La République contre l’Eglise

L ’école républicaine enseigne abusivement que la Révolution Française est un événement historique daté dans le temps. Elle est en réalité un processus ininterrompu enclenché au dix-huitième siècle, qui n’a cessé de bouleverser la société depuis et, de réforme en réforme, de combattre l’Église. Voici quelques étapes de ce processus, repérables grâce au vote de quelques lois.

Loi sur les corporations

14 juin 1791 : loi Le Chapelier, interdisant les corporations ainsi que tout ce qui ressemblait à un corps intermédiaire de professionnels autonomes. Il s’agissait aussi de soustraire l’organisation économique de la cité de l’influence de l’Eglise. René-Guy Isaac Le Chapelier appartenait à la loge de la Parfaite Union, à Rennes (affiliation mentionnée dans les notices biographiques les plus sérieuses, notamment celle de l’Assemblée Nationale et les biographies historiques). Les anciennes cayennes (maisons de compagnons du Tour de France), repliées dans des arrière-salles d’auberges survécurent discrètement grâce aux mères de famille, moins suspectes aux yeux de la police qu’une assemblée d’ouvriers. Les rapports de police montrent en effet que les autorités admiraient souvent la qualité professionnelle des compagnons, tout en redoutant leur capacité à se mobiliser rapidement d’une ville à l’autre.

Loi sur la crémation des corps humains

La loi du 15 novembre 1887 relative à la liberté des funérailles fut proposée par le député républicain et libre-penseur Jean-Baptiste Blatin, l’une des figures les plus influentes de la franc-maçonnerie sous la Troisième République. Initié à l’âge de 23 ans, le 14 décembre 1864, au sein de la Loge L’Avenir à Paris, il atteint le sommet de l’obédience en devenant grand maître du Grand Orient de France entre 1894 et 1895. Sur des arguments prétendument hygiénistes et en arguant déjà la fameuse « liberté de choix », il s’agissait de propager un nouveau rite funéraire afin de briser le monopole de l’Église catholique en la matière. Blatin a lui-même rédigé et publié en 1895 des rituels maçonniques spécifiques, notamment concernant les tenues funèbres laïques. La France compte actuellement 214 crématoriums répartis sur tout le territoire, et le nombre de crémations pratiquées équivaut au nombre d’inhumations.

Loi sur la liberté d’association

Porté par Pierre Waldeck-Rousseau, à la tête du « Bloc des gauches » qui intégrait de fervents francs-maçons, son texte est adopté 1er juillet 1901. Lorsqu’en juin 1902, Emile Combes, franc-maçon spécialisé dans la persécution anticléricale, succéda à Waldeck-Rousseau à la présidence du Conseil, sa première préoccupation fut d’appliquer la loi sur le statut des associations aux congrégations religieuses enseignantes, qu’il entendait de la sorte exclure de la formation intellectuelle des jeunes Français. Quels que fussent leur temps d’activité et leur expérience, les congrégations se virent contraintes de quémander auprès de l’Etat le droit de poursuivre leur activité ; >>>

Foyers Ardents n°59 – septembre 2026 23

>>> les préfets reçurent, dès lors, l’ordre de fermer les écoles – nombreuses, on s’en doute – écartées au nom d’un catholicisme jugé trop zélé, contraignant les religieux soit à la sécularisation, soit à l’exil. En octobre 1903, le gouvernement parvint ainsi à éliminer 246 écoles congréganistes dans le Rhône, 170 dans la Loire, et 10 000 pour l’ensemble de la France1. Trois ans plus tard, le 7 juillet 1904, Combes créa un délit spécial de congrégation qui déclarait hors-la-loi tout retour à la vie en communauté des frères et des soeurs enseignants dispersés. Plus de cent mille religieux, instituteurs, institutrices, furent concernés par cette mesure liberticide, qui brisait définitivement l’enseignement congréganiste.

Loi de séparation de l’Église et de l’État

Si l’on ne retient que les séparations durables (et non les tentatives rapidement annulées), la France est le quatrième pays à avoir établi une séparation entre l’Église et l’État en 1905, sous l’impulsion du franc-maçon Aristide Briand et du laïcard Ferdinand Buisson.

Deux pays d’Amérique latine l’avaient fait auparavant (Mexique en 1861, Brésil en 1891). En Europe, le Portugal emboita le pas dès 1911, l’Espagne en 1931 (interrompue de 1939 à 1978) et il fallut attendre 1984 pour que le catholicisme cesse d’être religion d’Etat en Italie. A la séparation stricte à la française, nombre de pays à majorité catholique ont préféré un système de neutralité coopérative, où l’État n’a plus de religion officielle mais continue d’entretenir des relations institutionnelles avec les différentes confessions.

