Retrouvez la présentation de ce guide pratique et le « 1er geste » publié dans notre FA 54 :
https://foyers-ardents.org/category/discuter-en-famille/
2e geste : Oser demander service !
« J’ai besoin de toi, Zachée ! »
Qui sollicite ainsi ? C’est le fils de Dieu créateur du ciel et de la terre !
Jésus sait ce qu’il en est, lui, fils de Dieu : il demande si souvent service à ses apôtres, à ses pairs, mais aussi à l’inconnue (la Samaritaine) et au sceptique (Zachée). Il nous interroge : « Lequel est plus grand ? L’or ou le temple qui sanctifie l’or ? Le don ou celui qui sanctifie le don2 ? » Voilà bien ce que réalise celui qui ose demander service : il sanctifie le don, plus par sa disponibilité et son sourire, que par le service rendu. Pour le « Fils de l’homme », il est normal de « frapper à sa porte ».
Si Jésus veut être le premier à être sollicité, c’est bien parce qu’il connaît la valeur et l’efficacité de ce geste. De fait, Jésus récompense ceux qui osent lui demander service. Il ouvre toujours sa porte.
L’exemple de Notre-Seigneur
Quand Nicodème, docteur de la loi, pharisien, le dérange en pleine nuit pour l’interroger sur ses derniers propos publics, Jésus l’accueille certainement avec ce sourire bienveillant qui vous met à l’aise. Il répond à ses questions, le bouscule quelque peu : ne connaît-il pas les prophéties, lui, un dignitaire de la foi ? Et pour autant, il finit par lui révéler le mystère de l’Incarnation, avant ses propres apôtres. Belle récompense pour Nicodème qui a osé demander service. Quelle audace, mais aussi quelle modestie ! Deux qualités souvent « complices » dans cet acte énergique de communication.
Quand Jésus a besoin des cinq pains et des deux poissons d’un petit garçon pour nourrir une foule éreintée qui écoutait son enseignement depuis plusieurs jours, que fait-il ? En toute humilité, il s’adresse à un enfant et lui demande de bien vouloir lui confier son panier. C’est l’incroyable miracle de la multiplication des pains qui va rassasier plus de cinq mille personnes ! En guise de remerciement, douze corbeilles bien remplies furent restituées à l’enfant, heureux d’avoir rendu un service au Fils de Dieu ! Quelle grâce d’être sollicité par Jésus !
Ce que cela signifie pour nous
N’hésitons plus à demander service : voilà le sens de cette injonction quelque peu provocatrice : « Si l’un d’entre vous a un ami, qu’il aille le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : « Mon ami, prête-moi trois pains3. »
Demander un service est le moyen efficace par excellence pour briser la glace et faire le « premier pas ».
Là aussi, la technologie numérique tend à nous éloigner de la communication naturelle avec nos congénères parce que, rendus autonomes avec nos instruments « magiques », nous avons de moins en moins besoin des autres. De fait, nous nous croyons autosuffisants, puisque d’un clic nous faisons tout : des courses par internet, un itinéraire avec le GPS, et des milliers de relations amicales avec les réseaux dits « sociaux ».
Ne perdons jamais de vue que la technique doit toujours rester au service de l’homme et non l’inverse. Un lieu commun, nous le concédons, mais de plus en plus d’actualité.
Nous nous persuadons que nous n’avons besoin de personne, qu’il vaut mieux ne pas déranger. Cette forme d’indépendance postmoderne et quelque peu égocentrique s’installe progressivement dans les mentalités.
Et si par malchance, nous sommes obligés de « demander service », malgré toutes nos tentatives pour l’éviter, nous voilà quelque peu embarrassés ! L’art de solliciter une aide est devenu une démarche rare car nous sommes envahis par la crainte tenace d’être importun. N’avons-nous vraiment besoin de personne ? Quelle erreur ! La réalité est souvent à l’opposé de cet « a priori ».
Deux vertus communicatives de grande valeur sont liées au fait de « demander service ». La première est la mise en commun des moyens >>> >>> propres à chacun, ce qui correspond littéralement à l’étymologie du mot « communiquer » dont le propre est justement la mise en commun des biens matériels ou immatériels. Le deuxième bénéfice consiste à donner de la reconnaissance à la personne sollicitée. Or, précisément, cette « reconnaissance » manque à nos contemporains, obligés d’obéir à des robots, des voix préenregistrées, des codes ésotériques. C’est une véritable révolution qui s’impose à l’équilibre psychique des humains.
En pratique, que faire ?
Communiquer, répétons-le, est toujours un effort, cela doit prendre la forme d’une « virtus », un acte vertueux habituel, tel que préconisé par saint Thomas d’Aquin : un effort auquel on veut s’astreindre pour s’exercer à communiquer avec et comme Jésus.
