Tarte tatin aux tomates cerises

 

Ingrédients :

– 1 pâte feuilletée 

– Des tomates cerises

– Du gruyère râpé 

– De la moutarde

 

Préparation :

– Faire revenir les tomates cerises entières dans une poêle avec de l’huile d’olive, thym, herbes de Provence et sucre afin de caraméliser les tomates.

– Les faire cuire à feu vif dans une poêle.

– Les déposer dans un moule à tarte. Mettre du gruyère sur les tomates.

– Étaler la pâte feuilletée sur la table et la tartiner de moutarde. Retourner la pâte sur les tomates. 

– Cuisson 30 minutes dans un four à 180°C.  

C’est un véritable délice et c’est très facile à cuisiner au dernier moment !

Bon appétit. 

 

Regarder, interroger et entrer dans le mystère de l’œuvre

« Rien de grand et de fort ne se fait avec la jeunesse sans enthousiasme »                                                                                   

  « Le promoteur de toutes les entreprises petites ou grandes, de presque toutes les œuvres humaines c’est l’enthousiasme ».                                         

Père François Charmot

Suivons ensemble notre conférencière présentant cette œuvre si connue de Rembrandt

Cette toile du maître hollandais est peinte vers 1663-1665, donc au terme de la vie de Rembrandt. Rappelons que l’histoire de l’Enfant prodigue (Luc 15,11-32) est une des trois paraboles de la Miséricorde. Toutes illustrent un égarement volontaire ou involontaire et des retrouvailles conduisant à une joie indescriptible. Négativement, un Prodigue est celui qui dépense de manière inconsidérée. Positivement, il est celui qui donne avec libéralité. Nous nous trouvons en face des deux prodigalités : celle inconsidérée du fils, celle incommensurable du Père. D’une certaine manière, le choix d’un tel sujet n’est pas innocent : Rembrandt dilapida sa vie et son bonheur à la manière aventureuse de cet enfant prodigue. La scène s’insère dans les réflexions d’un homme qui fait le bilan de sa vie. D’ombre et de lumière, la peinture de cette époque baroque et son sujet sont traités comme une vaste Vanité.

Le fond noir favorise la méditation du spectateur, l’immobilité des trois témoins de droite y contribue aussi. Ils sont dans l’attente.                                                                                                                                

Soyons attentifs aux lignes et aux couleurs : elles sont les premiers guides de notre enquête. 

Puis, s’enchaîneront d’utiles questions ouvrant des pistes de compréhension.

Le Père : Le père de famille est l’image de Dieu attendant tendrement son fils perdu, il est posté sur le seuil de sa maison. Il n’a jamais cessé de veiller. Il est rare que Dieu le Père soit le thème d’un portrait monumental. Son corps voûté et penché entre en symétrie avec l’arche de pierre qui surplombe la scène.

Visuellement la courbe produit une perception de douceur. Le père de la parabole est une image du Christ, celui qui, selon saint Luc (4, 17-19), est venu « pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance… ». Les bras du Père forment un cercle autour de l’Enfant, symbole d’unité. Le fils enlacé retrouve, retourne vers cette unité.

Les mains du Père ont un double aspect, l’une forte symbolise sa justice, l’autre fine sa miséricorde.                                          

Comme le traitement de la lumière guide notre réflexion ! Elle s’écoule du front de Dieu, ses mains rayonnent, le dos de l’Enfant revivifié s’illumine et ranime son corps.

La grâce se répand.                                                                                                                  

  Le Père décharge le fils de son fardeau et, là où les mains de lumière s’appliquent, le corps agenouillé se réchauffe, revit et se relève : son vêtement vibre de lumière à cet endroit précis. Ce geste restaure la vie selon saint Luc 4,17-19: « L’esprit du Seigneur est sur Moi ». Image des effets du sacrement de Pénitence.

Le fils a demandé pardon et reconnu ses fautes.

Les teintes terreuses de l’habit de misère (la vie du pécheur) se changent en un vêtement de noce, la robe blanche donnée au baptisé. La grâce resplendissante dans l’élu. La cape rouge ouverte enveloppe le corps du fils. Le rouge, couleur du cœur, foyer ardent de l’amour divin, symbolise la miséricorde du Père.

