Un petit goût de ciel sur la terre

Nous voici, avec la foule galiléenne, au pied de la montagne. Celui qui parle en est à déclarer la loi de son royaume spirituel. Jésus a passé sa nuit en prière, comme il fait souvent. La volonté du Père ainsi consultée, il donne mission à ceux qui seront les piliers de son œuvre, ses Apôtres, qu’il choisit dans le groupe de ses adhérents, ceux que lui-même voulut, dit saint Marc (III, 13). Il leur communique ses pouvoirs, puis les place au premier rang. Les voici qui s’assoient en cercle, Jésus assis au milieu d’eux comme le font les docteurs juifs. La foule s’étage sur les pentes et au pied de la petite colline.

C’est le printemps, des malades sont venus que Jésus a guéris. La vérité de sa parole se prouve par l’efficacité de son action. Derrière la foule, le lac, calme sous les teintes virginales du matin, et dans lequel se reflètent les lauriers roses.

C’est dans ce cadre magnifique, dans ce décor de lumière qui manifeste si bien l’éclatante vérité qui se prépare, que le Fils de l’homme parle. Ainsi Jésus est lumière du monde au moment où il ouvre la bouche, et Dieu lui-même, qui avait sculpté la loi de rigueur sur des tables de pierre, écrit la loi de grâce dans le cœur de ses disciples.

Cette grâce vaut pour tous ; elle saura s’adapter à tous. Et c’est bien là, sur cette montagne, qu’en face de grands horizons, dans de la beauté, dans de la vibration lumineuse et cordiale, dans de la rêverie profonde et lucide que le Christ et nous, et, par le Christ, Dieu et l’homme s’associent, que le ciel et la terre voisinent, pour que le premier verse à l’autre, avec sa lumière, la sève intime qui fait croître et qui fait verdir (Père A-D Sertillanges, Le Sermon sur la Montagne) :

« Bienheureux les pauvres en esprit…, bienheureux les doux…, bienheureux ceux qui pleurent…, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice…, bienheureux les miséricordieux…, bienheureux les cœurs purs…, Bienheureux les pacifiques…, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice… » Jésus énumère lentement les huit Béatitudes.

On appelle Béatitude le bonheur le plus grand, le plus parfait, qui est celui de posséder Dieu, c’est le bonheur des saints au Ciel.

Voulons-nous goûter un jour ce bonheur parfait ? Et pour l’éternité ? Pour cela nous devons écouter ces conseils que Jésus nous a donnés dans son Sermon sur la montagne. Et, si nous les suivons, en attendant la joie débordante du ciel, nous pouvons, sur la terre, profiter d’un certain bonheur que Dieu nous donne déjà si nous nous servons du moyen des Béatitudes pour faire progresser notre âme vers lui, car suivre ses enseignements nous procure la joie de plaire à Dieu.

 

Bienheureux les doux, parce qu’ils possèderont la terre

Prenons par exemple cette deuxième Béatitude sur la douceur. Nous venons d’observer la pédagogie divine : Jésus veut annoncer aux hommes des choses de la plus haute importance, il veut que l’on vienne l’écouter, que fait-il ?

Il réunit la foule au petit matin, à la naissance d’un jour nouveau, tout est calme, tout est beau. Il met son auditoire dans les meilleures dispositions pour l’écouter et retenir la leçon.

Puis il leur parle paisiblement, il veut que ses paroles aillent jusqu’au cœur de chacun, il ne précipite pas ses phrases pour que chaque information nouvelle soit assimilée doucement.

C’est tout un art de mettre en scène les choses graves, de capter son auditoire et d’aller au-delà des oreilles attraper non seulement les intelligences, mais aussi les âmes. C’est là le talent des enseignants et des prêcheurs, leur récompense étant de voir tous les yeux s’agrandir et les petites bouches s’ébahir quand il s’agit d’un jeune public. Art avec lequel les parents doivent aussi « jouer » dans l’éducation de leurs enfants. Ce n’est pas dans l’agitation, ni en parlant vite, fort, et longtemps que leurs enfants seront plus attentifs à recevoir « les leçons », surtout si elles sont sérieuses.

