Le deuil

     

       Le terme de Deuil désigne la perte liée au décès d’un être proche, d’un parent ou d’une personne chère. Il désigne également la réaction psychologique consécutive à cette perte, qu’il s’agisse des différents états traversés par l’endeuillé (notamment la tristesse propre au deuil) ou du processus psychologique évolutif et prolongé (« travail du deuil ») conduisant naturellement à la fin de cette expérience. Quand Dieu a laissé au défunt le temps de se préparer pieusement à la mort, qu’il a pu rencontrer un prêtre, se confesser, recevoir les derniers sacrements et la bénédiction « in articulo mortis», le deuil est en général facilité. En effet, malgré la douleur de la disparition, on est soulagé de savoir qu’il a accompli son passage dans l’autre vie dans les meilleures conditions possibles. Le prêtre saura aussi répondre aux questions que tout un chacun peut se demander vis-à-vis des problèmes que posent l’acharnement thérapeutique, la prise de morphine et de certains médicaments. Il aura la bonne réponse et de ce fait même apaisera les inquiétudes de l’entourage. De plus les prières de l’Eglise qui accompagnent les mourants « à l’heure de la mort » mais aussi pendant les jours qui suivent, et ce jusqu’à la mise en terre sont très consolantes. Mais quand malgré la supplication que nous font réciter les litanies2 : « de la mort subite, délivrez-nous, Seigneur », le défunt a été rappelé à Dieu sans les secours de l’Eglise, le deuil est toujours plus douloureux.

C’est une expérience quasi universelle, à laquelle sont confrontés un jour ou l’autre la plupart des individus, souvent même à plusieurs reprises. Les statistiques témoignent ainsi de la grande fréquence du veuvage : on estime qu’il existe environ 4 millions de veufs en France. Il s’agit d’une population âgée (plus de 85% ont plus de 60 ans).

 Il existe trois phases dans le deuil :

La phase initiale (phase de détresse, phase d’impact, phase d’hébétude) est caractérisée par un état de choc : stupéfaction, incrédulité qui traduisent le déni défensif : la personne se trouve plongée brutalement dans un état de torpeur, d’engourdissement, dans lequel elle continue à vivre et à agir, mais de façon automatique. Cette période est inconstante, de quelques heures à quelques jours, exceptionnellement plus d’une semaine. Peu de souvenirs restent d’une telle période.

La phase centrale dite de dépression ou de repli, représente la période aigüe du deuil. Elle est caractérisée par un état émotionnel intense d’allure dépressive : tristesse, pleurs, culpabilité, honte, irritabilité, anorexie, insomnie, sentiment de vide, fatigue. Un sentiment de colère vis-à-vis du mort n’est pas rare. Colère et culpabilité traduisent l’ambivalence de l’endeuillé, qui est pris entre le sentiment de n’avoir pas fait tout ce qui était en son pouvoir à l’égard du décédé et celui d’avoir été injustement abandonné par lui.

Cette phase se traduit aussi par un retrait social avec une incapacité à maintenir les habitudes du travail.

Il y a également une identification inconsciente au défunt avec des préoccupations de santé similaires, parfois suscitées par des symptômes somatiques d’emprunt, une imitation temporaire de ses manières d’être, de comportement et des habitudes du défunt.

Au cours de cette période, des perceptions sensorielles d’allures hallucinatoires (impression d’entendre la voix du défunt, de sentir son contact, de l’entrapercevoir, etc..) peuvent survenir mais l’endeuillé est conscient de l’absence de support réel…

     La difficulté de cette période est celle du diagnostic différentiel entre deuil normal et dépression. Sa durée varie de plusieurs semaines à un an, mais elle est inférieure à 6 mois pour la plupart des sujets.

 La troisième phase marque la fin du deuil : c’est une phase de résolution caractérisée par :

– l’acceptation de la perte et la personne peut alors se souvenir du défunt sans douleur excessive ;

– le rétablissement des points d’intérêts habituels, parfois un désir de s’engager dans de nouvelles relations et de nouveaux projets ;

– le retour à un mieux-être psychique et somatique.

  Les conséquences psychologiques du deuil varient beaucoup d’un sujet à l’autre : elles dépendent des conditions de décès et des liens affectifs qui unissaient les personnes. On considère ainsi que la perte du conjoint et le décès d’un enfant font  partie des évènements ayant le plus fort retentissement psychologique.

