Les addictions

Nos désirs nous mesurent et nous sommes à peu près ce que nous désirons (un chartreux).

           Chers grands-parents,

           Qu’est-ce que l’addiction ? Qu’est-ce qu’un addict ?

Avant de travailler sur ce sujet, nous avons tenté d’expliquer le terme. Nous sommes arrivés à définir un « addict » comme « une personne qui s’enferme dans la dépendance d’un produit ou d’un comportement ».  Il y a bien dans l’addiction une notion d’enfermement dans une dépendance. L’addict perd une partie de sa volonté au profit de comportements qui lui procurent généralement un plaisir immédiat souvent suivi d’une période de regret ou de déprime. Ce dérèglement peut concerner l’usage de produits (alcool, tabac…) ou des comportements (achats compulsifs, téléphone, internet…). La vie de l’addict est envahie par sa faiblesse et il lui est extrêmement difficile d’en sortir. La dépendance d’un produit (alcool, tabac…)  ajoute un assujettissement pharmacologique. Les niveaux d’addictions sont évidemment très variables, de la simple accoutumance pouvant être combattue par un acte fort de volonté, à l’addiction profonde demandant des soins médicaux, tous les stades existent.

Ces dérèglements peuvent concerner des choses qui utilisées avec mesure, seraient bonnes en soi (alcool, téléphone, internet…) et pour lesquelles le mal vient de l’excès et la dérive insidieuse, ou mauvaises dès l’origine (drogue, pornographie).

Bien que le sujet ne soit pas nouveau, nous pensons qu’un tel article n’aurait pas été rédigé il y a 30 ans. En effet, ce qui est nouveau, c’est la généralisation du phénomène à des degrés très divers, certainement entraînée par la facilité avec laquelle chacun peut trouver un objet à son intempérance (l’illimité dans tous les domaines) et le peu d’armes dont on dispose pour faire face.

Bien entendu, on pourra toujours dire qu’il ne s’agit que d’une question de volonté et que c’est à chacun de réagir face à ces tentations de dérèglement. Cela n’est pas faux mais certainement insuffisant.

Nous pensons que la généralisation des addictions vient principalement de 3 causes.

  • La faiblesse de la volonté face à l’usage aisé de biens légitimes,
  • La facilité de l’accès à ces biens, à laquelle s’ajoutent la publicité et la mode…
  • Le sentiment d’abandon que peuvent ressentir certains jeunes.

Nous allons aborder successivement chacun de ces facteurs en essayant de trouver dans quelle mesure nous, grands-parents, pouvons agir.

La faiblesse de la volonté.

  « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas » (Saint Paul). Rien de nouveau sous le soleil ! Dès le principe, l’homme a toujours été attiré par la facilité et le confort et rebuté par la souffrance et l’effort. Ce qui est nouveau, c’est que le progrès permet à l’homme de vivre avec un minimum d’effort et donc le moins d’exercice de volonté possible. L’eau chaude coule du robinet, le four micro-ondes réchauffe les plats et la vidéo procure une activité passive et distrayante par un simple « clic ». Même si ces progrès sont bons en soi, il nous paraît bien de prendre quelques distances avec eux de façon à permettre à nos jeunes et moins jeunes de faire agir leur volonté dans les actes du quotidien. Sans nous en rendre compte, nous sommes tous « addicts » au progrès. Nos enfants ne comprendront plus que l’on puisse se passer de climatisation, de musique, de sucreries de supermarché, que le chauffage ne soit pas un droit. Nous sommes sûrs de nous, convaincus que ce confort est un dû définitif ! Le pape Pie XI dans son encyclique sur l’éducation1 constate que, si maintenant nous ne croyons plus au bonheur par le progrès technique, nous avons de plus en plus tendance à nous attacher aux choses « terrestres et éphémères ». Les vacances, la maison de campagne ou la location, peuvent être l’occasion de trouver un peu de rusticité. Ce séjour sera heureusement complété par un camp scout ou autre dans lequel les enfants donneront à leur volonté l’occasion d’agir…

La facilité d’accès aux biens.

