Vierge folle ou vierge sage?

Veux-tu réussir plutôt ta vie naturelle ou ta vie surnaturelle ?

Veux-tu profiter de l’instant présent sans tarder, sans voir les conséquences proches ou lointaines tant ici-bas, que pour l’éternité ?

Seras-tu vierge folle ou vierge sage ?

 Vierge folle, tu te précipites sans réfléchir, suivant tes passions. Tu penses tout savoir, tout maîtriser, et en cela faire preuve de maturité, un peu comme le petit enfant qui veut tout faire seul. Ton but est ta personne dont tu satisfais d’abord les désirs sans tenir compte de leur bien-fondé ni des conséquences sur ton âme ou sur ton prochain.

Vierge folle…

 Vierge sage, tu te poses, tu réfléchis avant d’agir, tu prévois l’ordre des choses avec prudence et recul. Tu as bien compris que la prudence n’est pas faiblesse ou pusillanimité mais « droite raison dans l’agir », comme nous le dit saint Thomas d’Aquin et a pour but le Royaume des Cieux. Tu fais tes choix en conséquence et veille à ta vie intérieure.

Vierge sage…

 Vierge folle, ta devise serait « carpe diem » (profites du jour présent). Peu importe ce qui arrivera, tout s’arrangera, et puis Dieu est bon… C’est effectivement tellement confortable de le penser. Si tu es de bonne volonté, elle est sans consistance et si tu entreprends une action, tu ne la termines pas, distraite par la nouvelle idée, le dernier avis donné, ou le rappel à l’ordre de ta cabine téléphonique portative…

Vierge folle…

 Vierge sage, tu connais l’importance de tes actes pour ton âme et pour les autres. Tu mesures tes paroles et répares le mal que tu as pu commettre, tu prépares ta route vers l’Eternité. Tu as fait tienne l’expérience des anciens et connaissant tes limites, tu n’hésites pas à leur demander conseil, notamment à tes parents, aux prêtres, ou aux plus compétents.

Une fois la décision prise, tu vas jusqu’au bout avec la grâce, malgré les difficultés car le but est sûr et les moyens appropriés.

Vierge sage…

 Vierge folle, tu cherches à vivre selon la mode, tu fais les choix qui fatiguent le moins, qui coûtent le moins, qui sont prudents aux yeux du monde. Tu penses ainsi être avisée, mais quel est ton objectif ? L’as-tu bien compris ?

Vierge folle

Vierge sage, lorsque la décision est difficile, ton intelligence n’y suffisant pas, tu pries et places tout dans les mains du Seigneur avec humilité, à l’image de la Vierge Marie. Tu sais attendre calmement pour agir, avec confiance, la grâce d’être éclairée sans illusion, l’âme en paix.

Vierge sage, puisses-tu, sans orgueil, guider tes sœurs vers le Père.

 

Jeanne de Thuringe

Des choix fondamentaux

 

Nous pouvons avoir une fierté légitime de notre prudence terrestre dans la conduite de notre carrière professionnelle ou celle de nos affaires familiales, bien que, la vie passant, les évènements inattendus ou les circonstances imprévues viennent souvent perturber ce que nous avions prévu ou anticipé.

En effet, il semble que rien ne doive se passer comme nous l’avions planifié, et que la Providence soit facétieuse et contrarie souvent nos beaux projets matériels. Cela remet en place notre petit orgueil qui a tendance à tout régenter !

Et pourtant, il est une prudence à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, et qui est facilitée par les inspi- rations du Saint-Esprit : c’est le choix que nous faisons des conditions dans lesquelles nous nous plaçons, nous et notre famille, pour que tout converge vers l’acquisition des vertus et la possibilité d’atteindre le bonheur éternel à la fin de nos jours. Les choix fondamentaux se font très jeune : dès la prime jeunesse, le choix de vie, de bons camarades, d’études ayant un sens, marque la prudence du jeune adulte. Viendront également la réponse à sa vocation, ou le choix d’un conjoint, selon ces mêmes principes de prudence sur- naturelle, puis celui des conditions dans lesquelles cette famille s’établira, près d’une paroisse et d’une école en harmonie avec la ligne de conduite des parents.