– Résistons à notre timidité, créons et multiplions à notre échelle les occasions de demander service ! Laissons par exemple de côté notre GPS et interrogeons les passants. Voici un excellent exercice pour vaincre son petit orgueil et s’exercer à la communication au jour le jour. Un sourire, un remerciement chaleureux qui accompagnent ce petit geste peuvent aider à améliorer nos capacités relationnelles.
– Ne nous laissons pas fasciner par les progrès constants et magiques de la communication connectée et digitale. Efforçons-nous d’en tirer le meilleur parti, pour propager la bonne parole, et l’enseignement de Jésus. Une vigilance et un sens critique aigus accrus sont impératifs pour rester maître et non esclave de la communication numérique. C’est le grand défi des temps actuels : vivre de vraies relations humaines en dépit de l’invasion virtuelle. Nous devons nous imposer en toute lucidité des règles personnelles de vie. Un contact réel vaut mieux qu’un contact virtuel, en s’efforçant, par exemple, de sortir de notre bureau afin de saluer nos collègues, de leur « demander un service ». Veillons d’abord à équilibrer nos vies intérieures, surveillons le temps et l’attention qui nous sont imposés par la communication digitale.
– Conservons cette règle d’or même et surtout si cela coûte : pour un catholique fervent, « Dieu premier servi », l’humain ensuite, la vie numérique après !
Vie intérieure parce qu’on ne peut être en bonne compagnie avec autrui que si l’on est d’abord en bonne compagnie avec Dieu. Relation humaine parce que c’est la condition d’une vie accomplie et riche de sens.
L’homme doué « d’intelligence du cœur » selon l’expression favorite de Jésus, l’homme vigilant, le chrétien fervent s’efforce de trouver les bonnes mesures pour préserver son hygiène de vie, la santé de son esprit et de son âme. Il doit s’efforcer d’être le maître chez lui. L’homme vraiment « augmenté », c’est celui dont la force de caractère et l’intelligence restent en éveil pour préserver sa foi. L’homme de communication aime évaluer et réévaluer les bons et mauvais côtés de la modernité à l’imitation de Jésus qui aimait se présenter comme un « signe de contradiction ». Faisons de même avec notre époque dite « postmoderne ». Aimons cette mansuétude préconisée par saint Thomas d’Aquin, qui n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui dans les relations humaines. Nos contemporains en ont vraiment besoin.
Pour aller plus loin et progresser
Réalisons quotidiennement un examen de conscience et de prévoyance. Combien de fois faudra-t-il s’amender ? Combien de fois, devrons- nous reconsidérer nos comportements par rapport à la fascination et à l’utilisation abusive de nos outils connectés ? Qu’importe ! C’est LE combat à mener de nos temps, combat d’abord avec soi-même, sa tempérance et sa loyauté vis-à-vis de nos résolutions. Le combat de la vie intérieure contre le bruit et « tout ce qui brille », le combat de la réflexion personnelle contre le remplissage de vide, le combat du bon usage de son « temps de cerveau4 » en faveur de la prière, de l’imagination créatrice, de la contemplation et, bien sûr, de la communication attentive à son prochain. L’affrontement de l’intelligence réelle contre l’intelligence artificielle. Une lutte de plus en plus virile, qui exige beaucoup de détermination.
« Mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde5.» Ces mots de Jésus, doivent stimuler les hommes de bonne volonté libres, vraiment libres, aidés de leur pratique catholique et en particulier des sacrements de la confession et de la communion.
Frère Charles de Foucauld (cordigère capucin)
RESOLUTION PRATIQUE : Recenser les personnes proches ou lointaines à qui on va demander service avec simplicité en ayant le désir de leur manifester notre reconnaissance. Demander service, c’est dire à la personne proche ou lointaine « tu m’es utile ».
Choisissons les visages le plus tristes et les moins engageants… et le sourire apparaîtra comme par miracle… Il n’y a pas de petits moyens pour lutter contre la solitude, ce mal du siècle.
Et si ce geste de communication se traduit par un refus ? Hypothèse plausible… Alors, marchons dans les pas de Marie et de Joseph qui se sont vu refuser l’hospitalité, prenons ce revers comme une blessure qui nous rapproche de Jésus.
ENGAGEMENT SPIRITUEL : Une dizaine d’AVE – 2ème mystère joyeux : La Visitation
« Demander service.» Marie se rend chez sa tante âgée enceinte de Jean-Baptiste. Elisabeth aurait-elle sollicité l’aide de sa nièce ? Peut-être, en tout cas la rencontre de ces deux femmes se célèbre par le Magnificat !
« Que celui qui vous donne l’hospitalité comprenne qu’il reçoit de vous une grâce. »