Le message du tableau par la couleur : Le fils avait demandé son héritage matériel, corruptible (ses haillons) et le Père lui cède le véritable bien : l’amour divin qui est inépuisable, incorruptible manifesté par l’effet de ruissellement doré. Rembrandt sait traduire cette miséricorde par les couleurs, les jeux d’éclairage théâtralisés, la vibration de la matière, le passage des ténèbres à la lumière.

Le Fils prodigue : La tête de l’enfant prodigue de Rembrandt est rasée : c’est un fait rare dans l’iconographie du Prodigue. A quoi pense donc Rembrandt ? Il faut raisonner par analogie, par association d’idées. Quels sont ceux à qui l’on rase les cheveux ? Les forçats et les mendiants pour éviter la propagation de la vermine. C’est un signe distinctif de leur état. Pour Rembrandt, le crâne rasé indique la captivité ancienne de l’Enfant, prisonnier du péché, comme un forçat l’est de ses chaînes. Ses vêtements sont usés comme ceux d’un mendiant. Ici il vient mendier non de l’argent, mais la miséricorde du Père. Le jeune homme reconnaît sa misère humblement. Cette démarche de retournement n’est pas celle du fils aîné, si bien habillé. Le contraste des couleurs est essentiel pour la signification. La lumière divine inonde la vie intérieure renouvelée. Agenouillé, ce pauvre a confessé ses fautes. Les yeux fermés, il s’est jeté aux pieds de son Père. Son cœur est redevenu celui de l’enfant aimant.

Deuxième lecture : la tête sans cheveux est aussi celle du nouveau-né. Nous voyons ce jeune homme renaître à la vie. Rembrandt fait référence à Saint Jean, 3,5 : Jésus répondit à Nicodème : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu.» Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? » « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». 

Que voir encore ?                                                                                                                               

L’escalier, les degrés de pierre indiquent un désir de se relever, de gravir l’échelle de la vertu. Une seule marche comme un banc de confessionnal.

Dieu reçoit un être brisé. Les pieds nus, sales, sont ceux d’un pèlerin qui s’est usé sur les chemins de la vie ou, selon la symbolique classique, de celui qui s’est sali au contact du monde pécheur.                                                                 Mais encore, la nudité du pied dans la proximité de Dieu, serait justifiée, car le sol que le fils foule est sacré. Dieu s’y tient. « Ote tes chaussures » dit Dieu à Moïse devant le Buisson ardent, « le sol sur lequel tu marches est sacré ». Le pied chaussé lui a permis de revenir jusqu’à la maison du Père. Il indique le désir du retour après l’errance.

Les pieds propres sont ceux de l’Evangile de saint Jean : 13, 1-15. Les paroles de Jésus lors de la dernière Cène : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Impossible pour qui refuse d’être lavé de ses fautes, de parvenir à la vie éternelle, de partager la vie de Dieu. Ce jeune est sur le seuil du paradis où Dieu l’attend. Chez Rembrandt, l’épreuve, puis le repentir, vont purifier le garçon. C’est un encouragement à accomplir des temps de pénitence. D’ailleurs, près des pourceaux, le fils a connu la faim, la solitude, les pleurs, les regrets. Les cochons de la parabole sont les images de l’impureté dont l’âme a dû se laver. Le peintre allemand Dürer, dans une célèbre gravure, montrait au XVème siècle, le pécheur tombé aussi bas que ses animaux. La grande famine qu’il ressent est en réalité la faim de Dieu qui le tenaille. Revenons à la composition du maître d’Amsterdam. Les traits bouffis par les larmes, le visage émacié du fils de la parabole peinte par Rembrandt disent que la pénitence est accomplie. Le visage tellement ému de l’enfant indique qu’il a pleuré. Sur le cœur de son Père, in sinu patris, il s’est blotti. Le fond sombre invite à transposer, actualiser, et appliquer la leçon au lecteur de l’œuvre. L’obscurité a suspendu le temps et la lumière est entrée doucement dans notre esprit grâce aux talents du peintre et à la beauté de son art. L’image est agissante, elle peut s’imprimer en nous et continuer son chemin grâce aux pistes ouvertes par l’artiste.

