Auteur/autrice : Foyers ardents
Saint Louis
Dans les grands saints qui ont marqué notre civilisation, beaucoup sont ceux qui étaient connus pour leur mansuétude et la douceur de leur caractère. Parmi eux, nous pouvons citer une description de la personnalité de saint Louis1 et y voir comment cette douceur était pondérée par le sens de la justice.
« Nous pouvons nous faire une idée assez claire de la personna- lité du roi d’après les documents de son procès de canonisation, comme le compte-rendu écrit par son ami Joinville, un noble, observateur au regard acéré et pragmatique de la nature humaine. Il n’était pas difficile de connaître Louis. Franc et ouvert, il préférait la conversation aux livres, et il était tout à fait capable de faire et de subir une plaisanterie ; à tous, riches et pauvres, il montrait du respect mais sans jamais de familiarité.
Son amour ne se limitait pas non plus à sa famille proche ou à ses amis. Comme une rivière au flot puis- sant et régulier, sa « compassion vertueuse et ordonnée » comprenait tous les pauvres de France. Sa mère Blanche de Castille, cette femme extraordinaire, lui avait appris à se déplacer personnellement partout où son peuple souffrait des mauvaises récoltes, d’épidémies, d’inondations ou de quelque grave infortune. Il fit tout cela, et plus. En 1246, il entra en campagne pour émanciper les serfs et prit les devants en libérant ceux de ses propres possessions. Puis, en homme qui ne se satisfait jamais de demi-mesures, il encouragea l’aristocratie à suivre son exemple, offrant, partout où cela était possible, une compensation financière à ceux qui hésitaient pour des motifs économiques.
Il pouvait apparaître en tout lieu : à la campagne, dans les champs avec les paysans, parcourant les rues des villes au ravissement des citadins ; et partout où il voyait de la souffrance, naissaient des orphelinats, des hospices et des hôpitaux, souvent grâce à sa propre bourse. Il nourrissait personnellement ceux qui souf- fraient, les habillait, les visitait, payait leur rançon et les confortait.
Durant le règne de Louis, les hommes et femmes de toute l’Europe enviaient les Français pour ce que leur pays était devenu terre d’imminente justice. Jamais l’idée du « politiquement correct » ne figura sur la liste des critères royaux. Guidé par la justice seule, il était aussi prompt et intransigeant pour dire « oui » que pour dire « non », ayant fait sienne la règle de conduite de son grand-père Philippe-Auguste : « Aucun homme ne peut diriger bellement un pays s’il n’est capable de refuser aussi hardiment et aussi franchement qu’il est capable de donner ».
1 Extrait du livre de Willam J. Slattery ; Comment les catholiques ont bâti une civilisation
La douceur de nos amertumes
Ce n’est pas sans motif que la paix est énumérée par Saint Paul avec la joie parmi les fruits du Saint-Esprit, qu’elle est souhaitée et annoncée si souvent dans l’Evangile par Jésus ou en son nom, promise aux bons et refusée aux méchants. Qu’elle nous est même proposée par le prince des apôtres comme un but à acquérir, comme le résumé de la vie chrétienne. Elle doit accompagner chacun de nos pas, nous endormir dans l’abandon, être la douceur de nos amertumes, le plus efficace stimulant de nos combats, la plus précieuse couronne de notre vie et l’aube déjà blanchissante des triomphes et des joies de l’éternité. C’est qu’en effet Jésus possède le secret de consoler par son Esprit les douleurs et les larmes, de relever les ruines, de féconder les déserts, de faire résonner partout les chants d’allégresse et de louange. Servir Dieu, c’est régner, c’est dominer de haut les contingences de la vie, c’est trouver à leurs morsures impuissantes une caresse génératrice du plus savoureux des bonheurs : se sentir sur la croix, tout près du cœur de Jésus.
R.P. Charton, L’âme transformée au Christ
Renoncer « au moi »
Nous ne pouvons évidemment nous conformer au prochain lorsqu’il y va, si peu que ce soit, de l’honneur de Dieu et de l’observance de sa loi : la condescendance deviendrait alors une faiblesse coupable. Mais il est beaucoup d’autres cas où il s’agit seulement de renoncer à affirmer notre personnalité, notre manière de voir, nos goûts, pour nous effacer devant la personnalité et le désir d’au- trui ; alors la condescendance devient une vertu solide ; loin de trahir la faiblesse, elle est une belle preuve de force morale, de cette force qui sait se vaincre et renoncer « au moi » pour l’amour de Dieu.
Père Gabriel de Sainte-Marie Madeleine, Intimité divine
Etre doux et humble de cœur
Il est toujours plus facile de s’irriter que de patienter, de menacer un enfant que de le persuader.
Écartez tout ce qui pourrait faire croire qu’on agit sous l’effet de la passion. Il est difficile quand on punit de conserver le calme nécessaire pour qu’on ne s’imagine pas que nous agissons pour montrer notre autorité ou pour décharger notre emportement. Mettons-nous à leur service comme Jésus qui est venu pour obéir, non pour commander. Redoutons ce qui pourrait nous donner l’air de vouloir dominer et ne les dominons que pour mieux les servir. C’est ainsi que Jésus se comportait avec ses apôtres en supportant leur ignorance, leur rudesse et même leur manque de foi. C’est pourquoi il nous a dit d’ap- prendre de lui à être doux et humbles de cœur. Éloignons toute colère quand nous devons corriger les manquements ou du moins modérons-la pour qu’elle semble tout à fait étouffée. Pas d’agitation dans notre cœur, pas de mépris dans nos regards, pas d’injures sur nos lèvres. Ayons de la compassion pour le présent, de l’espérance pour l’avenir : alors vous serez de vrais pères et vous accomplirez un véri- table amendement. Dans les cas très graves, il vaut mieux vous recommander à Dieu, lui adresser un acte d’humilité que de vous laisser aller à un ouragan de paroles qui ne font que du mal à ceux qui les entendent et d’autre part ne procurent aucun profit à ceux qui les méritent.
Saint Jean Bosco, Livre des Heures