Ballade à Marie

 

Mère de Dieu, divine ménagère

Qui besognez aux célestes parvis,

Reine angélique et pauvre sur la terre, Tout occupée à frotter le logis,

A cuisiner, à tirer l’eau du puits, Apprenez-nous cet art du sacrifice Car nous serions disposées au dépit

S’il nous fallait n’attendre que justice ! Lasse ce soir de besognes vulgaires, Le cœur serré d’absurdes chamaillis,

Je viens à vous pour vous dire, ô ma Mère, Donnez courage aux femmes d’aujourd’hui ! Vous qui, trente ans, travaillâtes sans bruit En attendant de vider le calice,

Épargnez-nous d’être âprement surpris S’il nous fallait n’attendre que justice ! Cancan, laideur, sottise m’exaspère,

Je ne suis pas bien indulgente ni

Douce pour ceux qui ne me plaisent guère, Je souris peu à qui me contredit.

Reine de paix qui voyez mes délits, Dame de qui dépend tout bénéfice, Je le sais trop, mon lot serait réduit S’il fallait n’attendre que justice !

Reine, à ma mort, m’accordez votre appui

Quand s’ouvrira l’infernal précipice !

Quels sombres lieux recevraient notre esprit S’il nous fallait n’attendre que justice !

Henriette Charasson (1884-1972)