Certes, ces choix ne sont souvent pas faciles, mais ils sont primordiaux pour atteindre le but final. Si le royaume des Cieux souffre violence, combien est-il facilité par ce faisceau de décisions qui permettent de tenir le cap tout au long de la vie ! Le Saint-Esprit et Notre-Dame, Vierge très prudente, sont des conseils éminemment puissants en ces circonstances.

Quelle chance nous avons, nous catholiques, de pouvoir en bénéficier et de les savoir nos soutiens infaillibles !

Ballade à Marie

 

Mère de Dieu, divine ménagère

Qui besognez aux célestes parvis,

Reine angélique et pauvre sur la terre, Tout occupée à frotter le logis,

A cuisiner, à tirer l’eau du puits, Apprenez-nous cet art du sacrifice Car nous serions disposées au dépit

S’il nous fallait n’attendre que justice ! Lasse ce soir de besognes vulgaires, Le cœur serré d’absurdes chamaillis,

Je viens à vous pour vous dire, ô ma Mère, Donnez courage aux femmes d’aujourd’hui ! Vous qui, trente ans, travaillâtes sans bruit En attendant de vider le calice,

Épargnez-nous d’être âprement surpris S’il nous fallait n’attendre que justice ! Cancan, laideur, sottise m’exaspère,

Je ne suis pas bien indulgente ni

Douce pour ceux qui ne me plaisent guère, Je souris peu à qui me contredit.

Reine de paix qui voyez mes délits, Dame de qui dépend tout bénéfice, Je le sais trop, mon lot serait réduit S’il fallait n’attendre que justice !

Reine, à ma mort, m’accordez votre appui

Quand s’ouvrira l’infernal précipice !

Quels sombres lieux recevraient notre esprit S’il nous fallait n’attendre que justice !

Henriette Charasson (1884-1972)

LA PRUDENCE

« Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. « 

 Quand on parle de prudence, on imagine aisément qu’il s’agit d’un usage raisonnable des moyens pour arriver à la fin que l’on se donne. On peut la placer entre la témérité – dans laquelle l’emploi des moyens est sans proportion avec le but – et la timidité – dans laquelle la peur de perdre les moyens fait oublier le but.

Il nous a semblé intéressant d’articuler notre propos en dissociant la prudence purement humaine et la prudence chrétienne, constatant leurs différences et leur complémentarité.

La prudence purement » humaine

Elle peut être bonne ! Elle peut être une vertu naturelle si la fin poursuivie est honnête. Il est en effet légitime d’agir avec discerne- ment dans tout ce qui concerne nos affaires temporelles. Tel grand patron agira avec prudence s’il fait des choix favorables au bon fonctionnement et à la rentabilité de l’affaire dont il a la charge.

Elle est nécessaire ! Dans toutes nos actions, nous devons réfléchir aux conséquences immédiates et futures de nos actions. Evidemment on doit être vigilant pour traverser une rue. Evidemment, on doit chercher un emploi correspondant à nos goûts et capacités et permettant de subvenir aux besoins de ceux dont nous avons la charge.

Le bon sens nous conduit naturellement à une prudence instinctive. Notre intelligence, notre tempérament nous conduiront à opter pour des solutions plus ou moins audacieuses mais il est indispensable à tous de prendre le temps nécessaire pour réfléchir avant d’agir.

Cette vertu naturelle est partagée par tous en fonction de leurs talents respectifs. Il existe – heureusement – de très bon patrons athées.

Dieu nous a donné une intelligence naturelle nous permettant de nous comporter face aux nécessités de la vie, utilisons-la.

La  Prudence chrétiEnne

C’est une vertu infuse que nous recevons dès le baptême qui se différencie de la prudence purement humaine par deux points essentiels.

