Etre saints à moitié

Il est dangereux à notre époque d’être des saints à moitié, d’abdiquer un idéal qui nous est présenté. On pouvait croire autrefois que la sainteté était réservée à certaines catégories, à certaines âmes, à l’état religieux ; actuellement la sainteté doit déborder, pénétrer dans toutes les âmes, dans la masse, dans tous les états. Il ne peut plus y avoir de demi-mesures. L’union au Christ s’impose à nous ; chacun de nous doit être un sarment, une tige de la vigne du Christ. 

Père Marie-Eugène de l’Enfant Jesus, O.C.D

 

La politesse peut-elle être poussée jusqu’à l’héroïsme ?

S’il est vrai que ce sont les moines qui ont inventé les règles de politesse, en poussant la pratique de la charité jusqu’à l’aménité et à l’extrême délicatesse des relations avec le prochain, laminant peu à peu les rugosités du mode de vie barbare, on peut imaginer que la politesse découle directement du degré de charité et de sainteté de chacun. Et cette charité n’a-t-elle pas été poussée à l’extrême dans des moments ou toute autre personne ordinaire aurait perdu ses bonnes manières ? Comment un saint Laurent, placé sur son grill, a-t-il pu demander à ce qu’on le retourne du côté non encore brûlé ? Comment un Louis XVI a-t-il pu monter sereinement à l’échafaud, sans émettre la moindre parole de révolte contre ses bourreaux ? Comment tant de grands saints ont-ils pu souffrir tant de quolibets et de calomnies sans jamais rétorquer ni contredire les mensonges qui couraient sur eux ? Est-ce que dans ces cas-là, l’extrême charité de leurs attitudes n’était pas déjà la manifestation de l’héroïcité de leurs vertus ?

La vie du chrétien ne contiendrait-elle pas, en elle-même, une part d’héroïsme dans la façon de se vaincre soi-même, et de se maîtriser vis-à-vis des autres ? C’est ce que tendent à prouver tant d’exemples de vies de saints, qui, même s’ils n’ont pas eu à réaliser des exploits éclatants aux yeux du monde, ont été des héros du quotidien, par le combat spirituel toujours renouvelé, en vue de l’acquisition des vertus et d’une plus grande charité.

 

L’instant présent

Ma chère Bertille,

 Je souris encore en repensant à notre discussion d’hier. Tu étais si enthousiaste et pleine de projets ! L’année scolaire est à peine commencée que tu me parles déjà de ce que tu feras l’an prochain, puis dans 5 ans et ta vie telle que tu l’imagines plus tard ! Vois-tu, ce que j’aime, chez toi, c’est ta générosité. Tu ne me l’as pas dit, mais cela se devine à travers tes paroles : ton âme est pleine de grands désirs, tu veux une vie lumineuse, rayonnante, héroïque… Une vie sainte, mais pas sainte à moitié ! Et c’est très bien car nous allons aussi loin que nous portent nos désirs. Et pourtant, en priant, nous disons à Notre-Dame d’intercéder pour nous « maintenant et à l’heure de notre mort ». Finalement, plus important encore que le choix de ta vocation (Seras-tu religieuse ? Maman ?), le choix de tes études, de ton métier, de la ville où tu vivras, des amis, de tes lectures, tes activités il y a le « maintenant » et l’heure de ta mort.

Maintenant, me répondras-tu ? Mais maintenant, ma vie n’a rien de très excitant. Mes journées sont plutôt monotones, il ne fait pas beau, je m’ennuie même parfois… Oh oui ! Il est bien plus agréable de penser à ses projets ou de se remémorer de bons souvenirs. Pourtant… Si tu y réfléchis bien, tu ne vis vraiment que le présent. Seul le « maintenant » existe vraiment : le passé n’existe plus, et le futur n’existe pas encore. Seul l’instant vaut la peine qu’on s’intéresse pleinement à lui car, c’est maintenant que tu peux avoir une vie grande, une vie rayonnante, une vie héroïque ! C’est ce qu’écrivait le Père Vayssière, un dominicain du XXe siècle : « Vivons la minute présente, toujours sans préoccupation de celle qui suivra. Elle doit nous suffire, elle est pleine de Dieu et de son infinie tendresse. » Oui, tout instant nous donne Dieu et qui possède Dieu possède tout ! Comme son nom l’indique, le présent est un cadeau que Dieu nous fait. Il nous a créé dans le temps pour que nous vivions minutes après minutes. Il a voulu que pour acquérir de nouvelles qualités, de nouvelles connaissances, des nouvelles capacités nous prenions du temps… L’oublier, c’est s’exposer à l’échec. Un proverbe le dit bien « le temps se venge toujours de ce qu’on a prétendu faire sans lui ». Ce que Dieu attend finalement, c’est que nous vivions l’instant présent selon sa volonté : agir selon notre devoir, selon les forces dont nous disposons actuellement. Rien de plus, rien de moins. Nous serons alors dans sa paix.

