6e geste : oser VRAIMENT affirmer SA FOI
A la suite des précédents articles publiés sur ce sujet depuis le FA 54 et après avoir étudié ces cinq gestes : Faire le premier pas, Demander service, Donner de son temps, Ecouter sans juger, et Interroger, reformuler, penchons-nous sur le 6eme geste de Notre-Seigneur observé dans son Evangile : oser VRAIMENT affirmer SA FOI.
Arrive enfin le moment où il convient d’affirmer sans ambages, avec conviction, pédagogie, force et courage. Alors que la connaissance de la doctrine chrétienne est ignorée et parfois déformée, il faut s’instruire, pratiquer et partager ses connaissances avec énergie et courage. « Si vous aviez la foi, rien ne vous serait impossible… Vous déplaceriez des montagnes. » Ce reproche de Jésus adressé aux siens résonne dans nos âmes catholiques. Sommes-nous vraiment apôtres ? Avons-nous ce désir ardent de communiquer nos connaissances et notre expérience de la foi ? Acceptons-nous de bon gré d’être souvent en contradiction avec les chimères du monde ? Résistons-nous à l’indifférence spirituelle ? Croyons-nous vraiment en la royauté du Christ ? Foi et pratique vont de pair, elles ne peuvent pas survivre l’une sans l’autre. L’affichage catholique comme étiquette mondaine a vécu. L’authentique chrétien est de nos jours un combattant, un témoin inconditionnel de la doctrine catholique.
L’exemple de Notre-Seigneur
Admirons ce dialogue avec les pharisiens qui le réfutent comme créateur du monde : « Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham1 ? » D’un ton calme, Jésus surprend ses contradicteurs et affirme : « Avant qu’Abraham eût été fait, JE suis2 ! » Deux mots et un verbe au présent suffisent. Economie des termes, densité de la pensée, force de la formule, voilà un bel exemple d’affirmation pour dire sa foi et favoriser la réflexion.
Depuis plus de deux mille ans, beaucoup s’étonnent et même se scandalisent de ses propos « Prenez et mangez ; ceci est mon corps. Ceci est mon sang, buvez-en tous3. » De telles paroles ne peuvent laisser indifférent…
La loi d’amour du « fils de l’homme » est précise, il s’agit avant tout d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Au sommet de ces affirmations frappantes, nous trouvons les sublimes béatitudes : « Bienheureux ceux qui pleurent…, Bienheureux ceux qui ont le cœur pur4… »
Examinons-nous
L’on remarquera que c’est trop souvent par une affirmation parfois pesante et incisive pour l’interlocuteur, que l’on commence à communiquer. Affirmez, affirmez, affirmez, il en restera toujours quelque chose, même et surtout si c’est un peu trop répétitif et négatif. Voilà ce à quoi nous sommes trop souvent habitués entre la communication politique et la publicité omniprésente. Mais c’est souvent une grande preuve de faiblesse et de maladresse que de vouloir imposer son point de vue en haussant le ton. Pure perte de temps et d’énergie que de ne pas préparer le terrain avant de l’ensemencer.
Affirmer, c’est dévoiler ce que l’on est réellement sans chercher à convoquer de connaissances livresques pour impressionner. Point de vantardise, point d’étalage de science. (Ne négligeons pas cependant de nous poser quelques questions pertinentes qui nous permettront de garder confiance en nos connaissances de base : ai-je écouté des conférences ? Ai-je ouvert un catéchisme régulièrement pour continuer à me former ? Ai-je conscience que ma foi a besoin d’être nourrie pour ne pas rester superficielle ?)
Chassons le respect humain : il est inutile de savoir « bien parler », car dévoiler sa pensée, c’est dire ce que l’on est et non faire preuve de culture. Celui qui invoquera le Saint-Esprit pour trouver les bonnes réponses ne sera jamais pris au dépourvu.
En pratique, que faire ?
Constatons qu’il n’y a rien d’intellectuel dans les affirmations de Jésus. Il ne dit pas en premier ce qu’il sait, il n’affiche pas ses connaissances, il dit ce qu’il est ! Toujours concis, il se définit en trois mots simples « JE suis la voie, la vérité et la vie5 ! »
Les nombreuses affirmations de Jésus suivent une progression pédagogique intéressante à remarquer. On décèle en effet dans ses exposés plusieurs niveaux qui, comme les marches d’une échelle, aident l’âme attentive à s’élever :
- informer,
- expliquer et préciser,
- confirmer, et enfin prouver par les actes.
INFORMER : En école de journalisme, on apprend qu’une information, c’est « ce qui se différencie par rapport à la norme ; or Jésus ne cesse de s’afficher comme un signe de contradiction et montre un certain goût pour l’affirmation hors norme…
Voici un florilège de ses assertions les plus marquantes :
« Les premiers seront les derniers6. »
« Les publicains et les femmes de mauvaise vie vous précéderont dans le royaume de Dieu7. »
« Car qui voudra sauver son âme, la perdra ; et qui perdra son âme à cause de moi et de l’Evangile la sauvera8. »
« A quiconque vous frappe sur une joue, présentez encore l’autre9. »
« Le Fils de l’homme même n’est pas venu pour être servi, mais pour servir10. »
« Car mon joug est doux et mon fardeau léger11. »
Comment ne pas s’interroger sur le sens profond de tels propos ? Autant d’affirmations fondatrices de la doctrine chrétienne, qui se suffisent à elles seules, et révèlent la complexité de la pratique de la foi catholique, tant dans son principe que dans son action au quotidien. Au demeurant, Jésus ne s’est-il pas présenté lui-même, comme un « signe de contradiction ». Les béatitudes ne sont-elles pas diamétralement opposées à celles de notre monde marchand et hédoniste qui rêve de richesses et de bonheurs artificiels. Elles correspondent d’ailleurs à une attente profonde de nos contemporains en recherche de sens et d’un monde moins assujetti au culte de la performance.