Premièrement, elle est un don de Dieu. Le bébé qui reçoit le baptême part dans la vie avec une supériorité infinie. Dieu, dans ce sacrement lui donne la vertu de prudence qui lui permettra – s’il est fidèle – de discerner ce qui est bien dans l’ordre surnaturel.

Deuxièmement, et cela est immédiatement subordonné au premier point, c’est le but ! « A quoi sert de gagner le monde si l’on vient à perdre son âme ? » Et cela a de nombreuses conséquences.

Dans la sagesse du monde, seuls les objectifs terrestres comptent.   Tel homme, particulièrement compétent, naturellement altruiste, gouvernera ses affaires avec efficacité et humanité tout en vivant dans le péché. Il sera estimé de tous, permettra à beaucoup  de  vivre  heureusement…  mais « perdra son âme ». Là n’est évidemment pas la prudence chrétienne.

En outre, et ça n’est pas le moindre des sujets, la sagesse de Dieu n’est pas celle des hommes. La Croix – folie pour les gentils – n’entre pas dans le raisonnement de l’incroyant. Dans certains cas, la véritable fin surnaturelle est le seul facteur qui doit guider notre décision. Souvent, un choix est sans conséquences immédiates. Beaucoup de familles de la génération précédente ont sombré suite à de mauvaises options apparemment anodines dans l’immédiat. Les choix d’avoir la télévision – pour regarder les infos – de garder telles fréquentations – par charité – d’avoir une maison de vacances à tel endroit – pour être près de la plage… ont eu des effets destructeurs peu prévisibles. Les décisions opposées auraient peut-être paru folies aux yeux des hommes. Elles auraient parfois été salutaires ! La sagesse chrétienne est à long terme…

Pour nous grands–parents, peut–être à la retraite, en quoi notre prudence consistera-t-elle ?

Sans doute à remettre le clocher au milieu du village !

Après une vie active, nous bénéficions d’une certaine sagesse acquise avec l’âge, parfois de plus de temps libre. Alors profitons-en !

Sachons que nous ne pouvons pas agir sur tout. Nous sommes grands-parents, nos enfants sont mariés et ont acquis une liberté sur laquelle nous n’avons pas forcément beaucoup de prise. Alors, confions-les à la Providence, laissons-les piloter leurs maisons comme ils l’entendent. Ils feront des choses qui ne nous conviendront pas, des erreurs, c’est probable. Gardons le lien, tant qu’il n’y a pas d’orientations clairement mauvaises, apprenons à parfois être aveugles… Si nous sommes inquiets, prions le Ciel, méditons les Ecritures, n’intervenons qu’en cas de nécessité impérative ! Pour certains tempéraments, cela sera parfois héroïque, mais si nous voulons garder une influence sur les options importantes, c’est certainement le prix à payer.

Prions sainte Anne de nous donner la force de pratiquer cette prudence, cette patience, que nous demande notre Père du Ciel.

Des grands-parents

La prudence et le silence

 

Ma chère Bertille,

 Merci beaucoup pour ta dernière lettre et les nouvelles que tu me donnes… Lorsque tu évoques les difficultés que tu rencontres avec tes différentes camarades, j’ai immédiatement pensé à cette histoire que l’on rapporte à propos de Socrate, ce philosophe grec. Un homme arrive en trombe et s’exclame : « Socrate, Socrate, sais-tu ce que l’on dit à propos de ton ami ? Il… » Mais Socrate de l’interrompre aussitôt : « Attends, mon ami, as-tu passé tes propos dans les trois tamis ? » Face à la mine per- plexe de son interlocuteur, Socrate poursuit : « Oui, avant de parler, il faut passer ses paroles dans trois filtres. Le premier est celui de la vérité. As-tu vérifié que ce que tu allais me dire est vrai ? » « Pas tout à fait, j’ai entendu dire que… » « Bon, peut-être as-tu filtré tes propos dans le second tamis : celui de la bonté ? » «Malheureusement non, je dois avouer que cette nouvelle n’était pas en faveur de ton ami… Et quel est ton dernier filtre ? » « Celui de l’utilité… Ce que tu voulais me dire était-il nécessaire à savoir ? »

« Pas vraiment, non ! » « Eh bien, mon ami, je pense que nous pouvons donc nous arrêter là et que tu peux t’empresser d’oublier cette information inutile ! » Cette histoire, qui est restée célèbre pourra, je pense, aider à résoudre bien des difficultés. Très souvent, des heurts, des problèmes naissent suite à des imprudences dans les conversations. Elles auraient donc pu être facilement évitées !