 

« Apprendre à voir » 

La lecture d’une œuvre est personnelle mais elle est épaulée par notre catéchisme et la mémoire des textes de la messe ou celle des Evangiles. Pour nous aider nous pouvons confronter la mise en scène de l’Enfant prodigue de Rembrandt à d’autres qui lui sont contemporaines (Murillo, 1675)…

 Nous remarquons alors des similitudes ou des différences qui guident notre compréhension. Il faut lire, se rappeler des sermons aussi, si l’on veut approfondir le sens.

                                                                                                                                                                 Sans le demander, notre mission d’enseigner est parfois récompensée ! Comment oublier cette encourageante et poignante remarque d’un étudiant (ignorant de la culture chrétienne) devant la Piéta de Michel Ange. Sa réaction fut la suivante : « Mais si l’on m’avait dit cela, j’aurais aimé ! Pourquoi ne me l’a-t-on jamais dit ?… »    

   

Marie de Corsac – Conférencière

                                                                                                                                  

Bibliographie                                                                                                                                                                                                                                               

Mgr Georges Chevrot, (1879-1958), l’Enfant prodigue, collection du  Laurier, 2016.

Marc Bocher, Allers et retours de l’Enfant prodigue l’enfant retourné : variations littéraires et artistiques sur une figure biblique, Champion, 2009.                                                                                                                                

Père François Charmot, l’Ame de l’éducation : la direction spirituelle, éd. Spes, 1934.

Homélies de Mgr Chevrot.                                                                                                                                                                                             

 

Le goût du beau

Chers grands-parents

L’éveil au beau ! Quel beau sujet pour nous, créés à l’image de Dieu « la beauté des beautés » selon saint Augustin.

Mais d’abord, qu’est-ce que le beau ? Dans une époque où l’on n’a plus le temps de contempler et, où l’enseignement de la philosophie est largement perverti par le subjectivisme, il est important de revenir aux définitions…

Dans toutes les définitions traditionnelles, il y a toujours, plus ou moins exprimée, une association du beau avec le vrai et le bien… Platon affirme que le beau « suppose le vrai » et est en réalité « la splendeur du vrai ». Aristote affirme que le beau est « ce qui réunit la grandeur et l’ordre ». Saint Augustin déclare que « c’est l’unité qui constitue, pour ainsi dire, la forme et l’essence du beau en tout genre ». Vérité, unité et ordre constituent les principes du beau… Le beau n’est donc pas une appréciation subjective mais bien un chemin vers la vérité et l’ordre.

Il est clair que dans notre monde opposé à Dieu, le beau a été l’une des premières victimes des censeurs… Le beau nous rapproche de Dieu, le laid – qui se définit souvent comme l’absence de beau – nous en éloigne… Il est donc essentiel de comprendre le beau pour nous approcher du vrai et du bien. Nous considérerons deux aspects qui nous paraissent essentiels dans ce que nous devons transmettre.

Premièrement, le beau s’apprend et s’éduque. Nos premiers parents avaient un sens inné du beau. Notre nature blessée impose de redresser ce qui a été abîmé par le péché originel. Il faut donc apprendre à voir et comprendre le beau. Il est d’ailleurs remarquable de constater que les sociétés chrétiennes étaient, pour ainsi dire, incapables de faire du laid. La plus simple de nos antiques chapelles en témoigne ! A contrario, notre société moderne semble être devenue incapable de faire du beau, que ce soit dans l’habitat, les monuments – sauf si l’on copie l’ancien – la laideur est souvent la « marque de fabrique » de l’époque moderne ! Le malheur est que nos enfants – notamment en ville – vivent au milieu de ce laid, et finissent naturellement par s’y accoutumer. Il faut donc enseigner le beau. Ce qui impose de se former soi-même au beau de façon à l’expliquer… Notre patrie a la chance de posséder un héritage d’une richesse inouïe ! Le moindre de nos villages possède souvent une église magnifique, décorée de superbes tableaux, tout en honneur du Beau infini ! De très belles revues sont publiées, montrant les belles œuvres d’artistes comme le bienheureux « Fra Angelico ». Comme grands-parents, nous avons plus de temps que d’autres pour enseigner nos petits.

Mettons-les aussi en garde contre les artistes pervers très à la mode. Si l’on compare le bienheureux Fra Angelico, auteur d’œuvres simples, élégantes élevant naturellement l’âme, à Chagall peintre franc-maçon, divorcé, se plaisant dans l’incohérence et la vulgarité, soyons capables de dire que la vertu du saint frère, alliée à une compétence exceptionnelle n’a rien à voir avec la perversion de ce malheureux Chagall. Je ne sais si Chagall avait du talent, mais je constate que son œuvre est essentiellement vulgaire, malsaine et incohérente, à l’inverse exacte du beau ! Le jugement de nos petits doit être bien guidé sur ce sujet !