Mais où est l’héroïsme et les exploits que l’on associe si facilement à la sainteté ? Cela paraît si simple ! Ne te fie pas aux apparences : trois ennemis tentent de nous empêcher de bien vivre l’instant présent : le passé, le futur et l’extraordinaire.

Le passé tout d’abord. Certains ressassent leurs échecs, leurs fautes passées et perdent courage. D’autres au contraire se reposent sur leurs lauriers : ils pensent à leurs succès et la gloire qu’ils ont obtenus dans telle ou telle circonstance et en oublient de continuer à faire du bien maintenant. Quel remède faut-il alors pour revenir dans le présent ? Il faut espérer en Dieu, ne compter qu’en ses propres forces à Lui sans penser à notre faiblesse ou à nos qualités : ce qui compte, c’est sa grâce, grâce qu’Il nous communique maintenant.

Le futur est sans doute ce qui occupe encore plus tes pensées que le passé : tu te vois demain en train d’agir comme ceci, tu te projettes dans ta vie après le bac, puis après tes études et puis… et puis tu t’inquiètes ou tu surestimes tes forces. Ton esprit est tendu, empli de suppositions… « jette tes préoccupations en Dieu, nous dit la liturgie, et lui-même te nourrira1 ». En effet, le Père Vayssière écrit encore « Dieu nous donne sa grâce goutte à goutte pour la minute qui se présente. Quant à l’avenir, nous n’avons pas la grâce pour nous en préoccuper. Laissons-le donc dormir en paix, en attendant qu’il s’éveille, devienne présent, et que nous ayons la grâce pour le sanctifier ».

Qui ne rêve pas, comme toi, chère Bertille, d’un peu de piment dans sa vie ? On voudrait vivre des aventures extraordinaires ou du moins sortir des occupations monotones qui ponctuent nos journées… L’instant présent peut nous sembler parfois bien décevant et sans saveur. Et pourtant, c’est là que se situe l’héroïsme. Le général de Sonis écrivait : « Le véritable héroïsme est la constante fidélité dans une vie humble et cachée. Aimez le poste où on ne vous voit pas. »              Alors, je te souhaite vraiment ma chère Bertille de devenir une de ces âmes héroïques, lumineuses et saintes en vivant chaque instant pleinement, selon ton devoir et tes forces du moment. Certes, tu compteras sans doute quelques combats et défaites, mais n’en n’est-il pas ainsi pour tout le monde ? Cela n’empêche pas de retrouver bien vite la présence vivante de Dieu dans le présent d’un cœur contrit et généreux !

 Anne

 

Voués au bonheur

Dieu a créé par amour et pour sa gloire. Or cette gloire lui est rendue par l’achèvement de sa création. Jaillie de Dieu, la créature humaine retourne à Lui, et c’est dans la possession de son Créateur qu’elle trouve sa perfection.

Ce plan d’un Dieu d’amour, le péché ne l’a pas brisé, puisque le Rédempteur est venu « réconcilier toutes choses avec son Père ». Mais ce bonheur, voulu par le Créateur et par la créature, ce bonheur que le plus désabusé des sceptiques continue obscurément de chercher, il va falloir le discerner, le distinguer de ses ébauches et de ses caricatures, le conquérir ! Dieu ne cessera pas de l’offrir au cœur, de le tendre vers les mains avides ; et ce cœur et ces mains devront laborieusement, douloureusement saisir ce bonheur promis aux âmes saintes, sa plénitude étant réservée pour l’au-delà.

 

Voués au bonheur

En tant qu’époux catholiques, nous sommes (créés par Dieu) appelés par lui au foyer, tous deux « voués au bonheur ».

Avant tout, ayons conscience de la grandeur de notre état d’époux, et de celle de notre mission. Ne laissons pas les difficultés voiler nos yeux. Si notre espérance décline, c’est qu’on l’a épuisée en des recherches trop humaines, dans une impatience égoïste, en voulant goûter le Royaume sur la terre ; ou bien, c’est que la foi en la Justice ou la Miséricorde de Dieu s’est étiolée. (A.M. Carré)

Pour autant, nous n’avons pas droit, sur la terre, au bonheur conjugal facile et continu, comme si le péché n’existait pas, comme si la grâce du rachat avait ramené l’humanité à son état primitif sans demander le concours des hommes. Non, chacun doit prendre part à son propre rachat.

Cette lente conquête est demandée aux époux chrétiens. Ils ont en eux les atouts de la réussite : les dons de Dieu et leur liberté.

La grâce du mariage

L’amour humain, rien qu’humain, est incapable par ses seules forces d’assurer l’entente de deux pécheurs. Tout au long de la vie conjugale, si le sacrement de Mariage est un sacrement permanent, c’est que le salut de l’amour conjugal doit être assuré chaque jour, chaque minute. En effet, le péché, fruit de l’égoïsme, de l’opposition de l’homme à Dieu, oppose aussi l’un à l’autre les égoïsmes de chacun des époux. Il rend par là difficile l’adaptation que chacun doit faire de ses propres vouloirs aux intérêts de l’autre et au bien commun. Si le péché n’était pas vaincu par la Grâce, et vaincu constamment, comment pourrait naître et se développer le bonheur de la conjonction de deux vies ? Bonheur naturel auquel la grâce assure une qualité et une amplitude que les seuls vouloirs humains ne sauraient lui donner. Cette grâce sans limite a le pouvoir de conduire ceux qui s’aiment à une harmonie où la joie même de Dieu s’incarne !