Bien que douloureuse et prolongée, cette expérience s’inscrit habituellement dans un processus psychologique normal, mais il est des deuils pathologiques ou compliqués qui sont source de souffrance et de désadaptation marquées, en raison d’une perturbation du processus de deuil, ou de la survenue d’un trouble psychiatrique : épisode dépressif majeur, surtout, mais aussi, parfois, trouble anxieux. Ces complications justifient la mise en œuvre précoce d’un soutien psychologique pour les plus vulnérables des endeuillés et d’un traitement adapté en cas de trouble psychiatrique.

 

Mais au-delà, des étapes psychologiques par lesquelles passent tous les êtres humains, il faut se souvenir que le travail du deuil est grandement facilité par la vie spirituelle et par l’aide que peut apporter un prêtre qui saura guider une âme dans ces circonstances douloureuses.

 

Dr. N. Rémy

 

1 Bénédiction à l’article de la mort, donnée en général après le Sacrement de l’Extrême-Onction et qui sera effective à l’instant de la mort.

2 Litanies des saints

 

 

Le culte de l’apparence

Un peu de douceur….

Si nous n’avons plus l’occasion de nous retrouver face à face, au détour d’une rue, avec une « gueule cassée » d’après-guerre, dont la seule vue nous fait frémir ou pleurer de compassion, il est des situations où nos regards peuvent, maintenant encore, blesser davantage qu’une parole méprisante. Nous vivons dans un monde où l’apparence revêt une importance telle, que beaucoup en arriveraient presque à ne pas supporter chez autrui le moindre petit bouton sur le nez, la calvitie naissante, ou le gabarit hors norme. Tout doit paraître parfait, jeune, en pleine santé. A contrario, celui qui a la faiblesse d’endurer quelque malformation ou imperfection physique, celui-là est raillé sans pitié, et observé sans charité. Ce culte de l’apparence est une tyrannie, à laquelle contribue largement la passion pour les selfies et photos en tous genres, et dans toutes les situations. On finit par ne vivre que pour l’objectif, que pour le Paraître, que pour le rêve de vie filmée que l’on se fabrique, en oubliant l’essentiel : l’Être. Nul n’est besoin de paraître si l’on Est. En terre chrétienne, nul n’est besoin de se moquer pour se prouver que l’on Est un Homme.

 

Le concept d’ordre naturel chez Saint Thomas d’Aquin (suite et fin)

          De nos jours, certains catholiques, parfois même dans notre famille de pensée, tiennent qu’il n’a jamais existé d’ordre naturel ou qu’il n’en existe plus à cause de la Révolution et de la prise de pouvoir effective des nouveaux maîtres qui sont à la solde du pouvoir mondialiste. Certains soutiennent ainsi que notre régime politique, la démocratie (moderne), est un « ordre non-naturel » qui ne peut cohabiter avec l’ordre surnaturel et qu’il n’est pas possible dans ce nouvel ordre démocratique dans lequel nous vivons malgré nous, de poursuivre un quelconque bien. Saint Pie X écrivait pourtant dans sa Lettre sur le Sillon1 qu’« On ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie : on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo2 ». Or ces fondements naturels et divins que rappelle Saint Pie X ne sont rien d’autre que l’ordre naturel3 qui n’a ni disparu ni changé et qui est bien le nôtre. Sans cet ordre qui est au principe de toute action politique, nous ne pourrions ni concevoir ni produire l’ordre politique voulu par Dieu.

La finalité voulue par Dieu dans l’ordre naturel d’une communauté comme la famille est par exemple d’assurer la conservation et la propagation du genre humain. Cette vérité n’est pas seulement connue du chrétien par la doctrine catholique traditionnelle du mariage – qui enseigne que sa fin première est la procréation4 – elle est aussi évidente pour le païen. Tout homme, qu’il soit chrétien ou non, peut en effet connaître la fin bonne qu’il doit chercher à atteindre en famille parce qu’il a inscrit en lui les lois de l’ordre naturel fixées par Dieu lors de la Création et qui lui sont accessibles par la raison.

Un autre exemple très significatif est pris par Saint Thomas dans la Somme Théologique: il s’agit de savoir si l’on peut baptiser malgré leurs parents les petits enfants des infidèles (c’est-à-dire de tous ceux qui ne sont pas catholiques : les juifs, les païens, etc.). Un avertissement important est soulevé : « on doit subvenir à l’homme bien plus s’il est en péril de mort éternelle que s’il est en péril de mort temporelle ». Or un petit enfant qui n’est pas baptisé par la faute de ses parents est en péril de mort éternelle et il semble justifié de l’enlever à ses parents pour le baptiser et l’instruire dans la foi catholique. Pourtant Saint Thomas explique que ce serait faire une grave injustice aux infidèles dans l’ordre naturel que de baptiser malgré eux leurs enfants.