 

Deuxièmement, le beau est nécessaire. Il s’agit d’un sujet grave ! Sans faire de nos petits de grands artistes – au charbonnier, il est demandé la foi du charbonnier – il est essentiel pour leur équilibre. Créés à l’image de Dieu, la beauté même, nous devons les conduire à aspirer naturellement à la beauté, Celle-ci leur est nécessaire ! Le beau est un moyen essentiel pour approcher la vérité, il est l’appréhension, par les sens, d’une grande partie de celle-ci, il vient enrichir et élever l’enseignement pédagogique que nous donnons à nos petits ! Il en est un complément nécessaire !

Nos ennemis ne s’y sont pas trompés qui ont inventé par exemple, le « réalisme socialiste » qui se voulait être une présentation de la réalité qui soit en perspective historique avec le développement de la Révolution. Toutes les œuvres (bâtiments, peintures, ouvrages d’art) de la Russie soviétique subissaient une censure contrôlant la cohérence de l’art avec les objectifs de la révolution ! Le but était d’éradiquer toute culture traditionnelle – et surtout toute transcendance – chez l’homme.

Nous devons leur montrer que, dans la société chrétienne, l’objectif était exactement inverse. Les architectes des cathédrales ont réussi à édifier des ouvrages magnifiques, enseignant les fidèles et élevant l’âme vers Dieu et qui ont défié les siècles (même, pour beaucoup, les bombardements de la 2ème guerre mondiale !) et continuent à nous enseigner la foi de nos pères. Quelles plus belles œuvres pédagogiques peut-on trouver aujourd’hui que les tympans de nos églises représentant la glorification de la Vierge, le jugement dernier ou autre. Dans quel autre lieu qu’une église romane leurs petites âmes trouveront-elles mieux à s’élever ? Sensibilisons bien nos petits à cette harmonie, aux valeurs essentielles que nous enseigne ce beau ! Habituons-les à fréquenter le beau, à se désintoxiquer du laid dont ils sont tous les jours spectateurs !

Nous avons traité particulièrement de l’architecture et la peinture religieuses mais ce sujet s’applique à tous les domaines du beau tels que la musique, la littérature, la nature, l’habillement et autre… N’encourageons pas ce qui pourrait affadir ou pervertir leur sensibilité.  Dans tous les domaines, le beau devra être privilégié.

Prions sainte Anne pour qu’elle donne, dans ce monde matérialiste, le goût du beau à nos petits !

 

  Des grands-parents

 

Actualités culturelles

 France (Argenteuil)

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine (17-18 septembre 2022), la ville d’Argenteuil a ouvert au public la célèbre « maison rose aux volets verts » de Claude Monet, construite en 1871 par le charpentier Flamand. L’artiste y a vécu de 1874 à 1878 seulement, mais il y a produit un nombre d’œuvres important (259), parmi lesquelles son chef-d’œuvre Impression soleil levant (1872). La ville d’Argenteuil ne possédant aucune peinture de l’artiste, le nouveau musée se base sur des reconstitutions à travers un parcours immersif et très ludique : une manière unique de se plonger dans l’atmosphère du peintre et de mieux comprendre l’impressionnisme. Vous pourrez à loisir toucher des objets, découvrir des secrets en ouvrant les meubles et même déambuler dans le bateau-atelier de Monet ou dans son jardin d’hiver – reconstitués d’après ses propres œuvres.

  • France (Paris)

S’il est un monument emblématique de la capitale, c’est bien la basilique du Sacré-Cœur située sur la colline de Montmartre. Lieu le plus visité et photographié après Notre-Dame, la basilique avait été inscrite aux Monuments Historiques en 2020 seulement – l’inscription correspondant au tout premier niveau de protection d’un monument. Cependant, les progrès ne s’arrêtent pas là, puisque le conseil municipal devrait se prononcer pour un classement de la basilique lors de sa prochaine réunion mi-octobre : une bonne nouvelle pour le Sacré-Cœur qui recevra ainsi une meilleure protection – le classement correspond aujourd’hui au niveau de protection culturelle le plus élevé en France.