  Là il faut être catégorique. Un enfant faible devant telle ou telle tentation (du frigidaire à l’ordinateur) ne devra pas accéder facilement à l’objet de sa faiblesse. Certes, il faut apprendre aux enfants à user de tout avec mesure mais… nous sommes inégaux devant la tentation ! Un addict à la vidéo ne saura pas user avec raison de ce moyen. Un alcoolique ne saura pas user avec mesure de la bouteille… Face à l’addiction, l’éducation ne suffit pas ! Il faut éloigner la tentation ! D’une manière générale, il est important de ne pas mettre à la disposition des enfants tous les moyens modernes qui les tentent tant. Chez les grands-parents, l’usage d’internet doit être soumis à la nécessité et à l’autorisation et son accès techniquement le plus limité possible. Vous nous répondrez que les jeunes ont leurs portables certes… mais agissons là où nous le pouvons !

A cela doit s’ajouter l’exemple d’une vie simple, équilibrée, peu sensible aux modes, comprenant des activités de détente communes, des jeux, des conversations…

Le sentiment d’abandon

  Bien souvent, l’addiction compense un manque ou un simple manque d’assurance. Tel fume parce qu’il a besoin d’être reconnu, telle autre court les magasins de « fringues2 » parce qu’elle a peur de ne « pas être dans le coup », un autre vit sur internet parce qu’il a peur du réel… Notre monde individualiste génère chez beaucoup de nos jeunes un sentiment de solitude auquel il est difficile de pallier… Le « solitaire » se réfugie alors dans une « zone de confort » où il ressentira un bien-être ou une reconnaissance éphémère. La répétition de ces abandons évoluera insidieusement vers la dépendance…

  Ce sentiment d’abandon est un phénomène fréquent ! L’évolution vers une addiction peut en être une conséquence mais il peut y en avoir d’autres plus graves ! Les jeunes ont besoin de se sentir reconnus ! Si tel ou tel se sent isolé chez nous, il faut y remédier ! Trouver le point sur lequel on pourra lui montrer que l’on s’intéresse à lui et qu’il pourra trouver chez nous un accueil bienveillant. Quand les rapports sont difficiles avec les parents, les grands parents peuvent avoir un rôle d’écoute et de valorisation de nature à « garder le contact » et permettre à l’enfant de se sentir reconnu sans se créer un personnage artificiel et fragile…

  Nous avons bien conscience que, dans le domaine des addictions, le rôle des grands-parents est délicat… le constat arrive souvent trop tard ! Prions notre bonne sainte Anne de nous aider à être vigilants et justes dans ce rôle de grands-parents.

Des grands-parents

1 DIVINI ILLIUS MAGISTRI Lettre encyclique de sa sainteté le pape PIE XI sur l’éducation chrétienne de la jeunesse 1929.

2 Ce qui – avec mesure – est bon !

 

Au cœur de la nuit, la lumière brille !

           Une petite leçon d’espérance. Ah les hommes ! Créature si stupide qui veut tout contrôler, relever les murs de la cathédrale avec ses propres mains, ses propres forces, oubliant la leçon de Babel. Alors on s’excite, on débat, on donne son avis à tout va, sur un réseau social, en commentaire d’un article sur internet, à la sortie de la messe, sur le parking de l’école, pendant un dîner. Parfois, on s’enflamme, on s’énerve, on vitupère, on condamne, on juge, on s’érige en théologien, expert en droit canon, conseiller stratégique. On parle, on parle, on parle encore. Stupide créature ! Nous sommes comme Pilate : « Qu’est-ce que la vérité ? ». Mais nos oreilles ne sont pas ouvertes, notre cœur ne veut pas entendre. Formule rhétorique, jeu de l’esprit, si loin de la vérité. Jésus ne nous répond pas comme il n’a pas répondu à Pilate : à quoi bon si nous ne voulons pas entendre la réponse.

