Il est une vertu que l’on apprend au fur et à mesure que les années passent, qui est la marque de la sa- gesse des anciens : c’est la modération dans les paroles, et la prudence dans les jugements que l’on pourrait vouloir exprimer.
Car l’expérience montre que, même quelque chose qui pourrait apparaître évident, recèle plusieurs facettes, et l’appréciation que nous lui portons en pensant avoir complète connaissance de la réalité, peut être tronquée ou faussée par nos sens, ou par l’idée que nous nous en faisons.
Alors, dans un monde où tout le monde exprime son avis immédiatement, à tort et à travers, tout en reconnaissant rarement, après coup, s’être trompé, où la parole débridée est considérée comme une marque d’intelligence et de modernité, n’hésitons pas à penser et à nous exprimer à contre-courant, à modérer ou différer nos jugements, à utiliser des conditionnels ou des périphrases quand nous ne sommes pas tout à fait sûrs de ce que nous affirmons.
Que cela n’empêche pas cependant d’appeler un chat, un chat. Que cela ne nous fasse cependant pas tomber dans l’écueil inverse du verbiage inconsistant ! Mais au contraire, si nous usons habituellement de prudence dans nos paroles, celles-ci auront d’autant plus de poids que nos auditeurs sauront que nous n’avons pas l’habitude de parler pour ne rien dire, et que nous étayons nos jugements.
Alors la prudence nous guidera pour parler Moins, mais parler Bien.