La pédagogie du silence

De plus en plus rejeté dans notre monde actuel, le silence est en réalité essentiel au développement de nos enfants. Nous ne devons pas le craindre, bien au contraire.

Aujourd’hui le silence est devenu une denrée rare et ô combien précieuse. Les psychologues commencent à reconnaître l’importance du silence pour la santé mentale. Les thérapies utilisant le silence, telles que la méditation, le yoga, gagnent en popularité. Et un mouvement croissant favorise la déconnection et la recherche de moments de silence, tant pour des raisons de santé que pour le « bien-être spirituel ».

Pour nous, parents catholiques, le silence n’est pas purement matériel et inerte, ni davantage un silence extérieur qui ne tendrait qu’à favoriser les divagations du dedans, les rêvasseries, les bouillonnements d’une passion romanesque ou coupable. Il s’agit ici d’un silence qui apaise, qui amasse nos richesses intérieures et les met en ordre. Le silence est une lumière. Quand le soleil s’éteint, la lampe de la maison s’allume, et l’on sait que les intimités brillent alors davantage, dans le réduit calme et le mystère du foyer (A. D. Sertillanges in La vie catholique). Il faut le silence, pour que la vérité envahisse l’esprit, les lois du monde agissent tout le temps, mais leur intimité nous échappe, le monde nous cache Dieu. Il faut nous plonger en esprit dans cette immensité, notre éducatrice ; il faut rentrer en soi pour entendre tout ce que Dieu nous dit. Ce que nous avons compris avec le temps, enseignons-le plus tôt à nos enfants car le silence nous est salutaire, il nous libère, nous épure et nous élargit, nous rend sages et, au lieu du papillonnement quotidien, nous mène au mystère qui est le Vrai. Voyons ensemble combien le silence est un soutien dans la formation et l’éducation de nos enfants.

Importance du silence pour le nourrisson

Dès la naissance, le silence joue un rôle crucial dans le sommeil du bébé. Les nouveau-nés passent une grande partie de leur temps à dormir, et un environnement silencieux favorise un sommeil de qualité, essentiel pour le bon développement de leur cerveau, et l’équilibre de leur système nerveux en pleine construction.

Une mode actuelle imagine que le nourrisson pleure parce qu’il est seul et s’ennuie d’être trop longtemps dans son berceau, qu’il ne fait donc pas la différence entre le jour et la nuit. Aussi, voit-on aujourd’hui de tout jeunes bébés de longues heures dans leur transat que l’on déplace de pièce en pièce selon les activités de la famille. Le bébé vit ainsi dans un bruit quasiment permanent, tantôt endormi, tantôt réveillé en sursaut lorsque soudain sa maman entreprend de vider le lave-vaisselle ou de répondre au téléphone. Or un bébé qui passe sa journée dans le bruit emmagasine beaucoup de tensions qui le feront pleurer la nuit, lorsqu’enfin il pourra se relâcher! Un bébé qui dort bien est un bébé heureux qui, par conséquent, aura des parents reposés. Le nourrisson, pour son équilibre, a besoin du calme silencieux de sa chambre pour des moments de repos réguliers.

En grandissant, le tout-petit habitué au silence éveillera ses sens au monde : le regard et la voix de ses parents, le bruit du vent dans les feuilles ou la pluie sur les carreaux, le chant des oiseaux ou le bourdonnement d’un insecte… Tous ces bruits familiers contribuent à son développement cognitif.

Le silence dans le développement de la petite enfance (3-5 ans)

Les enfants apprennent énormément par le jeu. Un environnement calme et silencieux peut favoriser la concentration pendant ces activités ludiques. Sans distractions sonores, les enfants peuvent se plonger dans leurs jeux, développer leur imagination et améliorer leurs compétences motrices.

Observez un enfant construisant une tour en Lego : dans le silence, chaque pièce est soigneusement placée, chaque mouvement réfléchi. Le silence permet une immersion totale dans l’activité, renforçant ainsi l’apprentissage et la créativité.

Le silence peut également être un allié dans l’apprentissage du langage. Lorsque les enfants sont au calme, ils peuvent mieux écouter et assimiler les mots et les phrases. Les parents peuvent profiter de ces moments pour lire des histoires ou engager de vraies petites conversations ! En leur lisant un livre à voix haute dans un environnement silencieux, les enfants peuvent mieux se concentrer sur les mots, les intonations et les expressions faciales, enrichissant ainsi leur vocabulaire et leur compréhension linguistique.

Le silence dans le développement de l’âge scolaire (6-12 ans)

A l’école, la capacité à se concentrer est primordiale. Un environnement calme et silencieux permet aux enfants de se concentrer sur leurs devoirs et d’assimiler de nouvelles informations plus efficacement.

Le silence permet également aux enfants de réfléchir de manière plus approfondie. En l’absence de distractions sonores, ils peuvent mieux se concentrer sur les tâches complexes et développer leurs compétences en résolution de problèmes.

Prenons l’exemple d’un enfant résolvant un puzzle difficile. Dans le silence, il peut analyser chaque pièce, réfléchir la meilleure stratégie, et finalement, ressentir la satisfaction d’avoir réussi.

La lecture est une activité qui profite grandement du silence. Les enfants peuvent s’immerger dans des livres, développer leur imagination et améliorer leur compréhension de lecture. Lorsqu’un enfant lit un livre captivant en silence, il peut visualiser les scènes, entendre les dialogues dans sa tête et vraiment vivre l’histoire. Ces moments de lecture silencieuse sont précieux pour son développement tant intellectuel qu’émotionnel.

Les parents jouent un rôle capital dans l’équilibre physique et spirituel de leurs enfants en leur faisant découvrir et aimer ce silence qui repose et aide à tout mieux faire. Apprenons-leur à le rechercher, à le respecter, à se servir de lui pour être meilleur. La prière en famille exige une tenue recueillie et calme lorsque nous parlons au Bon Dieu. Les moments de lecture en famille seront calmes et réguliers, les parents étant les meilleurs modèles de leurs enfants, auront laissé leurs téléphones hors du cercle familial. On ne se parle pas sans arrêt, mais lorsqu’on a quelque chose à dire, que l’on raconte tranquillement, et l’on s’écoute mutuellement.

Le silence est un allié indispensable au bon équilibre de toute la famille, alors la prochaine fois que nous sortirons faire une promenade en famille, écoutons ensemble le silence, apprenons à aimer le bruit du vent, à reconnaître le cri des animaux, et à rendre grâce à Dieu de le trouver dans sa belle création comme dans le grand silence de nos âmes.

Sophie de Lédinghen