La force d’âme

Chers grands-parents,
Si l’on se réfère à saint Thomas d’Aquin, le chef – la tête – est celui qui est placé « au-dessus ». Les premières qualités qu’il doit avoir sont l’intelligence, c’est-à-dire une bonne compréhension des choses, et la prudence, qui lui permettra d’apporter une réponse adaptée aux situations. Nous ne nous inscrirons évidemment pas en faux devant les descriptions lumineuses du Docteur commun.

Il nous semble pourtant qu’aujourd’hui, à une époque où la hiérarchie n’est plus une évidence – et c’est peu de le dire ! – la qualité qui manque le plus aux chefs quels qu’il soient – dirigeants, chefs de familles, chefs scouts, responsables en tout genre – pourrait être définie comme ce que le maréchal Foch appelait la force d’âme, qui est la conviction du bien fondé de la mission que le Bon Dieu nous a donnée unie au courage et à la volonté de l’accomplir. Aldous Huxley disait que « pour étouffer par avance toute révolte », il faudrait « bannir le sérieux de l’existence, tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, entretenir une constante apologie de la légèreté », en gros, faire croire aux hommes que, pour être heureux, il fallait juste profiter au mieux de la vie !

Or, la vie est une chose sérieuse !

A notre âge de grands-parents, nous voyons que notre vie a été structurée par quelques grands choix – ayant pu paraître secondaires à d’autres – qui ont modelé notre existence. Cela peut commencer par des décisions simples, de prière en famille, de disposition d’internet, puis des décisions plus visibles, de mariage, de vocation, de paroisse, de choix d’écoles pour les enfants… Ces choix, nous les avons souvent faits naturellement et parfois – et heureusement – après mûre réflexion mais pensant opter de manière juste et équilibrée…

C’est là qu’intervient la force d’âme, en premier lieu, en étant convaincu de l’importance des choses. Nous connaissons une grand-mère qui face à l’effondrement de sa famille aimait à dire, croyant être sage « Eh oui, maintenant, c’est comme ça, on n’y peut rien ! » On devine les graves conséquences de telles réflexions !

Le chef, notamment le chef de famille, doit savoir que la vie est une chose sérieuse et qu’il a un rôle essentiel dans l’orientation de sa famille ! Sa mission principale dans ce domaine sera, avec son épouse, de réfléchir, décider et, avec la pédagogie nécessaire, imposer. Souvent sa première difficulté viendra de lui-même, de sa propre médiocrité !

Il devra donc d’abord corriger ses défauts. Il nous semble qu’en la matière au moins deux axes d’efforts doivent être suivis par le chef :

  • Se forger de fortes convictions. Notre environnement « anti-Christ » ne nous porte pas naturellement vers la vérité. Nous devons donc travailler, lire, discuter pour comprendre ce que nous devons faire. Appuyer nos choix sur du concret et non des sentiments. Les choix médiocres nous satisfont facilement et paraissent souvent comme une sagesse aux yeux de monde. Pourtant, le Ciel appartient aux violents !

  • Corriger ses défauts ! Notre tempérament peut souvent être la cause de choix mauvais ou de mauvaise manière de les faire passer. Les conséquences du péché originel peuvent nous orienter :

  • soit vers l’impulsivité, calmons-nous et prenons du recul,

  • soit vers la mollesse, secouons-nous et agissons.

Tout cela n’est pas grave. Le seul péché rédhibitoire est l’absence de convictions !

Après cela, il faudra faire preuve de courage ! Un ami bien placé nous disait récemment que nos gouvernants étaient parfaitement au courant de la situation catastrophique vers laquelle ils conduisaient notre pays mais qu’ils n’osaient pas agir. Ne soyons pas comme cela ! Agissons, décidons, imposons (avec la pédagogie nécessaire), mais ne laissons pas aller à vau l’eau sous prétexte de garder nos amis ou d’éviter la crise !

Vous, chefs de famille ! Sachez que vos choix peuvent avoir des conséquences éternelles ! Nous connaissons des familles, bien correctes, qui ont dérivé en une puis deux générations, et tout perdu. Nous en connaissons d’autres, qui, sous l’impulsion de parents énergiques, ont gardé le cap et fourmillent de vocations et de pieux ménages. Evidemment, tout ne vient pas des parents. Nos descendants sont libres. Mais souvent, ces belles familles doivent – au moins en partie – leur existence à des parents courageux qui ont su, envers et contre tout, poser des choix décisifs !

Que sainte Anne nous aide !

Des grands-parents