Voici pourquoi : « Il est de droit naturel que le fils avant d’avoir l’usage de la raison demeure sous la tutelle du père. D’où il serait contre la justice naturelle que l’enfant, avant d’avoir l’usage de la raison, fût soustrait à la tutelle de ses parents ou qu’une disposition fût prise à son sujet malgré les parents. […] On ne doit donc pas, pour délivrer un enfant du péril de la mort éternelle, faire irruption dans l’ordre du droit naturel qui fait que le fils est sous la tutelle de son père. »

Saint Thomas nous montre que si la famille dépend de l’ordre naturel, il en est de même pour la politique. Parce que l’homme est naturellement sociable, l’ordre de la politique est une réalité  qui dépend de l’ordre naturel comme le souligne Thomas d’Aquin dans sa Somme contre les Gentils : « Ainsi deux ordres sont à considérer : l’un [l’ordre naturel] en dépendance de la cause première [Dieu] de toutes choses et de ce fait embrassant l’univers ; un autre, particulier, en dépendance d’une cause créée particulière, et s’étendant à tout ce qui ressortit à elle. La politique nous en offre un exemple. Tous les membres d’une famille sont unis entre eux dans cet ordre qui naît de leur sujétion au même père ; à son tour, tant le père de famille que ses concitoyens sont partie d’un ordre qui les unit entre eux et avec le chef de la cité ; celui-ci à son tour, avec tous ses compatriotes, est partie de l’ordre que préside le roi6. »

D’où l’importance capitale de ceux qui ont la charge de gouverner la Cité. Ils doivent en effet ordonner à sa fin fixée par Dieu, le bien commun dans l’ordre naturel, les communautés qui la composent. La liberté d’action de l’homme politique n’est donc pas pour lui le droit de choisir n’importe quelle fin (par exemple son intérêt particulier ou celui d’un petit groupe) selon son bon désir. La politique est en effet « la science qui traite de l’objet le plus noble et le plus parfait » que puisse atteindre l’homme en cette vie, « science principale et architectonique à l’égard de toutes les autres sciences pratiques », et qui nous permet d’accéder « au bien ultime et parfait dans les choses humaines », comme l’écrit saint Thomas à la suite d’Aristote7. De même que l’ordre naturel créé par Dieu est la cause de l’ordre politique, celui-ci est la cause des autres communautés humaines. Ainsi, de même que le péché originel n’a pas détruit la nature humaine, ni le mondialisme ni les lois iniques contre le mariage de notre société déchristianisée n’ont détruit l’ordre naturel. Une politique conforme à la nature humaine sera toujours non seulement possible tant que l’homme existera sur terre, mais nécessaire.

Louis Lafargue

1 C’est le 25 août 1910 que paraît la lettre Notre charge apostolique (appelée aussi Lettre sur le Sillon) adressée à l’épiscopat français. Le Pape Saint Pie X condamnait dans cette lettre l’intention des démocrates-chrétiens d’inféoder la religion catholique à la démocratie universelle qu’ils projetaient de construire.

2 Tout instaurer dans le Christ.

3 Comme le souligne l’abbé Julio Meinvielle, « Il y a un ordre divin naturel et un autre surnaturel. » (Meinvielle, Conception catholique de la politique, 1932, éditions Iris pour le texte français, 2009, p. 25 en note).

4 « Soyez féconds et multipliez … » sont les tous premiers mots que Dieu dit à l’homme après l’avoir créé (Genèse, I, 28).

5 Thomas d’Aquin, Somme Théologique, IIa IIae, qestion 10, article 12.

Thomas d’Aquin, Somme contre les Gentils, livre III, c 98.

98.

7 Marcel De Corte, « Réflexions sur la nature de la Politique », revue L’Ordre Français, mai 1975.

 

 

Avis de tempête!

          Gros nuages noirs à l’horizon, la surface sombre de l’eau se ride et les vagues s’ourlent d’un liseré argenté qui court de plus en plus rapidement, grossit et gronde jusqu’à devenir semblable au bouillonnement d’un torrent, le vent s’est levé et fait claquer les cordages, le bateau gîte et la mer se creuse, la pluie arrive : Avis de tempête accrochez-vous !