En mettant l’accent sur « la dignité de la personne », Vatican II a rompu avec la théologie politique catholique considérant l’État confessionnel catholique comme une nécessité pour mettre l’accent sur la liberté religieuse individuelle. Ainsi les longues discussions qui ont abouti à la loi de 1991 dans le bastion catholique du Valais s’inscrivent dans le climat créé par le concile Vatican II et favorisé par le pape Jean-Paul II. Comme Charles Péguy l’avait analysé à l’époque, il ne s’agit donc plus de séparation de l’Église et de l’État mais de suppression de l’Église par l’État.

Loi sur le divorce à consentement mutuel

Votée le 11 juillet 1975 sous le gouvernement de Giscard d’Estaing, la loi encourage à la fois la révocation d’un lien scellé devant Dieu par un sacrement et la parole donnée entre époux. Au-delà du fait religieux, permettre de divorcer par simple accord, sans qu’il y ait nécessairement d’entorses graves, relativise en effet la notion même de parole donnée et d’engagement. La procédure amiable se fait sans juge depuis la réforme du 1er janvier 2017. En France, on compte environ 72000 à 75000 divorces par consentement mutuel chaque année, ce qui représente près de 60 % de l’ensemble des divorces. Le divorce par consentement mutuel joue un rôle non négligeable dans l’acquisition de la nationalité française par des étrangers en facilitant la pratique du mariage blanc, avec ou sans dédommagements financiers.

Loi sur l’avortement

En France, l’avortement métamorphosé en Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est encadré par la loi Veil de 1975, étendu par les lois de 2022 et protégé par son inscription dans la Constitution en 2024 portée par la député LFI Mathilde Panot. Il est autorisé jusqu’à 14 semaines de grossesse (16 semaines d’aménorrhée) et remboursé à 100 % par la Sécurité sociale. Depuis la loi Veil, 11 millions d’avortements ont été pratiqués en France (estimation fondée sur les statistiques officielles annuelles de la DREES et de l’INED). A titre de comparaison, selon les estimations les plus récentes de l’INSEE, en 2025, la France compte environ 8,0 millions d’immigrés, soit 11,6 % de la population.

Loi sur le mariage pour tous

La loi sur le mariage pour tous en France (loi n° 2013-404) a été promulguée le 17 mai 2013 durant le mandat de François Hollande, étendant le mariage civil ainsi que l’adoption aux couples homosexuels. Elle fut portée par la garde des Sceaux Christiane Taubira, affiliée à la Grande Loge féminine de France rattachée à un atelier parisien. Cette dernière a participé à des événements de premier plan, comme un grand oral laïc au Grand Orient de France en décembre 2013 et un discours au dîner annuel de la Grande Loge de France en septembre 2014 sur la paix et l’État de droit. Cette réforme a permis une refonte de la filiation et du statut parental, et ouvert l’accès aux techniques de PMA (FIV, insémination) aux couples de femmes et aux femmes célibataires. Plus de 70 000 couples de même sexe se sont mariés en France au cours des dix premières années suivant l’application de la loi.

Loi sur l’euthanasie

L’Assemblée Nationale a définitivement adopté le 15 juillet 2026 la loi sur l’euthanasie, atrocement renommée pour la circonstance aide à mourir. On ne reviendra pas sur les débats multiples engendrés par ce vote ni sur les risques d’extension à toutes sortes de situations engendrées par cette loi. Notons simplement que le processus révolutionnaire enclenché en 1789 n’a jamais cessé de se développer et de porter des coups à l’Eglise du Christ, en s’attaquant à ses commandements, ses sacrements, sa morale et son magistère. La franc-maçonnerie a joué un rôle décisif dans l’application de ce programme destructeur, comme l’actuel et déplorable locataire du palais de l’Elysée l’a lui-même souligné dans son discours du Grand Orient, le 8 novembre 2023 :

« Je pourrais citer tant de noms du Grand Orient ou de la Grande Loge, mais nul besoin d’énumérer ici les pères fondateurs de notre République. Tous n’étaient pas maçons, mais tous en défendaient les valeurs. La franc-maçonnerie n’a pas fait à elle seule la République, mais la République, sans elle, ne se serait pas faite. »

Guillaume Guindon