  Aujourd’hui, l’homme se sent surpuissant, alors qu’il n’a jamais été autant dans l’erreur. Conséquence du trop plein de choses que nous lisons sur Internet ? Qui n’a pas déjà donné son avis sur le vaccin à ARNm alors qu’il y a seulement 2 mois, on ne savait pas ce qu’était l’ARNm ? Qui n’a pas affirmé avec force, haussant la voix, que la piqûre contient une puce GPS pour nous traquer ? Qui n’a pas balayé de la main une étude scientifique au prétexte qu’on s’estime meilleur climatologue ? Le réchauffement climatique est un complot pour nous asservir, la preuve, chez-moi, il a neigé en mars ! Bêtise humaine… et cette bêtise prend des proportions dramatiques quand il s’agit de donner son avis sur le sermon de dimanche, sur les supposées accointances libérales de tel prêtre, sur la pédagogie d’une école jugée à la dérive, sur la direction que prend la Fraternité, manquant de prudence ou de fermeté. Voilà que nous jetons des anathèmes, que nous jugeons à tout va, sans avoir jamais ouvert un livre, lu une question de la Somme Théologique, parcouru un article du droit canon. Dieu nous demandera des comptes pour chacun des mots qui sortent de notre bouche ! Alors repensons à toutes les bêtises que nous avons dites. « Qu’est-ce que la vérité ? ».

  Bien sûr, nous devons nous former, nos devons utiliser notre intelligence, et nous préparer à faire les choix que nos parents ont faits en suivant Monseigneur Lefebvre, en restant fidèle à la Tradition de l’Eglise. Mais combien gagnerons-nous à nous taire ! Combien gagnerons-nous à faire confiance, à écouter le prêtre, ses conseils, ses remontrances, ses admonestations ? Combien gagnerons-nous à accepter de ne pas tout comprendre avec nos forces humaines, mais au contraire, se remettre tout entier dans les mains de Dieu ? Combien gagnerons-nous à fortifier notre espérance ! Au milieu de la nuit, la lumière brille !

  Essayons, juste une fois, de nous taire et d’écouter. Essayons, juste une fois, de laisser parler les autres, ceux qui savent, ceux qui ont été glorifiés par Dieu, ceux qui vivent de Dieu. Nous nous verrions bien à la place de l’abbé en chaire, on ferait mieux que lui. Mais lui a donné sa vie entière à Dieu. Quand l’Eglise par la voix de l’évêque l’a appelé, il a répondu adsum. Mais nous, avons-nous commencé à jeûner ? Avons-nous commencer à faire oraison ? Avons-nous commencé à mener un combat acharné contre notre défaut dominant ? Avons-nous commencé à aimer Dieu de tout notre être, à chaque instant, chaque seconde qu’Il nous donne, lui sacrifiant tout, lui donnant tout, nos pensées, nos mots, nos soupirs, nos joies et nos peines ? Avons-nous commencé à faire ne serait-ce que le premier pas vers la Sainteté ? « Qu’est-ce que la vérité ? ». Si nous tendions l’oreille, nous entendrions notre conscience au fond de nous, elle nous murmure « tais-toi, tu ne sais rien, alors tais-toi. Regarde la vacuité de ta foi, regarde la petitesse de tes sacrifices, regarde le peu de persévérance de tes résolutions, regarde ton manque d’ardeur à aimer. Chut, tais-toi, mets-toi à l’école de l’Evangile ».