 Pourtant, attention, être prudente dans ses paroles et surveiller ses propos, ce n’est pas ne rien dire, ou ne pas parler ! Quelqu’un qui ne parle pas peut être aussi imprudent que quelqu’un qui parle trop… Qu’est- ce donc que la prudence dans ses paroles ? Tu le sais, la prudence, c’est choisir les moyens adaptés en fonction d’un but. Et quel est le but ultime, ce vers quoi doivent tendre tous les actes de prudence ? L’Amour suprême, l’héroïsme de la charité, comme dirait le Père Calmel : « La prudence évangélique ne réside que dans celui qui s’engage à fond dans le don de soi à Dieu et à ses frères ; elle est la vertu qui découvre les meilleurs moyens au service de cette générosité sans limites et qui les met en œuvre avec justesse et résolution1 ». C’est donc la prudence qui t’aidera à sentir s’il est meilleur de parler ou de se taire, de choisir les bonnes personnes à qui s’adresser, les circonstances favorables. C’est elle aussi qui t’aidera à avoir la force nécessaire pour parler quand d’autres se taisent par lâcheté. Ainsi, la prudence dans les conversations ne se mesure pas au nombre de paroles. Est prudente, celle qui saura user du silence ou des paroles en vue de la charité. Et tu entrevois maintenant sans doute, chère Bertille, à quel point cela peut parfois demander de l’héroïsme…

 Aussi, est-il nécessaire, pour acquérir cette belle vertu de prudence, d’aimer le silence.

Aime le silence car il donne l’intelligence. Ceux qui parlent à tort et à tra- vers sont souvent vides, dominés par les impressions du moment, ils nous fatiguent. Le silence est nécessaire pour prendre du recul, découvrir ce à quoi nous n’avions pas prêté attention et c’est souvent la seule attitude sage face à ce qui nous dépasse : la profondeur d’une souffrance, l’éblouissement d’une beauté qui se révèle soudain, les mystères qui nous heurtent… Seul le silence donne du poids et de la fécondité à nos paroles. Saint Jean de la Croix écrivait ceci : « Le Père n’a dit qu’une parole : ce fut son Fils. Et dans un silence éternel, Il la dit toujours : l’âme doit écouter en silence. »

 Car oui, il faut aimer le silence, aussi et surtout car il nous met en contact avec Dieu : regarde l’évangile : Jésus encourage souvent au silence (« prends garde, ne le dis à personne » (Matt, 8, 4) « Si tu veux prier, entre dans ta chambre (c’est-à-dire dans un endroit retiré), ferme ta porte (c’est-à-dire, ferme-toi aux bruits extérieurs) et prie ton Père qui est là dans le secret » (Matt. 6, 6)). Il ne parle pas à tous et gardera le silence face à ses délateurs lors de la Passion… Tout ce qui est grand commence dans le si- lence et souvent dans le silence de la nuit : la Nativité, la Résurrection.

 Alors, ma chère Bertille, il ne me reste plus qu’à t’encourager à apprécier le silence : profite du printemps qui arrive pour admirer la nature qui se réveille, profite des vacances pour avoir des temps calmes et silencieux de lecture, de dessin, de couture… Oublie un peu tout ce qui t’entraîne dans un mouvement perpétuel pour descendre dans les profondeurs de ton âme, y goûter la paix de Dieu. Alors, tes échanges, tes conversations seront plus riches, plus nourrissantes, plus prudentes,

 Avec toute mon affection,

Anne

1 P. Calmel, o.p., Sur nos routes d’exil, les Béatitudes, p. 75