  • Etats-Unis (Los Angeles)

Doté d’une section spécialisée dans la lutte contre la criminalité artistique, le FBI a permis la redécouverte d’une mosaïque romaine vieille de 2000 ans ! Conservée depuis les années 1980 dans un entrepôt de Los Angeles, l’œuvre, représentant la Méduse, est divisée en 16 fragments de 35 à 90 kg chacun. Malgré leur conservation dans des caisses rongées par les termites, les pièces demeurent dans un bon état général, au plus grand soulagement de tous. Contacté de façon anonyme par le propriétaire de la mosaïque, le FBI l’a aujourd’hui restituée à l’Italie en vue de la faire restaurer avant de l’exposer au public ; le lieu d’exposition n’est pas encore déterminé.

  • Pays-Bas (Amsterdam, Rijksmuseum)

Qui aurait pensé que, plus de 350 ans après sa réalisation par le peintre Johannes Vermeer, La Laitière (1658) révélerait encore des secrets ? Une nouvelle technique de numérisation avancée a en effet permis de découvrir des objets dissimulés sous le mur blanc recouvrant l’arrière de la composition : à l’origine, le peintre y avait représenté une étagère supportant des cruches, ou porte-pichets. Jugeant sans doute sa composition trop chargée, Vermeer a finalement opté pour un arrière-plan plus épuré, mettant ainsi en valeur la femme à l’avant. De même, un peu plus bas, le chauffe-pieds recouvre une masse sombre qui semble être un panier très imposant. Il est absolument passionnant de discerner ainsi la réflexion de l’artiste sur son œuvre en suivant sa création, étape par étape, comme si l’on avait les dessins préparatoires sous les yeux !

 

L’éveil au beau

Nous transcrivons ici quelques extraits d’une conférence donnée par Marie de Corsac

« Je crois que les œuvres vivent. Elles nous communiquent leur vie et elles reçoivent leur vie de nous. Ce sont des âmes silencieuses.»

« L’Amour est présent au cœur de toute Beauté.»                                                                                                      

Dominique Ponnau                                                                                                                                                                     (Historien de l’art, Directeur honoraire de l’Ecole du Louvre)

  Les plus anciennes images conservées en ce monde proviennent des grottes ornées de la Préhistoire. Le décor de la grotte Chauvet en Ardèche (découverte en 1994), révèle la maîtrise exceptionnelle des artistes de jadis. La main de l’homme paléolithique est sûre, entraînée, inspirée. Son sujet est l’animal en course qu’il admire. L’esprit ayant composé ces vastes créations est imprégné de beauté, de respect, de religiosité et d’émerveillements. Depuis toujours, l’homme sait regarder longuement la nature. Il sait que l’œuvre est porteuse d’éternité. Et pendant des siècles, cet art va se répéter, se transmettre. L’art est indissociable de la vie humaine, il a joué un rôle essentiel dans le développement de notre humanité, c’est pourquoi il est essentiel d’éduquer au Beau le tout-petit car son âme enrichie se dispose ainsi à de justes enthousiasmes. « Enthousiasme » c’est : « avoir Dieu en soi ».

L’éveil au beau dès le plus jeune âge

Le Beau imprègne la mémoire la plus tendre, il laisse des impressions fortes, inoubliables, heureuses. Il est un socle pour l’avenir. Il se ressent, il s’apprend. Une chose est sûre : il n’y a pas une minute à perdre ! Une promenade dans la forêt, l’admiration pour de vieux murs, un bel objet sont aussi formateurs qu’une œuvre d’art. Lorsque j’étais enfant, Maman me disait : « Regarde comme c’est beau » ! Créant une sorte d’électrochoc dans ma mémoire !

Pourquoi une chambre d’enfant n’aurait-elle pas un tableau au mur plutôt qu’une cloison entièrement blanche ? Un paysage aux couleurs fraîches ? Une scène de Fra Angelico, une Annonciation ? Pensez à l’éveil de la curiosité du bébé, ensuite aux longues heures de l’hiver où les jeux deviennent intérieurs, ou bien pendant une courte maladie qui donne le temps de détailler les couleurs, les formes, le sujet, jusqu’à compter chaque berger dans une Nativité ! Le Beau s’inscrit dans la mémoire visuelle et dans l’âme par imprégnation.