La vertu de douceur, comme tout en éducation, doit être plus que pratiquée par les parents, eux-mêmes. Elle doit leur être devenue naturelle. Pour cela il faut aussi souvent que possible se trouver en présence de Dieu pour le « posséder », le garder à nos côtés. Il faut expliquer cet exercice à nos petits. Nous leur disons souvent « Dieu te voit ! », disons-leur aussi « Dieu est avec toi, courage !», « Fais-le pour l’amour de Jésus » ou encore « Si tu fais de la peine à maman, tu fais aussi de la peine à Jésus… » L’enfant a besoin de ces petits rappels, dans une mesure raisonnable, bien sûr, mais il doit comprendre que Jésus « est son ami » parce qu’il l’aime, et qu’il est toujours là près de lui.

La douceur, c’est écouter les autres, leur répondre avec charité, les aider, les consoler, éviter ou apaiser les disputes, les mauvaises paroles ou gestes, prêter ses affaires, faire plaisir gratuitement, savoir faire le premier pas, chasser la colère de son cœur. Vaste programme qui ne se réalise pas en un jour ! Mais à chaque petit écart de conduite, les parents auront soin de reprendre l’enfant, exiger son pardon, et, dans les tentations, lui conseiller de se dire : « Qu’aurait fait Jésus à ma place ? »

Parfois, un regard suffit pour reprendre l’enfant, encourageons-le d’un sourire entendu qui évitera une nouvelle remarque, et entretiendra une petite complicité bienfaisante.

C’est en combattant tout jeune que les vertus chrétiennes des Béatitudes imprègneront l’enfant, et lui procureront cette joie de l’âme qui plaît à Dieu, ce petit goût de bonheur du ciel déjà sur la terre.

 

Sophie de Lédinghen

 

La délicatesse du coeur

La mère de famille, chrétienne et au foyer…

Quand elle regarde autour d’elle, elle ne voit que des gens à consoler, à encourager ou à soigner. Les siens d’abord, mais aussi les étrangers à sa famille. Son cœur est trop vaste pour ne contenir que son mari et ses enfants. Non, elle peut y faire entrer tout un monde de voisins, d’amis, de commerçants, tout ceux qu’elle a rencontrés et pour qui son cœur s’est serré une fois.

Son regard embrasse le monde de la douceur de son cœur. Elle ne pense pas à elle, cela fait bien longtemps qu’elle a renoncé à ce pourquoi toutes les autres se battent aujourd’hui : l’indépendance financière, la carrière, les vacances au soleil, la jeunesse du visage et de la silhouette. Non, tout cela, elle l’a laissé joyeusement derrière elle le jour où elle a dit « oui » pour se jeter dans l’aventure du mariage, le cœur léger, pressentant déjà les sacrifices innombrables qui l’attendaient et qui, peu à peu, la videraient d’elle-même pour la remplir de quelque chose de plus grand. Qui est-elle ? La mère de famille chrétienne, véritablement, chrétienne.

Dans l’entreprise, aujourd’hui, on cherche des femmes pour diriger. On leur déroule le tapis rouge vers les plus hautes sphères de l’entreprise. Dans ce cas, la discrimination est bonne, et tant pis pour les hommes méritants qu’on laisse sur le côté. Il n’y a pas de doute que les femmes peuvent être aussi talentueuses que les hommes pour déterminer des objectifs commerciaux, définir une stratégie de développement technique, établir des plans, diriger des équipes ou impulser une vision long terme à l’entreprise. Bien stupides ou déconnectés du monde actuel ceux qui pensent le contraire. Mais ces femmes, aussi talentueuses soient-elles, en faisant de leur carrière leur priorité, passent à côté de ce qui fait la grandeur d’un cœur de femme : donner, donner gratuitement, donner sans compter, donner tout, car tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. « Donner »… Il faut du temps pour véritablement comprendre le sens de ce mot, plus encore pour qu’il façonne tous les aspects d’une vie. Parfois, il faut trente, quarante, soixante ans. Peu importe, il est l’idéal de la mère de famille chrétienne.

Elle pense aux autres, dans les détails comme dans les grandes choses. Elle donne la vie, parfois à sept, huit, neuf, douze, quinze enfants. Son cœur en devient plus vaste. Pendant que les femmes en 2025 font carrière, prennent des vacances, divorcent ou mettent leurs trop rares enfants en crèche, la mère de famille chrétienne, dans son foyer, prend soin des siens. Elle les nourrit, elle donne une âme à sa maison, elle soigne les bobos, elle console les peines et aide à affronter les obstacles, à grandir en corps et en âme. Combien de femmes font cela aujourd’hui ? Si peu… Elles sont devenues si rares, les mères chrétiennes au foyer…

Certaines sont forcées de travailler à cause de la situation économique, d’autres n’ont pas encore tout donné, par ignorance, ou simplement parce qu’elles ont laissé une partie de leur cœur au monde. Le monde n’aime pas la mère au foyer… C’est le monde de Mammon. Il déteste la mère au foyer, car il n’aime pas la gratuité et la générosité. Il ne veut que des individus, des consommateurs égoïstes, détachés des liens de la famille pour mieux les enchaîner dans son gigantesque marché.