EXPLIQUER ET PRECISER : saint Jean écrit sans aucune ambiguïté dans le fameux prologue de son évangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu… En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes12. » Belle leçon de clarté et de précision dont nous devons nous inspirer. L’enseignement de Jésus se distingue par sa limpidité et son caractère incisif. Avec lui, la formule de Boileau se vérifie amplement : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément13. »
La loi d’amour du « Fils de l’homme » est précise et exigeante, il s’agit avant tout d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même, jusqu’au sacrifice s’il le faut… Voilà l’impérieux devoir du catholique : aimer jusqu’au sacrifice de soi. Ne craignons pas ce mot même s’il est passé de mode. Ne sommes-nous pas, à l’imitation de Jésus, des signes de contradiction ?
Précisons comment faire pour gagner la paix de l’âme : « Personne ne vient à mon Père que par moi14. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent15. » Rappelons les deux commandements précisés avec fermeté : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même16 » afin d’aimer, non pas seulement en paroles, mais surtout en actes.
CONFIRMER SA FOI, s’il le faut, et si ce n’est au péril de sa vie, ce sera souvent en tout cas au péril de sa tranquillité.
Combien de catholiques fidèles à la Tradition ne sont-ils pas en peine de confirmer leur foi en dehors de leurs amis proches ? Ils n’osent pas afficher leur attachement à la Tradition catholique sous prétexte qu’ils ne sont « pas assez savants ». On reste poliment sur la réserve dans le monde et on pratique l’entre-soi… Il suffit d’observer les sorties de messe où personne ne se préoccupe des nouveaux arrivants, des inconnus. Ne prenons pas une attitude mondaine et superficielle ! Posons-nous les vraies questions : sommes-nous vraiment apôtres ? Avons-nous ce désir ardent de communiquer nos connaissances et notre foi sans compromissions ? Résistons-nous avec force et énergie à l’indifférence spirituelle ? Osons-nous préciser que Notre-Seigneur est « découronné » par l’Eglise conciliaire ? Soyons authentiques : affirmons, précisons, confirmons notre foi et surtout prouvons !
PROUVER : « Personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis17. » « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs18. »
Aimer, non pas seulement en paroles, mais surtout en actes. C’est la figure de nos crucifix, où le fils de Dieu CONFIRME et PROUVE son amour de l’humanité par le don de sa personne. Ses dernières paroles sur le gibet en attestent : « Tout est accompli. »
Pour aller plus loin et progresser
Affirmer, c’est donc : informer avec précision sans crainte d’être en contradiction avec un monde sans autre boussole que la modernité pour la modernité, le progrès pour le progrès. Pour aller où ? Avec quelle finalité ? Nul ne le sait !
Tout réside dans le fait d’oser préciser les tenants et aboutissants de sa foi catholique : le salut de son âme. Mais aussi oser confirmer. « Etes-vous donc roi ? » interroge Pilate après l’avoir fait flageller : « Jésus répondit : Vous le dites, je suis roi, je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité19. » Ce faisant, Pilate rend, sans le savoir, un grand service à l’humanité, nul désormais ne peut ignorer qu’il est le roi de l’univers. Aucune objection possible. Jésus de Nazareth « roi des Juifs », voilà ce que Pilate a entendu, ce qu’il a compris. Voilà ce qu’il fait inscrire sur l’écriteau de la croix, au grand dam des pharisiens.
Affirmer, préciser, confirmer, prouver, voici les quatre barreaux de l’échelle de l’affirmation qui peuvent aider à convertir les âmes en recherche en prenant garde de ne pas aller trop vite pour communiquer les trésors de notre foi, certes sans respect humain, mais avec intelligence et pédagogie.
RESOLUTION PRATIQUE :
- Jésus affirme : « Je suis un signe de contradiction. »
- Il précise : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour la parfaire. »
- Il confirme : « Je suis roi. »
- Il prouve : « Tout est accompli sur la croix. »
Application pratique personnelle :
- J’affirme : je suis chrétien.
- Je précise : catholique.
- Je confirme : fidèle à la Tradition.
- Je prouve cette affirmation : « Dieu premier servi » en faisant prière et méditation avant les écrans et toutes les préoccupations temporelles.
ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’Ave pour obtenir l’aide de Marie Co-rédemptrice – 1er mystère glorieux : la Résurrection de Jésus. « Je suis la vie, la voie et la vérité » OSER « Afficher, affirmer, préciser », et… surtout prouver en acte sa foi.
J’oserai expliquer ma foi catholique, ma réputation dût-elle en souffrir. Aussi, ne craindrai-je pas d’être un signe de contradiction comme Jésus.
« Pouvoir dire la vérité et se taire, c’est mériter la colère de Dieu. » (Saint Justin)
« Une vérité dite sans charité n’est pas une vérité charitable. » Saint François d’Assise
Frère Charles de Foucaud (cordigère)
1 Jean VIII, 57
2 Jean VIII, 58
3 Matthieu XXVI, 26-28
4 Matthieu V, 5-8
5 Jean, XIV, 6
6 Matthieu XX, 16
7 Matthieu XXI, 31
8 Marc VIII, 35
9 Luc, VI, 29
10 Marc, X, 45
11 Matthieu XI, 30
12 Jean I, 1-4
13 Nicolas Boileau – L’Art poétique (1674)
14 Jean XIV, 6
15 Matthieu VI,24
16 Matthieu XXII, 37,39
17 Jean XV, 13
18 Marc, II, 17
19 Jean XVIII, 37