Le don de l’observation chez l’enfant

Quelques exemples :

Un de nos petits élèves, de cinq ans, détaillant l’Adoration des bergers (peinte vers 1540) de l’artiste vénitien, Lorenzo Lotto (1483-1557) s’attardait devant les costumes, les animaux éparpillés, les attitudes des protagonistes. Il avait aimé l’image dès ses deux ans car « il y avait beaucoup de choses à regarder » ! L’image dense, lumineuse occupait et intriguait son esprit. Elle le faisait réfléchir ! Il voyait ! Pourquoi la Vierge est-elle agenouillée dans la mangeoire et non à côté de celle-ci ? Pourquoi Marie est-elle si grande ? Si elle se redressait, elle dépasserait la taille des bergers ! Que signifient la croix dans la fenêtre et la lumière montante du soleil en arrière plan ? Pourquoi le berceau est-il hérissé de pointes ? Pourquoi Jésus est-il allongé sur un linge blanc, étirant ses petits bras vers un agneau bouclé, comme la tête blonde du Christ ? …

Certaines réponses venaient logiquement, fusaient, à l’esprit du jeune observateur et du nôtre aussi ! Toutes ces interrogations sont extrêmement formatrices. On devine que Marie est protectrice et miséricordieuse. Si elle se levait, le pèlerin de cette vie pourrait trouver un refuge dans les plis de son manteau. Les pointes acérées de la litière de l’Enfant sont annonciatrices des souffrances de la couronne d’épines. Le linge blanc prophétise le linceul du Christ, sa mise au tombeau, sa résurrection. Il est la nappe de l’autel recevant l’hostie. L’agneau est celui du divin sacrifice et Jésus est identifié à lui par cette continuité du motif de la toison dorée et bouclée… Il existe une logique dans la disposition des images: découvrir cette cohérence est une façon de nourrir nos capacités d’abstraction, d’analyse et de communication. L’image peut guider le raisonnement puis livrer une sagesse, un enseignement.

Ne pas sous-estimer la force des images

Les livres illustrés destinés à la jeunesse sont de bien inégale qualité : autant qu’au texte, il faut être attentif à la poésie de l’image : elle est parlante. Comment ne pas oublier les belles narrations des albums du Père Castor heureusement réédités. Regardez les moindres détails de l’intérieur de la maison de Poule Rousse ! Le portrait du coq sur le mur du salon ! Il faut qu’un enfant apprenne à voir, stimule sa curiosité. Le pittoresque attire le regard et se retient.

Les enlumineurs du Moyen-âge peignaient une scène drolatique dans les marges des manuscrits afin que le pittoresque permette la mémorisation du texte lui faisant face. C’était un principe ancien appliqué aux chapiteaux romans historiés pour dénoncer un vice, un travers de l’homme : l’humour des sculptures rendait abordable, attrayante, non douloureuse la leçon. L’image est puissante, elle peut dire plus que les mots. Elle parle silencieusement. Pensons au chapiteau de la dispute du musée Sainte Croix de Poitiers. L’Eglise du temps essayait d’attendrir les mœurs, promouvait l’influence pacificatrice de la femme.

Oser visiter des musées

Une petite écolière de sept ou huit ans écoutait intensément mon explication du saint Joseph charpentier de Georges de La Tour. A quoi pouvait-elle penser avec tant d’application ? Sa réponse fut la suivante, d’une maturité et d’une vérité étonnantes : « je regarde pour apprendre, je veux apprendre pour comprendre, je veux comprendre pour toujours retenir »… Aussi l’adulte ne doit-il pas rester trop évasif pour combler l’attente de l’enfant ! Et souvent nous découvrons en même temps qu’eux ! Tous les détails ont un sens. On ne sait que répondre ? Eh bien, regardons et posons des questions devant l’œuvre, décrivons-la doucement à voix haute. Le musée donne l’œuvre hors contexte, la privant de sa fonction initiale. Il faut imaginer le tableau ailleurs, environné d’une autre ambiance, de respect, de foi. Essayons de nous transporter dans son univers d’origine, au XVIIème siècle, dans une chapelle privée où l’on célébrait l’office ou dans le couvent des Carmes déchaussés de Metz dont il semble provenir.