Alors, à vous, maris, de prendre soin de votre femme ! Elle est la prunelle de vos yeux, la couronne de votre cœur, la gloire de votre vie. Choyez-la, remerciez-la chaque jour que Dieu donne pour ce qu’elle fait à la maison, couvrez-la de mille attentions. Soyez tendre avec elle ! Soyez délicat, dans l’intimité du couple comme en public. Battez-vous au travail pour que jamais, elle ne soit obligée de travailler. Si c’est le cas, demandez chaque jour à Dieu de vous aider à changer cette situation. Ne vous cherchez pas d’excuses pour ne pas vous couper en quatre pour elle. Car c’est elle, l’héroïne de notre époque ! C’est elle qui a tout sacrifié, sa carrière, son indépendance financière, la jeunesse de son visage et de sa silhouette, elle a tout immolé. C’est parmi les mères de famille qui donnent tout, le cœur joyeux, en imitation de la Croix, que Dieu trouve ses derniers adorateurs, en cœur et en esprit. Aimez-la, jusqu’au bout des doigts, à chaque instant. Dites-le-lui ! De temps en temps, avec la complicité des enfants, réservez-lui de petits moments pour elle, chez le coiffeur ou au musée, elle en a si peu ! Et elle ne le demandera pas, tout affairée qu’elle est à prendre soin de vous. C’est votre devoir de reconnaissance, c’est votre devoir pour la nouvelle génération qui se lève. Car si vous n’êtes pas le pilier sur lequel elle peut s’appuyer, si vous n’êtes pas la voix douce pour l’encourager, si vous n’êtes pas le conseiller délicat pour l’aider à avancer, à persévérer dans sa méditation, si vous n’êtes pas le roc qui brise les vagues furieuses du monde qui la déteste, si vous n’êtes pas le protecteur attentionné en qui elle peut toujours avoir confiance, qui le sera ? Elle est la pierre précieuse de votre foyer qui brille dans notre époque triste et terne. Par son sacrifice, elle pourra faire éclore dans l’âme de vos enfants, des gemmes plus belles encore, des vocations religieuses, comme une couronne de gloire pour Jésus crucifié.

 

Enfin, maris, ne laissez pas le monde moderne corrompre votre regard sur votre femme. Il faut le dire haut et fort : votre épouse n’est pas une partenaire, indépendante, pour avancer dans la vie ou un objet dont vous pouvez user pour votre plaisir. Cela, c’est le monde moderne. Non, votre épouse est Enfant de Dieu, libre car soumise, comme vous, par la Charité. Elle est le trésor de votre vie tout entière. Vous ne faites qu’une seule chair avec elle. Vous devez quitter père et mère pour vous attacher à elle. Elle doit être la fin de votre vie professionnelle : en tant que mari, vous devez travailler d’abord pour gagner l’assise matérielle dont elle a besoin pour élever vos enfants, le reste est secondaire. Vous devez la protéger et l’honorer, vous devez l’aider et l’aimer. Enfin, vous devez faire preuve de la plus grande délicatesse avec votre épouse, dans tous les aspects de la vie.

 

Heureux les doux, car ils possèderont la terre ! Heureux les maris délicats, car ils possèderont dans leur foyer le plus grand trésor de la terre.

 

Louis d’Henriques

 

La tendresse

On peut vivre sans richesses
Presque sans le sou
Des seigneurs et des princesses
Y en a plus beaucoup

Mais vivre sans tendresse
On ne le pourrait pas
Non, non, non, non
On ne le pourrait pas

 

On peut vivre sans la gloire
Qui ne prouve rien
Être inconnu dans l’Histoire
Et s’en trouver bien

Mais vivre sans tendresse
Il n’en est pas question
Non, non, non, non
Il n’en est pas question

 

Quelle douce faiblesse
Quel joli sentiment
Ce besoin de tendresse
Qui nous vient en naissant
Vraiment, vraiment, vraiment

 