  Mais le monde est si noir, devrions-nous donc vraiment nous taire ? Ne rien faire ? Que ceux que Dieu a placés dans une situation de crier la vérité le fassent ! Que ceux à qui Dieu demande de témoigner, en versant leur sang s’il le faut, le fassent ! Que ceux à qui Dieu a donné autorité sur d’autres hommes, autorité temporelle ou spirituelle, utilisent cette autorité pour guider les hommes ! Quant aux autres : cessons de regarder le monde avec nos yeux d’hommes, échafaudant mille plans d’hommes, mille calculs d’hommes. Non, cherchons uniquement la sainteté, le sacrifice total, la pénitence, la prière, l’amour, l’imitation de Jésus-Christ, et souvenons-nous que Notre Seigneur a vaincu la mort, anéanti le péché, et qu’Il l’a fait au plus fort de la nuit, quand tout semblait perdu. Le monde court à sa perte ? Le monde sombre dans le péché, les ténèbres ? Oui, c’est vrai ! Mais c’est au cœur de la nuit que surgit la lumière. Ceci est la vérité ! En vivons-nous ? Nous ne sommes que de passage sur cette terre, nous sommes créés pour rendre gloire à Dieu. Pas une seconde à perdre, allons-y, en silence, le cœur plein de Dieu !

Quid est veritas ? Lumen Christi !

On ne devient pas un témoin de la vérité en palabrant ou commentant le sermon de l’abbé, on devient un témoin du Christ en sacrifiant chaque instant de notre vie à la Gloire de Dieu, dans les plus petites choses, avec constance, avec persévérance, avec humilité, là où Dieu nous a placés. Tous les témoins du sang sont passés par-là ! Voilà notre espérance.

 

  Souvenons-nous de saint Pierre qui jura ne jamais trahir mais trahit, trois fois. Alors il pleura, alors il expia, alors il donna tout à Dieu, et un jour, il versa son sang, et par humilité, demanda à être crucifié la tête en bas. Demandons-lui le courage de voir la vérité en face : lumen Christi !

 

Louis d’Henriques

 

Tapis de parc

Chères amies,

Avec le printemps arrivent de nouvelles idées et une nouvelle énergie créative, nous vous proposons de la mettre à profit pour embellir votre intérieur et prendre soin de vos petits ou de faire un beau cadeau. Nous allons coudre ensemble un tapis de parc-tapis d’éveil, sur mesure si votre parc est carré ou rectangulaire.

https://foyers-ardents.org/wp-content/uploads/2021/05/Tapis-de-parc-tuto.pdf

Bonne couture !

Isabelle et Marie-Hélène

 

Cercle vicieux

           En cours élémentaire, la maîtresse rappelle l’importance du respect des horaires.

Votre maman vous dit certainement qu’il faut venir à table en obéissant au premier appel. C’est pareil à l’école.

Un petit garçon commente : « Oh oui, d’ailleurs hier soir maman s’est mise en pétard contre papa… Elle l’a appelé 3 fois. Il faisait ses jeux à l’ordinateur comme tous les jours. Comme il ne venait toujours pas, on a commencé le dîner sans lui… »

Visiblement ce n’était pas un cas isolé….

La fuite du père, parfois inconsciente

  Tous les pères, à un moment ou un autre, sont attirés par une activité qui peut devenir une dépendance. Que les activités soient bonnes ou mauvaises en soi, presque toutes peuvent entraîner une addiction : les jeux, internet, les réseaux sociaux, le sport, l’alcool voire la drogue ou la pornographie, et même le travail. Il s’agit d’un processus progressif : d’abord des cas ponctuels, puis excessifs avant la dépendance pathologique difficile à traiter.

Cette évolution aboutit à une certaine fuite du père par rapport à sa famille ou son épouse. Souvent inconsciente, c’est une entrée dans un cercle vicieux qui peut faire de gros dégâts.

L’origine est fréquemment compréhensible : la fatigue liée aux jeunes enfants, le souci donné par les adolescents, le vide une fois les grands enfants partis de la maison, l’ambiance entre mari et épouse, le stress professionnel ou simplement la pression de ses responsabilités de chef de famille.

Face à la difficulté qui est réelle, le père croit trouver une solution, un soulagement ou un oubli par un mauvais moyen.