Telle pourrait être la description imagée des quelques heures qui précèdent l’annonce d’une rude épreuve dans notre vie, perte d’un proche, déchirement familial, rupture amoureuse, découverte d’une maladie, tous nous avons déjà ou nous aurons à traverser les tempêtes de la vie que le ciel nous envoie pour nous sanctifier.

Mais toute tempête est dangereuse et peut être meurtrière. Les repères habituels disparaissent du paysage familier, nous sommes parfois désorientés. Des vagues de douleur trop importantes nous font perdre pied et nous donnent l’impression de couler littéralement, les dégâts psychologiques peuvent parfois être graves et il peut y avoir de la casse. Tout un pan de nos convictions peut céder sous la charge, quand ce n’est pas une remise en question totale de ce à quoi nous croyons …

Très gros temps ! A l’aide !

Il est parfois inévitable de boire la tasse, mais il faut tenter de ne pas couler et de reprendre la route une fois l’orage passé.

Dans la mesure du possible, essayons de garder quelques repères en levant les yeux vers le ciel et en implorant l’Etoile de la mer qui se laisse toucher par nos supplications ; même si un sentiment de dégoût et d’inutile peut nous envahir. Le Bon Dieu permet les épreuves mais il envoie toujours les grâces pour les surmonter. Tout l’enjeu est de les utiliser pour réussir à sortir grandi et meilleur de l’épreuve.

Ensuite, il faut évacuer l’eau de la cale en parlant à nos proches, non pas pour qu’ils nous apportent la solution, ils ne l’ont pas, mais pour ne pas exploser en gardant tout pour nous. N’ayez jamais peur de déranger un vrai ami avec vos souffrances, ne seriez-vous pas heureux de soulager un des vôtres en l’écoutant ? Ils sont comme les sauveteurs en mer et vous jettent une bouée, saisissez-la ! Evacuez aussi en faisant du sport, ou en pratiquant vos loisirs préférés, ne restez pas prostré et replié sur vous-même.

Dans la tourmente, lorsque le bateau prend l’eau de toutes parts, commençons par lâcher du lest et réparer les brèches psychologiques avant de changer le cap de nos vies. Nous risquons dans l’agitation de nous tromper, de prendre des mauvaises orientations, voire de couler définitivement. Le mieux est d’attendre : la tempête se calme toujours même si cela peut être très long, et Dieu ne nous éprouve pas au-dessus de nos forces.

Une fois passée la tourmente, et revenu le calme, il est temps de ramasser les débris, et de se reconstruire doucement. Les épreuves nous permettent souvent de relativiser et de remettre les choses en perspective, de savoir ce qui compte vraiment dans notre vie, d’écarter les futilités. Il est temps alors de faire le point, de tirer les enseignements de ce qui nous est arrivé. Il y aura toujours des questions auxquelles nous ne pourrons pas répondre : pourquoi ? Ne perdons pas de temps à les chercher. Attachons-nous plutôt à consolider nos faiblesses qui sont apparues pendant l’épreuve, car celle-ci agit souvent comme un révélateur. Faisons les ajustements de cap, de priorité et de direction qui s’imposent si nous nous sommes aperçus, grâce à la tempête, que nous faisions fausse route. Mais pas de précipitation, et surtout écoutons les conseils de ceux qui nous entourent et qui nous connaissent bien. Et prions le Saint-Esprit qu’il nous éclaire sur ce qu’il a voulu nous faire comprendre au travers de cette épreuve. Alors courage, vous n’êtes pas seul dans cette galère et après la pluie le beau temps !

Charles 

                   

 

Epargner pour le Bien commun familial

          Béatrice et Gérard ont la chance de pouvoir épargner une partie de leurs revenus (FA 18). Si nous sommes dans la même situation, que faire ? Bien gérer notre argent est en effet un devoir : les enfants de lumière doivent être habiles pour le Bien Commun de leur famille. Ils doivent imiter le bon serviteur de l’Evangile dans le domaine temporel, comme dans le domaine spirituel : le serviteur qui a gardé son argent dormant a été blâmé. Celui qui a doublé sa mise, de 5 à 10 talents, est félicité. Il a nécessairement investi son argent dans des affaires légitimes pour obtenir ce résultat. Ne laissons donc pas toutes nos économies dormir, l’inflation les grignoterait peu à peu.