Le travail est nécessaire
Mais s’il faut rester
Des semaines sans rien faire
Eh bien, on s’y fait

Mais vivre sans tendresse
Le temps vous paraît long
Long, long, long, long
Le temps vous paraît long

 

Dans le feu de la jeunesse
Naissent les plaisirs
Et l’amour fait des prouesses
Pour nous éblouir

Oui mais sans la tendresse
L’amour ne serait rien
Non, non, non, non
L’amour ne serait rien

Quand la vie impitoyable
Vous tombe dessus
Qu’on n’est plus qu’un pauvre diable
Broyé et déçu

Alors sans la tendresse
D’un cœur qui nous soutient
Non, non, non, non
On n’irait pas plus loin

 

Un enfant nous embrasse
Parce qu’on le rend heureux
Tous nos chagrins s’effacent
On a les larmes aux yeux
Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu

Dans votre immense sagesse
Immense ferveur
Faites-donc pleuvoir sans cesse
Au fond de nos cœurs
Des torrents de tendresse
Pour que règne l’amour
Règne l’amour
Jusqu’à la fin des jours.

Bourvil (1917-1970)

Douceur du coeur

Bienheureux ceux qui ont le cœur doux, car ils possèderont la terre.

Douceur à laquelle chaque âme est appelée, indissociable de l’amour du prochain car elle est oubli de soi, attention à l’autre, patience bienveillante et affectueuse, comme il nous l’est demandé.

Douceur n’est point mièvrerie et naïveté, mais fille de la vertu de force, nous obligeant à sortir de nous-mêmes pour rejoindre l’autre, parfois au prix d’une lutte intérieure pour ne pas céder à la colère alors que la situation nous y porte.

Douceur qui s’apprend par les difficultés, les erreurs regrettées, les irritations, les paroles dures ou les jugements qui ont tout balayé.

Douceur innée ou travaillée pour voir l’autre avec bienveillance, en passant par-dessus les incompréhensions, les différences, les antipathies. Douceur s’exerçant parfois avec force, quand elle est requise et non spontanée, et qui peu à peu s’insinue, transforme le cœur et le regard.

Douceur d’un cœur qui s’oublie pour l’autre et auprès duquel les chagrins sont compris, apaisés par ce seul contact, douceur d’une âme qui explique, éclaire avec patience et bienveillance, sachant qu’il faut souvent du temps pour comprendre et mettre en œuvre.

Douceur des gestes et des paroles, qui montre celle toute intérieure d’une âme qui cherche à compatir, à rassurer, à comprendre.

Douceur qui ne cherche pas à se faire justice mais pardonne, ne revient pas sur ce qui a blessé et va de l’avant, reprenant son bâton de bienveillance, rendant le bien pour le mal.

Douceur qui ne veut pas voir immédiatement le mal mais garder l’âme miséricordieuse et magnanime, douceur qui, envers et contre tout, au prix de réels efforts, continue à aimer, à vouloir aimer.

Douceur qui sait attendre, pour agir ou parler, le bon moment, celui que Dieu jugera favorable en nous disposant les bonnes circonstances. Et qui sait aussi laisser à Dieu le soin d’intervenir, en se retirant et en priant.

 Douceur qui ne se met pas en avant, ne se glorifie pas, ne s’étonne pas d’être oubliée ou contredite, mais sourit calmement, sœur de l’humilité,

Douceur qui apprend tout en contemplant le Fils et la Mère.

Douceur qui possèdera la terre car elle attire les âmes pour les conduire au Père ou les conforter en Lui.

Douceur qui trouvera sa plénitude en Dieu, Bonté et Douceur infinies.

                     Jeanne de Thuringe

 

Dieu nous parle doucement

Dieu veut le salut de tous les hommes, comment se fait-il alors qu’il y en ait si peu de sauvés ?

C’est qu’il veut nous sauver librement ; c’est qu’il nous parle doucement ; c’est qu’il nous meut suavement ; c’est qu’il veut faire son ouvrage en nous, par des inspirations tranquilles, et non par des impressions violentes. Nous voudrions qu’il nous enlevât tout à coup au ciel comme Elie ; au lieu qu’il nous ordonne de marcher en sa présence comme Abraham. (Père de Lombez, Traité de la joie de l’âme)

Marcher en sa présence

L’un des grands avantages dans le mariage, est que l’on marche à deux, et que la grâce du sacrement qui nous a unis est là pour maintenir cette unité de nos cœurs, de nos esprits, de nos volontés, vers le bien supérieur de notre ménage et de notre famille.

