Dieu veut le salut de tous les hommes, comment se fait-il alors qu’il y en ait si peu de sauvés ?
C’est qu’il veut nous sauver librement ; c’est qu’il nous parle doucement ; c’est qu’il nous meut suavement ; c’est qu’il veut faire son ouvrage en nous, par des inspirations tranquilles, et non par des impressions violentes. Nous voudrions qu’il nous enlevât tout à coup au ciel comme Elie ; au lieu qu’il nous ordonne de marcher en sa présence comme Abraham. (Père de Lombez, Traité de la joie de l’âme)
Marcher en sa présence
L’un des grands avantages dans le mariage, est que l’on marche à deux, et que la grâce du sacrement qui nous a unis est là pour maintenir cette unité de nos cœurs, de nos esprits, de nos volontés, vers le bien supérieur de notre ménage et de notre famille.
Cependant, nous restons deux personnes individuelles, deux personnalités différentes et probablement complémentaires qui demandent à l’un comme à l’autre des efforts louables et quotidiens.
Nous ne sommes pas plus saints parce qu’on nous loue, ni plus imparfaits parce qu’on nous blâme, et tout ce qu’on pourra dire de nous ne changera pas le regard de Dieu qui voit le cœur. En quelque circonstance que ce soit, notre conduite sera de faire toujours bien, et de nous estimer peu en ayant toujours Dieu présent au-dedans de nous. Apprenons à nous détacher de nous-mêmes, à prendre du recul par rapports aux événements, aux personnes et à notre sensibilité. Je suis heurté par une parole maladroite, une réaction excessive, une incompréhension, mais j’ai toujours Dieu présent au-dedans de moi à qui j’offre, et qui me permet d’avancer en me détachant de ce qui pourrait m’attrister, portant mon fardeau et rendant doux ce qu’il y a de plus amer.
L’amour des époux est une joie bénie de Dieu par leur mariage. Celui qui aime, court, vole, il est dans la joie, il est libre et rien ne l’arrête. Qu’en est-il alors de notre amour pour Dieu, à qui nous devons tout, Dieu si bon, si parfait… ? Aimons-nous Dieu autant qu’il nous aime, au-delà de tout amour humain ? Le lui disons-nous assez souvent ? Lui en apportons-nous la preuve par nos actions de chaque jour ? Pour cela il faut d’abord nous oublier nous-mêmes jusqu’à peut-être l’anéantissement, faire passer notre époux avant nous, tout mettre en œuvre pour que l’autre soit de bonne humeur, paisible, et joyeux au prix de grands efforts parfois. C’est l’esprit de sacrifice, et toujours la croix. Sans le sacrifice mutuel et sans le renoncement à l’égoïsme diviseur et accapareur, notre amour s’étiolerait au lieu de tendre vers une plus large et plus haute vie.
La famille est d’autant plus prospère que chacun s’y oublie davantage pour concourir à l’intérêt de tous dans un climat de sérénité joyeuse. Entre époux, plus le concours est grand, l’amour fort, plus le bien commun est sauvegardé ; plus la répartition des efforts est intelligente, et par conséquent productrice. A l’égard des enfants, plus les parents se dévouent, oubliant l’intérêt immédiat pour ne songer qu’à l’œuvre éducatrice, plus celle-ci sera féconde ; plus il en sortira de progrès matériel, moral, intellectuel qui, par la suite, pourra se reverser sur eux-mêmes.
Le doux nom de Marie
Tout cela est bien facile à dire, car bien souvent la fatigue et le découragement nous gagnent et viennent agacer notre humeur alors que nous étions si pleins de bonnes résolutions. Tournons-nous alors vers notre mère du ciel, notre dulcis Virgo Maria dont le nom si doux saura consoler notre âme. La douceur est virginale, et elle est maternelle, et sans elle aucune action sur les âmes ne peut être profonde ou efficace. (Amour et silence)
Dans les sacrés Cantiques, le nom de Marie est comparé à l’huile : votre nom est comme l’huile répandue. L’huile, dit le bienheureux Alain, commentant ces paroles, guérit les blessures, exhale une odeur agréable, et nourrit la flamme. De même le nom de Marie guérit les pécheurs, réjouit les cœurs et les enflamme du divin amour.
Dans les périls, dans les difficultés, dans les doutes, pensons à Marie, invoquons Marie, recommande saint Bernard, que son nom soit sans cesse sur tes lèvres, et qu’il soit toujours dans ton cœur.
Le nom de Marie est donc bien doux à ses fidèles serviteurs pendant leur vie, et il leur sera plus encore à leur dernier moment, en leur procurant une douce et sainte mort.
Souvenons-nous que Dieu parle doucement à nos âmes ; qu’il nous a faits les uns pour les autres, et tous pour lui ; et qu’il nous a donné sa propre mère si douce. Fuyons donc tout ce qui ne ressemble pas à la Bonté de Dieu, ce qui trouble, ce qui divise, ce qui est faux… et faisons honneur à la religion par la noblesse de notre conduite ; montrons même plus par notre attitude que par nos discours, que la vertu n’a rien de farouche ni de dur, et attirons-y tout le monde par la douceur de nos manières.
Sophie de Lédinghen