Des circonstances défavorables

  Untel a l’habitude de consulter et traiter ses mels professionnels le soir, le week-end, en vacances. Devant ses enfants, ses amis ou en tête à tête avec son épouse, il a toujours de bonnes raisons. Mes clients (ou mon patron, ou mes collègues) comptent sur moi…je travaille sur des sujets qui ne peuvent pas attendre, c’est important…il faut bien que j’obtienne cette promotion pour notre bien…

De nombreux hommes se réfugient dans un travail acharné à cause d’un complexe d’infériorité qui remonte souvent à l’enfance. Le message reçu par l’enfant était du genre : « tu n’es pas aussi doué que ton frère », « tu ne feras jamais rien de bon dans la vie ». Peu d’encouragements, peu de travail sur les qualités humaines de l’enfant en dehors de celles concernant sa réussite scolaire. Ils ne se sont pas sentis aimés pour eux-mêmes. Le complexe d’infériorité pousse l’adulte à devenir perfectionniste et à vouloir prouver sa valeur aux autres. D’autres hommes, à l’opposé, se réfugient dans la paresse « pourquoi travailler sérieusement ou faire des efforts en famille, puisque je ne suis qu’un bon à rien ? »

Certains ne se méfient pas des addictions, parce qu’ils ont eu l’exemple de leurs parents ou les influences de leurs amis : à famille de fumeurs, enfants fumeurs… de mauvais amis (ou un internet sans dispositif de filtrage) amènent à la pornographie.

La fuite du père est un cercle vicieux. Certains ne se sentent pas capables de participer à l’éducation des enfants et même à leurs soins matériels. Peut-être n’ont-ils pas eu la chance de voir l’entraide de leurs pères et mères dans ces circonstances ? Peut-être sont-ils trop perfectionnistes ou manquent-ils aussi de confiance en eux, en leur épouse et en la Providence ?

Les reproches de l’épouse peuvent aggraver le cercle vicieux : l’homme qui aime sa femme ne veut pas affronter une épouse contrariée. Si cela dure, il se dit qu’il ne réussira jamais à être agréable à son épouse…et fuit le conflit en s’isolant.

Culpabiliser ne sert à rien, prendre conscience du danger, des circonstances qui y contribuent et avoir envie de changer est essentiel. Chacun doit y contribuer.

Conséquences pour les enfants

  Le dépendant vit dans un monde égocentrique. Il se replie sur lui-même, absorbé par ses peines ou ses plaisirs, ce qui va à l’encontre du don de soi nécessaire à une vie de famille réussie et sanctifiante. Les impacts sont nombreux : sur l’ambiance familiale, sur la qualité de la prière, sur le moral ou la santé, sur l’équilibre de vie.

Les dépendances du père donnent le mauvais exemple aux enfants et peuvent blesser leur personnalité d’une manière qui ne se révèlera que plusieurs années après. 

De nombreuses études se sont penchées sur un cas extrême : l’augmentation des suicides de jeunes1. Au-delà des cas liés à des maladies psychiatriques ou des troubles psychiques aigus, le suicide est l’aboutissement d’un cheminement douloureux mais souterrain. Derrière l’évènement déclencheur final, il existe souvent des mobiles plus profonds. « Dans 50% des cas, le jeune suicidaire appartient à une famille au sein de laquelle il ne peut recevoir la stabilité, la sécurité et la chaleur affective nécessaire à son épanouissement2. »

Sans arriver à cette extrémité, des enfants peuvent changer de comportement à l’école ou à la maison parce qu’ils souffrent de l’attitude de leur père ou de l’ambiance familiale. Soyons attentifs à ces indices !

Rien n’est perdu, tout est possible !

  Si vous lisez cette revue, c’est que vous voulez réussir votre rôle de père et conduire votre famille vers le ciel. Ne souhaitez-vous pas le bonheur et l’épanouissement de vos enfants et de votre épouse ? Malgré vos imperfections, avec vos qualités et avec la grâce de Dieu ? Tout reste possible !