Première priorité : la résidence principale

Après le mariage, où lorsque notre vie est stabilisée, acheter sa résidence principale est une priorité : nous ne savons ni le jour ni l’heure de notre mort… Une épouse qui se retrouve brutalement veuve avec 3 ou 4 jeunes enfants, avec la perte des revenus du mari, sera plus en sécurité si elle n’a pas à payer son logement. Lorsque nous empruntons pour acheter, nous souscrivons obligatoirement une assurance décès. En cas de décès, l’assurance rembourse la totalité de l’emprunt restant et la veuve devient donc pleinement propriétaire sans frais ! Empruntons donc au maximum raisonnable.

D’ailleurs, il vaut mieux se constituer un capital physique en remboursant son emprunt, que de payer un loyer. Nous aurons la jouissance de ce capital et pourrons le transmettre plus tard à nos enfants.

La finalité première est ici la sécurité de la famille. Ne nous inquiétons donc pas des fluctuations de l’immobilier -il ne monte pas toujours- mais lorsque nous vendons pour racheter un autre bien, tout le monde est dans le même cycle de prix et personne n’est ainsi désavantagé. L’essentiel est de choisir un bien de qualité dans un environnement de qualité.

Motivations et objections à l’emprunt ?

Lorsqu’on achète un logement et que les taux d’intérêts sont assez bas, l’emprunt est nécessaire pour pouvoir acheter et bon car il contribue à la sécurité de la famille en cas de décès. Pour un bien durable coûteux, comme une voiture, l’emprunt est également légitime si les taux sont modérés. Dans tous les cas, il faut que le remboursement soit raisonnable vis-à-vis des capacités et de la psychologie de la famille, qu’il ne soit pas cause de disputes parce que la charge est trop pénible !

En revanche, le crédit à la consommation est à proscrire. Le taux d’intérêt est souvent usuraire (10% ou plus). Ainsi, le taux des crédits renouvelables des banques, ou des cartes de paiement des grands magasins est facilement de 18% et masqué derrière des avantages de fidélité… Anticipons nos besoins pour ne pas collaborer à ces abus ! Le crédit à la consommation est souvent cause de problèmes en ménage : il est un signe qu’on se cache les difficultés ou les tentations.

Seconde priorité : valoriser son épargne

Comme le bon serviteur, nous devons investir notre argent dans l’économie réelle pour le faire fructifier.

Lorsqu’on n’est pas soi-même entrepreneur, le mieux est d’investir dans des actions. L’action est une part de propriété d’une société.

L’argent ainsi confié à l’entreprise sert à la développer et à faire vivre des familles qui y travaillent, en apportant des produits de valeur à leurs clients, contribuant ainsi au bien commun naturel.

L’actionnaire participe à la création de valeur de l’entreprise et aux risques associés. Il est légitime qu’il soit rémunéré par des dividendes, qui sont une part des bénéfices. En outre la valeur de l’action peut augmenter lorsque la performance et les perspectives de l’entreprise sont bonnes. Dans un portefeuille d’actions équilibré, en moyenne sur une période de 10 ans, le cumul des dividendes et des plus-values font doubler la somme investie. 

Motivations et objections à l’actionnariat ?

Ces gains seront bien utiles pour constituer l’apport personnel nécessaire à l’achat immobilier, ou pour les besoins futurs de la famille (scolarités, mariage des enfants, aider les vieux parents ou donner aux œuvres, transmettre à ses enfants et petits-enfants).

Si l’Eglise interdit la spéculation et l’abus de puissance (l’usure au sens de taux d’intérêts abusifs ou injustifiés), compte tenu de l’organisation pratique de la société civile avec ses entreprises qui ont en partie remplacé l’artisanat individuel, l’Eglise permet l’investissement dans l’économie réelle, dans le respect des règles morales traditionnelles.

Le Code de Droit Canon régit les affaires de l’Eglise latine.  Le code de 1917 dit au N°1543 : Si une chose fongible est donnée à quelqu’un en propriété et ne doit être restituée ensuite qu’en même genre, aucun gain à raison du même contrat ne peut être perçu ; mais dans la prestation d’une chose fongible, il n’est pas illicite en soi de convenir d’un profit légal, à moins qu’il n’apparaisse comme immodéré, ou même d’un profit plus élevé, si un titre juste et proportionné peut être invoqué.

Et Pie IX dans Quadragesimo Anno- 1931 : Il n’est pas interdit à ceux qui produisent d’accroître honnêtement leurs biens ; il est équitable, au contraire que quiconque rend service à la société et l’enrichit profite, lui aussi, selon sa condition, de l’accroissement des biens communs, pourvu que, dans l’acquisition de la fortune, il respecte la loi de Dieu et les droits du prochain, et que, dans l’usage qu’il en fait, il obéisse aux règles de la foi et de la raison.