Cependant, nous restons deux personnes individuelles, deux personnalités différentes et probablement complémentaires qui demandent à l’un comme à l’autre des efforts louables et quotidiens.

Nous ne sommes pas plus saints parce qu’on nous loue, ni plus imparfaits parce qu’on nous blâme, et tout ce qu’on pourra dire de nous ne changera pas le regard de Dieu qui voit le cœur. En quelque circonstance que ce soit, notre conduite sera de faire toujours bien, et de nous estimer peu en ayant toujours Dieu présent au-dedans de nous. Apprenons à nous détacher de nous-mêmes, à prendre du recul par rapports aux événements, aux personnes et à notre sensibilité. Je suis heurté par une parole maladroite, une réaction excessive, une incompréhension, mais j’ai toujours Dieu présent au-dedans de moi à qui j’offre, et qui me permet d’avancer en me détachant de ce qui pourrait m’attrister, portant mon fardeau et rendant doux ce qu’il y a de plus amer.

L’amour des époux est une joie bénie de Dieu par leur mariage. Celui qui aime, court, vole, il est dans la joie, il est libre et rien ne l’arrête. Qu’en est-il alors de notre amour pour Dieu, à qui nous devons tout, Dieu si bon, si parfait… ? Aimons-nous Dieu autant qu’il nous aime, au-delà de tout amour humain ? Le lui disons-nous assez souvent ? Lui en apportons-nous la preuve par nos actions de chaque jour ? Pour cela il faut d’abord nous oublier nous-mêmes jusqu’à peut-être l’anéantissement, faire passer notre époux avant nous, tout mettre en œuvre pour que l’autre soit de bonne humeur, paisible, et joyeux au prix de grands efforts parfois. C’est l’esprit de sacrifice, et toujours la croix. Sans le sacrifice mutuel et sans le renoncement à l’égoïsme diviseur et accapareur, notre amour s’étiolerait au lieu de tendre vers une plus large et plus haute vie.

La famille est d’autant plus prospère que chacun s’y oublie davantage pour concourir à l’intérêt de tous dans un climat de sérénité joyeuse. Entre époux, plus le concours est grand, l’amour fort, plus le bien commun est sauvegardé ; plus la répartition des efforts est intelligente, et par conséquent productrice. A l’égard des enfants, plus les parents se dévouent, oubliant l’intérêt immédiat pour ne songer qu’à l’œuvre éducatrice, plus celle-ci sera féconde ; plus il en sortira de progrès matériel, moral, intellectuel qui, par la suite, pourra se reverser sur eux-mêmes.

 Le doux nom de Marie

Tout cela est bien facile à dire, car bien souvent la fatigue et le découragement nous gagnent et viennent agacer notre humeur alors que nous étions si pleins de bonnes résolutions. Tournons-nous alors vers notre mère du ciel, notre dulcis Virgo Maria dont le nom si doux saura consoler notre âme. La douceur est virginale, et elle est maternelle, et sans elle aucune action sur les âmes ne peut être profonde ou efficace. (Amour et silence)

 Dans les sacrés Cantiques, le nom de Marie est comparé à l’huile : votre nom est comme l’huile répandue. L’huile, dit le bienheureux Alain, commentant ces paroles, guérit les blessures, exhale une odeur agréable, et nourrit la flamme. De même le nom de Marie guérit les pécheurs, réjouit les cœurs et les enflamme du divin amour.

Dans les périls, dans les difficultés, dans les doutes, pensons à Marie, invoquons Marie, recommande saint Bernard, que son nom soit sans cesse sur tes lèvres, et qu’il soit toujours dans ton cœur.

Le nom de Marie est donc bien doux à ses fidèles serviteurs pendant leur vie, et il leur sera plus encore à leur dernier moment, en leur procurant une douce et sainte mort.

 

Souvenons-nous que Dieu parle doucement à nos âmes ; qu’il nous a faits les uns pour les autres, et tous pour lui ; et qu’il nous a donné sa propre mère si douce. Fuyons donc tout ce qui ne ressemble pas à la Bonté de Dieu, ce qui trouble, ce qui divise, ce qui est faux… et faisons honneur à la religion par la noblesse de notre conduite ; montrons même plus par notre attitude que par nos discours, que la vertu n’a rien de farouche ni de dur, et attirons-y tout le monde par la douceur de nos manières.

 

Sophie de Lédinghen