Editorial

Chers amis,

La période des vœux nous a souvent donné l’occasion d’écouter les inquiétudes, les regrets de chacun… On sent une pesanteur tomber sur nos épaules à chaque nouvelle rencontre… Mais ces sentiments doivent-ils emplir l’âme du catholique ? N’est-elle pas emplie de l’espérance depuis le jour de la Résurrection ? Faut-il se laisser envahir par la morosité ambiante, voire le désespoir qui nous entoure ?

Posons-nous les bonnes questions : quelles sont les raisons qui devraient occuper toute notre attention  ?  Faut-il  s’attacher  à  écouter  les « nouvelles » trois fois par jour pour être sûr de n’en manquer aucune ? Au-delà du fait que même les analystes les plus fiables, n’ayant pas d’envoyé spécial dans toutes les régions du monde, sont eux- mêmes dépendants de ce que l’on veut bien leur dire, reconnaissons que nous sommes bien impuissants sur la marche des évènements. Maîtrisons donc notre curiosité, dominons nos appréhensions et apprenons à prendre du recul en adoptant un plan d’action à notre portée. Quel sera- t-il ? Sous l’inspiration du Saint-Esprit, nous demanderons à la Prudence, reine de toutes les vertus, de guider nos pas sur le chemin que Dieu a ouvert devant nous.

Cette prudence déjà vantée par Platon et Aristote, est la vertu cardinale qui doit diriger les trois autres : justice, force et tempérance.

Vous découvrirez dans ce numéro de nombreux articles donnant des exemples concrets afin de faire fructifier cette qualité et de nous aider à perfectionner les puissances de notre âme.

Cette vertu est tout autre que le « principe de précaution » dont nous avons tant entendu parler… Ce n’est pas non plus une qualité réservée aux personnes d’un certain âge, inquiètes de tout et toujours prêtes à brider les velléités des plus jeunes ; non, la prudence n’est pas le contraire de l’insouciance ; vous comprendrez, à la lecture de ces lignes, la place qu’elle doit prendre pour conduire nos vies. Elle nous aide à mener nos actions avec cohérence, en mettant en adéquation nos convictions avec notre vie quotidienne. Elle nous rappelle que chacun de nos actes entraîne ses conséquences, et ce, même parfois sur plusieurs générations. Que vous soyez premier, centième ou millième maillon d’une chaîne dans la passation de la foi, comme dans les valeurs de la famille, si vous lisez ces lignes, vous comprendrez le rôle que Dieu et la société chrétienne attendent de vous. Point de place pour la médiocrité, le compromis ou les concessions ! Et même si « les vertus s’acquièrent à la pointe de l’épée1 », l’âme qui aime véritablement et qui vit de sa foi, verra la main de Notre-Seigneur la conduire dans le dédale de la vie.

Que Notre-Dame des Foyers Ardents prie le Saint- Esprit de nous envoyer ses dons afin que nous acquerrions les vertus qui nous feront ensemble monter vers le ciel.

Bien amicalement,

Marie du Tertre

 

 
   

1 Père Passerat

Saint Louis

Dans les grands saints qui ont marqué notre civilisation, beaucoup sont ceux qui étaient connus pour leur mansuétude et la douceur de leur caractère. Parmi eux, nous pouvons citer une description de la personnalité de saint Louis1 et y voir comment cette douceur était pondérée par le sens de la justice.

« Nous pouvons nous faire une idée assez claire de la personna- lité du roi d’après les documents de son procès de canonisation, comme le compte-rendu écrit par son ami Joinville, un noble, observateur au regard acéré et pragmatique de la nature humaine. Il n’était pas difficile de connaître Louis. Franc et ouvert, il préférait la conversation aux livres, et il était tout à fait capable de faire et de subir une plaisanterie ; à tous, riches et pauvres, il montrait du respect mais sans jamais de familiarité.

Son amour ne se limitait pas non plus à sa famille proche ou à ses amis. Comme une rivière au flot puis- sant et régulier, sa « compassion vertueuse et ordonnée » comprenait tous les pauvres de France. Sa mère Blanche de Castille, cette femme extraordinaire, lui avait appris à se déplacer personnellement partout où son peuple souffrait des mauvaises récoltes, d’épidémies, d’inondations ou de quelque grave infortune. Il fit tout cela, et plus. En 1246, il entra en campagne pour émanciper les serfs et prit les devants en libérant ceux de ses propres possessions. Puis, en homme qui ne se satisfait jamais de demi-mesures, il encouragea l’aristocratie à suivre son exemple, offrant, partout où cela était possible, une compensation financière à ceux qui hésitaient pour des motifs économiques.

Il pouvait apparaître en tout lieu : à la campagne, dans les champs avec les paysans, parcourant les rues des villes au ravissement des citadins ; et partout où il voyait de la souffrance, naissaient des orphelinats, des hospices et des hôpitaux, souvent grâce à sa propre bourse. Il nourrissait personnellement ceux qui souf- fraient, les habillait, les visitait, payait leur rançon et les confortait.

Durant le règne de Louis, les hommes et femmes de toute l’Europe enviaient les Français pour ce que leur pays était devenu terre d’imminente justice. Jamais l’idée du « politiquement correct » ne figura sur la liste des critères royaux. Guidé par la justice seule, il était aussi prompt et intransigeant pour dire « oui » que pour dire « non », ayant fait sienne la règle de conduite de son grand-père Philippe-Auguste : « Aucun homme ne peut diriger bellement un pays s’il n’est capable de refuser aussi hardiment et aussi franchement qu’il est capable de donner ».

 
   

1 Extrait du livre de Willam J. Slattery ; Comment les catholiques ont bâti une civilisation

La douceur de nos amertumes

Ce n’est pas sans motif que la paix est énumérée par Saint Paul avec la joie parmi les fruits du Saint-Esprit, qu’elle est souhaitée et annoncée si souvent dans l’Evangile par Jésus ou en son nom, promise aux bons et refusée aux méchants. Qu’elle nous est même proposée par le prince des apôtres comme un but à acquérir, comme le résumé de la vie chrétienne. Elle doit accompagner chacun de nos pas, nous endormir dans l’abandon, être la douceur de nos amertumes, le plus efficace stimulant de nos combats, la plus précieuse couronne de notre vie et l’aube déjà blanchissante des triomphes et des joies de l’éternité. C’est qu’en effet Jésus possède le secret de consoler par son Esprit les douleurs et les larmes, de relever les ruines, de féconder les déserts, de faire résonner partout les chants d’allégresse et de louange. Servir Dieu, c’est régner, c’est dominer de haut les contingences de la vie, c’est trouver à leurs morsures impuissantes une caresse génératrice du plus savoureux des bonheurs : se sentir sur la croix, tout près du cœur de Jésus.

R.P. Charton, L’âme transformée au Christ

Renoncer « au moi »

Nous ne pouvons évidemment nous conformer au prochain lorsqu’il y va, si peu que ce soit, de l’honneur de Dieu et de l’observance de sa loi : la condescendance deviendrait alors une faiblesse coupable. Mais il est beaucoup d’autres cas où il s’agit seulement de renoncer à affirmer notre personnalité, notre manière de voir, nos goûts, pour nous effacer devant la personnalité et le désir d’au- trui ; alors la condescendance devient une vertu solide ; loin de trahir la faiblesse, elle est une belle preuve de force morale, de cette force qui sait se vaincre et renoncer « au moi » pour l’amour de Dieu.

Père Gabriel de Sainte-Marie Madeleine, Intimité divine