Détectez vos dépendances et leurs impacts négatifs par l’examen de conscience, par les conseils ou les réactions de votre épouse, de vos amis voire de vos enfants est la première étape pour décider d’agir. La motivation doit être profonde : les enfants, l’épouse, l’amour de Dieu, la nécessité de casser le cercle vicieux avec ses souffrances et ses épreuves pour se sentir mieux.

Nous sommes corps et âme : dans toute dépendance, des facteurs physiologiques et physiques (les substances psychoactives et les hormones) se combinent aux facteurs psychologiques (la volonté, le tempérament). Par exemple, la dopamine, hormone du plaisir, est stimulée par la plupart des activités sur écrans, et incite à les prolonger.

Pour s’en sortir, il est donc utile de remplacer la dépendance que l’on fuit, par une activité bénéfique et d’observer les effets positifs qui nous encourageront à nous priver de la dépendance initiale. Ainsi l’excès de smartphone ou d’internet sera mieux combattu en remarquant le plaisir venant des jeux avec les enfants, des discussions, des moments de qualité avec son épouse, de la lecture ou du bricolage…

Il faudra persévérer… le carême, l’avent ou l’été sont des périodes suffisamment longues pour faciliter des changements d’habitudes, éloigner les tentations et réussir un sevrage. La prière et le recours fréquent aux sacrements seront un atout majeur.

Dans tous les cas, bénins ou sévères, l’aide de personnes de confiance, au-delà de son conjoint, est essentielle à la réussite : bons amis, prêtres mais aussi médecins ou associations spécialisées pour les cas difficiles.

  Nous avons tous nos faiblesses, voire des dépendances : les accepter et chercher à s’en corriger sont des occasions d’humilité et de progrès dans la sainteté. Ne nous décourageons pas, le bon Dieu saura nous guider si nous avons confiance en Lui.

 

Hervé Lepère

1 600 suicides de jeunes de moins de 25 ans par an, soit 16% du total des décès de cette tranche d’âge. Source : Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, janvier 2015

2 Revue du Centre Catholique des médecins français N° 54, cité par AFS N° 33

 

Un songe

           Lors des quarante jours que j’ai passé dans le désert, j’ai fait un songe. Ce songe m’est revenu à l’esprit, tandis que seul à Gethsémani, je vivais mon agonie.

           Des démons, que  je connaissais comme Fils de Dieu de toute éternité, menaient une danse infernale autour des âmes.

 

           Leurs noms étaient étranges : le chef s’appelait Facebook, je crus comprendre « Face de bouc », puis Instagram, Twitter, Snapchat, Tiktok, Pinterest. Ils permettaient de transmettre des informations au monde entier et leur action se faisaient sur des engins tout aussi étranges avec une seule pression de doigt.

  Commençait alors une série d’images en couleurs accompagnées de textes souvent rédigés dans des langues appauvries.

  Ces images étaient parfois celles de beaux paysages mais le plus souvent de personnes dans des tenues ou des pauses qui me faisaient, comme homme, penser à celles des orgies romaines dont j’avais eu connaissance à Jérusalem, et comme Dieu, je savais qu’elles étaient causes de ma Passion.

  Facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, Snapchat, Tiktok, Pinterest…

 

  Je voyais des âmes baptisées dans l’Eglise que j’avais fondée, oublier trop souvent l’éternité heureuse à laquelle je les appelais pour se laisser happer par ces démons…

  Jeunes gens et jeunes filles racontaient sans pudeur ce qu’ils faisaient ou pensaient, souvent en cachette de leurs parents, se mettant en avant. D’autres se précipitaient, pour regarder ce qui se passait sur ces petites machines comme à travers un trou de serrure. Les uns se rêvaient en héros, les autres qu’ils vivaient leurs aventures avec eux.

