ? Devrions-nous nous résigner à déplorer l’impunité de ceux qui font triompher l’immoralité alors même que nous baissons la tête ?

Le Père Charles de Foucauld nous donne le remède à ce danger, par ces paroles qu’il prononça en 1915 : « J’avais cru en entrant dans la vie religieuse que j’aurais surtout à conseiller la douceur et l’humilité ; avec le temps, je crois que ce qui manque le plus souvent, c’est la dignité et la fierté. »

Nous avons reçu gratuitement un héritage. Pour le transmettre, il faut en être fier et l’aimer. Et pour l’aimer, il faut le connaître. La lecture, en particulier, est essentielle : elle nous offre des maîtres à penser, des modèles à imiter, et nous permet de forger nos propres convictions en nous appropriant l’héritage de notre culture. À l’inverse des écrans et du « zapping » superficiel sur les forums, vidéos et réseaux sociaux, et loin du « prêt-à-penser » ou des raisonnements simplistes, il est indispensable de se construire une véritable personnalité, solidement enracinée dans la connaissance de notre civilisation. Ainsi l’honneur cèdera la place au relativisme moral, la loyauté à la médiocrité, la générosité à l’égoïsme !

Laurent

Pour les mamans!

Être le bon samaritain de tant de cœurs aigris, d’esprits inquiets, de consciences troubles ; avoir le respect délicat, la science des âmes ; s’efforcer de les pénétrer doucement, de leur verser goutte à goutte suivant leur degré de faiblesse ou l’acuité de leurs blessures, l’huile apaisante ou le vin fortifiant ; leur montrer Dieu rien qu’en le laissant rayonner hors de notre âme où il vit, se faire toute à tous et conquérir ainsi les cœurs à Jésus-Christ, voilà la tâche de l’apôtre, celle que j’accepte de vous malgré mon indignité, mon Dieu !
Élisabeth Leseur, Journal et pensées de chaque jour

Au temps de Pierrot et Colombine

Par les Compagnons de la chanson (sur un thème de la symphonie n°40 de Mozart)

Au temps de Pierrot et Colombine
Dans un monde moins fou qu’aujourd’hui
Pierrot n’avait pas d’automobile
Pour aller retrouver son amie
Il courait à perdre haleine
Sans s’arrêter aux fontaines
Il courait, courait, courait

Quand Pierrot retrouvait Colombine
Pour aller l’emmener dans les bois
Pierrot n’ayant pas d’automobile
Prenait sa douce amie par le bras
Et les mots lui venaient
Et les phrases tournaient
Et Pierrot bavardait, bavardait,
Sans penser à l’embrasser

Et sans automobile
Au bras de Colombine
Il prenait tout son temps, tout son temps
Pour lui offrir ses vingt ans

Quand Pierrot rêvait de Colombine
Qu’il savait toute seule à la ville
Pierrot n’ayant pas de téléphone
Pour pouvoir appeler la mignonne
Allumait une chandelle
Et couchait sur le papier
Les choses les plus belles

Et Pierrot tout entier à sa plume
Écrivait pour calmer son ardeur
Sous le regard distrait de la lune
Souriant devant tant de bonheur
Et les mots lui venaient
Et les phrases tournaient
Et son cœur chavirait, chavirait,
Dans le bleu de l’encrier
Et les mots voltigeaient
Et les phrases tournaient
Et quand venait le jour
Il restait plus de cent lettres d’amour

Quand Pierrot attendait Colombine
Qui faisait son travail à la ville
Pierrot n’avait pas d’électrophone
Pour tuer tout ce temps monotone
Il prenait sa mandoline
Composait des menuets, des jolies cavatines.

Quand Pierrot épousa Colombine
Il était poète et musicien
Colombine chantait dans sa cuisine
En faisant sa lessive et son pain

Et sans automobile
Amoureux et tranquilles
Ils prenaient tout leur temps, tout leur temps
Pour s’aimer éperdument

Et sans le téléphone,
Et sans électrophone,
Ils vécurent jusqu’à près de cent ans
Et ils eurent beaucoup d’enfants.

Au temps de Pierrot – Live à l’Olympia / 1983 • Les Compagnons De La Chanson