Deux époux qui se sont donné la grâce au jour de leur mariage, qui demeurent en état de grâce, et qui nourrissent cet état de grâce, par les sacrements de la route et les mérites accumulés de leurs vies, mettent en commun les trésors de Dieu.

S’ils ne sont plus en état de grâce, malgré beaucoup d’attachement mutuel, le christianisme dit : vous vous aimez mal ! Voilà qui introduit dans l’amour des époux l’exigence de la Croix.

 La Croix

Jésus a tenu dans le creux de sa main toute la douleur humaine, et il l’a jetée, semeur puissant, dans les sillons de la vie, pour qu’elle germât en vérité et en beauté, en vertu aimante et en béatitude. En dressant son calvaire, Il y a invité toutes nos croix ; elles se penchent désormais vers leur sœur divine comme le roseau vers l’arbre.  (A. D. Sertillanges : Notre vie)

La Croix, la souffrance est le moyen choisi par Jésus-Christ : le vrai chrétien ne conçoit pas qu’on puisse en choisir un autre. Le soldat combat aux côtés de son chef, et ne se range pas sous une bannière étrangère. Si Jésus s’est avancé vers la croix, c’est parce qu’il nous y a voulus avec lui.

Toute souffrance endurée par charité enlève une souffrance à quelqu’un. Par la voie du mérite, par l’exemple, au nom de l’amoureuse substitution que le Christ nous permet, nous pouvons sanctifier notre époux, l’acheminer plus haut. Un cœur généreux se donne, aimer c’est se donner, c’est accepter de souffrir. La souffrance pour l’autre, insupportable en elle-même, est belle de la beauté de l’amour, une noblesse offerte à l’humanité.

La liberté

Nous savons par la foi qu’une solidarité plus profonde encore lie entre eux tous les hommes dans l’ordre du salut. Les hommes sont beaucoup plus liés par leurs âmes qu’ils ne le sont par leur sang. Le lien par le sang de la chair est comme un symbole visible du lien par le sang de l’âme. Nous nous communiquons les uns aux autres la vie de nos âmes pour notre salut ou pour notre perdition commune, suivant que nous sommes saints ou pécheurs.

Si le péché d’Adam se répercute sur l’humanité tout entière, la grâce de salut par le Christ a également une portée universelle.

Nous savons que tout ce qui nous sanctifie vient de Dieu par Notre-Seigneur : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Notre intelligence se sanctifie dans la vérité qui lui est enseignée. Notre volonté se sanctifie dans la loi et la grâce du Seigneur qui ne viennent pas d’elle, elle nous fait vouloir le bien, tendre aux bonnes choses. Notre liberté, fille de celle de Dieu, n’est vraiment à son rang que lorsqu’elle rejoint, par sa soumission, la Liberté première. C’est ainsi que Sénèque, observant que le juste emploi de nos énergies est une délivrance, a pu dire : « Obéir à Dieu, c’est la liberté. »

Nous pouvons donc affirmer que pour obéir à Dieu, pour faire ce que Dieu veut, il faut orienter notre vie vers le bien supérieur de notre famille, accepter les exigences de la Croix.

 

La croix, qu’est-ce à dire ? Nous le savons bien : lutte tenace contre les défauts, oubli de soi, maîtrise des passions, chasteté, respect de la vie, sacrifice de ses aises ou de son temps pour le bien de sa femme ou de son mari, ou de ses enfants, renoncements et encouragements sous tant de formes… Ne nous dérobons pas à de tels combats. Celui qui ne veut pas boire le calice ne pourra pas connaître la résurrection. Pour cela il faut se montrer héroïques, se soutenir et s’encourager l’un l’autre constamment. Les saints et les saintes ont pris sur leurs épaules ce même fardeau, ils en ont eu le cœur fatigué, mais la joie qui demeurait en leur âme en était purifiée.

Le bonheur désiré, le bonheur promis est trop grand pour qu’on le conquière à moindre frais.

 

Sophie de Lédinghen

 

Le coussin réhausseur

 

Chères couturières,

Qui possède encore un annuaire ? Ils étaient pourtant précieux, il y a quelques années pour réhausser un enfant de 5 ou 10 cm à table…

Nous vous proposons dans ce numéro la réalisation d’un petit coussin réhausseur bien confortable qui viendra placer votre bambin à la bonne hauteur, que ce soit pour apprendre à manger proprement sa soupe ou bien pour faire ses exercices de tracés de moyenne section !

 

Bonne couture !

https://foyers-ardents.org/wp-content/uploads/2025/11/54_Coussin-rehausseur_fiche-site.pdf

Atelier couture