  La scène est un nocturne pour justement encourager à la méditation. L’Enfant du tableau vient de parler au vieux Joseph. Est-ce Jésus qui apprend-là simplement le métier dans l’atelier de l’artisan ? Pourquoi tant de lumière sur son visage plutôt que sur celui de l’ancien ? Le sens se découvre progressivement sous la forme d’une enquête. Pensons à la très riche symbolique de la lumière : elle est vérité, elle est enseignement, elle se propage. La bougie allumée est l’image de la vie. La flamme répand sa chaleur et illumine. Entre les mains du Christ enfant, n’y a-t-il pas la prémonition de sa prochaine mission sur terre ? Mais elle est encore cachée. L’ardeur du feu indique un cœur brûlant d’Amour prêt à se donner et à rayonner. L’image est un catéchisme. La flamme est encore la divinité du Christ, non encore manifestée. Elle filtre entre ses doigts.

Et pourquoi saint Joseph appuie t-il sur une tarière, prête à percer le bois de la poutre ? Les peintres aiment révéler les buts de l’Incarnation par des objets habilement disséminés dans leur composition. Le Christ est venu sauver les hommes par le Sacrifice de la croix : et l’on comprend que ce pan de bois est une préfiguration de la Crucifixion. Mais, pour le moment l’avenir est suggéré, il est entre les mains de Dieu. Georges de La Tour rend le passage du temps par la proximité entre les deux âges : la lisse jeunesse de l’Enfant, la vieillesse rugueuse de l’homme, dont la peau ridée, tannée est marquée par les ans. Le XVIIème siècle aimait rappeler à l’homme que la vie passait vite et qu’il devait envisager son salut. Crânes, bougies, sabliers, fleurs et papillons étaient des avertissements pour qu’il considère sa fragilité… Le tableau nous dit aussi que nous devons être concernés par ce message, le rendre présent, le réactualiser.

L’art a un rôle dans l’éducation de l’homme. Il encourage, il stimule le travail, l’obéissance, le silence, la piété, l’espérance. L’art joue un rôle essentiel dans ce que nous sommes. Saint Joseph charpentier reflète le monde intérieur de l’homme et sert de modèle à celui qui veut grandir.

La conclusion, tirons-là d’une réflexion d’un garçon de 6e

L’année dernière, avant Noël, afin de compléter la culture d’une classe de 30 élèves dans un collège de quartier, le cours porta sur les représentations de Nativités dans l’œuvre de Fra Angelico (1400-1455). Par le biais des questions, il fallait faire progresser la curiosité et le raisonnement des enfants. Pourquoi le moine dominicain osait-il, dans sa Nativité du couvent San Marco, poser Jésus nu, sur un sol dont la couleur évoquait nettement la froidure ?… Aucune mère ne commettrait une telle imprudence. C’est pourquoi le moine veut que nous découvrions les multiples raisons de ce parti pris. Le sens progresse par le jeu des analogies et des comparaisons. Il faut savoir s’étonner.

  Les réponses suivantes furent avancées par les écoliers dont beaucoup étaient ignorants de la religion chrétienne. Premièrement, le Christ est venu au monde pour souffrir. Deuxièmement, il vivra dans la pauvreté, le « dénuement ». La troisième raison fut annoncée par un petit baptisé : « si l’Enfant est nu, c’est que le peintre veut que nous voyions Dieu incarné et vraiment homme. Il a le vrai corps d’un petit bébé ».               

Tout cela était juste et nous allions nous arrêter à ces réponses quand une main se leva. « L’Enfant est nu comme Adam l’était au paradis avant la faute. Sa nudité indique la pureté, la parfaite innocence de Jésus » (le Nouvel Adam).                                                                                                                                                                                                                                     

Je n’avais jamais lu cette raison. D’où venait ce collégien ? Je l’ignore. Il avait appris dans sa famille à aimer Jésus, à regarder et à réfléchir… Il avait compris plus que les autres.

«…Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis? Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. Jésus, reprenant la parole, lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux…. »1                   

Marie de Corsac, conférencière

 

Bibliographie

Dominique Ponnau, La Beauté comme sacerdoce, 2004

Georges Didi-Huberman, Fra Angelico, Dissemblance et figuration, 2009

Sophie de Gourcy, Apprendre à voir la Nativité, Desclée de Brouwer, 2016

Régine Pernoud, La Femme au temps des cathédrales, 1980