Le bulletin officiel de l’Education Nationale a publié le 6 février 2025 un arrêté imposant aux établissements d’enseignement publics et privés sous-contrat une formation obligatoire à l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS). Cette matière ne figurant pas dans le « socle commun de connaissances », les écoles hors-contrat ne sont heureusement pas concernées par cette mesure qui s’applique depuis la rentrée de septembre 2025.
Cet arrêté est un texte d’application de dispositions législatives insérées depuis 2001 dans le code de l’éducation, qui posent le principe d’un tel enseignement dont le nouveau texte fixe les modalités. L’objectif de ce programme est de « protéger les enfants des violences sexuelles et sexistes et de lutter contre les stéréotypes et les discriminations ». Le contenu est clairement inspiré par l’idéologie ambiante : théorie du genre et plus largement wokisme.
Le programme consiste en une éducation à la vie affective et relationnelle à l’école maternelle et à l’école élémentaire, à laquelle s’ajoute une éducation sexuelle à partir du collège. Il comporte trois axes : « se connaître, vivre et grandir avec son corps » ; « rencontrer les autres et construire des relations, s’y épanouir » ; « trouver sa place dans la société, être libre et responsable », qui sont déclinés dans les champs biologique, psycho-émotionnel, juridique et social. Pour chaque niveau scolaire, chacun de ces axes fait l’objet de développements spécifiques.
Il ne s’agit pas d’une initiative isolée des pouvoirs publics français. En effet, dès 2013, l’Organisation mondiale de la santé publiait un rapport intitulé Standards pour l’éducation sexuelle en Europe qui avait pour but d’endoctriner les enfants de zéro à quatre ans en leur apprenant « à explorer leur corps (…) en jouant au docteur » puis, par étape, à étudier toutes les caractéristiques de la sexualité. Tout y passe : différentes sortes de relations familiales, différentes identités sexuelles à respecter, émotions liées à l’amour, méthodes de contraception, avortement, l’ensemble reposant sur « une information objective et scientifiquement correcte ».
Cette lutte contre les stéréotypes et les discriminations de l’EVARS s’appuie sur deux idéologies pernicieuses : l’idéologie des enfants sexualisés et la théorie du genre. La première a été promue par Alfred Kinsley (1894-1956), sexologue américain, qui prétend que les enfants seraient sexualisés dès leur naissance et auraient le droit d’éprouver du plaisir sexuel quand et avec qui ils veulent. L’EVARS contribue à la lutte contre les discriminations entre les personnes sur le fondement de leur sexe, de leur identité de genre et de leur orientation sexuelle. Cette lutte contre les « stéréotypes de genre » et les « assignations de rôle » vise à supprimer auprès des jeunes enfants leur représentation mentale du féminin et du masculin car différencier les garçons et les filles constituerait à faire le lit des inégalités entre les hommes et les femmes. Il faudra faire comprendre aux enfants que les jouets, les jeux, les goûts et les métiers ne sont pas « genrés », et ne pas laisser les enfants choisir leur jeu suivant leur préférence spontanée afin d’éviter de faire des garçons des dominants et des filles des dominées. L’EVARS est ainsi infecté par la théorie du genre selon laquelle nous pouvons décider à notre guise d’être homme ou femme voire ni l’un ni l’autre. Même si cette théorie heurte le bon sens, elle peut, dans la mesure où elle est instillée aux enfants de manière répétée, provoquer des mutilations et des déséquilibres. Après la lutte des classes est venu le temps de la lutte des sexes.
L’EVARS dénie aux parents leur responsabilité de premiers éducateurs de leurs enfants en les privant du droit de retrait de leurs enfants afin de les dispenser d’assister à de tels cours.
L’EVARS veut enseigner « comment trouver sa place dans la société, y être libre et responsable ». La liberté qui sous-tend l’EVARS n’est pas celle de la philosophie d’Aristote ou de saint Thomas d’Aquin selon laquelle l’enfant est le siège d’une lutte intérieure pour conquérir sa liberté. Avant l’âge de raison, la sensibilité domine en lui. Il veut tout voir, toucher, goûter. Il est dominé par ses passions sensibles qu’il a du mal à réfréner : colère, gourmandise, égoïsme. Ce n’est que progressivement que ses facultés rationnelles, intelligence et volonté, mûrissent vers l’âge de raison grâce à l’éducation reçue. Les passions sensibles ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Toutefois, si elles sont mal maîtrisées dans l’enfance, si on les alimente et si on leur laisse libre cours, elles deviennent tyranniques et détruisent la liberté : l’ivrogne devient esclave de l’alcool et il en est de même pour la drogue et le sexe. La liberté requiert la vérité sur le bonheur humain et il est clair que le bonheur de l’homme n’est pas dans l’esclavage de l’alcool, de la drogue ou du sexe. L’idéal humain n’est pas davantage dans le consommateur, voire le jouisseur, présenté par l’EVARS qui décrit complaisamment la sexualité comme instrument de plaisir et de bien-être d’où le sens spirituel et le don de soi pour l’autre sont évidemment absents.
Le leitmotiv de l’EVARS est le consentement, considéré comme un élément essentiel de la relation. La réduction de la morale au consentement est une erreur : le consentement à l’abus d’alcool et à la drogue, même chez l’adulte, ne rend pas bon ce qui est mauvais. Chez l’enfant, le consentement a encore moins de valeur car il est vulnérable et influençable, et le rôle de ses parents est souvent de lui interdire ce à quoi il pourrait consentir.
Le Conseil d’Etat a été saisi de recours contre l’arrêté ministériel du 6 février 2025. Par une décision du 4 juillet 2025, il a jugé que ce texte était conforme à la loi et respectait le principe de neutralité du service public de l’enseignement, la liberté de conscience des élèves et de leurs parents, le droit des parents à éduquer leurs enfants selon leurs convictions et plus généralement, leur autorité parentale. De quoi nous plaignons-nous ?
Il est regrettable que les réactions à cette réforme aient été si timorées : les associations familiales catholiques (AFC) ont critiqué l’affaiblissement du rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants en raison de la suppression du « droit de retrait » sans remettre en cause le contenu de cet « enseignement ». Le secrétariat général de l’enseignement catholique a commencé par affirmer que, bien sûr, les écoles sous-contrat appliqueraient la réforme puis, à la faveur d’un changement de titulaire, a évoqué une adaptation de ce programme que pourraient mettre en place les écoles, avant d’être sèchement recadré par le ministre de l’Education Nationale qui a rappelé que les établissements sous-contrat devraient appliquer intégralement l’EVARS et que ses services y veilleraient.
Encore un mauvais texte qui vient s’ajouter à beaucoup d’autres. Après avoir autorisé, voire encouragé, les comportements immoraux pour les adultes, l’Etat poursuit son action en modifiant les programmes scolaires comme si, pour pervertir une société, il fallait commencer par les enfants.
Thierry de la Rollandière