Conditions de réussite de l’actionnariat

La condition de réussite d’une entreprise, donc du gain pour l’actionnaire est d’abord d’avoir de bons dirigeants, puis une bonne stratégie et une vision à long terme, enfin de bons produits bien positionnés pour satisfaire de bons clients sur ses marchés. Une autre condition de gain est de placer à long terme – 5 ans au moins – et de ne pas paniquer en cas de fluctuation. Attention, le fameux CAC 40 ne représente que les fluctuations des cours de bourse, sans tenir compte des dividendes versés par les entreprises qui représentent pourtant 50% des gains ! Nous devons éviter des mouvements trop fréquents d’achat ou de vente sinon nous ratons les vraies opportunités de croissance réelle et nous misons sur des gains de spéculation, ce qui serait de la mauvaise gestion, incohérente avec notre morale.

En pratique

Si nous travaillons dans une bonne entreprise, utilisons au maximum les dispositifs d’épargne salariale investis en actions de l’entreprise. La somme que nous investissons est abondée (complétée gratuitement) par l’entreprise ce qui augmente le gain. La somme est bloquée pendant 5 ans, mais le déblocage anticipé est permis en cas de mariage, naissance ou achat immobilier. Le dispositif est donc très souple.

Nous allons garder une épargne de précaution sur un livret A ou autre, qui peut se débloquer en cas d’urgence. Au-delà de cette précaution, celui qui dispose de 1000 € d’économies et qui est capable d’économiser 1000€ par an ou 100€ par mois, peut contacter une société de gestion indépendante ou un conseil en gestion de patrimoine (CGP). Mieux vaut se faire aider par des professionnels car c’est un métier compliqué de sélectionner les bonnes entreprises ! Choisissons un intermédiaire qui fait faire à ses clients ce qu’il fait pour lui-même ! Pour le choisir, prenons conseil par le bouche à oreille et jugeons l’arbre à ses fruits sur une période de 5 ou 10 ans. Préférons ces acteurs indépendants aux banques ou assurances qui vont nous proposer des placements grand public en fonction de leur politique commerciale du moment, et non pas d’une connaissance personnalisée de notre situation.

Se méfier des rêves et rester dans le réel

Restons concrets, dans l’économie réelle, et méfions-nous des promesses trop brillantes telles que :

¨ Des rendements garantis ou des taux de gain trop élevés : ces sont les signes de « produits structurés », spéculatifs, souvent avec des frais cachés.

¨ Des gains fiscaux (spécialement sur l’immobilier) : ils couvrent souvent des mauvais produits, difficiles à revendre ou à louer, dans des quartiers peu favorables.

¨ Des SCPI -société civile de placement immobilier. Les parts de SCPI sont trop liées aux fluctuations de l’immobilier et des taux d’intérêts. Le placement n’est pas liquide donc difficile à ajuster au besoin, et les frais sont souvent élevés.             A l’opposé, les actions qui sont hébergées dans un compte PEA -plan d’épargne en actions- peuvent être échangées pour s’adapter aux évolutions des cours.

¨ Des placements à l’étranger

L’investissement en immobilier locatif est à réserver à des biens proches de la résidence principale, et à ceux qui ont épuisé les autres priorités. Il est souvent source d’ennuis : temps pour gérer et entretenir, risque sur les locataires, taxes très élevées sur les revenus et les successions.

Soyons volontaires mais raisonnables !

Le caractère raisonnable des placements, comme des emprunts, dépend de leur nature, de leur objectif mais aussi de notre psychologie. Restons dans des limites qui nous conviennent pour ne pas devenir désagréables en ménage ou avec nos amis, ne plus penser qu’à l’argent et au succès, ou devenir inquiet. Une fois la décision prise, apprenons à nous détacher des évolutions instantanées et à accepter un certain risque. Sachons aussi consommer nos économies lorsqu’un achat immobilier ou une bonne cause le demande, quitte à revenir épargner plus tard.

La sagesse consiste à se rappeler en permanence les principes de St Ignace dans ses Exercices Spirituels : l’homme doit en faire usage (des choses de la terre), autant qu’elles le conduisent vers sa fin (l’Amour de Dieu, et le Ciel), et il doit s’en dégager autant qu’elles l’en détournent.

Notre but doit être de favoriser le Bien Commun de la famille en améliorant sa sécurité, qui facilite la paix de l’esprit, et en préparant son avenir de notre mieux  – Aide toi, le Ciel t’aidera -, dans la confiance en la Providence de Dieu.

Hervé Lepère