  Le temps passé était parfois considérable, au détriment de la prière où je les attendais comme un rendez-vous d’amour quotidien, de la culture, du travail manuel, ou du simple repos du corps et de l’esprit.

  Et toujours ce tourbillon incessant de petites fenêtres qui s’ouvraient et se refermaient, les unes après les autres, m’enserrant dans une danse sans fin.

  Facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, Snapchat, Tiktok, Pinterest…

 

  Mon Père avait donné à l’homme des yeux pour admirer Sa Création, une bouche pour parler et chanter, des oreilles pour écouter. Mais presque tous alors, préféraient se servir de ces petites machines, qui mettaient une barrière si peu naturelle entre les hommes et faisaient le jeu de l’adversaire.

  Ils ne prenaient plus le temps de se recueillir dans le silence et ce tourbillon ressemblait étrangement à celui des damnés, qui n’ont pas un instant de paix.

  La diffusion de petites phrases assassines sur un « soi-disant ami », grâce à la vitesse de propagation et l’écho à large échelle permise par ces petites fenêtres, ruinait bien plus sûrement sa réputation que les commères les plus efficaces…

  Facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, Snapchat, Tiktok, Pinterest…

 

  Puis je vis ce phénomène continuer dans les familles, même proches de moi, avec de jeunes mères plus occupées par ces prétendues informations que par leurs enfants, et les pères oublieux de leur rôle.

Plus le temps pour tenir la maison, lire et prier, se promener avec leurs enfants, jouer avec eux, leur parler, les écouter au sortir de l’école. L’information apportée par ce petit engin qui s’appelait « smartphone » (encore un nom étrange), qu’elle soit juste ou fausse, était plus importante que ces petits que je leur avais confiés. Comment cela était-il possible ? Ma Mère avait tant penché son beau visage vers moi, toute attentive, et mon père adoptif tant éveillé mon esprit et guidé mes mains…

Certains préféraient aussi, tout en parlant avec l’entourage, s’occuper de la petite machine. Elle réussissait alors ce tour de force de rendre tout à la fois présents les absents, et absents les présents. Elle devenait d’ailleurs, au fil du temps, de plus en plus séduisante, légère et facile, indispensable, grâce aux nouveaux démons…

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Tous les péchés s’y donnaient rendez-vous : luxure, envie, orgueil, curiosité, mensonges, étalés au grand jour comme autant de fiertés. Je voyais les esprits enchaînés et incapables de réfléchir par eux-mêmes ; une information en chassait une autre, frappait les esprits qui s’échauffaient ou s’enthousiasmaient sans recul, sans réflexion. Chacun se faisait centre du monde.

  Hélas, je vis aussi certains de mes prêtres séduits, sous couvert d’efficacité, par ces démons, se disperser sur ces petites machines. Leur ministère n’en était ni amélioré ni facilité, bien au contraire, les prières faites à la va-vite ou les âmes laissées de côté. Ils étaient trop occupés ! Pourtant y renoncer leur auraient valu tant de grâces pour elles…

  Je vis enfin ces jeunes gens que j’appelais au sacerdoce mais qui me préféraient ces petits engins dont ils ne pouvaient plus se défaire… Combien restaient chez eux, vocations avortées par un esclavage voulu, alors que je leur demandais de libérer les âmes…

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  Non ce n’était pas un songe, c’était bien la triste réalité des âmes vingt siècles après ma Passion, et mon agonie était là, généreuse, offerte. J’acceptais tout de grand cœur, pour les libérer de cet esclavage.

J’en vis alors certaines réagir, renoncer, éclairer les autres, sortir de tourbillon qui ne les rendaient pas paisibles et quitter Facebook, WhatsApp, Instagram, Twitter, Snapchat, Tiktok, Pinterest, smartphone.

Elles retrouvèrent et développèrent la paix, la bonté, la douceur, la joie, l’humilité, l’intelligence, la liberté, et mon Père put agir en elles pour les faire grandir.

                  Jeanne de Thuringe